Souffrir… Mais pour quoi ?

III. D’OÙ VIENS-JE ? QUI SUIS-JE ? OÙ VAIS-JE ?

Tout homme, toute femme, à tout âge, en toutes circonstances, se pose — consciemment ou non — ces trois questions : D’où viens-je ? Qui suis-je ? Où vais-je ? Pourquoi ? c’est-à-dire “A cause de quoi ?” et Pour quoi ? “Dans quel but ? A quelle fin ?” Répondre à ces deux questions : celle de mon origine et celle de mon avenir (pourrais-je dire de ma destinée ?), c’est aussi répondre à la troisième : Qui suis-je ? Avec quels moyens, quelles visées et quelles armes ?

Par moi-même, je suis incapable de répondre à aucune d’elles. Limité à ce que je suis, je ne puis imaginer le processus de mon “origine” ni me représenter le “pourquoi” de ses intentions. Ne pouvant savoir “à cause de quoi”, il m’est tout aussi impossible de formuler aucune hypothèse, discerner “en vue de quoi, dans quel dessein ?” Quel peut être le guide, le programme de ma vie ? Comment savoir “pour qui” et “pour quoi” ?

Si je ne le puis, personne non plus ne l’a pu ni ne le pourra jamais : il faut alors chercher hors de notre humanité. Serait-ce possible ? Oui, car Quelqu’un prend l’initiative : un Dieu tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, qui nous révèle Qui Il est, ce qu’Il veut, et ce qu’Il fait.

Cette information nous parvient dès le premier verset de la Genèse :

“Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.”4

4 Veuillez relire les versets 2 à 25 !

Tout étant bien et bon pour la venue de l’homme, Dieu dit alors :

Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance (…) et qu’il règne sur la terre entière.” (v. 26)

Cette seule phrase nous révèle notre “pourquoi”, la définition du sens de notre vie.

Avec une extrême simplicité, Dieu, par sa Loi, nous apprend le “comment” de notre activité5 :

5 Exode 20.1-17 ; Deutéronome 5.7-22.

“L’Éternel notre Dieu est le seul Éternel. Tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.”6

6 Deutéronome 6.4-5

De sa souveraine autorité, le Christ en précise le sens. Un scribe lui ayant demandé : “Quel est le premier de tous les commandements ?”, Jésus répond :

« Voici le premier : Ecoute Israël ! Le Seigneur notre Dieu, est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force. Et voici le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même7. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ces deux-là.” Et il ajoute : “De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes.8

7 Matthieu 22.37-39 ; Marc 12.28-31 ; Luc 10.25-27

8 Matthieu 22.40

Le scribe approuve le Christ en termes remarquables :

“Maître, dit-il, tu as bien dit et avec vérité, qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et qu’il n’y EN a point d’autre que Lui ; que l’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence9 et de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, c’est plus que tous les holocaustes et tous les sacrifices !” — Jésus, voyant qu’il avait répondu avec sagesse10, lui dit : “Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu.”11

9 Sunèsios en grec.

10 Nounekôs : on traduit aussi : avec sagacité, discernement, intelligence.

11 Marc 12.32-34

Il souligne son intelligence, car le scribe ne cite pas littéralement sa réponse à cette question. En bon linguiste et fin théologien, il réduit les termes âme et pensée en un seul : intelligence ; une vérité que le Christ approuve. Conjointes et inséparables, notre âme et notre pensée constituent notre intelligence. Il s’agit bien d’une exégèse canonique : Jésus, le Christ, admire la sagacité de ce scribe “qui a répondu en homme intelligent”.

Le cœur et l’intelligence forment ainsi, en notre personne, un binôme dont l’équilibre doit être farouchement maintenu. D’une part, sans réflexion suffisante, notre cœur se laisse aller à des élans, des proclamations, des exclusives, des revendications pédagogiques, civiques et humanitaires, économiques et politiques, idéelles et irréelles, qu’il faut — au prix des pires désordres — réaliser sans référence aux devoirs, possibilités et moyens adéquats. D’autre part, la pensée pure, la seule raison, l’entendement, qui se veulent intelligents, postulent indépendance et pureté, galopent sans nul respect des sentiments ou de la personne, dans l’édification d’une Science, d’une Politique, d’une Économie, d’une Religion “modernes” des plus contraignantes et imposées, sous peine de sanctions, comme normes de vie et d’action.

Un cœur déraisonnable est irrationnel, inintelligent. Une raison qui se veut autonome, déprécie le cœur et la personne, est inintelligente tout autant. L’activité conjointe des deux, s’inspirant mutuellement, telle est la seule, la véritable, l’authentique intelligence. Seule la complémentarité, le mariage du cœur et de la raison, créent l’intelligence et balisent ses démarches.

Il nous est à présent possible et nécessaire de sonder ce mystère : “Je suis fait, je suis faite à l’image de Dieu et à sa ressemblance pour régner sous ses ordres. Le Seigneur, mon Dieu, est le seul Seigneur, à aimer dans ma vie et ma souffrance de tout mon cœur, de toute mon intelligence et de toute ma force.”

*

Deux méthodes d’exposition se présentent à nous.

La première : d’une marche lente et prudente, du simple au complexe, exposer successivement chaque aspect du “mystère de notre souffrance”. Au terme de cette étude, nous contemplerions, enfin ! en une vivante synthèse, l’importance de chaque étape, enrichie dès lors de l’apport de toutes les autres. A petits pas, d’une marche prudente, nous parviendrions ainsi au “sommet”, d’où nous découvririons, dans un ciel sans nuage, le lever d’un soleil brillant. A rebours nous apprécierions alors l’utilité et la nécessité de chaque “lacet” parcouru pour nous hisser vers la lumière.

Au risque de surprendre, la bonne méthode ne serait-elle pas l’inverse ? D’avance et dès le départ, le Guide nous fait savoir OÙ il souhaite nous conduire à travers lacets et fatigues. A chaque étape, chaque pause pour raviver nos forces, nous nous représentons alors le but qui nous est déjà révélé. Peu à peu, nous voici inondés de la lumière d’un éclatant soleil dans la reconnaissante mémoire du chemin parcouru.

A quoi Dieu nous appelle-t-il donc ? Si stupéfiant que cela soit : “A partager sa sainteté.” Dès lors, oubliant ce qui est derrière nous, nous devons nous élancer vers ce qui est devant nous, et courir vers le but, pour obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ (cf. Phil. 3.13-14).

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