Photo de famille. — Bunny, Ruth, Franklin, Virginia, Billy et Anne, dans leur ancienne maison de Montreat à Noël 1953. Un cinquième enfant, Ned, est né en janvier 1958. |
Deux mille autos, des centaines de cars, des trains et des trams déversent une foule toujours renouvelée. On vient de loin, d’au-delà des frontières, on vient du centre de la France, du Midi et du Nord et même de l’Italie. Ce dimanche 19 juin 1955, le Palais des Expositions à Genève a réuni plus de vingt mille personnes.
Un événement !
Un mois après, au moment de la conférence des Quatre Grands dans la même ville, le parc des Eaux-Vives, aimablement prêté par les autorités de la ville, dans un site magnifique de verdure et de lumière, voit accourir une foule aussi nombreuse.
Pourquoi ? Qui donc attire cette foule ?
Une grande vedette ? Un champion international ? Un homme politique de premier plan ?
Non.
Un évangéliste : Billy Graham.
Quelques semaines auparavant, il avait aussi attiré, au Vélodrome d’hiver, à Paris, fait unique jusqu’alors dans l’histoire religieuse de la capitale, pendant cinq soirs consécutifs, des milliers de Parisiens enthousiasmés. A Zurich, cinquante mille auditeurs. A Francfort, quarante mille. A Mannheim, quarante mille. A Stuttgart, soixante mille. A Rotterdam, soixante-cinq mille. Il faudrait encore citer Nuremberg, Dortmund, le Danemark, la Suède, la Norvège : en quatre semaines, il a parlé dans douze villes de sept pays différents, devant un demi-million de personnes.
Tous ceux qui ont eu l’occasion de l’entendre se souviennent de la publicité faite alors, des articles de la grande presse et des journaux religieux. Que n’a-t-on pas dit sur ce « prédicateur de charme » cet « ange en gabardine » venu pour « sauver l’Europe » !
Mais en somme, qui est-il ? Quelle est son origine ? S’il est un prophète des temps modernes, ne devons-nous pas mieux connaître son histoire et sa vie ? Ces dernières années, l’Église constate un renouveau réjouissant et une nouvelle préoccupation de l’évangélisation. Mais au rythme où va l’augmentation actuelle de la population du globe1, elle devrait faire encore beaucoup plus. Or Dieu a choisi un de ses serviteurs pour parler au monde et à l’Église d’aujourd’hui.
1 Le directeur de la Société Biblique britannique et étrangère disait dernièrement : « Le miracle de la Pentecôte nous émerveille : trois mille convertis en un seul jour ! Si ce miracle se produisait quotidiennement au Japon, le christianisme reculerait par le simple jeu démographique : car il y a plus de trois mille naissances chaque jour dans ce pays. »
Écoutons son histoire.
William Franklin Graham — surnommé Billy — est né le 7 novembre 1918 à Charlotte, dans la Caroline du Nord, au sud des États-Unis, la partie la plus religieuse et la plus évangélique du pays. Ses parents appartiennent à l’Église Presbytérienne Réformée, une Église très conservatrice, puisqu’on n’y chantait que les psaumes : « J’avais plus de dix ans, dit Billy Graham, quand j’entendis pour la première fois un cantique dans une église. » Sa mère connaît fort bien son « Petit catéchisme » et sait par cœur nombre de versets bibliques. Le premier que Billy apprit ne s’effacera jamais de sa mémoire : « Reconnais-le dans toutes tes voies et Il aplanira tes sentiers » (Proverbes 3.6).
Ses parents possèdent une grande ferme. Si la piété est le solide fondement de la famille, le travail n’est pas négligé. A huit ans, Billy a commencé à traire les 25 vaches avant d’aller à l’école. A 3 h. du matin il est à l’ouvrage ! L’après-midi, après l’école, il laboure souvent jusqu’à la nuit. Plus tard, à l’école secondaire qu’il termine avec succès, il se passionne pour le sport préféré des Américains : le base-ball. Tout à fait par surprise il a remporté un prix d’éloquence, ce qui fait dire au directeur du collège — devant ses parents rayonnants de joie, car c’était leur secret désir — « Billy, tu as de quoi devenir un grand orateur », à quoi le jeune garçon, tout déçu, a répondu : « Merci beaucoup, mais je préfère devenir un champion de base-ball ! »
En effet, pour le moment il n’y a qu’une chose qui compte : Vivre ! Billy est un boute-en-train qui fait le désespoir de sa mère. Écoutons-la, cette mère : « Pendant sept ans, j’ai fait la même prière, et je me souviens très bien du jour où j’ai commencé, c’était le jour où Billy partait à l’Université. J’ai dit à son père : C’est un garçon plein de vie, il aura beaucoup de tentations, il faut prier pour lui.
» Un verset de l’Écriture sainte s’est imposé à mon esprit, devenant comme la base de cette prière. C’est celui-ci : « Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme éprouvé, un ouvrier qui n’a point à rougir, qui dispense droitement la parole de la vérité » (2 Timothée 2.15). Je demeure confondue par la manière dont Dieu a exaucé cette prière.
» J’étais fière de sa vitalité ! Mais pendant son adolescence, cette même vitalité fit mon désespoir.
» En parlant de Billy, les journalistes emploient les mots dynamique, exubérant, mais quand je pense à son adolescence, le mot qui vient à mon esprit est affolant ! Ses deux sœurs Catherine et Jeanne, son frère Melvin, pourraient vous dire qu’à cette époque il les tourmentait et leur rendait la vie intenable par ses taquineries.
» Nous avions une ferme et cela ouvrait beaucoup de soupapes de sûreté pour l’excédent d’énergie de Billy. Il y avait les chevaux, les bois, le ruisseau où il aimait pêcher. Son idéal était Tarzan et j’entends encore le « cri de guerre » de Tarzan, lorsqu’il sautait d’un arbre à l’autre.
» Lorsqu’il eut neuf ans, son père lui acheta une petite chèvre noire et une petite voiture. Attelée, la chèvre était docile, autrement elle était très sauvage. Je l’ai vue sauter sur le moteur de l’auto, puis sur le toit et se dresser sur les deux pattes de derrière ! Cette chèvre s’appelait Billy. Comme on faisait remarquer à mon mari que c’était un peu étrange de donner à la chèvre le nom de notre fils, il répondit qu’à son avis, c’était très bien ainsi, car il n’y avait guère de différence entre la chèvre et le garçon !
» Je crois maintenant que cette surabondance d’énergie est un don de Dieu, car les exigences de sa vie d’évangéliste sont incroyables. Mais lorsqu’il n’était qu’un petit garçon, son avenir m’était caché.
» A l’école, l’instituteur devait lui faire la chasse, et à coup de règle, l’obliger à s’asseoir pour commencer à étudier. J’ai dû le punir sévèrement une fois qu’ayant profité de mon absence, il se disputait tant avec sa sœur Catherine, plus jeune de dix-huit mois, qu’il la poussa en arrière si violemment qu’elle fut projetée à travers deux portes battantes !
» Il arriva un jour où, vraiment inquiets de cet excès de vitalité, nous l’avons conduit chez un spécialiste qui, après l’avoir examiné très sérieusement, nous dit : Mais votre fils est tout à fait normal, il a une santé remarquable.
» S’il avait une surabondance d’énergie, il avait aussi une surabondance d’amour, de gentillesse et de prévenance. Ainsi il n’a jamais oublié de me dire que ma nouvelle robe m’allait bien, et au printemps, il allait dans les bois cueillir les premières fleurs pour me les offrir. Alors, il était vraiment impossible d’être longtemps sévère avec lui.
» Quand j’entends Billy dire que c’est à ses parents que revient le mérite de sa formation, et quand, parlant des jeunes délinquants, il rappelle ce qu’il doit à son foyer chrétien, les larmes me viennent aux yeux. Je sais que notre foyer n’était pas parfait. Il fallait travailler dur pour que notre commerce de laiterie prospère. Mais le dimanche, toute la famille se rendait à l’école du dimanche et à l’église. Billy ne refusait jamais de venir et il semblait très intéressé par les paroles du prédicateur. Les gens du village s’en souviennent bien.
» Billy, un prédicateur, un serviteur de Dieu ? C’était inimaginable, car il n’était pas studieux. Lorsqu’un sujet lui plaisait, il s’y donnait entièrement, mais pour ce qui ne lui plaisait pas, rien à faire !
» A tel point que son professeur vint nous voir pour nous prévenir que Billy ne réussirait certainement pas ses examens, alors que c’était sa dernière année. Il ajouta : Il a la capacité de réussir, si seulement il voulait donner aux études un peu de l’attention qu’il accorde à tant d’autres choses.
» Les autres choses ? Basketball, base-ball, sports. Billy était passionné de l’auto. Il n’y a que peu de temps qu’il m’a avoué la vitesse à laquelle il roulait à cette époque. Heureusement que je ne le savais pas !
» Billy aimait beaucoup les jeunes filles, qui le lui rendaient bien. Chaque fois qu’il rencontrait une jeune fille, c’était son idéal, jusqu’au moment où une autre devenait cet idéal !
» L’idéal de Billy était devenu l’amusement de la famille. En 1935, Billy avait 17 ans. Une mission de réveil eut lieu dans notre village.
Cette mission de trois mois était dirigée par un évangéliste méthodiste puissant, Mardochée Ham. Malgré les conseils de ses parents, Billy ne participe à aucune réunion pendant les premières semaines. Quand enfin il pénètre sous la tente, un soir, avec une bande de camarades d’école, il est saisi d’étonnement : plus de cinq mille personnes, une tente archi-pleine, le chœur se lève d’un seul mouvement, les femmes ont un corsage blanc, les hommes une chemise blanche, l’effet est saisissant, le chant vous empoigne ! Le message de Ham ne le touche guère, bien qu’à un certain moment le doigt du prédicateur semble le viser et le menacer : « Tu es un pécheur ! » Billy, pour éviter le coup, se cache derrière le chapeau d’une dame en face de lui. Par la suite, il y retourne. Il réfléchit. Le texte Jean 3.16 « Dieu a tant aimé le monde... » le travaille. Un soir, avec son ami Grady Wilson, il s’assied avec le chœur, non pas pour chanter, mais seulement pour éviter les apostrophes du prédicateur ! Mais les premiers mots de Ham le firent bondir : « Il y a ici ce soir un grand pécheur ». Certainement, se dit Billy, ma mère lui a parlé de moi ! Ce soir-là, au moment de l’appel, Billy se tourne vers Grady et lui dit : « Allons aussi ! » Il descend de l’estrade du chœur avec Grady derrière lui et consacre sa vie. Sans larmes, sans vision extraordinaire, sans don miraculeux : « Là j’ai fait mon choix pour Christ. C’était aussi simple que cela. »
En rentrant à la maison ce soir-là, les deux amis firent un pacte, ils décidèrent qu’avec l’aide de Dieu ils iraient « jusqu’où Dieu les appellerait ». Le texte : « Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre, la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ » (Philippiens 1.6) allait devenir le sceau de cette alliance mémorable.
