Quelques secteurs du combat

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Quelques secteurs du combat

L’arme secrète.

L’équipe de Graham est composée de spécialistes entraînés à une tâche exigeante. Il leur faut être diplomates sans être astucieux, humbles sans être serviles, résolus sans entêtement, persuasifs sans sermonner. Que de qualités difficilement conciliables ! Il est bon de se pourvoir encore d’un estomac de fer, de nerfs d’acier et d’un cœur d’or.

Willis G. Haymaker, vieil ami de la famille Graham, possède tous ces attributs. C’est à lui qu’incomba, bien avant la Croisade, la mission d’organiser le secteur de la prière.

Il est presque impossible de surestimer l’importance que Graham attribue à la puissance de la prière. Chaque fois qu’il ouvre une campagne, il commence par lancer un appel à l’intercession.

J’espère que New-York va devenir la ville la plus assiégée par la prière dans le monde entier.

Pour que cette espérance se réalise, Willis Haymaker se mit à l’œuvre.

Comme tout bon organisateur, il se fixa un but. Il se fixa comme objectif global de réunir deux cent cinquante mille collaborateurs dans la prière, provenant de cent pays différents :

Pour New-York, il espérait susciter un groupe de prière dans chaque bloc d’immeubles.

Nous n’avons pas l’intention d’écrire ici un traité de méthodologie, qu’il nous suffise de savoir que M. Haymaker savait exactement ce qu’il fallait faire. Il savait où trouver et embaucher de nombreux collaborateurs pleins de bonne volonté, il savait pouvoir atteindre des groupes de prière déjà organisés sur le plan national ou sur le plan local, il savait comment mettre au travail des volontaires qui donneraient leur temps sans compter. Nous regrettons de ne pouvoir citer tous ceux qui le mériteraient, ils sont trop nombreux.

Ayant pris les mesures nécessaires, Haymaker envoya des lettres aux personnes capables de lui ouvrir des portes. Dans toutes les villes où Graham avait précédemment organisé des campagnes d’évangélisation, une commission pour la prière s’était mise à l’œuvre. Des lettres furent adressées à tous les présidents de ces organisations, elles disaient :

La Croisade de New-York donne à chaque intercesseur une immense responsabilité…

Si nous n’étions pas certains que d’un bout à l’autre de l’Amérique, et tout autour du monde, les chrétiens prient pour nous, nous n’oserions pas entreprendre cette Croisade…

Nous vous demandons, à vous qui présidiez la Commission pour la prière de la Croisade dans votre ville, d’alerter vos groupes et cellules de prière et de vous joindre à d’autres afin de créer un faisceau de prière en faveur du réveil à New-York.

La campagne de prière commencera le lundi 1er avril 1957.

L’accueil fait à cette circulaire dépassa toute attente.

Pour recruter à New-York même des collaborateurs dans la prière, le Comité exécutif de la Croisade nomma un comité composé de pasteurs et de laïcs engagés, hommes et femmes. Ce comité à son tour désigna des commissions chargées de créer des comités locaux qui avaient pour tâche de mobiliser les forces de prière par régions et par districts. Chacun travaillait sous sa propre responsabilité.

Une station émettrice de New-York consentit à « vendre du temps » à la Croisade. Chaque jour, du lundi au vendredi, à midi quinze, une émission spéciale invitait à la prière. Le programme avait pour devise : « Midi, c’est l’heure de la prière ». Chaque jour, des membres de l’équipe lisaient au micro un message, puis donnaient quelques sujets de prière concernant la Croisade.

De nombreux groupes d’intercesseurs, réunis en privé autour d’un poste de radio, écoutaient l’émission puis priaient ensemble jusqu’à midi trente.

Une lettre circulaire conseillait ce qui suit :

Fixez la première réunion de prière au premier avril chez vous ou dans votre bureau et invitez vos voisins ou vos camarades de travail.

De jour en jour, essayez d’organiser une réunion de prière dans les différentes maisons de votre voisinage.

Distribuez autour de vous les cartes de prière de la Croisade.

Veillez à ce que vos rencontres soient simples et naturelles, évitez la solennité.

Si vos voisins, vos amis, vos camarades de travail ne peuvent se joindre à vous, invitez-les à écouter l’émission « Midi, c’est l’heure de la prière », tous les jours à 12 h. 15 et qu’ils prient ensuite en particulier.

Quelquefois, on demande : Pourquoi faut-il à l’équipe de Graham plus d’une année pour préparer une campagne ? Qu’est-ce qu’ils font ?

Déclencher une campagne de prière d’une envergure telle que des millions d’intercesseurs s’unissent pour prier, c’est l’une de leurs tâches et non la moindre. L’ampleur de cette œuvre est sans précédent.

Deux mois avant l’inauguration de la Croisade, Haymaker put affirmer au Comité exécutif qu’à l’intérieur de chaque zone postale de New-York, existait un réseau de groupes de prière bien éveillés.

Déjà trois mille groupes de prière locaux se rencontraient chaque jour.

Des câblogrammes, provenant de trente-neuf pays, affirmaient que des groupes de prière s’étaient mis à l’œuvre en faveur de New-York.

Plus de huit mille collaborateurs dans la prière à New-York s’étaient personnellement engagés à porter la campagne devant Dieu.

A mesure que le temps passait, la grande carte du monde, dans le bureau de Haymaker, se couvrait de lettres et de télégrammes provenant de toutes les parties du globe.

Du Pakistan… Nous nous joignons à tous ceux qui, à travers le monde, prient pour la Croisade.

De Hong-Kong… Je voudrais que vous puissiez entendre les prières de nos chrétiens, en ce coin du monde, pour vous autres à New-York.

