L’ambassadeur de Dieu

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L’ambassadeur de Dieu

Plusieurs centaines d’années avant la naissance du Christ, un ancien prophète juif, appelé Joël, écrivit ce qui suit : « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions. »

Depuis ce jour-là, il a été donné à beaucoup de jeunes hommes de voir en des visions les nations et les races unies dans l’adoration du Dieu de Joël par Son Fils Jésus-Christ. L’un de ces jeunes prophètes est le Dr Billy Graham, de Montreat en Caroline du Nord.

Billy Graham est né dans une ferme d’élevage le 7 novembre 1918.

Il s’est converti au cours d’une mission d’évangélisation à Charlotte, non loin de sa ville natale, quand il avait dix-sept ans.

Jeune homme impétueux et conscient de sa valeur, il se transforma graduellement en un étudiant sérieux. Il suivait l’enseignement d’une École biblique lorsqu’il attira l’attention du public au cours de missions en Floride et en Georgie.

Après avoir pris ses diplômes à l’Université de Wheaton, en Illinois, il commença un bref ministère pastoral à Western Springs, puis devint l’actif vice-président international du mouvement d’évangélisation des jeunes appelé « Jeunesse pour Christ ». Son allant et son zèle pour l’évangélisation le conduisirent à parcourir les États-Unis, l’Europe, les Indes et l’Asie, où il conduisit diverses croisades toujours couronnées de succès.

En 1949, une croisade à Los Angeles, près de Hollywood, marqua le début de sa célébrité1.

1 Pour détails, consulter la notice biographique au début de ce volume.

Comme ses prédécesseurs consacrés à l’évangélisation des masses, il s’entoure d’une équipe toujours plus capable de porter avec lui le poids des campagnes d’évangélisation. Ainsi opéraient les revivalistes célèbres, les Wesley, les Moody et Sankey, le Dr Billy Sunday.

Dans chaque ville l’équipe de Billy Graham fait preuve d’aptitudes aussi étonnantes que variées et sait utiliser les moyens techniques modernes pour attirer des auditoires toujours croissants.

Bien que son équipe grandît jusqu’à comprendre vingt et une personnes et quoique son budget de publicité s’élevât vertigineusement de deux dollars à un demi million (prix que coûtait la télédiffusion d’une seule soirée au Madison Square Garden), Billy Graham est toujours resté le même, notamment en ce qui concerne deux points significatifs :

D’abord son message est toujours foncièrement évangélique. Voici ce qu’il affirmait dès le début : « Je crois à l’inspiration de la sainte Bible ; à la naissance virginale et à la résurrection corporelle du Christ ; à l’expiation par Son sang des péchés du genre humain et au retour du Christ pour établir son royaume sur la terre. »

Ensuite il continue à considérer son œuvre comme une mission que Dieu lui a confiée, il n’est que son ambassadeur ; aucune gloire ne peut donc lui être attribuée.

Pendant des années, les critiques lui ont reproché ce qu’ils appelaient ses aptitudes commerciales et certains théologiens ont blâmé la superficialité de sa doctrine ; mais personne, jamais, n’a mis en doute sa sincérité.

Le Dr Ralph Sockman, pasteur de la grande église de Park Avenue à New-York, écrit : La chose étonnante à propos de Billy Graham, c’est que personne, mais absolument personne ne se moque de lui.

Rajkumari Amrit Kaur, ministre de la Santé publique en Inde, déclare : Billy Graham est l’un de ces rares privilégiés qui nous sont envoyés de temps en temps sur la terre, et qui rapprochent de Dieu, par leur vie et par leur enseignement, des millions d’hommes.

Stanley High, du Reader’s Digest, écrit : Sa sincérité contagieuse et son humilité n’expliquent pas complètement Billy Graham. Au contraire, nous sommes obligés de convenir que, si on veut le comprendre, il faut croire à des causes supérieures à la psychologie humaine.

Quel genre d’homme est-il, celui qui a apporté le message divin à un plus grand nombre de gens qu’aucun autre évangéliste avant lui ? Quel guide est-il, celui qui a conduit au Christ la plus grande armée de néophytes depuis le jour de la Pentecôte, où saint Pierre, prêchant avec puissance aux hommes de Judée, les conjurait et les exhortait de sorte que « ceux qui acceptèrent sa parole furent baptisés et, en ce jour-là, le nombre des disciples s’augmenta d’environ trois mille âmes » ?

Quand, au début de la Croisade de New-York, l’auteur dit à Graham qu’il avait l’intention d’en écrire un compte rendu, l’évangéliste lui proposa généreusement de mettre à sa disposition son journal personnel. Ce document reflétait l’homme et sa manière de penser et de vivre, il l’expliquait mieux que n’importe quel observateur n’eut pu le faire. Permission fut alors demandée et obtenue d’en publier de larges extraits.

Voici le premier passage où il est question de New-York, écrit à la date du 9 mai, six jours avant l’inauguration de la Croisade.