Conversion réelle et totale, simple et joyeuse.
Madame Graham pourra dire plus tard : « Il arrive à certaines personnes d’oublier qu’elles se sont consacrées à Dieu, mais Billy n’a jamais oublié. Pour lui tout a été changé, même les feuilles sur les arbres avaient pris un autre aspect à ses yeux.
» Il avait trouvé le but de sa vie et l’année suivante, Billy, un Billy transformé, réussissait ses examens.
En 1936, Billy, muni du diplôme du collège de Charlotte, entrait à l’École Biblique Bob Jones à Cleveland, dans le Tennessee. Il n’y resta que six mois pour entrer à l’Institut Biblique de la Floride à Temple Terrace, près de Tampa, appelé par son ami Wendell Phillips ; le collège est dirigé par le pasteur Watson de la « Christian and Missionary Alliance »2. Solide enseignement biblique et connaissances sociales se mêlent harmonieusement ; Billy travaille avec ardeur la prédication. Il s’exerce d’après ses notes, puis il écrit son sermon en entier et le lit à haute voix. Il n’ose le faire dans le dortoir ou dans la chapelle ; un endroit marécageux, entouré et caché par les arbres de la rivière fera mieux l’affaire ! Là, il s’exerce pendant des heures du haut d’un tronc d’arbre.
2 La « Christian and Missionary Alliance » est une société missionnaire qui travaille avec succès dans de nombreux champs missionnaires. Fondée en 1887 par le Rév. Simpson, elle avait en 1955 plus de 720 missionnaires dont 303 en territoire de langue française : A. O. F., Gabon, Congo Belge, Indochine. En 1956 elle en comptait 824.
— Si l’auditoire n’approuve pas, pense-t-il, du moins il n’y a pas de critiques !
Il n’hésite pas à recopier, à adapter et à prêcher des sermons d’orateurs célèbres ; il prend des notes et ne perd rien des prédicateurs de passage à l’école.
— Plus d’une fois, dit-il, dans l’obscurité, debout sur mon tronc de cyprès, j’ai lancé l’appel et invité les pécheurs à s’avancer et à accepter Christ. Bien sûr, personne ne pouvait venir, mais tandis que j’attendais, il me semblait entendre une voix en moi qui me disait : « Un jour il y en aura beaucoup ».
Il lui arrive parfois d’être saisi par la grandeur d’une telle mission ; une nuit il parcourt le terrain de golf en proie à une profonde angoisse, luttant avec Dieu : « Non je ne peux pas prêcher... jamais je ne saurai prêcher... je ne veux pas prêcher... jamais une église ne m’acceptera ! » Mais Dieu lui répond :
« Je peux t’employer... j’ai besoin de toi... prends ta décision, je saurai te guider... » Minuit a sonné quand Billy se soumet : « Comme Tu veux Seigneur, me voici pour faire ta volonté ».
Tard dans la nuit il prend sa plume et écrit : « Chers parents, je sais maintenant que Dieu m’a appelé à être prédicateur ».
Conscient des dons de son élève, le pasteur Minder, doyen de l’Institut biblique, lui donne des bases de ce qui sera plus tard les traits caractéristiques de sa prédication : connaître son sujet, croire à son message, parler avec conviction, le tout fondé sur la Bible, source de l’autorité du prédicateur.
Quinze ans plus tard, devant quatre cents étudiants de l’Université de Cambridge, où il avait été appelé à présider une campagne, Billy Graham affirmait : « Un pasteur n’est pas digne de ce nom, s’il n’amène pas des âmes à Christ. Si les étudiants en théologie ne pensent pas pouvoir en être capables, qu’ils abandonnent leurs études de théologie. »
« Il paraît, dit le journal Times, que les étudiants ont applaudi pendant trois minutes. »
Un jour, Minder décide de mettre Graham au travail ; il l’emmène avec lui visiter une paroisse où il devait prêcher.
— Non, dit-il tout à coup, c’est Billy Graham qui prêchera.
Mais je n’ai jamais vraiment prêché de ma vie !
— Nous avons de quoi y remédier, si vous n’y arrivez pas, je suis là pour continuer.
Billy ne savait que quatre sermons assez bien ; en dix minutes, il les avait tous utilisés. N’empêche, affirme son doyen, qu’il s’en tira fort bien ; même à la fin, il fit un appel. Plusieurs personnes s’avancèrent. A partir de ce moment, on se mit à parler du « jeune prédicateur de la Caroline du Nord » (The boy preacher). Une mission de réveil fut organisée avec Minder et son jeune élève dans une église baptiste. A la fin de la première semaine, Minder lui disait :
— Billy, ces gens, ce n’est pas moi qu’ils viennent entendre. C’est vous qu’ils viennent écouter. Restez, moi je rentre à l’Institut, voyons ce que vous pouvez faire tout seul. Quand il revint le dernier dimanche, l’église était pleine, il y avait même foule dehors : c’était déjà une croisade ! Elle se termina par le baptême de Billy Graham et des nouveaux convertis, car Billy Graham n’avait pas été baptisé par immersion.
En 1940, à l’âge de vingt et un ans, il sortait de l’Institut. Il était, selon la notice des « annales » du collège, « pasteur auxiliaire », « chapelain », « fort dans le volley-ball et la natation ». Un but : « évangéliste ». Son cantique favori : « La foi de nos pères » ; son verset préféré : Jude v. 3 « Je vous exhorte à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes ». Sa prière constante n’est pas de devenir un grand prédicateur mais un grand gagneur d’âmes.
Graham sait ce qu’il croit, il vit ce qu’il croit et consacre beaucoup de temps à l’étude de la Bible et à la prière. La Bible est pour lui la Parole de Dieu, seule autorité. Il emploie ses vacances à présider des cultes et des séries de réunions dans divers centres. Mais il ne se sent pas suffisamment préparé. Servir Dieu nécessite de profondes connaissances qu’il n’a pas, c’est pourquoi il entre à Wheaton Collège, établissement d’études supérieures réputé par son niveau intellectuel. Cet établissement, près de Chicago, fondé par les Méthodistes, mais interecclésiastique, en vue d’une instruction académique très poussée, a formé plus de mille missionnaires actuellement en service dans quatre-vingt-huit pays. En 1941, au moment où Graham s’y inscrit, il y avait mille six cents étudiants. Il en sortira diplômé en sciences. Comme la plupart des étudiants américains, il gagne de quoi payer ses cours en faisant divers travaux pratiques : mécanique, bâtiments, terrassements et même cireur de chaussures ! Saint Paul était bien fabricant de tentes à ses heures !
C’est à Wheaton qu’il rencontra celle qui devait devenir sa femme. La première fois qu’il la vit, il était rouge, sale, couvert de sueur, et transportait sa malle jusqu’au dortoir des jeunes filles. Mais peu de temps après il écrivait à sa mère : « Je viens de rencontrer une jeune fille absolument merveilleuse, elle s’appelle Ruth Bell. Elle te ressemble un peu maman, et même sa voix est un peu comme la tienne. C’est avec elle que je me marierai. »
Le docteur et Mme Bell, parents de Ruth, étaient médecins missionnaires de l’Église presbytérienne du sud des États-Unis. Ruth est née en 1920 à la station de Tsing Kiang Pu (province de Kiangsu), elle y était restée jusqu’à l’âge de dix-sept ans. Elle était venue à Wheaton pour faire ses études de missionnaire avant de retourner en Chine, d’où ses parents revinrent en 1941, par suite des événements. Le Dr Bell s’établit alors à Montreal, Caroline du Nord, fonda une clinique chirurgicale et travailla avec zèle à l’œuvre de Dieu. A dix-sept ans, Ruth Bell n’avait qu’un désir, retourner en Chine — au Tibet de préférence — comme missionnaire. « C’est le contraire, dit-elle, qui m’est arrivé. Je pensais que le Seigneur me voulait au Tibet, seule, obscure, j’étais heureuse à cette idée. Au lieu de cela, c’était la publicité, les photographes... Je vous assure qu’à certains points de vue, c’est plus pénible ! »
Leurs études terminées, ils se marièrent en 1943 à Montreal. Cinq enfants, trois filles et deux garçons allaient réjouir leur foyer.
Nommé pasteur d’une église baptiste à Western Springs, Illinois, Billy Graham ne resta que seize mois dans cette petite paroisse où il n’y avait, à son arrivée, que trente-cinq auditeurs au culte du dimanche matin, ni presbytère, ni temple, un sous-sol seulement comme c’est le cas parfois. À son départ il avait donné l’élan qui allait créer une église vivante avec plusieurs centaines d’auditeurs et un groupe d’hommes engagés. Aujourd’hui cette église entretient vingt missionnaires et un suffragant.
Un jour Graham reçoit un coup de téléphone de son ami Torrey Johnson, camarade de Wheaton, pasteur plein de dynamisme, à Chicago. Johnson organise en plus de son travail pastoral un programme d’émissions à la radio, dirige les rallyes de « Jeunesse pour Christ » et enseigne le grec au séminaire baptiste de Chicago...
« Jamais appel téléphonique n’eut plus d’influence dans ma vie », écrit Billy Graham. Voici à peu près ce qu’il entendit :
— Billy, tu sais que j’ai un programme régulier de radio le dimanche soir. Je n’ai pas le temps de m’en occuper comme je le voudrais, je te demande à toi et à ton église de vous en charger !
L’église était pauvre, elle ne comptait que quatre-vingt-cinq membres. On marchera par la foi ! Ce fut le début de l’émission familiale : « Chants dans la nuit » avec cantiques, lecture biblique, prière, messages évangéliques. Le soliste était Beverly Shea ! Selon son habitude Graham termine ses messages par un appel à une décision. Et les réponses viennent chaque semaine plus nombreuses. Torrey Johnson revint alors à la charge. Il ne suffit plus à « Jeunesse pour Christ », mouvement interecclésiastique devenu international, qui grandit magnifiquement.
Au début de 1945, les deux hommes étaient à genoux, implorant la direction de Dieu et sa bénédiction sur l’œuvre future.