Du Caire… Nos chrétiens prient expressément pour vous chaque matin à 7 heures. Que la puissance du Saint-Esprit vous revête de force.

De Mexico… Il y a un groupe ici, dans la ville de Mexico, qui vous porte, vous et votre équipe, dans l’intercession. Soyez assurés que nous vous soutenons de tout cœur.

De Londres… Nous sommes avec vous continuellement en prière, persuadés que Dieu peut, au moyen de cette Croisade, changer le cours de l’histoire du monde.

Et tant d’autres…

A Formose seulement, plus de trente groupes se rencontraient régulièrement. L’un de ces groupes était formé par Mme Chiang Kai-Shek et ses amies intimes.

Aux Indes, dans cinq villes différentes, on avait organisé des nuits de prière.

Mais le groupe le plus étrange qu’on ait sans doute jamais vu se rencontrait au Japon. Il se composait exclusivement de prisonniers condamnés à mort. Un missionnaire américain l’avait organisé dans la section spéciale d’une prison japonaise. Ces hommes, qui n’avaient plus aucun espoir pour eux-mêmes, priaient pour que l’espérance naisse dans de nombreuses vies à New-York.

En date du 14 mai, jour de la consécration du Madison Square Garden au service de Dieu, le quartier général de la Croisade avait envoyé, sur demande, deux cent cinquante mille cartes de prière.

A la même date, dix mille groupes locaux se rencontraient quotidiennement.

Ce soir-là, dans cent cinq pays différents, des chrétiens étaient en prière pour New-York.

Et ce même soir, dix grandes églises de la ville, une dans chacun des grands secteurs, resteraient ouvertes du soir jusqu’à l’aube pour accueillir les milliers d’intercesseurs qui avaient promis de venir.

A Montreal, Billy Graham avait éprouvé la puissance de ce courant de prière et senti que de grandes choses se préparaient. Au commencement de la Croisade, c’est grâce à la force de cette intercession qu’il avait pu tenir. Voici un fragment de son journal, en date du 23 mai :

Rentré dans ma chambre… j’étais si fatigué que je dus m’étendre pendant une demi-heure. Cependant il y a eu jusqu’ici, dans cette campagne, une chose étrange et merveilleuse : bien que j’aie toutes les raisons d’être fatigué, j’ai ressenti une force profonde comme jamais auparavant. J’attribue cela à la puissance incalculable des prières si nombreuses de nos frères dans le monde. Je suis détendu et paisible comme rarement au cours de mes campagnes. Tout ceci vient de Dieu et je lui en rends grâce.

Collaboration des pasteurs.

Leighton Ford, un jeune pasteur presbytérien du Canada, était chargé des relations avec les pasteurs. Sa tâche était de faire connaître la Croisade à chaque pasteur protestant de la ville de New-York. C’était une mission impossible, surhumaine.

Par où commencer ? Dans les autres villes on commençait par se procurer une liste, puis on écrivait des lettres et on faisait des visites.

Mais à New-York, il n’existait aucune liste des églises protestantes. Naturellement, il y avait un annuaire des grandes églises bien établies, mais les autres n’y étaient pas mentionnées.

Leighton Ford se mit au travail avec l’ardeur et l’habileté qui avaient fait de lui autrefois le plus jeune directeur de « Jeunesse pour Christ » aux États-Unis. Charles Riggs qui avait dirigé, au cours de précédentes croisades, la section des conseillers spirituels, vint à la rescousse.

Ils commencèrent une série de visites aux pasteurs, de porte en porte et de presbytère en presbytère, mais ils s’aperçurent bien vite que cette méthode dépassait les forces de deux hommes et même de vingt.

Riggs dit en riant :

— Cette chose-là est plus grosse que nous deux réunis.

— Nous allons nous procurer une liste, aussi complète que possible, et nous écrirons une lettre à chacun, décida Ford.

En divisant la ville en neuf secteurs et en désignant un président dans chacun de ces secteurs, ils découvriront des masses de pasteurs qui n’étaient inscrits nulle part. Des centaines d’entre eux dirigeaient des congrégations d’avant-garde, souvent isolés, sans lieu de culte fixe ; ils louaient des boutiques vides, payaient le loyer au moyen de collectes, et déménageaient quand le propriétaire avait trouvé un meilleur locataire.

Finalement leur liste réunit environ trois mille noms.

Ils expédièrent des lettres qui expliquaient la mission de Graham et exposaient les plans de la Croisade. Ils demandaient aux pasteurs de leur désigner des membres de leur troupeau prêts à s’engager comme intercesseurs, à aider au service d’ordre, à chanter dans le chœur, etc…

Ford et Riggs visitèrent chaque secteur et toutes les communautés de banlieue représentées au Conseil des Églises Protestantes. Ils revenaient éreintés de chaque tournée, s’apercevant que New-York est plus vaste, plus fatigant, plus exténuant et présente plus de problèmes qu’aucune autre des grandes villes où ils avaient travaillé.

Ils apprirent aussi à connaître la nature humaine. Cela étonnera peut-être certains d’apprendre que les ministres de l’Évangile, dans l’ensemble, ne sont pas différents des autres gens. Ils se sont habitués à un train-train confortable. Imaginez que vous soyez le pasteur d’une agréable paroisse, avec un auditoire qui vous apprécie et un budget sans déficit. Voici que votre bureau est tout à coup encombré d’une invasion de lettres, de cartes, de télégrammes, et peut-être aussi de visiteurs. Jamais, depuis que vous exercez le ministère, vous n’avez rien vu de semblable ! Vous voici maintenant face à face avec un jeune collègue vibrant, zélé, décidé qui vous supplie de mettre votre influence au service de cet effort d’évangélisation. Il ne veut pas accepter votre refus et demande qu’avant de donner votre réponse définitive vous priiez avec lui pour demander à Dieu sa direction. Tout cela ne peut se terminer que d’une seule manière : votre totale capitulation.

