Souffrir… Mais pour quoi ?

I. LE MYSTÈRE DE DIEU

Les pensées cachées de Dieu ne sont jamais une cause de doute3

3 Prédication prononcée le 3 octobre 1965, au Temple de Saint-Germain-en-Laye

Que vos cœurs soient fortifiés et qu’ils restent unis dans l’amour, pour être enrichis d’une pleine certitude de l’intelligence, de manière à connaître le mystère de Dieu, le Christ, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science.
Colossiens 2.2-3

Très chers frères :

Il n’y a que dans la Bible que nous trouvons, en si peu de mots, des exhortations aussi pleines de sens et de puissance, à condition que notre esprit et notre cœur soient ouverts, attentifs et sensibles, pour en saisir l’immense portée et la profondeur !

“Le Mystère de Dieu” ! Par conséquent, le mystère de nos vies à nous ! Le “dessein caché” de Dieu pour le monde ! Et le cheminement de nos âmes, à l’intérieur de ce dessein, — obscur et douloureux, lumineux et radieux, tour à tour. En vérité, nous sommes tous plongés dans le mystère du monde et de nos existences : un mystère, un secret, qui parfois nous hante, lorsque nous consentons à réfléchir vraiment, ou que les circonstances nous y contraignent. D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Quel est le sens, le but ultime de ma vie ?… Qu’est-ce que la mort ? L’impénétrable et l’incompréhensible nous cernent aujourd’hui de toute part — nous sommes au XXe siècle — tout comme l’homme d’autrefois ; nous les chrétiens comme les croyants de jadis. Car il est bien vrai que Dieu a un Mystère, qu’il est Mystère, et que sa sagesse et sa science nous sont souvent cachées.

“Pourquoi, s’écrie le psalmiste, pourquoi, ô Éternel, te tiens-tu éloigné et te caches-tu au temps de la détresse ? — Jusques à quand, ô Éternel, te cacheras-tu sans cesse ?” (Ps. 10.1 et 89.47)

Trois siècles plus tard, Ésaïe déclare :

“Certainement, tu es un Dieu qui te caches, Dieu d’Israël, ô Sauveur. Oh ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais !” (És. 45.15 ; 64.1)

Qui de nous n’a poussé ces cris ?… Qui parmi vous les fait entendre aujourd’hui, pour recevoir sur sa vie et son déroulement, sur tel ou tel événement qui le concerne — ou de très chers amis — une pleine clarté sur le sens de sa vie, de ses épreuves, et l’explication achevée de la sagesse et de la science de Dieu ?

Le dessein de Dieu restait caché à ces hommes de foi et de combat et pourtant ce mystère de Dieu et de leur vie n’était pas pour eux une cause de doute ! Ils marchaient avec fermeté — non sans se débattre — même dans les ténèbres, et le long d’un chemin inconnu sans savoir où il les conduisait.

Comment cela est-il possible ? Comment cela était-il possible pour eux ? Comment cela est-il possible pour nous ?

1. Parce que la création tout entière chante la gloire de Dieu

Sa vue fortifie notre foi en sa présence et en son action. Rappelez-vous entre beaucoup d’autres — le Psaume 19 (v. 1 à 5) :

“Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament proclame l’œuvre de ses mains. Le jour en parle au jour et la nuit en donne connaissance à la nuit. Point de discours, point de paroles, on n’entend pas leur voix, cependant leurs accords, (leur harmonie, Bible des Rabbins ; leur écriture, Jean Calvin), parcourent la terre entière, et leurs accents vont jusqu’aux extrémités du monde.”

Il n’est pas possible d’être victorieux dans des combats où le dessein de Dieu nous est caché, si nous ne nous fortifions d’abord dans l’assurance que Dieu est le Créateur du Ciel et de la Terre, et que sa puissance est infinie. Contemplons la création, … et que notre cœur en soit profondément touché !

Quelle est notre seconde arme de combat ?

2. Même si Dieu se cache, nous ne sommes jamais cachés à ses yeux

Le Dieu créateur et tout-puissant possède la toute-science, la toute-présence. Chantons avec David le Psaume 139 (v. 1-6, 15, 17) :

“Éternel, tu me sondes et tu me connais.
Tu sais quand je m’assieds et quand je me lève.
Tu découvres de loin ma pensée.
Tu m’observes, soit que je marche, soit que je me couche :
Tu as une parfaite connaissance de toutes mes actions.
Même avant que la parole soit sur ma langue,
Déjà, ô Éternel, tu la connais tout entière.
Tu es à mes côtés, et par derrière, et par devant :
Tu poses ta main sur moi.
Une telle science est trop merveilleuse pour moi,
Trop sublime pour que je la puisse atteindre ! (…)
Mon corps n’était pas caché devant toi,
Lorsque j’étais formé, artistement brodé dans le secret (…)
Que tes pensées me sont précieuses, ô Dieu (…)
Pourrais-je les compter ?”

Puisqu’il en est ainsi, puisque nous ne sommes pas cachés à ses yeux, nous savons qu’Il agit ; Il nous dirige, Il nous conduit :

Pour lui, nos ténèbres ne sont pas obscures. La nuit brille comme le jour, et les ténèbres comme la lumière.” (Ps. 139.12)

Vous constatez, mes frères, que pour être victorieux dans nos combats, il est absolument nécessaire de savoir par cœur des textes essentiels de l’Écriture sainte, les principales promesses de Dieu, et, en temps opportun, de les évoquer dans notre mémoire. Si nous ne savons rien, nous serons défaits, désespérés et vaincus !

3. Dieu se cache parce qu’il se révèle

Si Dieu se cache aux yeux du monde (et souvent à nos propres yeux) c’est parce qu’il se révèle.