Billy Graham quittait à regret l’œuvre commencée à Western Springs pour se consacrer, avec son ami, à l’évangélisation des jeunes dans le monde. Sa première mission à Chicago devant trois mille personnes fut un succès. Dès lors, il parcourt les États-Unis en tous sens. Un jour, lors d’un rallye à Ashville, pas de chef de chant. On propose un jeune homme qui s’y connaît déjà un peu.
— Cette réunion est trop importante pour laisser diriger un amateur, dit Graham.
Il n’y avait pas moyen de faire autrement. La réunion commence... Magnifique !
— C’est quelqu’un, murmure Billy au président de la réunion. Quel est son nom ?
— Cliff Barrows.
Dieu formait une équipe : Billy Graham, Beverley Shea, Cliff Barrows, Grady Wilson. Les difficultés ne manquent pas. Que de préjugés, d’opposition, de malentendus ! Mais l’œuvre avance : en trois ans avec « Jeunesse pour Christ » Billy Graham parcourt son pays en tous sens et vient quatre fois en Europe, se rendant en Grande-Bretagne, en Norvège, en Suède, en Hollande, en Belgique, en Suisse et en France. Son nom retient l’attention du Dr Riley, homme remarquable par sa piété et sa valeur intellectuelle, pasteur baptiste à Minneapolis pendant cinquante ans, fondateur de l’École biblique Northwestern à Minneapolis, dont il avait fait un centre évangélique de tout premier ordre, où l’on étudiait, outre la théologie, les connaissances générales. Riley, maintenant âgé, pense à Billy Graham, comme à son successeur. Billy Graham hésite ; finalement en 1948 il accepte cette charge, à condition de continuer son travail d’évangélisation. Or, parmi les collaborateurs du Dr Riley, un jeune professeur de théologie et d’hébreu voyant l’immense tâche de Graham lors de ses campagnes d’évangélisation, lui dit tout à coup : « Je suis prêt à vous aider pour la publicité ». — « Entendu, répondit Graham. »
Jerry Beavan allait montrer dans l’équipe ses dons remarquables d’organisateur des futures grandes croisades. C’était en 1950. Bientôt Graham ne pourra continuer à mener de front de si grandes besognes. En juin 1951, après trois ans et demi au service de Northwestern, il donnera sa démission.
Quelques lecteurs se souviennent peut-être du moment où nous avons commencé à entendre parler de Billy Graham dans nos pays de langue française.
C’était en 1949.
En septembre de cette année, Graham avait lancé une grande croisade à Los Angeles. Elle devait durer trois semaines. Jusque vers le milieu de la troisième semaine, la campagne s’était présentée tout à fait semblable aux précédentes, sans rien de très extraordinaire. Tout à coup, sans raison apparemment valable, l’intérêt rebondit : foules plus grandes, décisions plus nombreuses. Le vendredi, on se demanda : Que faire ? Prolonger ? Le comité redouble d’intercession, Graham demande alors à Dieu un signe.
Le soir qui devait être le dernier, il voit arriver à son grand étonnement, avant la réunion, une foule de journalistes, de reporters, de photographes. D’où venaient-ils ? Qui les avait alertés ?
Hearst, le grand propriétaire de journaux, un des rois de la presse d’outre-Atlantique, avait donné le mot d’ordre : « Faites mousser Graham ».
Ce dernier n’en savait rien. Mais il vit dans l’intérêt subit de la presse l’occasion de continuer. Ce fut alors que se produisirent, coup sur coup, trois remarquables conversions.
Stuart Hamblen, chansonnier célèbre par ses chansons cow-boys, animait à la radio une émission publicitaire très populaire3, intitulée : « Stuart Hamblen et ses joyeuses vedettes ». Il était envié de tous, sa fortune considérable lui permettait d’entretenir une écurie de course. Sa femme priait pour lui depuis longtemps.
3 Edwin Orr : The inside story of the Hollywood christian Group, p. 105-111.
Il assista à la Croisade, au premier rang, s’affichait avec Billy Graham qu’il invitait à dîner au restaurant, mais résistait farouchement à l’appel de Dieu. Finalement, n’y tenant plus, il partit à la chasse à l’ours sauvage dans les montagnes de Californie. Il revint à Los Angeles le soir qui aurait dû être le dernier, pensant avoir échappé à la nécessité de se convertir, mais voici que la Croisade est prolongée ! Cette seule idée le rend malade. Il n’en dort pas. Le débat est si violent qu’à trois heures du matin, n’y tenant plus, il n’a qu’une solution : téléphoner à Billy Graham, à son hôtel. Graham, fatigué, n’hésite pas à le faire venir immédiatement. C’est là, dans cette chambre d’hôtel, qu’une heure après, le célèbre Hamblen était à genoux pour conclure avec Dieu un pacte éternel.
Quand quelques heures plus tard, il annonça à son auditoire de la radio que Christ était entré dans sa vie et que, désormais, tout serait changé, l’étonnement fut à son comble. Le soir, il apporta son témoignage sous la tente et annonça qu’il vendait ses chevaux. Immédiatement la nouvelle courut à travers les États-Unis et les grands quotidiens commencèrent à écrire que quelque chose se passait à Los Angeles qu’on ne pouvait pas ignorer. Des correspondants de la presse furent envoyés sur place et bientôt, dans des centaines de journaux, l’Évangile était en première page ! Le respect et l’admiration remplaçaient la plaisanterie.
Cette conversion allait bouleverser une autre vie : Jim Vaus que la presse avait appelé « chef au pays des gangsters »4. Ce fils de pasteur, spécialiste des tables d’écoute, avait mis son talent prodigieux au service d’un gang qui trichait sur les courses de chevaux. Il protégeait aussi, grâce à ses inventions, le plus célèbre des hors-la-loi américains : Mickey Cohen. Deux séjours en prison ne l’avaient pas assagi. En entendant à la radio le témoignage de Stuart Hamblen qu’il connaissait personnellement, il fut bouleversé, et, poussé par une impulsion irrésistible, il s’en alla avec sa femme écouter Billy Graham, non pas pour se convertir, mais pour voir l’homme dont le pays entier parlait.
4 Why I quit Syndicated Crime, Jim Vaus, Marshall Morgan & Scott.
Il est étonné de la foule, de la simplicité du message, « rien de nouveau, pense-t-il, je connais cela depuis longtemps ». Se convertir lui coûterait trop cher, et il est trop pris dans l’engrenage. Mais voici que tout à coup vient l’appel ! « Courbez la tête, fermez les yeux, que personne ne bouge, que personne ne quitte la tente. »
Des chrétiens bien intentionnés invitent leurs voisins à s’avancer, cela le rend fou ! « Si quelqu’un me dit trois mots, décide-t-il, je l’envoie promener dans la sciure ! » Or voici qu’un homme âgé et frêle s’approche de lui, lui saisit le bras et lui dit : « Frère, êtes... » — J’attendais le troisième mot, mais il ne vint pas, raconte Jim Vaus... Je cherchais des yeux l’endroit où j’allais le flanquer par terre, mais l’homme se mit à prier. On ne peut pas frapper un homme qui prie. J’attendais. À ce moment la voix de Billy Graham retentit dans le silence. « Il y a un homme dans cet auditoire qui a souvent entendu cette histoire et qui sait quelle décision il devrait prendre, mais en ce moment il dit non à Dieu. Il durcit son cœur, raidit son cou et il va sortir de ce lieu sans Christ. Et cependant c’est peut-être la dernière fois que Dieu l’appelle à se décider pour Jésus-Christ... »
Quelque chose se rompit alors en moi, déclare Vaus et je murmurai : J’y vais.
Dans la tente réservée aux entretiens avec les conseillers, quelqu’un a dû sûrement lui parler, mais il ne s’en souvient pas. Il parlait avec Dieu, il priait ainsi : « Seigneur, je crois cette fois-ci du fond du cœur. Je Te prends au mot et il faut que Toi Tu prennes Jim Vaus en charge parce que le chemin qui m’attend va être difficile à parcourir. Ce sera presque impossible de mettre ma vie en ordre tellement elle est embrouillée, mais si Toi Tu rétablis les choses, je te consacrerai ma vie tout entière. » Lorsqu’il se releva, sa femme était à genoux à côté de lui. Dieu avait aussi travaillé dans son cœur. Le chemin était en effet difficile, mais la conversion de Vaus était totale.
Il fallut restituer des marchandises volées, rembourser jusqu’à épuisement complet de son compte en banque, vendre sa belle voiture et sa somptueuse maison, rompre ses relations criminelles, s’exposer à la mort (son ancien complice vint avec des tueurs et il n’échappa que par miracle). Apprenant qu’un policier allait être condamné à la prison à cause d’un faux témoignage qu’il avait fait en justice, il décida de rétablir la vérité. C’était, au dire de son avocat, s’exposer à coup sûr à la prison, puisqu’il avouait publiquement un faux témoignage.
Il se rendit à la cour de justice en tremblant, se souvenant avec effroi des précédentes condamnations. Les journaux avaient tellement publié la chose qu’une foule de journalistes remplissait la salle. Au milieu d’eux : Cliff Barrows et son père.
— Jim, nous sommes venus prier pour toi.
Quelle joie et quelle sécurité !
L’interrogatoire épuisant dura plusieurs heures. Puis Jim Vaus demanda la permission d’expliquer pourquoi il rétablissait les faits et avouait avoir rendu précédemment un faux témoignage et il raconta sa conversion.
Dès qu’il eut fini, le juge se leva et dit :
— Maintenant, Vaus, puisque vous êtes devenu religieux…
— Pardon, monsieur, je n’ai pas dit que j’étais devenu religieux.
— Eh bien, puisque vous avez vu la lumière...
— Je n’ai vu aucune espèce de lumière…
— Alors depuis que vous vous êtes agenouillé…
— Je n’ai pas dit cela.
— Mais qu’est-ce que vous avez dit alors ?
— J’ai dit que j’ai reçu le Christ et qu’Il est devenu mon Sauveur personnel.
Le juge se rassit alors sans mot dire et Jim Vaus contre toute attente ne fut jamais poursuivi. Dieu répond aux prières.
Quelque temps après, Vaus rendait son témoignage dans une réunion d’hommes d’affaires chrétiens à Hollywood. Là, il apprit qu’une bande rivale avait décidé de l’assassiner le lendemain du jour où il s’était donné à Dieu.
— Lorsque j’entendis cela, raconte-t-il, je fus saisi, rétrospectivement, d’épouvante. La voix de Billy Graham avait été prophétique lorsqu’il avait dit : « C’est peut-être la dernière fois que Dieu l’appelle... ».