Cette peinture paraît-elle être trop poussée ? « Oh la léthargie du peuple de Dieu ! » soupira maintes fois le jeune évangéliste.

Certaines dénominations furent, au début, assez réticentes. Graham venait souvent faire une rapide visite et rencontrait leurs représentants à un déjeuner spécial.

A la fin, environ quinze cents pasteurs ou églises appuyaient résolument la Croisade. C’est eux qui fournirent les phalanges de combattants décidés qui, encadrés par l’équipe de Graham, devait former une armée victorieuse.

L’Opération André.

Walter H. Smyth, du Maryland, organisait la section des places réservées. Quand, le soir de l’inauguration, il constata qu’il avait réussi à caser cent douze délégations venues de différentes églises, il poussa un soupir de satisfaction. Les responsables étaient ravis. Mais un journaliste, qui avait fait le compte des places réservées, fit de vertes critiques : Additionnez, dit-il, tous les gens venus en délégation, à tous les membres du service d’ordre, aux choristes et aux conseillers, vous approcherez d’un total de neuf mille places. Trouvez-vous cela normal, demanda-t-il, que reste-t-il pour les indifférents ?»

Smyth lui répondit : « Notre mission est double, d’abord atteindre les indifférents, pour lesquels il reste encore dix mille places, mais aussi fortifier les églises. Si neuf mille chrétiens pratiquants apprennent à connaître chaque soir la joie du travail en commun, écoutent les exhortations du Dr Graham et renouvellent leur consécration, nous aurons aussi fait du bon travail. »

Il aurait pu aussi lui parler de « l’Opération André » mais le téléphone sonna, c’était un chauffeur de car aux abois :

— Quel trafic ! Et j’ai un pneu crevé, nous serons en retard. Pouvez-vous garder nos places ?

— Combien ?

— Cinquante.

— Venez dès que vous le pourrez.

Cela arrivait tous les soirs : « Ma moto est en panne, mais nous arriverons ! » ou bien « Panne d’essence » ou encore « Une dame s’est évanouie à cause de la chaleur. Nous serons en retard, mais gardez nos places, s’il vous plaît ».

George Cornell, dont les articles à l’Associated Press diffusaient d’un bout à l’autre de l’Amérique les nouvelles de la Croisade au Madison Square Garden, expliqua « l’Opération André » au début de juin.

« Chaque personne en amène une autre, écrivait-il, cela s’appelle « Opération André » parce que l’apôtre André amena son frère Pierre à Jésus ».

« Bien peu de gens sont venus à Christ, dit Graham, sans avoir été amenés par quelqu’un d’autre. »

Voici quelques exemples de « l’Opération André » :

Un certain Lewis, homme d’affaires new-yorkais d’origine juive, fut amené au christianisme par des membres de l’équipe ; il réservait une loge et la remplissait chaque soir de quinze à dix-huit personnes de sa connaissance. Plusieurs se décidèrent à suivre Christ. Le général John Reed Kilpatrick, administrateur en chef du Madison Square Garden, a droit en permanence à une loge réservée, il en retenait deux et y amenait des hôtes de marque : généraux, hommes d’affaires, vedettes et bien d’autres.

La délégation la plus nombreuse comprenait deux mille cinq cents personnes appartenant à une association d’employés municipaux. Une autre délégation de deux mille membres provenait de l’Église baptiste noire de Harlem.

Un train spécial amena un groupe très nombreux venu de Pensylvanie, tandis que du Kentucky, deux trains bourrés amenèrent des visiteurs qui, pour assister un soir aux réunions de la Croisade, durent parcourir, aller et retour, près de trois mille kilomètres. On vint même de plus loin encore, de Nashville et d’Atlanta.

Une délégation de Virginie, forte de quatre cents membres, débarqua un beau matin. Ils avaient loué un train spécial auquel ils avaient fait ajouter une voiture-chapelle. C’était un wagon-restaurant arrangé spécialement, avec un orgue électronique. Pendant les neuf heures du voyage de nuit, six pasteurs y avaient présidé successivement des cultes, on avait chanté les vieux cantiques connus : « Tout à coup, dit l’un des participants, nous avons regardé dehors, il faisait jour ! »

Une autre délégation venue en autocar envoya un don important après son départ accompagné de cette explication : « Après la réunion, nous avons décidé de dormir dans nos cars, et nous vous envoyons le montant des frais d’hôtel ainsi économisés en vue de contribuer à votre grande œuvre. »

Mais ce sont surtout les chrétiens engagés dans les églises qui avaient à cœur d’organiser des délégations et d’amener les gens de la périphérie. Par centaines, ils allaient frapper aux portes de leur quartier et écrivaient des lettres d’invitation. Un homme, qui habitait une grande maison locative à New-York, s’en alla d’étage en étage, sonnant à chaque porte. Au commencement, il ne connaissait aucun de ses voisins mais, avant la fin de la Croisade, il en avait amené près de quarante et la moitié d’entre eux se décidèrent pour Christ.

Beaucoup de pasteurs amenèrent leurs paroissiens soir après soir ; ils réservaient un autobus, en espérant, par la foi, qu’il se remplirait. Un pasteur vint avec quarante-cinq de ses jeunes et eut la joie de les voir tous se lever à l’appel et s’avancer ; sur le chemin du retour, ils passèrent au chauffeur du car les brochures qu’ils avaient reçues dans la salle des conseillers, et lui aussi se décida.

