A la question : “D’où viens-je ?” le récit de la Création répond : d’abord d’une délibération de Dieu : “Faisons l’Homme” (Gen. 1.26), suivie de son exécution : “Alors, Dieu crée l’homme.” (v. 27) Il ne crée pas comme une espèce animale de plus, mais selon une réflexion qui établit une ineffaçable liaison : la personne de l’Homme reçoit un lien de parenté avec son Créateur, au point de lui ressembler et d’être “à son image”.
On ne saurait assez louer l’excellence et la dignité de cette grâce. Sans comparaison avec aucune des autres créatures, l’image de Dieu est d’une incomparable noblesse !
“Dieu dit…” Pour se faire connaître à nous, Dieu ne se présente qu’en sa Parole, vivante image de sa gloire, et ne veut être contemplé qu’en sa voix. Il y a identité entre Dieu et sa Parole, la vivante image par laquelle il se présente à nous, où il nous faut le contempler.
Adam ressemble à son Créateur comme l’enfant à son père… Il est un miroir où la grâce de Dieu resplendit. Et c’est par la grâce du Fils unique qu’il est élevé à un tel honneur. Si surprenante qu’elle puisse paraître aux personnes bornées et distraites que nous sommes, cette affirmation doit nous rester présente à l’esprit. La création est un acte trinitaire où le Fils de Dieu apparaît comme la parfaite image du Dieu invisible ; car Dieu — étant invisible — ne peut jamais être représenté. Il ne se fait connaître, et n’est connu, que par sa Parole : Parole parlée, Parole écrite, Parole parlante, Parole vivante : son Fils bien-aimé, image vivante de Dieu, sa Parole éternelle. Le Fils de Dieu, son Christ, est présent, actif dans tout acte créateur, avant de l’être dans tout acte salvateur. L’apôtre Paul insiste sur l’actualité du Fils, Créateur et Sauveur, dans toute révélation.18
18 Cf. ci-dessous les exposés : L’Ange de l’Éternel et Le Christ Jésus.
“Il est Lui, l’image du Dieu invisible. (…) Car c’est en Lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre. (…) Tout a été créé par Lui et pour Lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en Lui. » (Col. 1.15-17)
« Nos pères, ajoute-t-il, ont tous mangé du même aliment spirituel, ils ont tous bu du même breuvage spirituel : car ils buvaient à un rocher spirituel qui les accompagnait : et ce rocher était le Christ. » (1 Cor. 10.3-4)
“Image de Dieu”, Adam jouit d’un esprit droit, d’affections équilibrées, de réflexions disciplinées, toutes qualités à l’unique gloire de son Créateur. “Image de Dieu”, son esprit et son cœur, son âme et ses facultés, son corps même, reflètent ensemble la gloire du Créateur.
L’image de Dieu s’étant altérée par la chute d’Adam, nous ne pouvons juger de ce qu’elle fut que selon sa “régénération”. Saint Paul dit que c’est par l’Évangile que nous, pécheurs, sommes transfigurés à l’image de Dieu. La régénération spirituelle n’est autre que la restauration de notre image.
“Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses œuvres, et vous vous êtes revêtus du nouvel homme, qui se renouvelle sans cesse à l’image de Celui qui l’a créé, jusqu’à ce qu’il parvienne à la pleine connaissance.” (Col. 3.9-10)
“Vous avez été instruits selon la vérité qui est en Jésus, à vous dépouiller, par rapport à votre vie passée, du vieil homme corrompu dans les convoitises trompeuses, à être renouvelés dans l’esprit qui inspire vos pensées, à vous revêtir du nouvel homme, créé à l’image de Dieu dans la justice et la sainteté que produit la vérité.” (Éph. 4.21-24)
“Par ce mot de ressemblance ou image, dit Jean Calvin, est signifiée l’intégrité de toute la nature, quand Adam, ayant une droite intelligence, avait ses sens rangés et soumis à la raison et, tous ses sens saints et ordonnés, excellait véritablement en tous biens. (…) Ainsi, le principal siège de l’image de Dieu a été, d’éminente façon, en l’entendement19 et dans le cœur ; il n’y a pas eu toutefois en lui de partie en laquelle il n’en apparaît quelques étincelles. Car il y avait, en chaque partie de l’âme, un équilibre si bien ordonné que tout y était accompli ; il y avait une lumière de droite intelligence qui régnait en son entendement et était accompagnée de droiture ; tous ses sens étaient prompts et dispos pour obéir à la raison ; dans son corps il y avait une proportion égale et correspondant à un tel ordre.