— Si je n’avais pas accepté Christ ce soir-là, j’aurais été à Saint-Louis le lendemain et j’aurais été assassiné et éternellement perdu5.
5 Jim Vaus a fait au printemps 1958 une tournée de réunions en Angleterre.
La troisième conversion retentissante fut celle de Louis Zamparini, vainqueur des Jeux Olympiques de 1936, un des plus célèbres héros de la dernière guerre. Son bombardier tombé dans le Pacifique, il avait survécu quarante-sept jours sur un radeau pneumatique. Fait prisonnier par les Japonais, il passa deux ans et demi dans un camp de représailles. Classé parmi ceux qui avaient le plus souffert pour leur patrie, il était devenu à son retour un héros des boîtes de nuit. Au moment des réunions de Billy Graham, il était sans travail, sans but dans la vie, sur le point de divorcer… Sa conversion frappa les journalistes, et la presse la fit connaître d’un bout à l’autre de l’Amérique6.
6 Par la suite il alla au Japon apporter son témoignage auprès de ceux qui l’avaient torturé ! Aujourd’hui il dirige avec sa femme une colonie pour enfants délinquants : « Victory Boy’s Camp ».
Ces conversions firent, on le comprend, un effet extraordinaire dans le pays. La Croisade qui devait durer trois semaines en dura huit. La tente de six mille places dut être agrandie jusqu’à pouvoir en contenir neuf mille, ce qui fut même insuffisant certains soirs. Il y eut au total trois cent cinquante mille auditeurs et près de cinq mille décisions.
Mais la cause véritable de ce réveil n’était pas le télégramme de Hearst.
« Nous sommes allés à Los Angeles sans être annoncés, dira Graham. Quand nous sommes partis, nous savions que l’Esprit de Dieu avait remué la ville comme jamais auparavant. Nous avons compris aussi que Dieu nous donnait la preuve qu’il allait bénir et employer notre ministère abondamment, au-delà de tout ce que nous demandions ou pensions. »
A quoi attribuer ce succès ?
Graham l’a dit : d’abord à la prière des chrétiens, ensuite à la puissance du Saint-Esprit, enfin à la puissance de la Parole de Dieu.
« Quelle force il y a dans la prière ! Je ne l’avais jamais saisi jusqu’à maintenant dans ma vie et dans mon ministère. J’en ai reçu une profonde bénédiction dans mon cœur. Combien vous vous sentez porté quand vous commencez une campagne qui a bénéficié pendant neuf mois de réunions de prière régulières7 !
7 C’était à Los Angeles que pour la première fois une campagne de prière organisée méthodiquement, longtemps à l’avance, avait réuni plus de mille groupes d’intercesseurs. Une chaîne de prière travaillait jour et nuit.
» Comme vous vous sentez porté quand, chaque jour, à midi, une réunion de prière réunit des vingtaines de personnes ! Comme vous vous sentez porté si plusieurs réunions de prière ont lieu tout le long de la journée ! Comme vous réagissez quand des réunions de prière se sont prolongées toute la nuit à quelques mètres de l’endroit où vous prêchez la Parole de Dieu ! Et quand vous recevez des lettres, des télégrammes, des câblogrammes du monde entier, disant qu’on prie pour vous... Lorsque les gens prient, tout devient possible. Je vois encore les quarante à cinquante femmes qui priaient fidèlement jour après jour et puis venaient s’asseoir devant l’estrade, la figure illuminée de foi, dans l’attente de ce que Dieu allait faire. »
Quant à la puissance du Saint-Esprit, Graham ajoute :
« Par moments, je n’avais pas besoin de prêcher. Après les témoignages de quelques convertis, tout ce que j’avais à faire, c’était de faire un appel. Un soir, au milieu de mon message, un homme courut vers l’estrade et demanda s’il pouvait se convertir tout de suite. Il s’était tenu en dehors de la tente, luttant en lui-même avec la puissance de l’ennemi ; la conviction de péché remplissait tellement son cœur qu’il ne pouvait pas attendre jusqu’à la fin de la réunion. Je n’ai jamais terminé mon sermon ce soir-là, puisque Dieu me demandait de lancer l’invitation tout de suite… Je n’ai jamais vu jusqu’alors dans ma vie des hommes et des femmes sous une telle conviction de péché… »
De la puissance de la Parole de Dieu, Graham dit humblement :
« Que de fois j’ai été insensé. J’avais travaillé péniblement pour construire un message truffé de belles illustrations et enjolivé d’une ou deux expériences personnelles. Oh ! certes Dieu a béni ces messages dans le passé ! Mais, pendant cette campagne, Il a béni sa simple et seule Parole. L’Écriture dit… La Bible dit… J’en suis arrivé à ne plus pouvoir prêcher mes anciens sermons8. J’ai consacré chaque jour six à huit heures à la méditation, j’ai reçu alors des nouveaux sermons, forgés par Dieu Lui-même dans mon cœur. J’ai abandonné mes illustrations. J’ai cité vingt à cent passages des Écritures chaque soir. Les gens, je l’ai vu, ne peuvent pas résister à la puissance de la Parole de Dieu. Le pécheur le plus endurci ne peut que capituler. »
8 Billy Graham avait passé par une expérience très profonde peu de temps avant la campagne de Los Angeles. Voir, À la fin de ce volume, l’appendice, p. 287, Autorité de la Bible et Evangélisation.
« Los Angeles, écrivait un pasteur de la ville, avec ses mille pasteurs prêchant chaque dimanche ne s’était guère mise en peine de l’homme de la rue. Alors vint Billy Graham. Ce que les efforts conjugués de tous ces pasteurs pendant une année n’avaient pu faire : mettre la religion et Jésus-Christ à l’ordre du jour, Billy Graham l’a fait en huit semaines. Quand la Croisade fut terminée, nous avions en face de nous une communauté qui était enfin désireuse de s’entretenir des exigences de Christ. »
Une nouvelle étape commençait pour Graham.
Après Los Angeles, Boston ! Contraste absolu entre ces deux villes situées aux deux extrémités des Etats-Unis. Boston, capitale de la Nouvelle-Angleterre, est fière de ses ancêtres, les Pères Pèlerins, les Puritains. C’est une capitale théologique et culturelle, la forteresse de l’unitarisme, le berceau de la science chrétienne de Mrs Eddy. Les gens hochaient la tête ! Le dynamisme de Billy Graham convient à la capitale des plaisirs, mais Boston !
Et pourtant le miracle s’est renouvelé à tel point que le pasteur Ockenga, de Park Street, a pu dire : « Dieu a fait une chose nouvelle à Boston ». Elle se vérifiait à nouveau, la parole prononcée sur Boston deux cents ans auparavant par le célèbre théologien revivaliste Jonathan Edwards : « Ce qu’il faut à notre peuple, ce ne sont pas des têtes bien pleines, mais des cœurs touchés. »
Dans un grand parc, le Boston Common, il s’adressa à cinquante mille personnes et reprit le texte sur lequel George Whitefield, au même endroit, en 1740, avait prêché avec puissance : « Est-ce que Dieu règnera en Nouvelle-Angleterre ? »
Les noms de Finney, de Moody, de Sunday revenaient dans le cœur des croyants.
Désormais les croisades se succédèrent dans tout le pays. Billy Graham devenait le grand évangéliste américain. Il acquiert une expérience toujours plus riche, une connaissance des hommes et des peuples qui marquent son esprit et son âme.
En 1952, lors d’un voyage en Corée et au Japon pendant la guerre de Corée, il passe Noël auprès de ses compatriotes ; à Tokio il fait une nouvelle découverte. Il est appelé à parler à sept cent cinquante missionnaires de toutes dénominations. « Ce soir-là fut un soir mémorable dans ma vie. Jamais je ne me suis senti aussi indigne de m’adresser à un auditoire. Il y avait Là les vrais guerriers de la Croix. Ces hommes et ces femmes ont quitté leur pays et leurs bien-aimés pour aller en première ligne de la sainte guerre. Je redoutais de ne pas donner gloire à Christ seul, j’ai supplié Dieu de me donner un message. Je pus parler plus d’une heure. Nous avons pleuré ensemble, nous nous sommes réjouis ensemble, nous avons prié ensemble, nous avons été saisis ensemble par le Saint-Esprit. Quand tout fut fini, je compris que Dieu avait commencé à parler à mon cœur et que je ne pourrais plus être le même après cette soirée. »
Dans une époque où le progrès et la science pénètrent tous les domaines de la vie de l’homme, l’Eglise restera-t-elle en retard ? Se contentera-t-elle d’annoncer l’Evangile dans ses chapelles ou dans ses cathédrales ? Laissera-t-elle aux gens du monde les réalisations de la technique moderne ? L’apôtre Paul disait : « Je me suis fait tout à tous ». Billy Graham, hanté par les foules indifférentes à l’Evangile, n’est-il pas cet instrument obéissant et libre que l’Esprit de Dieu peut employer là où les organisations sont trop lentes à agir ?
Depuis 1949, c’est une montée en flèche : les activités succèdent aux activités, les créations aux créations, peut-on laisser les appels sans réponse ?
C’est l’émission « The Hour of Decision » (l’Heure de la Décision), lancée en 1950 malgré Billy Graham : une aventure de la foi pleine d’audace. En juin de cette année-là, Graham prend part à un congrès à Ocean City auquel il est venu avec un collaborateur. Tous deux s’arrêtent pour le repas de midi dans un restaurant au bord de l’eau. Comme ils s’approchent de leur table, un étranger se précipite sur Graham, les larmes aux yeux en disant : « Ça, c’est Dieu qui l’a voulu ».
Interloqués, les deux prédicateurs écoutent l’histoire. L’inconnu était un pasteur de Philadelphie très au courant des questions radiophoniques et grand admirateur de Graham. La nuit précédente, il avait été saisi par la pensée de faire parler Graham à une émission mais croyait que l’évangéliste était à ce moment-là en Europe et n’y pensa plus.
Le lendemain matin pourtant cette pensée le tourmente si fort qu’il décide d’aller dîner dans un restaurant au bord de la plage pour se débarrasser de cette idée fixe. Cette rencontre inattendue dans ce restaurant n’était pas un hasard mais une direction providentielle.
Billy Graham se montra sympathique, mais absolument pas convaincu ; il n’avait jamais prêté beaucoup d’attention aux programmes de la radio. Du reste sans argent, sans organisation, sans soutien, c’était impossible. Le visiteur prophétique promit de le revoir. Billy Graham oublia l’incident.
