Le livre que vous tenez entre vos mains est remarquable. Il en existe bien peu dans son genre, écrits au 20e siècle pour les lecteurs de notre temps et pour ceux des époques à venir. Cette affirmation n’est en rien exagérée comme d’aucuns pourraient le penser, pour deux raisons.
Voici, tout d’abord, dans quelles circonstances cet ouvrage a vu le jour. Pierre Marcel, témoin de Jésus-Christ, à l’étude des Saintes Écritures depuis sa jeunesse et fidèle à la foi biblique tout au long de sa vie, a écrit ces pages au cours des dernières années, et même des derniers jours de sa vie1. Ce livre offre à son lecteur la sagesse acquise au cours d’une existence riche en expériences et en combats contre la souffrance humaine, sagesse douce comme le miel et pleine de vitamines comme le lait dont “découle” la Terre promise.
1 On trouvera un témoignage très éclarant de Poerre Courthial, Lettre à un ami défunt dans les pages qui suivent.
Pierre Marcel a eu la conviction intime, dont il m’avait fait part, quelques mois avant sa mort, lors de notre dernier entretien dans sa maison, rue de Villars à Saint-Germain-en-Laye, que le Seigneur lui permettrait de terminer ce testament spirituel. Ce livre était, pour lui, comme le point final de sa course. En l’entendant, j’ai eu l’impression d’être en présence d’un frère irradiant, déjà, la lumière de l’éternité.
Notre tristesse a donc été grande en supposant d’abord que le temps nécessaire n’avait pas été laissé à notre ami ; nous en étions déçus pour lui et, combien plus, pour nous. Aussi notre émerveillement et notre reconnaissance ont-ils été d’autant plus forts lorsque Madame Marcel a retrouvé quelques semaines plus tard, le manuscrit complet, achevé sans doute à la veille de son décès ! Sans en avoir rien dit à son épouse, Pierre Marcel est parti paisiblement vers sa patrie céleste, son œuvre terminée et sa prière exaucée.
En deuxième lieu, ce livre a les qualités qui font d’un texte un classique. Sous la plume de Pierre Marcel, chacun se retrouve, dans ses joies et ses souffrances, dans sa fragilité et sa confiance, aux diverses étapes de la vie, avec leurs multiples interrogations. Page après page, chacun trouvera raison de vivre, raison de croire, raison d’espérer. Et consolations. Et promesses. Et encouragements. Pierre Marcel, comme s’il était assis à côté de nous dans son fauteuil, nous parlant personnellement, familièrement, nous dit qui est notre Dieu, qui est Jésus-Christ, qui nous sommes.
Le monde a été créé à cause de nous, explique notre ami. Nos souffrances viennent toutes, d’une façon ou d’une autre, de ce que nous avons défiguré l’image de Dieu dans la création et en nous-mêmes. D’où les soupirs et les gémissements, les nôtres et ceux de la création. Telle est l’origine de notre mal-être aussi réel, dans la société humaine (fait de heurts avec nos prochains), que dans l’histoire jalonnée d’échecs, que dans nos familles avec leurs luttes, que dans l’Église où, bien souvent, nous jugeons nos “frères et sœurs” peu supportables, qu’en nous-mêmes avec nos fardeaux et notre soif inconsciente ou inassouvie de régénération spirituelle et psychologique.
Si les épreuves de la vie chrétienne ont de multiples facettes, elles ne sont ni une punition, ni une expiation, ni une réparation exigée par Dieu. Il n’y a rien à payer, rien à réparer, rien à expier par nous. Pourquoi ? Parce que Jésus-Christ a tout fait parfaitement à notre place et qu’il n’y a pas à y revenir. En Christ, il existe, pour la foi, une guérison dans toutes les situations. Le chrétien a donc à se mettre à l’école de Dieu et il passera de la résignation à la reconnaissance pour l’œuvre de Christ dans sa vie.
Sur un registre plus concret, Pierre Marcel indique comment lire la Bible, comment aimer son prochain et les “frères et sœurs”, comment obéir à Dieu, et être reconnaissant de ses bénédictions, comment persévérer dans l’épreuve, comment être le consolateur de ses proches… Tout cela et tant d’autres aspects sont présentés dans une perspective admirable : Dieu partage sa sainteté avec nous et nous rend participants à sa vie. La vie éternelle avec Dieu est le but vers lequel tend toute personne qui se confie en Christ ; cette perspective illumine, dès maintenant, chacune des étapes de notre cheminement.
Le projet que nous propose Pierre Marcel est audacieux ! Rien de moins qu’une intelligence de la foi. Un vrai tonique pour tous ceux qui souffrent du pessimisme de l’époque post-moderne, d’un excès de biens matériels et d’une disette de biens spirituels, qui s’inquiètent des dérapages de la religiosité moderne avec ses dieux inconnus ou, tout simplement, de la léthargie d’un siècle finissant, marqué par le désarroi quasi général. Face aux démarches suicidaires de notre temps, la raison et le cœur renouvelés par la foi au Dieu-Créateur et Sauveur — le seul vrai Dieu qui est là, qui parle, et qui appelle à le connaître — s’accordent pour nous communiquer une vraie intelligence de la vie.
Pierre Marcel est l’humble et fidèle porte-parole, le messager du Dieu vivant. Il s’efface derrière la bonne nouvelle qu’il annonce : l’amour de Dieu le Père pour ses enfants, Jésus-Christ et sa grâce, le Saint-Esprit et ses consolations.
Exactement ce dont nous avons besoin pour éclairer les “mystères” de nos existences !
Paul WELLS,
Professeur de Théologie systématique,
Aix-en-Provence