Un fait d’arme de l’Opération André qui mérite d’être cité à l’ordre du jour est celui d’un club de tout jeunes chrétiens. Un de leurs protecteurs était un jeune étudiant en sciences, athée convaincu. Comme il avait beaucoup lu, il sortait victorieux de toutes les discussions. On le convainquit néanmoins de se joindre à une délégation de quarante qui se rendait au Madison Square Garden. Lorsque les jeunes, dans l’autobus, se mirent à chanter des cantiques, il voulut descendre. Au cours de la réunion, son sourire ironique s’effaça et il écouta avec un étrange respect. Au moment de l’appel, tous les jeunes courbèrent la tête et se mirent à prier pour lui. Il restait assis, impassible. Graham, tout à coup et contrairement à son habitude, interrompit le chant et dit : « Je sens qu’il y a ici ce soir quelqu’un à qui Dieu parle, je sais qu’il est presque persuadé. Nous attendrons un moment. Venez maintenant, nous avons tout le temps. Levez-vous et venez. »

Le jeune étudiant glissa jusqu’au bord de son siège, se leva, fit ce premier pas qui coûte tellement et puis s’avança comme un homme qui sait exactement où il va.

Un club avait commandé un car pour un soir du mois de mai, Parmi les invités il y avait Rose-Marie, une collégienne. C’était une fille très libre, genre cheval échappé, très populaire surtout avec les garçons. La course vers New-York ce soir-là fut très joyeuse, il y eut des plaisanteries amusantes, on chanta beaucoup de cantiques. Rose-Marie chantait avec les autres lorsqu’elle connaissait les paroles. Quand Graham invita à la décision, Rose-Marie se leva d’un bond et courut jusqu’à l’estrade. Après cette soirée, elle se mit à étudier sa Bible avec persévérance et se joignit à une église. Avant la fin de la Croisade, elle avait amené quinze jeunes de sa bande au pied de la Croix.

Un conseiller raconte le fait suivant, résultat de l’Opération André… « Georgia est employée de bureau à New-York, elle a vingt-deux ans. Elle n’appartenait à aucune église. Un jour, un de ses camarades de bureau annonça qu’un groupe irait à Ja réunion du soir. N’ayant rien d’autre à faire, elle se joignit à ses camarades.

« Pour la première fois de sa vie, elle entendit l’Evangile annoncé avec clarté, simplicité, autorité. Elle se décida. Sa conversion fut réelle et profonde, une semaine ne s’était pas écoulée qu’elle réussit à amener sa meilleure amie à la Croisade. Elle aussi se décida à vivre pour Christ. Georgia me raconta tout cela dans la salle des conseillers, tandis que son amie recevait les premières instructions en vue de sa nouvelle vie chrétienne.

» — J’espère que j’arriverai à gagner tous les membres de ma famille, ajouta-t-elle, et, au bureau, nous consacrons un moment, chaque jour, à la prière. »

A la fin de la Croisade, Walter Smyth prit l’avion à destination de San-Francisco, pour parler à un groupe de pasteurs décidés à préparer, dans leur ville, la venue de Billy Graham en 1958. Il leur dit sans détours : « Un pasteur reçoit d’une Croisade en proportion de ce qu’il y met. N’attendez pas d’être forcés par l’insistance de vos fidèles ou par l’enthousiasme du public, organisez vous-mêmes dès le début des transports par bus ou par autos. Amenez vos gens à la première réunion. Si tous les pasteurs de New-York avaient travaillé dès le début comme ils ont fini par le faire, il y aurait eu encore bien d’autres résultats : un plus grand nombre d’âmes sauvées et de vies chrétiennes renouvelées, et cela dans leurs propres communautés. »

Téléphone de nuit.

Tous les soirs, à onze heures trente, et tout au long de la Croisade, une importante station émettrice télédiffusait, de New-York, un programme intitulé « Choc »*. Un membre de l’équipe y résumait la réunion du soir puis disait à peu près ceci : « Si vous êtes troublé, appelez-nous. Voici notre numéro de téléphone. Souvenez-vous que Jésus-Christ peut vous aider ». Le numéro restait un bon moment sur l’écran et, à l’autre bout du fil, des conseillers attendaient.

* Impact

Les appels étaient si nombreux qu’il fallut brancher quatorze lignes, occupées sans arrêt jusqu’aux premières heures du matin.

Une nuit, c’était une femme qui appelait, elle avait une voix cultivée, elle était mariée et mère de deux enfants : « Je ne peux pas garder l’un des commandements, dit-elle, c’est celui qui ordonne d’honorer son père et sa mère. »

La conseillère lui demanda d’aller chercher une Bible. Elle n’en avait pas. « Alors, voulez-vous que nous priions ensemble ? » La femme se mit à pleurer. « Il faudrait que je vous voie, supplia-t-elle. » La conseillère l’invita à déjeuner le lendemain et ouvrit sa Bible sur la table du restaurant pour lui expliquer le chemin qui mène à Dieu. Au milieu du brouhaha elle réussit à amener cette femme si malheureuse au pied de la Croix.

Un chemineau, dont la femme et la fille avaient été converties au Madison Square Garden, appela un soir. Elles étaient sorties et il disposait « exactement de quarante-six minutes » pour mettre les choses en ordre dans sa vie. Mais il suffit d’une demi-heure au conseiller pour lui faire comprendre et accepter le plan du salut. Un peu plus tard, il rappela le bureau de la Croisade pour demander qu’on confirme à sa femme la conversation qu’il venait d’avoir. « Elle ne veut pas me croire, vous comprenez. » Et pourtant, chose stupéfiante, cet homme remplaçait souvent l’organiste dans son église, il avait écouté depuis quarante ans d’innombrables prédications. Pour la première fois, son cœur était vraiment touché.