Mais deux semaines après, lors d’un congrès biblique, il est tout à coup appelé par deux agents de publicité, l’un était Walter Bennett de l’agence de publicité Bennett de Chicago et l’autre son associé, tous deux chrétiens très actifs. Bennett, luthérien, s’était occupé pendant plusieurs années d’émissions religieuses, avec Dienert, son associé, un membre de l’Eglise de Philadelphie, desservie par le pasteur qui avait rencontré Billy Graham à Ocean City. « Nous sommes venus pour voir ce que nous pourrions faire en vue d’un programme à la radio avec Graham. » Billy Graham répondit qu’il n’en était pas question. Une semaine après, Bennett et Dienert se présentent chez Billy Graham, à Montreat, avec un projet tout prêt. Une société radiophonique était prête à lui réserver une heure le dimanche après-midi pendant treize semaines. Coût : quatre-vingt-douze mille dollars.
— C’est une somme dont je ne veux rien savoir, répondit Graham. L’entretien en resta là.
En juillet, Graham présidait à Portland une Croisade magnifique : dix-huit mille personnes chaque soir ! Chaque jour il recevait un coup de téléphone ou un télégramme de Bennett et Dienert. Un jour, ils se présentèrent eux-mêmes.
Le programme était tout préparé : pour le lancer, il suffisait d’une somme de vingt-cinq mille dollars ! Ensuite il faudrait sept mille dollars par semaine, fournis par les souscriptions volontaires des auditeurs.
Graham ne cède pas. « Je n’ai pas cette somme et je ne sais comment l’obtenir. C’est beaucoup trop. » Ils reviennent dix jours après. Graham ne veut plus les recevoir. Ils attendent patiemment une semaine. Alors, au moment de repartir, ils laissent un message à Graham lui promettant de laisser tomber l’affaire et de ne plus lui en parler. Par politesse Billy Graham voulut bien prendre congé d’eux.
Mais il se rappela tout à coup la rencontre providentielle du pasteur de Philadelphie dans le restaurant près de Ocean City.
— Et si, après tout, c’était la volonté de Dieu, se demande-t-il, si Dieu me voulait à la radio ?
Quand Bennett et Dienert arrivèrent dans sa chambre, il leur dit que sur le plan humain il n’avait pas changé d’idée, mais que la décision finale devait venir du Seigneur. Tous trois se mirent à genoux et Graham pria comme il ne l’avait jamais fait. Il demanda que, si telle était la volonté de Dieu, Il lui en donne une preuve en lui envoyant avant minuit la somme de vingt-cinq mille dollars.
Or jamais jusqu’à ce jour-là, il n’avait reçu de don supérieur à cinq cents dollars.
C’était demander un miracle, et les deux amis s’en retournèrent prendre leur avion…
Ce soir-là, parlant à l’auditoire qui n’avait pu trouver place dans la salle, Billy Graham fit allusion à l’offre de la radio. Il ne mentionna pas sa prière, ni la somme demandée, « Mon désir, dit-il, est de régler cette affaire comme Dieu le veut. Nous ne vous solliciterons en aucune manière, mais si vous croyez que c’est le plan de Dieu, à vous de le manifester. »
A la fin de la réunion, comme il pénétrait dans la pièce réservée à l’équipe, il aperçut Grady Wilson debout près de la porte tenant une vieille boîte à chaussures dans sa main. Une foule de gens faisait queue. Chacun voulait mettre son obole. Ceux qui n’avaient pas assez d’argent sur eux mettaient un bout de papier sur lequel était griffonnée leur promesse. Un charpentier promettait deux mille cinq cents dollars, un instituteur mille : « Toutes nos économies, il n’y a pas de meilleur placement ! ». Un étudiant, un mois de gain (il vendait des journaux). Le total se montait à vingt-trois mille cinq cents dollars. Bennett et Dienert étaient là, ils avaient brusquement décidé de rester un jour de plus, ils étaient rayonnants.
— C’est un miracle, dirent-ils à Billy Graham, ça y est maintenant !
— Non, dit-il, ce n’est pas un miracle. Le diable peut bien aussi nous envoyer vingt-trois mille cinq cents dollars. C’est tout ou rien.
— Eh bien nous vous promettons les mille cinq cents dollars qui manquent.
— Non, ce n’est pas le sens de notre prière.
Il était près de minuit quand ils parvinrent à l’hôtel. Grady Wilson demanda le courrier. Il y avait trois lettres. Une provenait d’une personne inconnue et contenait un chèque de mille dollars : « Pour que vous parliez à la radio ». Les deux autres lettres contenaient chacune deux cent cinquante dollars.
— Maintenant, c’est le miracle, dit Billy Graham.
Et dans sa chambre, ce soir-là, quelle réunion de prière !
Telle est l’origine des émissions « The Hour of Decision », (l’’Heure de la Décision), qui se donnent sur trois chaînes et sont relayées par sept cents stations aux Etats-Unis, quatre-vingt-dix au Canada, cinquante à l’étranger. Elles sont écoutées par quelque vingt millions d’auditeurs.
L’œuvre devint bientôt si considérable qu’il fallut créer un comité chargé des questions administratives. Ainsi naquit l’Association Evangélique Billy Graham, dirigée par George Wilson, qui n’est pas parent avec Grady Wilson, l’évangéliste associé de toujours. L’association comprend : Billy Graham, président ; Grady Wilson, vice-président ; Cliff Barrows ; Madame Billy Graham ; George Wilson est trésorier-secrétaire. Les comptes sont vérifiés par un bureau officiel d’experts-comptables, et tenus en tout temps à la disposition du public.
Lorsque Billy Graham est invité à présider une croisade, il ne s’occupe d’aucune question financière, tous les frais et toutes les recettes sont l’affaire du comité local9. Les membres de l’équipe et Billy Graham lui-même reçoivent de l’Association un salaire fixe, ainsi du reste que les cent vingt-cinq employés de Minneapolis.
9 A Genève, à Zurich, à Paris, Billy Graham n’a pas touché un sou des collectes faites au cours des réunions ; de plus, tous ses frais de voyage et de séjour, ainsi que ceux de ses co-équipiers, étaient payés par Minneapolis.
Ce n’est pas une petite affaire en effet que le travail de l’Association. Aujourd’hui elle occupe trois étages d’un immeuble moderne à Minneapolis et un quartier général pour l’équipe à Washington. Des milliers de lettres parviennent chaque semaine à Minneapolis, demandant des conseils. Ce courrier est examiné par sept secrétaires, des femmes consacrées, qui avant de se mettre à leur travail si délicat commencent par prier ensemble.
Les lettres sont réparties en différentes catégories, pour lesquelles des réponses toutes prêtes sont imprimées, mais toujours un mot personnel est ajouté par George Wilson ou un pasteur associé. Tout n’est pas administration à Minneapolis, car chaque matin, les cent vingt-cinq employés se réunissent pour vingt minutes de méditation et de prière. Ce grand labeur en vue du Réveil est porté par l’Esprit et l’intercession. Minneapolis est une centrale de rayonnement spirituel dans le monde entier. Le nombre d’adresses de personnes en contact avec l’Association s’élève à plus d’un million.
La même association s’occupe du ministère des films Billy Graham qui, chaque année, sont vus par des millions d’auditeurs aux Etats-Unis et en Angleterre. Ces films sont toujours centrés sur la conversion. Citons Midcentury Crusade, Mr. Texas, Oil-Town U.S.A., — que nous avons maintenant en français sous le nom de Or noir — Souls in Conflict, Fire on the Heather et un tout récent The Heart is a Rebel.
Ces films ont bouleversé et transformé nombre d’auditeurs. En plus de ce ministère, Billy Graham écrit un article intitulé Ma réponse qui paraît cinq fois par semaine dans quelque deux cents journaux américains pour vingt-huit millions de lecteurs quotidiens.
En 1954, Dieu met sur le cœur de Billy Graham le désir d’exposer pour l’homme de la rue le grand message chrétien. C’est à genoux, « sentant continuellement la présence de Dieu qu’a été écrit en quelques semaines de travail hâtif et épuisant » le livre La Paix avec Dieu. Il y expose avec clarté, en langage simple et direct, le plan de Dieu pour le salut de l’homme. L’ouvrage a été traduit en quinze langues. Le Secret du bonheur, centré sur les béatitudes, publié en 1955, obtient aussi un vif succès. Il écrit encore The Seven Deadly Sins (Les sept péchés capitaux, non traduit en français) et différentes publications moins importantes. Nombre de ses allocutions à la radio paraissent en traités sous couleurs originales.
Un nouveau pas en avant allait être franchi à Londres et à New-York par les émissions à la télévision.
« Nous avons des occasions plus grandes que celles de saint Paul, déclare Graham, combien il doit nous envier ! Comme il aimerait utiliser la télévision, comme il voudrait avoir une heure à la radio ! Je suis sûr qu’il se servirait de l’avion pour aller de Corinthe à Rome ! Il serait heureux d’utiliser quelques-uns des moyens que nous avons aujourd’hui pour sauver les perdus. »
L’année 1949 fait connaître Billy Graham à son pays. L’année 1954 va le faire connaître à l’Europe et au monde entier.
La Croisade de Londres, c’est le signal. Et pourtant jamais encore Billy Graham n’avait été accueilli par une presse aussi hostile. Il semblait que l’enfer s’était ligué contre l’évangéliste : calomnies, dénigrements, paroles citées à contresens, rien ne lui fut épargné. Même dans les milieux religieux, il y avait beaucoup de réserve et de critiques ; mais depuis longtemps, des amis fidèles, entre autres l’évêque de Barking, le Dr Gough qui avait été en Amérique avec le Reverend Blinco de l’Eglise méthodiste se rendre compte des croisades Graham, priaient et attendaient. La Croisade de Londres était appuyée par plus de mille églises de toutes dénominations depuis l’Eglise anglicane jus- qu’aux Frères de Plymouth10.
10 Harringay Story par Frank Colquhoun. The official record of the Billy Graham Greater London Crusade. 1954. Hodder & Stoughton. Et London Hears Billy Graham par Ch. Cook.
L’arène de Harringay voyait s’ouvrir une grande bataille en ce premier mars, en présence de deux cents journalistes. La salle était pleine. Le lendemain, Mme Graham décrivait à ses parents les débuts enthousiasmants de la Croisade : « A six heures l’arène est à moitié remplie par des gens qui n’avaient pas de places réservées, et comme la réunion de sept heures et demie était occupée d’avance par les « réservations », on a appelé Billy d’urgence. Il a fait fermer les portes à six heures et demie pour avoir une première réunion. A sept heures et quart on a renvoyé cette foule et laissé entrer ceux qui attendaient dehors. La police a dit qu’il y avait trente mille à trente-cinq mille personnes. Il y en avait onze mille du seul pays de Galles.