19 L’entendement est le plus haut siège de notre raison, d’où procèdent toutes nos pensées et délibérations. Il est simultanément l’intelligence sensible ou la sensibilité intelligente.
Or, bien qu’il nous reste quelques traits obscurs de cette image-là, ils sont toutefois si corrompus et si imparfaits qu’on peut véritablement dire qu’elle est effacée. Car, outre la difformité qui apparaît si laide partout, ce mal y est aussi : qu’il n’y a nulle partie qui ne soit infectée par le péché. (…)
Il est ici question de la gloire de Dieu qui reluit spécialement dans la nature humaine, en tant que l’entendement, la volonté et tous les sens, représentent un ordre divin.”20
20 Jean Calvin : Commentaire sur Genèse 1.26-27.
‘“Dieu créa l’homme à son image.” (Gen. 1.27) Cette affirmation nous est incompréhensible si nous ne la rapportons à son Fils, le Christ, la seule, l’unique image vivante de Dieu. Rien n’est meilleur pour nous que d’être rendus conformes à son image.
Intervertir les termes : “Il le créa à l’image de Dieu”, c’est dire que l’homme ne possède rien en propre ; n’étant pas riche de ses propres biens, il ne peut se prévaloir d’aucune originalité, ni dignité qui le distingueraient de son Créateur. Son seul et unique bonheur, sa vocation, est de partager la vie de son Dieu, de la recevoir pour son inépuisable fécondité, sans qu’elle puisse jamais être déviée par aucune “originalité” de cœur, de pensée ou d’actes. L’homme est l’image et la gloire de Dieu. Rien ne peut remplacer ou surpasser l’honneur de partager cette image et d’y participer. En son Nom, l’homme est appelé à régner sur la terre entière.21
21 Le texte de Philippiens 2.5-11 — particulièrement les v. 9-11 — est le vis-à-vis de l’ordre de mission adressé à Adam : Gen. 1.26-28.
L’“homme” : c’est-à-dire l’homme et la femme ; car il est certain que cette “image” concerne aussi bien toutes les femmes que tous les hommes. “Ils ne sont plus deux, dit Jésus, mais une seule chair.” (Matth. 19.6)
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Il importe de noter, enfin, que la terre entière ayant été créée pour porter l’homme et le nourrir, participe, elle aussi, à sa façon, de l’image de Dieu.
Pourquoi la Terre, créature insensible, sait-elle qui nous sommes pour nous dispenser tout ce dont nous avons besoin, nous et tous les êtres vivants de la Terre, et comment le sait-elle ? Pourquoi les cieux nous apportent-ils la pluie et, avec elle, les aliments nécessaires à toutes les créatures vivantes ? Comment la terre et le ciel savent-ils ce qui nous convient et nous est nécessaire pour vivre, agir et penser ? N’est-ce pas que, par sa providence, ils en reçoivent l’ordre de Dieu ? N’est-ce pas que, d’une certaine manière, les cieux et la terre, connaissent aussi Dieu, nous donnent de le connaître à notre tour et nous conduisent à Lui ? Rien n’est donc refusé au fils de famille dans la maison de son père. Ainsi la terre est-elle pour nous la maison de notre Dieu où rien ne nous est refusé, puisque nous sommes ses enfants.
Mais si nous en venons à détériorer cette image en nous, alors, à leur tour, les créatures ne nous connaissent plus, puisque nous ne les reconnaissons plus comme de sa création. Si donc nous refusons de porter Son image, la terre se referme sur elle-même, se recroqueville à nos yeux dans le silence de Dieu et l’incompréhension du monde.