Quel temps merveilleux ! Une de ces matinées de mai où l’on ne peut pas rester enfermé. C’est mon premier printemps passé à la maison. D’habitude, à cette époque de l’année, nos campagnes nous ont entraînés ailleurs. Je n’aurais jamais cru que la chaîne des Montagnes Bleues pût être si merveilleusement belle. Les cornouilles blanches étincellent, les violettes percent la mousse de toutes parts. Nous venons de passer quelques semaines merveilleuses et si douces ! J’ai pu courir et jouer avec les enfants chaque jour, écouter leurs questions et leurs problèmes ; le soir, nous fléchissions ensemble les genoux et, les cœurs remplis d’adoration, nous faisions monter nos louanges et notre intercession vers le Seigneur que nous aimons tous ; j’ai parcouru les bois avec mes deux chiens, Belschazzar et Princesse ; rendu visite à quelques voisins ; passé chaque jour plusieurs heures dans mon bureau, penché sur la Bible — vraiment des journées inoubliables en vue de la préparation de la prochaine Croisade de New-York.

Depuis plusieurs mois nous avons à faire face à de nombreux obstacles et à des problèmes ardus. Je crois que notre bureau de New-York m’a appelé en moyenne trois ou quatre fois par jour. Beaucoup de problèmes paraissaient insolubles, et pourtant, je ne sais comment, ils ont été résolus.

Il y a quelques mois, l’opposition des partis religieux extrémistes semblait se combiner pour mettre une barrière à la bénédiction de Dieu ; l’opposition s’est maintenant en grande partie dissipée, et cela, je le crois, en réponse à la prière.

En face de l’opposition, j’ai tout remis entre les mains de Christ. Certaines fois, lorsqu’on écrivait des mensonges contre moi, qu’on tordait les faits et me calomniait, je ne pouvais m’empêcher d’avoir dans mon cœur un peu de ressentiment et j’ai été tenté, une ou deux fois, de répondre avec violence. Mais des paroles de l’Écriture résonnaient à mes oreilles et pénétraient dans mon cœur, en particulier 1 Pierre 2.15 : « C’est la volonté de Dieu qu’en pratiquant le bien vous réduisiez au silence les hommes ignorants et insensés. »

Puis, au fond de mon cœur, graduellement, je me mis à mettre mes détracteurs au bénéfice du doute. La plupart de leurs suppositions provenaient de l’ignorance des faits réels. La voix « douce et subtile » me disait qu’un jour je serais justifié.

Petit à petit l’Esprit de Dieu versa dans mon cœur un amour réel pour ces frères qui, je le crois, se trompaient tragiquement. J’ai remercié Dieu bien des fois au cours de ces derniers jours de ce qu’il m’a fait la grâce, pendant ces mois de violentes attaques, de ne jamais répondre. Je ne veux pas que mes pensées soient détournées de Christ. La promesse nous a été faite que, si nous gardons notre esprit en Lui, la paix qui surpasse toute intelligence gardera nos cœurs. Cela s’est certainement réalisé pour moi.

Pendant ces dernières semaines, j’ai pu faire le plein. Mais plus je lisais et plus j’étudiais, plus mon ignorance m’apparaissait, si bien qu’aujourd’hui, au moment de partir pour New-York, je me sens plus inadéquat et plus impuissant que je ne l’ai jamais été. C’est avec crainte et appréhension, mais pourtant avec espérance, que je monterai cet après-midi dans le train qui m’emmènera à Washington et à New-York. New-York est une ville si gigantesque et l’occasion qui m’y est offerte d’annoncer l’Évangile si formidable que ma responsabilité est accablante.

Les yeux des chrétiens du monde entier sont tournés vers la Croisade de New-York. On a tant écrit et tant parlé, on a fait tant de commentaires, on a si bien su éveiller l’intérêt à travers le monde que tout ce qui arrivera à la Croisade sera discuté, fera l’objet de nombreuses prières et de nombreuses discussions.

Je suis convaincu que le Saint-Esprit va répondre aux prières de millions d’hommes. Mon bureau a été inondé chaque jour de lettres provenant de toutes les parties du monde et qui me racontaient les expériences passionnantes que les chrétiens sont en train de faire partout en priant pour la Croisade de New-York. J’ai reçu des lettres en provenance de quarante-cinq pays différents, quelques-unes presque incroyables. Des gens prient souvent des nuits entières pour que Dieu envoie un renouveau spirituel à la ville de New-York. Je crois que Dieu répondra, à Sa manière, à ces prières multipliées.