» Après la seconde réunion, on a renvoyé les auditeurs et les centaines de personnes qui n’avaient pu entrer et qui attendaient patiemment dehors entrèrent alors. Billy a prêché un troisième message… »
Le ton de la presse change, les malentendus et les critiques font place au respect et à la confiance. Pendant soixante-douze soirs Harringay Arena — douze mille places — se remplit. Plusieurs fois il fallut s’adresser dehors à la foule qui, on l’a vu déjà, ne pouvait trouver de place.
Les services relayés furent la grande innovation de cette campagne. L’idée jaillit dans l’esprit de M. Robert Benninghoff, ingénieur attaché à l’American Brodcasting Corporation, lequel était chargé de l’organisation technique de l’« Heure de la Décision » avec l’équipe de Billy Graham. Il assista par hasard à une réunion de prière au cours de laquelle la préoccupation majeure paraissait être le manque de place à Harringay. Il se demanda si l’on pourrait utiliser le téléphone pour relayer les réunions dans différentes salles ou églises. Tous les obstacles furent enlevés et l’expérience fut couronnée de succès : Glasgow, Edimbourg, Aberdeen, Inverness, Belfast, Dublin, Liverpool, Hull, Bristol, quatre cent trente villes entendirent par haut-parleurs les réunions retransmises téléphoniquement de Harringay. Le plus remarquable, ce fut à Redruth, dans la Cornouailles. Les gens étaient venus dans la ville au nombre de six mille. Il fallut les répartir dans trois à quatre salles ou églises et ceux qui n’avaient pas trouvé de place durent écouter dehors !
Plusieurs réunions en plus de celles de Harringay furent organisées en plein air à Trafalgar Square, à Hyde Park (Vendredi-Saint), à un match à Stamford Bridge, à Streatham Common. Des réunions pour étudiants dans les différentes écoles et universités de Londres, de Cambridge, d’Oxford ; des activités et des rencontres, lunchs, invitations, contacts avec toutes sortes de personnalités et de milieux occupent Billy Graham et les membres de son équipe. Signalons les réunions pour pasteurs. Une série d’entretiens et d’études bibliques à All Souls Church et à Westminster Chapel présidée par Paul Rees de Minneapolis groupèrent chaque mercredi matin et chaque vendredi après-midi des centaines de participants. La dernière réunion pour pasteurs réunit au Central Hall environ deux mille quatre cents pasteurs et évangélistes, représentant toutes les dénominations et tendances théologiques. L’évêque de Barking présidait. Billy Graham développa les leçons qui se dégageaient de cet immense effort et qui confirmaient ses expériences faites à Los Angeles. La campagne de Londres a démontré :
« La moisson est mûre, déclara l’évangéliste, c’est l’heure de l’Eglise ! » Il faut que celle-ci soit, pour les convertis, un foyer de vie spirituelle. Billy Graham insista aussi sur l’importance du rôle des laïcs convertis. Il est temps de les mettre à l’œuvre. Tout travail spirituel fructueux se fait en équipe.
Le 22 mai, après trois mois de réunions, Billy Graham terminait la Croisade par deux dernières manifestations grandioses, l’une au stade de White City devant soixante-sept mille personnes, la seconde au stade de Wembley devant cent vingt mille personnes en présence des plus hautes autorités ecclésiastiques et civiles.
En tout près de deux millions de personnes avaient entendu l’Evangile et quarante mille décisions avaient été signalées aux six cents conseillers.
Un éditeur résumait le passage de Graham en Angleterre par cette phrase : « Trois mois ont transformé l’atmosphère de la Grande-Bretagne. Jamais depuis Moody et peut-être même depuis Wesley, la nation britannique n’avait été ainsi soulevée par l’Esprit de Dieu ». L’écrivain Hugh Redwood conclut : « L’Eglise de Christ a en ce moment en son pouvoir la possibilité de faire entrer en jeu d’extraordinaires forces spirituelles. Ce que la prière a pu faire à Harringay en est une indication. »
Los Angeles avait vu des conversions retentissantes, Londres les voit aussi. Des actrices en voie de célébrité, un ancien chef communiste qui consacre son temps à l’œuvre de Dieu dans les milieux ouvriers11, un docteur qui avait pris ses jumelles en disant : « Si c’est un cirque, je désire voir tous les détails ». Ce soir-là Graham parlait sur le premier commandement : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face. » Au milieu du sermon, le Dr X posait ses jumelles et prenait son cahier de notes. Le cinquième soir, il s’avançait, décidé à suivre Christ. Sa femme en l’apprenant, « oublia, dit son mari, qu’elle était britannique et là au milieu de la foule, elle jeta ses bras autour de mon cou et m’embrassa en me disant : il y a sept ans que je prie pour ta conversion ». Et combien d’autres…
11 M. Charles Potter, de Reading, est aujourd’hui secrétaire itinérant de la « Workers’ Christian Fellowship ».
Une impulsion nouvelle anime l’Eglise et les communautés. Il suffit de lire l’intéressant ouvrage du Rev. Maurice Wood, président de la commission des conseillers et doyen du chapitre anglican d’Islington. Son livre Like a mighty Army est un admirable guide du militant chrétien dans sa paroisse. On dira : Est-ce que les résultats « tiennent » ? Un an après Harringay, Stanley High, éditeur au Readers Digest assistait a Londres à une des nombreuses « réunions de maison » groupant les « décidés de Harringay » pour l’étude de la Bible, la prière et le témoignage. Il y avait déjà onze mois que cette rencontre avait lieu régulièrement ; vingt-deux personnes étaient présentes : des dactylos, des employés, des jeunes commerçants, une nurse, un étudiant en médecine, un étudiant d’Oxford, tous, sauf un, avaient moins de trente ans. Le président était un jeune pasteur, ancien chapelain à l’Université de Cambridge12.
12 Stanley High, Billy Graham, p. 248.
Quand Stanley High expliqua le but de sa visite : « Trouver ce qui reste de la Croisade de Billy Graham », l’un des assistants répondit : « Votre réponse se trouve dans Matthieu chapitre 13… »
Une fois rentré dans sa chambre Stanley High cherche le passage et lit : « Un semeur sortit pour semer… que celui qui a des oreilles pour entendre entende… »
Un mois après la Croisade de Londres, Graham s’adressait à Paris, au Palais de Chaillot, à quelque trois mille personnes, pasteurs, évangélistes, militants des paroisses, chrétiens engagés. On est venu de toutes les parties de la France, de Suisse et de Belgique. Il parle de la tâche de l’évangélisation dévolue à l’Eglise. « C’est l’âge d’or pour l’Eglise… »
Le lendemain, une quarantaine de serviteurs de Dieu se retrouvent dans l’église baptiste de la rue de Lille. N’est-ce pas l’heure pour nos églises de langue française de partir pour de nouvelles conquêtes ? Ce jour-là quelque chose se passe, dont les conséquences ne tarderont pas à se manifester.
En attendant, c’est la marche à de nouvelles victoires.
Dans la Grande Croisade de Glasgow, du 19 mars au 30 avril 1955, un fait significatif est à relever. On assiste non plus à l’effort de quelques églises ou communautés, mais c’est l’Eglise tout entière, c’est même la nation qui participe à cette aventure de la foi. Le titre le proclame bien : « All Scotland Crusade ».
A l’arrivée de Billy Graham, trois mille personnes, dans le froid d’un matin de mars, à la gare St-Enoch, chantent spontanément avec enthousiasme : « C’est mon histoire et c’est mon chant… ». Sur le quai, le comité, quelques membres du Parlement, le Modérateur de l’Eglise d’Ecosse, un évêque de l’Eglise épiscopale, sans compter tous les autres !
La devise de la ville de Glasgow écrite à l’entrée du Kelvin Hall allait reprendre toute sa valeur : « Que Glasgow prospère par la prédication de la Parole et la louange de Son Nom », car depuis longtemps on l’avait tout simplement raccourcie : « Que Glasgow prospère »…
Un service solennel de l’ouverture de la Croisade à la Cathédrale soulignait l’engagement de l’Eglise dans ce combat. Depuis trois ans, Tom Allan, le vaillant pasteur de « Tell Scotland Movement » — un mouvement d’évangélisation au sein de l’Eglise — a préparé le terrain.
Pendant six semaines, malgré la pluie, la neige, le grésil et le vent, seize mille à dix-huit mille personnes remplissent Kelvin Hall. On vient même de l’extrême-Nord par autos, pas bus, cinquante trains spéciaux et vingt avions amènent la foule. De plus, grâce aux haut-parleurs branchés sur téléphone, comme dans la campagne de Londres, le message fut transmis dans tout le pays en passant par trente-sept centres stratégiques. La réunion finale groupa plus de cent mille auditeurs. C’était une croisade nationale.
Parmi les résultats inattendus, signalons la fondation, deux semaines après la fin de la Croisade, d’une « Association de la presse chrétienne » (Christian Press Fellowship) sur l’initiative de plusieurs journalistes qui avaient fait le pas décisif. Ils étaient venus aux réunions envoyés par leurs journaux. Ils avaient affiché au début une attitude critique et méprisante, car le journaliste vient non pour être touché mais pour juger. C’est son métier, il est sur un autre plan que les autres hommes ; mais en écoutant soir après soir le message de l’évangéliste, l’attitude changea et l’on vit des journalistes se lever de leur table et se mêler à la longue file de ceux qui s’avançaient vers la Croix.
Un autre résultat : plusieurs pasteurs se mirent à faire des « appels » dans leur propre église et invitèrent à s’avancer ceux qui étaient touchés par le message. Le Rev. Hearfield, de l’Eglise presbytérienne de Lamlock, déclare : « Il y a longtemps que j’en sentais la nécessité. Les réunions de Billy Graham ont créé le climat favorable de sorte que j’ai pu le faire sans provoquer un scandale. »
Le pasteur Hamilton, de Tollcross Park Church, avoue : « Ce fut un des plus beaux jours de mon ministère. » A un autre pasteur qui vit, à son étonnement, s’avancer vingt-cinq personnes et qui demandait à Tom Allan13 : « Maintenant, que dois-je en faire ? » Tom Allan répondit : 1° Commencer une classe biblique ; 2° commencer une réunion de prière ; 3° les envoyer visiter régulièrement les gens du quartier qui se sont décidés.
13 Tom Allan, combattant dans la R. A. F. pendant la dernière guerre, fut converti dans une église protestante à Reims, en entendant un soldat chanter le beau cantique « Etiez-vous là quand ils crucifièrent mon Seigneur ? » Cf. Billy Graham : A Mission accomplished par Georges Burnahm p. 29.