Une femme, un soir, téléphona pour exposer son problème, elle était une alcoolique à l’état aigu : « J’ai une soif insurmontable pour l’alcool, avoua-t-elle, j’ai un bon mari, nous avons une maison neuve, beaucoup d’argent, mais je détruis tout ce qui me passe par les mains. »

Le conseiller ne lui cacha pas la dure vérité : « Pour que Jésus soit votre Sauveur, il faut qu’Il prenne le commandement dans votre vie. Il a la puissance de vous transformer au point que vous voudrez vous débarrasser de votre dernière goutte d’alcool, que vous voudrez rompre avec vos amis qui viennent boire avec vous, de sorte que l’ambiance de votre maison sera totalement changée. »

Puis ils prièrent ensemble et cette femme demanda à Christ de nettoyer sa maison et de la sauver. Plus tard, elle se joignit à une église vivante.

Mel Dibble, responsable de l’émission télévisée « Choc », est un évangéliste qui s’était joint à l’équipe pour la durée de la Croisade. Il était speaker à la télévision et était dangereusement adonné à l’alcoolisme lorsque Graham l’avait amené à Christ.

« Cette émission tardive nous permet d’atteindre les isolés, la clientèle des hôtels, les fêtards, les employés des théâtres et des bars, dit-il, tous ceux qui sont encore debout quand la plupart des gens sont déjà couchés. »

Ce n’était pas une petite tâche que celle de ces quatorze conseillers au travail chaque soir. Chacun essayait de trouver dans la Bible une réponse directe au problème de la personne qui téléphonait, et priait toujours avec elle. À la fin de l’entretien il lui faisait répéter après lui, phrase par phrase, la prière de repentance et de consécration que le pasteur Joe Blinco, dans la salle des conseillers au Madison Square Garden, répétait aussi avec tous ceux qui s’avançaient. Le texte pouvait varier, suivant les circonstances, mais c’était à peu près ceci :

O Dieu, je suis un pécheur,
je reconnais mon péché,
je me repens de mon péché,
je veux m’en détourner.
Et dès maintenant je prends Jésus-Christ pour mon Sauveur personnel.
Je le reconnais comme le Seigneur et le maître de ma vie.
Je vais vivre pour Lui, dans la communion de son Église.
O Dieu, sois miséricordieux envers moi, un pécheur.
Et pardonne-moi maintenant pour l’amour de Jésus.
Je te remercie, Seigneur, parce que Tu exauces ma prière
au nom de Jésus, amen.

Ensuite on s’efforçait toujours d’amener chacun de ces nouveaux chrétiens en contact vivant avec une église. Parfois le problème le plus urgent consistait à empêcher un suicide. Il fallait sauver la vie d’un désespéré qui n’avait plus aucune raison de vivre. Une danseuse qui ne pouvait plus supporter sa vie malheureuse à cause d’un mauvais mariage, était prête à tuer son mari lorsqu’elle vit l’émission « Choc ». Elle appela le numéro indiqué et ce fut son salut. Souvent les téléphones étaient occupés jusqu’à deux ou trois heures du matin.

Peut-on mesurer par des chiffres les résultats de l’opération « Choc » ? Les statistiques portent que cinq cent soixante-six personnes déclarèrent vouloir changer de vie.

La pêche aux gros poissons.

Patricia Campion était venue de Londres pour renforcer l’équipe en vue de l’évangélisation des « hauts-fonds » (les hauts-fonds, pour les initiés, c’est le contraire des bas-fonds). L’histoire de l’évangélisation prouve que là se trouvent les pécheurs les plus difficiles à atteindre.

Miss Campion était bien placée pour s’adresser aux grands de ce monde. Élevée dans un milieu où la religion était formaliste, elle avait rejeté Dieu et s’était jointe à la Ligue des jeunes communistes. À vingt ans, elle était une excellente élève de l’Académie Royale d’Art dramatique et un futur membre du Parti.

Un soir de 1954 elle entendit parler d’un jeune évangéliste qui prêchait dans une grande arène sportive appelée Harrington. Elle décida avec quelques amis d’aller voir si on ne pouvait pas prendre, en l’écoutant, une bonne leçon d’élocution ; mais il ne s’agissait pas de théâtre : elle rencontra Dieu.

Par la suite, elle consacra tout son temps à l’œuvre de Dieu, et vint à New-York pour s’attaquer aux salons de la bonne société. Elle y racontait une histoire si ancienne que la plupart de ses connaissances l’avaient oubliée. Lunch, thés, soirées, toutes les occasions étaient bonnes pour parler de Jésus-Christ.

Un soir, trois dames charmantes soupaient avec elle. Elles étaient habillées par Hattie Carnegie, le Christian Dior américain, mais il leur manquait quelque chose que Patricia Campion semblait posséder.

— Qu’est-ce qui vous donne ce rayonnement merveilleux ? lui demanda l’une d’elles.

— Venez au Madison Square Garden et je vous le montrerai, répondit Miss Campion.

Cette dame, d’une grande famille de Californie, accepta l’invitation, et bientôt ses amies se mirent à lui dire : « Mais qu’est-ce qui vous est arrivé ? Vous n’êtes plus la même. »

Elle répondit :

« J’ai trouvé Jésus-Christ, et Il a transformé ma vie. »

Au cours des mois suivants, trois de ses meilleures amies et sa mère, venue chez elle en séjour, rencontrèrent le Christ aux réunions de la Croisade.

La seconde des trois dames qui soupaient ce soir-là avec Miss Campion, était une jeune femme de vingt-huit ans, épouse d’un architecte connu. Elle était la maman de trois charmants enfants. Quoiqu’élevée par des parents chrétiens, elle n’avait jamais entendu parler de la nouvelle naissance.