Une de ces lettres me parlait d’une réunion de prière organisée par un groupe de dames. Elles étaient divisées entre elles au point que certaines ne se parlaient plus. Avant la fin de la réunion, elles sont tombées dans les bras les unes des autres parce que leurs cœurs étaient unis par le Saint-Esprit. Une chère petite dame chinoise, d’au-delà du rideau de fer, vint à Hong-Kong ; elle assista à une de ces réunions de prière et donna son bracelet pour qu’on l’envoie au Comité de New-York afin de contribuer aux frais de la Croisade. En Europe, une réunion de prière a été le moyen dont Dieu s’est servi pour la conversion de cinq personnes. Une autre réunion de prière à Singapour, qui groupait plusieurs vingtaines de personnes, a aussi enregistré de nombreuses conversions. Comme le disait récemment un pasteur de New-York : « Même si la Croisade ne pouvait pas avoir lieu, il vaudrait la peine de l’avoir préparée, à cause de cet esprit d’attente et de foi qui à saisi tant de chrétiens dans le monde entier. »

En allant à New-York, j’ai le cœur plein de reconnaissance pour ces quelques dernières semaines au cours desquelles j’ai pu me reprendre. J’ai dit hier à Ruth que, depuis plusieurs années, je ne me suis pas senti si bien portant. Elle me dit : « Chéri, c’est une réponse aux prières des gens qui intercèdent pour toi de tous côtés ». Et je sentais au fond de moi-même qu’elle avait raison. Le mois d’avril a été mis à part, dans toutes les parties du monde, pour la prière. Ces prières ont grandi en puissance et en intensité. Je commence à en sentir l’effet.

Physiquement, je ne me suis jamais senti aussi bien. Spirituellement, la présence et le secours de Dieu me sont sensibles. Des idées et des plans de sermons me viennent à l’esprit et au cœur comme rarement auparavant. Je suis convaincu que toutes ces prières conjuguées font mouvoir le bras de Dieu. J’ai ressenti la même chose à Londres, il y a trois ans et aussi en Inde l’an passé. Je sais que nous allons attaquer l’une des forteresses de Satan. Le matérialisme, l’indifférence, la perversité y sont visibles même à un observateur superficiel. L’Eglise recule et perd du terrain. Nous avons trouvé bien des pasteurs découragés et parfois même désespérés. Cette grande Croisade en commun va enflammer la colère du diable. Toutes les forces de l’enfer seront probablement tournées contre nous. Si c’est par la crucifixion que doit se terminer mon ministère, par la grâce de Dieu, je suis prêt. Bien plus, je considère comme une joie d’être mis à l’épreuve. C’est un but exaltant, une aventure passionnante que d’avoir le privilège, s’il le faut, de souffrir et de combattre pour Christ.

Beaucoup de mes amis m’ont prédit que la Croisade de New-York se terminerait par un échec. A vues humaines, et d’après les normes humaines, elle peut tomber à plat ; cependant, je suis convaincu qu’en réponse aux prières de millions de gens, elle ne sera pas un échec aux yeux de Dieu et d’après les évaluations célestes. C’est Dieu qui dirige et, d’une manière imprévisible et merveilleuse, Christ en recevra honneur et gloire.

Ce qui me rend malade, c’est cette concentration de publicité autour de mon nom. Aussi vite que possible, l’attention du public doit être détournée de ma personne et de notre équipe et rivée sur la personne de Christ. Je dois diminuer, il faut qu’Il croisse. J’ai bien souvent déclaré que Dieu ne permet pas que Sa gloire soit partagée avec un autre. Quand un homme, quel qu’il soit, devient le centre de l’attention, il risque de détruire son propre ministère. Que Dieu soit béni pour l’intérêt qui a été suscité partout, parmi tant de gens, mais j’intercède pour que le centre d’intérêt soit Christ.

Aujourd’hui Ruth et moi avons fait notre dernière promenade. Nous sommes allés voir nos quatre brebis, nous nous sommes étendus dans l’herbe, nous avons bavardé, cité des textes de la Bible, prié ensemble. Quelle merveilleuse compagne elle est pour moi ! Elle a toujours présent à l’esprit le verset qui convient à chaque occasion. Certainement notre mariage a été conçu et arrangé au ciel. Les enfants me manqueront au cours des prochaines semaines. Je me suis pris à aimer ces montagnes et rien ne me plairait mieux que d’y rester jusqu’à la fin de ma vie, si tel était l’ordre du Seigneur. Aller à la guerre n’est pas dans ma nature. Tout est ici si paisible et si reposant ! Mais le devoir appelle. Il me faut revêtir toute l’armure de Dieu et marcher à la rencontre de l’ennemi.

L’ennemi de l’évangéliste n’est pas toujours visible aux foules qui l’acclament. Elles s’attendent à ce que l’homme de Dieu combatte le diable, mais il y a bien d’autres ennemis. Un sage inconnu, qui doit les avoir tous rencontrés un jour, a écrit ceci : « Un évangéliste doit être bien des choses pour bien des gens. Pour s’adonner à cette tâche, il faut un cœur de lion, la patience d’un âne, la sagesse d’un éléphant, la persévérance d’une fourmi, et de plus, il faut avoir le don d’ubiquité. »

A New-York, où Graham allait affronter sa plus grande bataille, il devait bientôt éprouver la justesse de ces paroles.

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