En effet, le résultat essentiel fut de mettre l’Eglise devant sa tâche primordiale : l’évangélisation. « L’évangélisation, dit Tom Allan, sera beaucoup plus efficace quand elle sera considérée comme la tâche essentielle du peuple de Dieu et qu’elle mettra sur le même plan ces trois activités essentielles : la prière, la prédication, l’activité pratique »14.
14 Crusade in Scotland Edité par Tom Allan. « La Croisade nous a rappelé le véritable but de toute évangélisation… elle a réaffirmé le message central de l’évangélisation… elle a souligné les conditions essentielles d’une évangélisation efficace… et a remis en valeur une méthode d’évangélisation (la réunion de masse avec la simple proclamation de l’Evangile et l’appel à la décision). Cf, p. 122-123.
Billy Graham pense que c’est au sein de l’Eglise que le réveil est le plus nécessaire et que c’est là qu’un réveil religieux — s’il doit y en avoir un — doit commencer.
Dans nos milieux latins quel serait le résultat d’une telle campagne ? Beaucoup de chrétiens se le demandaient avec angoisse. La réponse a été donnée à Paris et à Genève. Tous ceux qui ont assisté aux réunions du Vélodrome d’Hiver et du Palais des Expositions ont été gagnés par la personnalité de l’évangéliste, son amabilité, sa bonté, son intelligence, sa piété.
Certes, à l’arrivée de Billy Graham à Paris, la presse était franchement hostile, malgré le revirement des journaux de Londres l’année précédente, et de nombreux chrétiens avaient hésité à courir le risque d’un échec total. Pourtant la campagne préparée dans l’enthousiasme et la foi dépassa tous les espoirs des organisateurs, groupés sous la bannière de l’Alliance évangélique, présidée par le pasteur J.-P. Benoit. Des foules croissantes envahirent chaque soir le « Vel’ d’Hiv’ » et le nombre des « décisions » obtenues sans aucun moyen de pression psychique, impressionna vivement les plus sceptiques. La radio parla des réunions avec sympathie, les journalistes changèrent de ton, les chrétiens réticents se lancèrent dans le mouvement. En cinq jours l’atmosphère avait complètement changé et tout le monde regrettait qu’on ne puisse prolonger la Croisade. Cinq jours avaient suffi pour secouer la capitale. La première croisade en pays catholique était une victoire15. « L’Evangéliste est un témoin. Il ne démontre pas. Il explique le moins possible. Il indique la voie à suivre pour trouver Dieu, le Dieu vivant », dit J.-P. Benoit qui, comme beaucoup, s’étonnait de la simplicité du message et de l’emprise de Billy Graham sur la foule.
15 La croisade avait été soigneusement préparée par de grandes réunions à la rue de Lille, au Bon Foyer de Belleville, aux temples de l’Etoile, de l’Oratoire et par les volontaires de la prière. Cf. Revue de l’Evangélisation juin-juillet 1955.
A Genève, on chercha à atteindre les milieux internationaux par quatre mille cartes-invitations bilingues ; les chemins de fer avaient émis des billets spéciaux « Billy Graham » à des prix très avantageux affichés dans les principales gares des cantons de Vaud et de Neuchâtel.
On gardera un souvenir magnifique des réunions de préparation au temple de Plainpalais. Une conseillère écrit son « émerveillement devant ces cours pour conseillers… qui ont en quelque sorte complété ma formation ou plutôt ouvert un nouvel horizon dans le sens de l’utilisation de la Bible en vue de l’évangélisation. »
Quant au résultat spirituel, on en jugera par les lignes qui nous parvinrent quelques jours après : « Je n’’osais plus toucher ma Bible, je sentais Satan gagner du terrain, toujours plus de terrain, impuissante à lutter — j’ai bu jusqu’à la lie la coupe du désespoir de l’enfant prodigue. Et maintenant, puis-je vous le dire, c’est à Genève qu’a pris fin l’épouvantable cauchemar, c’est le 19 juin qu’a commencé ma vie. Vous comprenez tout ce que signifie trouver Christ quand on le cherche depuis vingt ans. La langue française est riche ; l’est-elle assez pour dire la divine paix inconnue, immense qui m’envahit… toutes les barrières sont tombées… »
Signalons aussi les retransmissions par téléphone pour la Chaux-de-Fonds, le Locle, Bienne, Tavannes, Court, Villeret et Neuchâtel, « expérience magnifique, dans cette dernière ville, écrit le pasteur KR. Chérix ; ces réunions laissent des fruits précis très réjouissants. »
Billy Graham devait revenir à Genève le 17 juillet, au Parc des Eaux-Vives, pour s’adresser au moment de la Conférence de la Paix à une foule de près de vingt mille personnes. La veille, il s’était adressé aux pasteurs au temple des Eaux-Vives.
Les visites de l’évangéliste ont secoué à salut un grand nombre en leur donnant l’occasion d’une décision qui permet la libération intérieure et le témoignage conquérant. Aux chrétiens, il a donné un choc salutaire, une nouvelle vision, la vision de l’évangélisation. Aux églises il a donné l’occasion d’une collaboration féconde, église officielle et communautés diverses travaillant ensemble avec confiance et joie. Il nous a aussi donné une méthode et des principes dynamiques. Pour tout cela nous rendons grâces à Dieu. Si court qu’ait été le passage de Billy Graham en France et en Suisse, il nous a beaucoup apporté.
Depuis son passage, des campagnes d’évangélisation se sont multipliées, En s’inspirant de ces méthodes, les Eglises officielles aussi bien que les communautés évangéliques dissidentes ont lancé des campagnes et des croisades.
Mais il ne s’agit pas de « faire de l’évangélisation », il s’agit de prêcher l’Evangile et de gagner des âmes à Jésus-Christ.
Aux mille pasteurs. de la Croisade de Glasgow, Billy Graham disait : « Soyez sûrs que vous avez un Evangile à prêcher, puis prêchez-le avec autorité. »
Et il ajoutait cette histoire : « Un pasteur découragé alla voir un jour un ami qui était acteur.
— Dis-moi comment il se fait que vos auditeurs vibrent à vos paroles tandis que les miens semblent sourds ?
— Voici la différence, dit l’acteur. Je présente des êtres imaginaires comme s’ils étaient vrais ; et vous, vous présentez des vérités comme si elles étaient imaginaires.
» Ou bien Jésus-Christ est la réponse aux problèmes de toute l’humanité ou Il ne l’est pas. Jamais nous ne voyons qu’il ait dit : « Je pense que », « peut-être que », « c’est possible ». La Bible dit « Il parle avec autorité ». A Satan qui le tente, Il a dit : « Il est écrit ». A notre génération désemparée et angoissée, Il dit : « Voici le chemin, marchez-y. »
Il n’est pas possible de suivre Billy Graham dans toutes ses missions. Il nous faut pourtant mentionner quelques campagnes importantes. A partir de 1954, Billy Graham n’est plus un évangéliste américain, mais l’évangéliste du 20e siècle pour le monde d’aujourd’hui.
En 1955, c’est sa grande campagne en Extrême-Orient, aux Indes, Manille, Bangkok, Hong-Kong, Tokio et Séoul.
Aux Indes, Graham est extrêmement frappé par la soif spirituelle des foules.
La presse qui, comme l’Evening News de Bombay, déclare « Billy Graham est en mission en vue de rapprocher l’homme et Dieu », est sympathique. La première réunion à Bombay ne put avoir lieu à cause d’une émeute sanglante, mais la conférence de presse, avec ses quarante journalistes, est un grand encouragement.
« La plus grande partie de la conférence, écrit Graham dans son journal, a été consacrée, chose étonnante, non pas au communisme, à l’américanisme, à Foster Dulles, à l’aide économique aux Indes, toutes choses très importantes pourtant. Chaque question fut d’ordre théologique ou spirituel. Ils désirent en savoir davantage sur la conversion, la Bible, la nouvelle naissance, comment appliquer les enseignements de Jésus dans la vie quotidienne. Ce qui importait pour eux, c’était de savoir ce que la Bible dit, beaucoup plus que ce que je disais. Je me sentais presque poussé à faire un appel. Si jamais le Seigneur m’a donné l’occasion de prêcher l’Evangile, c’était bien là, à ces reporters. »
Les premières réunions publiques à Madras le bouleversent lui le premier. On est venu parfois en faisant quatre jours de voyage par train, ignorant les différences de castes. Cinq mille personnes prient toutes les heures de la nuit ; à la rencontre pour pasteurs et serviteurs de Dieu, c’est à sept mille cinq cents personnes que Graham s’adresse. Le nombre d’auditeurs grandit malgré la double traduction : en Tamil et en Telugu.
« Je suis frappé, écrit-il par le calme de cette foule : pas de bavardage, pour ainsi dire, pas d’allées et venues. Des centaines de gens sont là depuis deux heures, assis sous un soleil brûlant. Quand nous sommes arrivés, des milliers étaient là, attendant en chantant pendant deux à trois heures… Une foule immense, comme une mer. Des milliers accroupis sur des paillassons devant moi, d’autres milliers debout derrière moi, et là, sur les toits des maisons, partout des gens en quantité.
» Je n’avais pas parlé cinq minutes que je compris clairement que ce vaste auditoire n’était pas venu pour entendre comment l’Evangile peut être adapté à l’Inde16. Ils étaient venus uniquement pour entendre l’Evangile, la Bonne Nouvelle. et là, tandis que je prêchais, j’ai reçu un nouveau texte que celui que j’avais préparé et un nouveau sermon, et j’ai prêché d’après Jean 3.16 « Dieu a tellement aimé le monde… » et ils s’avancèrent quatre à cinq mille, presque tous des adultes avec plus de calme, plus de sérieux, plus de décision, me semble-t-il, que partout ailleurs. Tout ce qu’on pouvait entendre, c’était le piétinement des sandales. Oui, le même Dieu qui fut avec nous à Wembley, à Harringay et au Kelvin Hall est aussi avec nous aux Indes. »
16 Billy Graham s’était donné la peine d’étudier soigneusement la mentalité hindoue et avait préparé des messages en conséquence. Mais le cœur de l’homme est le même sous toutes les latitudes.
Il est intéressant de noter le contact de l’évangéliste avec les communistes.