— Je croyais, affirmait-elle, qu’on est chrétien parce qu’on a des parents chrétiens. Comment pourrait-on être chrétien autrement ?

C’est à la Croisade qu’elle trouva la réponse.

La troisième dame était une mère de famille avisée et capable, très sûre d’elle-même, et les deux pieds sur terre. Elle dit à Miss Campion :

— Je ne manque de rien, est-ce que vous prétendez sérieusement que je pourrais être encore plus heureuse ?

Quand elles allèrent au Madison Square Garden, le message qu’elle entendit ébranla son assurance, lui révéla son vide intérieur, et elle se joignit, elle aussi, au long défilé de ceux qui s’avançaient à la recherche de la vérité. Elle fut « prise en mains » par une conseillère et se mit à lire sa Bible, elle se rendit utile dans son église ; et voilà que toutes sortes de perspectives s’ouvrirent devant elle, des occasions de service qu’elle n’avait pas soupçonnées auparavant.

— Maintenant, dit-elle, quand je prie, je ne regarde plus en bas, mais en haut.

Un seul souper dans les « hauts-fonds », trois femmes et chacune d’elles amena des douzaines d’invités aux réunions suivantes, et les invités en amenaient d’autres, et les ondes concentriques s’étendaient de proche en proche.

L’évangélisation des étudiants.

L’équipe avait chargé un de ses membres, Paul E. Little, de faire connaître la Croisade dans tous les locaux universitaires. Mission difficile ! Un premier recensement montra qu’il y avait à New-York deux cent mille étudiants répartis dans cinquante collèges universitaires ou écoles supérieures, plus quarante écoles d’infirmières.

Le principal obstacle était l’ambiance de scepticisme intellectuel qui règne dans la plupart des universités. Beaucoup d’étudiants américains s’imaginent que la science moderne est incompatible avec la foi en Dieu.

Graham le savait bien, car, au début du printemps, il avait parlé pendant une semaine de réunions intensives à l’Université de Yale, l’une des plus célèbres universités américaines. Il s’était servi d’une anecdote pour montrer les limites de la science.

Un jeune garçon, disait-il, vint rendre visite à un grand astronome dans son laboratoire et aperçut un immense télescope.

— Combien d’étoiles pouvez-vous voir à travers ça ? demanda-t-il.

— Eh bien, si tu poses le chiffre 1 et si tu le fais suivre de 23 zéros, tu obtiendras le nombre d’étoiles que nous pouvons voir.

Le garçon, stupéfait, demanda :

— Mais d’où viennent-elles donc, toutes ces étoiles ?

— Elles viennent d’un amas de poussière qui a, en quelque sorte, explosé, expliqua le professeur.

— Mais ces immenses masses de poussière, d’où est-ce qu’elles viennent ?

— Oh ! la poussière provient de molécules…

— Mais les molécules, monsieur, d’où est-ce qu’elles viennent ?

— Tout cela provient d’atomes.

— Mais d’où viennent les atomes ?

— Eh bien, mon enfant, c’est une question de neutrons, ils sont à l’origine de tout cela.

— Mais les neutrons, monsieur, ils viennent bien de quelque part ?

— Bien sûr, d’une explosion de radiations.

Le petit bonhomme reprit :

— Mais dites-moi, monsieur, qu’est-ce qui a causé cette explosion ?

— Assez, tu m’ennuies, va-t’en, cria l’homme de science.

Graham ajouta : « La science était arrivée au bout de son rouleau. La science n’en sait pas beaucoup plus long sur l’origine de l’univers. »

Partant du principe qu’on ne peut pas, au moyen du raisonnement intellectuel, trouver le chemin du ciel, Graham essayait de faire comprendre et accepter par les étudiants le message du salut au moyen de la foi.

Pour atteindre le plus grand nombre possible d’étudiants, Little lança une campagne par correspondance.

Des lettres furent expédiées à tous les présidents des fraternités et des sociétés d’étudiants, proposant des orateurs, membres de l’équipe de Billy Graham, pour diriger des discussions ou projeter gratuitement un film sur les croisades d’évangélisation.

Des représentants furent désignés dans chacune des grandes écoles ou universités.

Des étudiants s’inscrivent au cours de formation des conseillers spirituels de la Croisade.

Des affiches et des papillons furent distribués, pour faire connaître la soirée réservée aux étudiants au Madison Square Garden le 18 mai 1957.

Des articles destinés à faire connaître la Croisade furent publiés dans les journaux de l’Université de Columbia, de l’Université de New-York et d’autres établissements d’enseignement supérieur.

Une série de trois conférences fut donnée dans beaucoup de maisons d’étudiants.

Puis ce fut le 18 mai ! Plus de deux mille étudiants arrivèrent en délégation. Plusieurs des grandes universités étaient représentées et beaucoup de grandes écoles.

Plus tard, il fallut organiser des groupes d’étude, des week-end et des pique-niques pour suivre les étudiants intéressés par le message et ceux qui s’étaient avancés.

Tout au long de l’été, les étudiants continuèrent à venir. Little raconte l’histoire d’un étudiant qui faisait sa seconde année de médecine. « Sa tête était bourrée de philosophies anciennes et modernes. Un soir, il débarrassa sa pensée de tout ce fatras et reçut Christ comme son Sauveur. C’était stupéfiant de voir le changement qui s’opérait en lui. Son expérience était si décisive qu’il amena sa femme, qui se décida, elle aussi, et puis sa sœur. »

On fit un effort spécial pour atteindre les dix mille étudiants étrangers à New-York. Beaucoup d’entre eux provenaient de pays qui interdisent l’entrée des missionnaires chrétiens. Au moyen de l’Association Internationale des Etudiants, ces futurs chefs intellectuels de leurs pays furent amenés à suivre de nombreuses réunions, soit au Madison Square Garden, soit à la Maison Internationale de Manhattan.