“Les choses cachées appartiennent à l’Éternel, notre Dieu, mais la révélation est pour nous et pour nos enfants à jamais.” (Deut. 29.29)

La gloire de Dieu est de cacher au monde ses desseins, parce que c’est aussi sa gloire de les révéler aux croyants. Répondant à la prière d’Ésaïe, Dieu déchire les cieux et descend (És. 63.19). Il se révèle en Jésus-Christ qui — seul — selon l’Évangile de Matthieu, “nous annonce les choses cachées depuis la création” (13.35), et qui, selon Paul, nous “révèle le mystère caché durant les siècles passés”, mais qui est maintenant porté à notre connaissance (Rom. 16.25).

Le dessein caché de Dieu, son “mystère” pour le monde et pour nos vies, ne peut donc jamais être pour nous une cause de doute, puisqu’il est à la fois porté et révélé par Jésus-Christ — objet de notre foi. CE QUI EST CACHÉ HORS DE CHRIST, NOUS EST CONNU EN CHRIST. Comprenons-en la conséquence ! Si nous quittons le Christ des yeux, alors tout nous est caché ! Nos “Pourquoi ?” n’ont aucune réponse… Si nous jetons les yeux sur Christ, tout nous est subitement révélé : nos luttes et nos combats, ceux du passé comme ceux d’aujourd’hui, sont éclairés et expliqués. Mais que nous regardions ou non le Christ, Dieu nous est présent !

C’est pourquoi, selon notre attitude intérieure, tout peut nous être caché, et tout peut nous être révélé : nous pouvons être dans les ténèbres ou dans la lumière, ignorer ou connaître le mystère de Dieu, le Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science ! Seul le rejet du Christ annule et cache à nos yeux le dessein de Dieu pour nous (Luc 19.42), nous ôte intelligence, sagesse et science, et nous rend le monde et nos vies incompréhensibles et stériles.

Voilà ce que Dieu fait pour nous, pour chacun de nous, chacun de vous. Ne l’oublions jamais !

Quant à nous, les regards fixés sur le Christ qui nous apporte toute sagesse et toute science, nous avons deux choses à faire, deux attitudes intérieures à maintenir : prier et aimer.

1. Il nous faut prier

Le dessein caché de Dieu n’est jamais une cause de doute, si la prière monte de nos cœurs. Qui ne prie pas ne connaît pas Dieu. Rappelons-nous la promesse :

“Invoque-moi, et je te répondrai : Je te révélerai de grandes choses, des choses cachées que tu ne connais pas.” (Jér. 33.3)

Prière fondée sur le Christ, sur la bonté et la puissance de Dieu, ses promesses et sa fidélité… Cette prière (comme celle du Psaume 86 que nous lisions tout à l’heure) est d’une grande puissance et d’une étonnante efficacité ! Elle apporte une sorte de pureté intérieure, de rafraîchissement, elle met en ordre nos pensées qui risquent de vagabonder ; elle nettoie l’âme et l’esprit ; la rémission des péchés, notre rédemption sont saisies avec une indubitable vérité… C’est comme un baptême de l’Esprit Saint ! Elle donne la paix avec Dieu… Les “Pourquoi ?” se changent en acquiescement…

C’est le fruit d’un combat ; il faut persévérer dans ce combat, sinon tout peut à nouveau nous être caché en un instant, et devenir incompréhensible ! Cela ne veut pas dire que nous saurions tout et que le mystère de Dieu nous serait pleinement révélé. “Aujourd’hui, nous voyons comme dans un miroir, en énigmes : alors nous verrons face à face. (…) Aujourd’hui, je connais imparfaitement : alors je connaîtrai comme j’ai été connu.” (1 Cor. 13.12) Mais le regard du Christ — « mystère de Dieu, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science », suffit à nous donner la paix, à rassasier, aujourd’hui, notre cœur, en attendant la pleine clarté. Dans la détresse, prions !

2. Sachons aimer

Car, si nous suivons la pensée de l’apôtre, le dessein caché de Dieu n’est jamais une cause de doute si nous aimons en Christ, si “nous restons unis dans l’amour !” Quelle merveille ! L’amour pour Dieu, l’amour pour le Christ conduit à l’union des croyants dans cet amour, source d’enrichissement mutuel.

L’amour dans l’Église fraye la voie à une pleine certitude de l’intelligence, de manière “à connaître le mystère de Dieu, le Christ, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science.”

L’amour qui enfante la prière d’intercession, la compréhension ; qui scelle notre unité, nous donne — aux uns et aux autres — accès au Christ, nous dévoile ce qui est caché, nous fait pénétrer au cœur de Dieu, nous enrichit d’une pleine certitude d’esprit, nous apporte tous les trésors de la sagesse et de la science, en fortifiant — quoi qu’il arrive — nos cœurs.

“Si je n’ai pas l’amour, dit Paul, je ne suis rien, et rien ne sert de rien.” Si nous ne restons pas unis dans l’amour, nous ne savons rien. Tout nous est caché et, pour notre intelligence enténébrée, tout nous est incompréhensible.

Souvenez-vous, mes frères, de ce texte admirable. Qui que vous soyez, quoi que vous viviez, quoi que vous enduriez, quel que soit votre combat et le mystère qui entoure votre vie :

Pour vous, je m’approprie la prière de saint Paul :

“Je veux, frères, que vous sachiez combien est grand le combat que je soutiens pour vous, afin que vos cœurs soient fortifiés, et qu’ils soient unis dans l’amour, pour être enrichis d’une pleine certitude de l’intelligence, de manière à connaître le mystère de Dieu, le Christ, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science.” (Col. 2.1-3)

Amen.

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