« Dans un endroit, nous avons rencontré des groupes de communistes en cortège, drapeaux déployés, chantant leurs slogans, faisant le salut le poing fermé. Nous avons marché trois ou quatre cents mètres avec un de ces groupes. Je leur faisais signe et leur souriais et ils me répondaient par un sourire, très gentiment. Rencontrant un autre groupe, je les saluai et demandai à l’évêque Jacob de me traduire. Je levai la main et ils firent silence, puis je leur apportai mon message. Je leur dis ce que Christ représentait pour moi : seul, Il possède la clef de tous leurs problèmes et de tous les problèmes du monde. Je n’étais pas venu aux Indes pour parler de politique mais seulement pour leur présenter Christ. Tandis que je parlais sur le changement que Christ peut apporter dans leur vie, ils commencèrent à baisser leurs poings, ils abaissèrent leurs bannières ornées de la faucille et du marteau. Ils se tinrent tranquilles et, me semble-t-il, respectueux jusqu’à la fin de mon message. Bien sûr, ils désirent une réponse à leurs problèmes du riz, du pays, des écoles et de la santé. Mais c’est effrayant de voir combien la solution communiste à ces problèmes est beaucoup plus attirante et apparemment plus pratique que celle que nous, chrétiens, nous apportons au nom de Christ. »
Mais il y a aussi les communistes des universités ! Or, à Madras, leur influence est grande.
Billy Graham ne craint pas de leur parler.
« C’était, dit-il, sept heures du matin. Le soleil était à peine levé, mais ils étaient là : les jeunes filles charmantes dans leur sari, les hommes dans toutes sortes de tenues, en tout plus de dix mille. Je parlai sur ce sujet : « Qui est Christ ? ». J’essayai de présenter l’Evangile aussi clairement et directement que possible. Ils écoutèrent avec attention et calme. Plusieurs centaines prenaient des notes.
» C’est peut-être vrai que le communisme gagne du terrain dans les collèges de Madras, mais ce matin, c’était l’Esprit de Dieu qui l’emportait. Quand je fis l’appel, des centaines d’étudiants quittèrent leurs sièges et courageusement se décidèrent pour Jésus-Christ. Quelle scène ! Voir ces étudiants marchant, non pas pour le communisme, mais pour Christ !
» Je ne sais si c’est vrai, je ne peux le contrôler, mais des Hindous m’ont dit que la réunion de ce matin avait été la plus extraordinaire réunion d’étudiants qu’on ait vue aux Indes. Je ne pouvais que rendre grâces à Dieu du grand privilège de témoigner pour lui auprès des futurs chefs responsables de l’Inde ! »
Nous restons confondus, nous chrétiens d’Europe, devant le zèle et la consécration de ces chrétiens des Indes qui se réunissaient plusieurs jours de suite pour une réunion de prière à quatre heures du matin, certains ayant marché depuis leurs villages perdus pendant des kilomètres Ce soir, ils sont soixante-quinze mille, demain soir ils seront plus de cent mille.
« Où les mettrez-vous ? »
Un amphithéâtre improvisé servira trois soirs de suite à deux cent cinquante mille personnes !
Billy Graham eut l’occasion de rencontrer Nehru et de donner à Dehli une réunion présidée par la princesse Amrit Kaur qui, pour sa foi, dut quitter le palais de son père. Elle est aujourd’hui ministre de la Santé dans le cabinet Nehru.
« Les foules accourent à Bangkok, à Manille, à Hong-Kong, à Formose, à Séoul, à Tokio, la plus grande foule dans l’histoire religieuse du Japon. Jeunes, vieux, riches et pauvres, gens de toutes sortes ont accouru pour entendre Billy Graham apporter les paroles de Dieu », dit un quotidien de la capitale.
Que pense l’évangéliste lui-même de tout cela ?
Dans son journal Billy Graham écrit :
« Huit semaines ! Un miracle succède à un miracle ! Combien les gens sont différents à première vue. Pourtant dans leur cœur ils sont tous les mêmes ! Que de problèmes angoissants dans notre monde ! Quelle responsabilité pour nous qui sommes tellement comblés de bénédictions ! Mais il y a un problème plus profond : la soif spirituelle, la soif de Dieu. Elle est partout celle-là. Cette faim, c’est le grand dénominateur commun dans le monde entier. Peut-être les communistes peuvent-ils rivaliser avec nous pour l’aide matérielle. Mais pour cette soif plus profonde, ils n’ont pas de réponse. C’est là notre plus grande tâche, au-delà de l’aide matérielle, d’aider par une direction morale et spirituelle à orienter cette soif vers Dieu. »
« Non, ce n’est pas par la puissance ni par la force, mais par mon Esprit, dit l’Eternel. »
Chaque campagne ne fait qu’augmenter le zèle et la conviction de Graham.
Depuis longtemps il pense à New-York.
Comment s’attaquer à cette ville gigantesque ?
« Offensive à New-York » nous fera entrer dans le détail des croisades de Graham et nous montrera le travail inouï de ce que fut la plus grande entreprise d’évangélisation du siècle. Elle fut suivie d’une campagne de visites très poussée.
Depuis que l’ouvrage de Curtis Mitchell a paru, une enquête faite un an après la Croisade, a permis à Graham d’écrire les constatations suivantes : « J’ai reçu plusieurs centaines de lettres de pasteurs de New-York me donnant des renseignements sur les résultats de la campagne dans leurs paroisses six mois après, On croit lire un chapitre du livre des Actes des Apôtres. Nous sommes maintenant en contact avec des quantités de classes bibliques qui ont surgi spontanément dans la ville sans se connaître. Je crois que c’est dans deux ans que l’on connaîtra le retentissement de la Croisade. »
Après New-York, Graham s’est lancé dans d’autres campagnes. L’offensive gagne le monde ! Au début de 1958, c’est la Jamaïque, Porto-Rico, les Barbades, la Trinité, Panama, Costa-Rica, Guatemala, Mexico. Partout des foules attentives. En plus de ces huit pays, neuf autres pays où Billy Graham dut, À sa descente d’avion à l’escale, donner un message, soit dans vingt et une villes de l’ Amérique latine et des Antilles. Près de quatre cent mille personnes et treize mille décisions.
D’avril à juin 1958 : San Francisco, plus difficile à évangéliser que New-York ! Malgré son nom, l’indifférence spirituelle y est immense : quatre fois plus de suicides qu’ailleurs et trois fois plus d’alcool ! Sur huit cent mille habitants, quarante mille seulement sont membres d’une église protestante. « Où peut-on faire la noce à San Francisco ? » est le titre alléchant d’un guide des boîtes de nuit de la région. « Ce titre reflète bien, dit un journaliste, la mentalité de la ville. »
L’immense Palais des Expositions, le Cow Palace, dix-huit mille places, s’est rempli chaque soir du 27 avril au 15 juin, Le premier soir, Graham dut encore parler à cinq mille personnes qui n’avaient pu trouver place ; au total plus de six cent mille personnes et plus de vingt-cinq mille cartes de décision, sans compter la réunion finale au stade Seals avec ses trente-huit mille auditeurs dont plus de mille trois cents furent saisis par l’appel. On reste confondu devant le travail de Graham qui, en plus des réunions du soir, prend part, au cours de la journée, avec le concours de ses collaborateurs à des réunions dans les clubs, les collèges, les écoles, les universités, les églises et même à la prison San Quentin, devant quatre mille prisonniers dont six cents répondent à l’appel.
Un des traits caractéristiques de cette Croisade a été le résultat inattendu parmi la jeunesse. Tous les jeudis soirs, la réunion était plus spécialement destinée aux jeunes qui ont magnifiquement répondu17.
17 Christianity Today, 7 juillet 1958.
Billy Graham a écrit : « Nous avons eu ici des débuts plus étonnants que dans toute autre Croisade. Le Seigneur semble verser une abondante bénédiction. Je crois que là où le péché abonde, la grâce surabonde. Je suis convaincu que nous pourrons voir la plus grande action du Saint-Esprit. Une grande vague de prière a passé sur le monde chrétien, semble-t-il… nous avons reçu du monde entier plus de neuf mille lettres, lundi passé, et ceci sans aucun rapport avec la télévision. Plus que pour New-York. Ce fut pour moi une surprise complète. J’en suis bouleversé. »
Là aussi des conversions remarquables : ce comte hongrois réfugié et ruiné ; ce chimiste qui avait dit : « Je ne croirai en Dieu que si je puis prouver scientifiquement son existence » ; ce dentiste séparé de sa femme et de ses deux fils après des années de mésentente, désemparé, ayant vainement essayé de résoudre ses problèmes par la psychologie et la psychiatrie et qui, après avoir entendu un magnifique message sur la foi, trouva la paix et finalement la réconciliation avec sa famille, et bien d’autres.
Immédiatement après la croisade, le Rev. Ross Hidy entreprit la campagne de visites préparée soigneusement avec les églises qui avaient pris part à la campagne.
Quant à Billy Graham, infatigable, il préside huit jours de réunions à Sacramento avec un succès extraordinaire, puis visite Fresno, Santa Barbara, Los Angeles, San Diego. Toute cette côte du Pacifique répond aux appels avec une ferveur qui étonne le prédicateur.
En septembre, il revient dans sa ville natale, à Charlotte, pour une campagne de trois à quatre semaines, au cours de laquelle sera répétée l’extraordinaire expérience de New-York : les réunions du samedi soir seront intégralement diffusées en direct, depuis le « Coliseum » de Charlotte, à travers tout le continent américain.
Mais déjà Jerry Beavan est en Australie pour préparer la grande Croisade de février 1959 qui comprendra, en plus des deux campagnes de Melbourne et de Sydney, d’autres réunions en Australie et en Nouvelle-Zélande.
En 1961, Billy Graham sera en Afrique.
Les continents sont atteints les uns après les autres.
Prophète des temps modernes, dont la voix, grâce à la télévision et à toutes nos techniques, porte jusqu’aux extrémités du monde, Billy Graham est un don de Dieu à notre génération. Ne cessons pas de prier pour lui18.
18 Dans un livre qui vient de paraître Persuaded to live, l’auteur, le pasteur R. Ferm, répond à la question si souvent posée : « que deviennent ceux qui se sont décidés pour Christ au cours des campagnes de Billy Graham ? » Il montre par une quantité d’exemples l’extraordinaire miracle de la conversion et la transformation réelle de la vie de ceux qu’il a interrogés. Persuaded to live, Conversion Stories from the Billy Grabam Crusades, London, 1958.
Mais il n’est qu’un outil, il ne veut être que cela. « Si vous voulez tuer mon ministère, dit-il souvent, faites-moi des compliments. C’est à Dieu qu’il faut rendre gloire. »
… À Dieu qui est en train de susciter un réveil dans notre génération !
B. Decorvet.