Une vingtaine au moins de musulmans, d’Hindous et de bouddhistes se décidèrent pour le Christ.

Un jeune Arabe, dont les parents étaient des musulmans pieux, n’était pas satisfait par sa religion. Au Madison Square Garden il se décida à suivre le Christ. De retour à son université, il réunit ses camarades musulmans pour leur raconter sa découverte du christianisme.

Un Perse, disciple de Zoroastre, adorateur du soleil, ignorait complètement la Bible, il n’en avait jamais rien vu ni lu. Il vint aux réunions de la Croisade pour s’amuser, mais il écouta, saisi, le message de l’évangéliste, et s’avança pour en savoir davantage.

Un étudiant chinois, Chiang Yee, travaillait dans un institut technique. Toute sa vie il s’était efforcé de suivre les enseignements de la morale de Confucius. Ce qu’il entendit au Madison Square Garden le convainquit que la voie du Christ était meilleure. Il s’avança avec d’autres personnes touchées par le message et amena plus tard quatre membres de sa famille.

Tous ceux-là pourraient devenir demain des chefs de leur peuple. Un jeune Américain, qui très probablement commandera bientôt à de nombreux compatriotes, écrivit au Dr Graham la lettre suivante, datée de West Point, le Saint-Cyr des États-Unis :

Je me suis avancé et j’ai consacré ma vie à Christ au cours de votre réunion du 2 juillet, et je sais que j’ai accompli là l’acte le plus sage de ma vie. Je regrette vivement de ne pouvoir assister à la réunion finale de votre Croisade, mais nous autres, élèves officiers, devons rester au poste ce soir-là. Il faut être insensé pour refuser de connaître la force et la paix que Dieu donne à celui qui le recherche. J’ai appris cela, et d’autres vérités encore et je vous en remercie, et je remercie Dieu d’avoir rendu tout cela possible.

A la fin de la Croisade, Paul Little fit le dénombrement de ses brebis. Il releva deux mille trois cent vingt-huit décisions fermes.

Les gens du théâtre.

Parmi les évangélistes minces et élancés de l’équipe de Graham, il y avait Lane Adams.

Sa tâche à lui, c’était les gens du théâtre.

Ses antécédents ? Il avait été pilote de guerre, chanteur et animateur de boîtes de nuit.

Quand Graham lui demanda de se joindre à l’équipe qui préparait la Croisade de New-York, il était étudiant en théologie dans une université de Georgie, à trois mois des examens finals. Il accepta d’interrompre ses études, dit adieu à sa femme et à son enfant, et arriva à Manhattan le 21 mars.

Tandis qu’il parcourait Broadway illuminé de réclames et d’enseignes au néon, il se rendit compte tout à coup de l’énormité de sa tâche. Comment pénétrer derrière cette façade brillante, faite d’affiches alléchantes et de faux amusements ?

Adams était probablement le premier missionnaire protestant chargé d’explorer la jungle de Times Square, le quartier des spectacles à New-York. Comme le Dr Livingstone, Judson et d’autres missionnaires éminents, il se mit à la recherche d’alliés : où trouver dans cette jungle de vrais chrétiens ?

Il en trouva une poignée. Ils lui indiquèrent quelques numéros de téléphone, le présentèrent à des amis influents. Saint Paul, débarquant à Antioche ou à Ephèse, doit avoir procédé à peu près de cette manière.

Un jour, il déclara à un des rédacteurs de Variété, l’hebdomadaire des spectacles, que l’évangéliste Billy Graham projetait de remplir le Madison Square Garden chaque soir pendant six semaines au cours de l’été. La nouvelle fut imprimée en première page, l’article parlait des talents de Graham et de la mission de Lane Adams. Les gens du théâtre commencèrent à s’intéresser à la Croisade.

Avec incrédulité tout d’abord : « Ce Graham est fou, disait-on, personne ne peut remplir dix-huit mille places en plein été. Qui sont ses vedettes ? »

Adams répondait : « Nous n’avons pas d’autre vedette que Jésus-Christ. »

Ceux qui parlaient avec ce jeune évangéliste ardent finissaient par admettre que peut-être, à la rigueur, un miracle pourrait se produire au Madison Square Garden.

Très vite il devint évident que les acteurs, auteurs ou animateurs chrétiens avaient besoin de locaux pour se rencontrer. Submergés numériquement par les adeptes d’autres croyances, la force que donne la communion fraternelle leur était indispensable. Pour pouvoir confronter les idées, on organisa un repas en commun. Billy Graham s’arrangea pour y venir. On s’attendait à trente ou quarante participants, soixante quinze envoyèrent leur inscription.

C’est ainsi que naquit la Fédération Chrétienne des Artistes de New-York (New York’s Christian Arts Fellowship), dont le président fut Jerome Hines, basse à l’Opéra Métropolitain de New-York.

Hines accepta son rôle avec joie : « Notre but est double, déclara-t-il, d’abord l’évangélisation : amener les gens à la foi et à la consécration totale, ensuite la communion fraternelle. Il nous faut établir entre nous des contacts personnels afin de nous aider réciproquement à grandir dans la foi. Notre groupe ne doit pas dégénérer en se contentant de jouer des pièces constructives. Nous devons témoigner par nos vies. »

La Fédération, à la fin de la Croisade, avait grandi, et organisait des réunions à intervalles réguliers.

Un journaliste demanda à Adams :

— Comment avez-vous su ce qu’il fallait faire pour atteindre votre objectif ?

— J’ai prié, répondit-il, pour que Dieu me guide. Puis je me suis mis à la recherche des chrétiens, je les ai trouvés l’un après l’autre. Ensuite j’ai essayé de les mettre au travail, afin qu’ils atteignent leurs camarades et qu’ils témoignent pour Christ.

— Les gens, dans cette ville, sont surchargés d’occupations. Est-ce qu’ils ont accepté de coopérer ?

— La coopération a été sensationnelle, répondit Lane, les gens étaient assoiffés spirituellement. Il suffisait parfois d’un coup de téléphone ou d’une conversation personnelle, pour les décider à assister à la Croisade. S’ils avaient des doutes ou des réserves à faire, toutes les difficultés s’aplanissaient là. J’ai souvent été appelé au téléphone pour entendre exprimer des remerciements. « J’ai fait la plus grande expérience de toute ma vie », me disait-on.

Des millions de gens ont vu à la télévision les jolies figures de deux jumelles blondes qui animent une émission populaire. L’une après l’autre, soutenues par les prières des responsables du groupe des spectacles, elles ont assisté aux réunions de la Croisade et ont donné leur cœur à Dieu.

Un jeune homme entra un jour dans le bureau de Lane Adams, et, croyant pénétrer dans un bureau de placement qui s’y trouvait précédemment, il demanda s’il y avait une place pour lui.

— Bien sûr, affirma Adams, ce soir, à la Croisade de Billy Graham, au Madison Square Garden.

Le jeune homme accepta l’invitation inattendue, et ce soir-là il devint un vrai chrétien.

Il arrivait qu’un simple coup de téléphone eût des résultats inattendus. Depuis plusieurs jours Adams essayait d’atteindre un célèbre animateur à la télévision. Sa secrétaire lui répétait chaque fois que le patron n’était pas disponible.

— Puis-je faire quelque chose ? finit-elle par demander.

— Oui, répondit-il, j’ai un billet pour une place réservée à la réunion de Billy Graham et j’espérais qu’il pourrait l’utiliser. Pourriez-vous vous en servir ?

— J’ai lu des articles sur Billy Graham, déclara-t-elle, je crois que j’aimerais l’entendre.

Ce soir-là une nouvelle personne s’avança à l’invitation de l’évangéliste et une vie fut transformée.

Les Américains, en général, n’aiment pas parler de leurs expériences religieuses. Pour la plupart d’entre eux, la religion est une sorte de manteau confortable et pas une plate-forme ! Graham et Adams affirmaient qu’un chrétien n’a pas le choix, il est un témoin en paroles et en actes.

— Amenez quelqu’un avec vous demain soir, demandait Graham à ses auditeurs.

— Allez trouver un ami et prenez-le avec vous pour aller écouter Billy Graham, disait Adams à tous ceux qu’il rencontrait.

Les conséquences en étaient parfois incroyables.

Un jeune chrétien, dans l’industrie des spectacles, amena un acteur bien connu, célèbre non seulement par son talent mais à cause de son immoralité notoire qui excitait la verve de Broadway depuis dix-sept ans. Contre toute attente, les paroles de Graham pénétrèrent jusqu’à sa conscience, il retourna soir après soir, quatorze fois de suite. Finalement, tout étant bien au clair dans son esprit, il prit tranquillement sa décision.

Mais ce n’était pas suffisant, dès ce jour-là il se mit au travail avec une ardeur infatigable. La liste de ceux qui ont rencontré le Christ par son moyen ne pourra sans doute jamais être établie, mais il amena trente-six personnes aux réunions de la Croisade.

Voilà le secret des croisades de Graham, un secret efficace depuis l’origine : chaque personne en amène une autre.

Un grand précédent.

L’évangélisation en équipe a été si souvent critiquée que Graham éprouve parfois le besoin de la justifier. Un soir, au cours de la réunion, il mentionna l’éditorial d’un quotidien : « L’auteur y démontre que l’apôtre Paul était accompagné d’une équipe lorsqu’il quitta Jérusalem pour fonder des Églises dans les villes qui entouraient la Méditerranée. Je vais vous lire cet article, déclara-t-il tout joyeux.

» Voici sa citation :

» Si Billy Graham a besoin d’être défendu contre ceux qui formulent des objections à son œuvre d’évangéliste à cause de son organisation, trop poussée à leur goût, qu’ils examinent un peu les méthodes de saint Paul, disait l’éditorial. Quand Paul décida d’évangéliser Ephèse, la ville pleine d’iniquités, il ne s’y rendit pas directement, mais il envoya devant lui deux collaborateurs, Aquilas et Priscille, qui avaient eu deux ans d’expérience à Corinthe et qui avaient travaillé précédemment à Rome. Leur tâche était d’organiser la campagne et de préparer la venue de Paul à Ephèse.

» Ils étaient aidés par un jeune homme capable, originaire d’Alexandrie, appelé Apollos. Orateur prestigieux, il savait tenir en mains un auditoire. Apollos contribua énormément au travail de préparation lorsqu’Aquilas et Priscille eurent corrigé ses erreurs doctrinales.

» Puis Paul arriva, non pas seul, mais accompagné d’évangélistes expérimentés : Timothée, Luc et d’autres, qui avaient été durement pilés, s’étaient battus avec des foules, avaient passé des jours et des nuits en prison.

» D’après les noms mentionnés dans les Épîtres et dans les Actes en rapport avec la campagne d’Ephèse, on peut estimer que Paul avait une équipe d’environ vingt personnes, tous experts et qui connaissaient à fond leur tâche d’évangélistes.

» Si Billy Graham a une organisation trop poussée, il a un précédent valable. »

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