La Croisade de New-York a battu au moins deux records : elle a réussi à obtenir la plus large et la plus franche collaboration entre l’évangéliste, son équipe, les diverses églises et communautés de la ville. Puis elle a exigé de Billy Graham un effort physique considérable. En plus des réunions du soir, il a présidé nombre de rencontres en plein air, sur les places et dans les rues : la guerre mobile la plus intense de sa carrière.
Ces attaques concertées en vue d’atteindre les indifférents n’ont pas surgi toutes prêtes du cerveau des équipiers. Les pasteurs et les responsables des diverses églises new-yorkaises sont capables et pleins d’imagination, et c’est sur leur proposition que les combats les plus opportuns et les plus efficaces furent organisés.
« Et ils s’en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la parole par les miracles qui l’accompagnaient », déclare le vingtième verset du chapitre 16 de Marc.
Cela fut écrit il y a bientôt deux mille ans, mais s’applique exactement à la Croisade de New-York lorsqu’elle franchit les murs du Madison Square Garden.
Billy Graham et son équipe s’en allèrent prêcher partout… On trouvera ci-après, dans un ordre chronologique assez approximatif, une suite des événements. Au cours de ces trois mois étonnants, il y eut des erreurs, des épreuves et parfois aussi des faiblesses très humaines.
Cela commença quatre jours après l’inauguration de la Croisade. Un Graham enroué, épuisé se rendit dans la banlieue de Brooklyn pour parler à la population d’origine norvégienne.
Voici comment, dans son journal, il raconte lui-même l’aventure :
Suis allé au Square Leif Ericson à Brooklyn cet après-midi. C’est la première fois que je prêchais à Brooklyn. Quarante mille personnes étaient réunies. C’était la fête nationale norvégienne. J’ai prêché l’Évangile puis j’ai demandé à ceux qui désiraient recevoir le Christ de lever la main. Des centaines répondirent.
Les Norvégiens sont merveilleux, ils avaient revêtu leurs costumes nationaux aux vives couleurs. Il y eut un défilé, puis la réunion. C’est la foule la plus nombreuse à laquelle j’ai eu le privilège de m’adresser à New-York. L’intérêt semble grandir partout.
M. Erling Olsen nous a ramenés du Square Leif Ericson à notre hôtel, et je me suis immédiatement mis au lit, ma voix était complètement rauque à la suite de l’effort que j’avais dû fournir en plein air. Je craignais beaucoup de ne pouvoir parler ce soir à la réunion ; j’étais inquiet aussi parce que c’était la première fois que nous avions, en Amérique, une réunion le dimanche soir, nous ne savions pas ce que cela donnerait. Nous n’avions pas de places réservées ce soir, ce serait « premier arrivé, premier servi ». Je pensais que l’arène ne serait qu’à moitié pleine. Quand nous sommes arrivés à sept heures vingt-cinq, on avait déjà fermé les portes. Jerry dit que ce soir il devait y avoir près de vingt mille personnes dans la salle et des centaines avaient dû repartir. Cliff, à mon avis, a merveilleusement bien dirigé la musique ce soir. Le chœur a chanté avec Beverly Shea « Comme Tu es grand ». J’aime tant ce chant ! La plupart de nos cantiques s’adressent à nous-mêmes : « Travaillons et luttons », « J’aime mon Dieu », mais ici c’est de Dieu qu’il s’agit : « Comme Tu es grand ». Puis le chœur a chanté la prière dominicale. Cliff se tourna vers l’auditoire et cette foule immense de près de vingt mille voix se joignit au chant. Quel moment ! Je vis quelques vieux chrétiens s’essuyer les yeux ; combien d’entre eux priaient depuis longtemps pour que ce jour arrive et que New-York soit à nouveau visitée par un réveil. Là où le péché abonde, la grâce surabonde. L’une des raisons qui nous a décidés à venir à New-York est que cette ville est encore plus difficile à atteindre que les autres et a des besoins plus grands. Il y a proportionnellement moins de chrétiens ici. Je sens que Dieu veut nous voir travailler là où la tâche est ardue, et non pas là où elle est facile.
J’ai prêché sur la fin du monde, en me servant de l’histoire de Noé. Beaucoup de liberté. Je n’étais pas gêné par ma voix rauque. Ils se mirent à s’avancer avant même que j’aie fini l’appel. Je crois que près d’un millier de gens sont venus à la Croix ce soir. C’est de loin la plus forte réponse à l’appel que nous ayons encore eue. Certainement Dieu agit avec puissance. Tandis que je me couche, la promesse du Seigneur résonne à mes oreilles : « Ne crains point, ne sois pas effrayé, demain, sors à leur rencontre et l’Éternel sera avec toi ! »
Le surlendemain Billy Graham s’adressait publiquement au célèbre club hollandais de New-York, le Dutch Treat Club, qui compte parmi ses membres des célébrités mondialement connues dans le domaine des beaux-arts. Il leur dit :
« Nous n’avons plus aucun espoir dans l’avenir. La possibilité de détruire l’humanité est entre nos mains, et quelqu’un pourrait un jour s’en servir. »
Il aperçut dans l’auditoire un prêtre célèbre, le Père Kelles et cela lui rappela une histoire qu’il lui avait entendu raconter à la Nouvelle-Orléans. Il s’agissait d’un incident qui avait eu lieu dans un grand stade où, au cours d’une réunion, la lumière électrique s’était éteinte tout à coup. Quelqu’un alluma une allumette, un autre l’imita, d’autres encore, et cent mille allumettes brillèrent. Graham déclara : « Je vais allumer une allumette, allumez la vôtre, ensemble nous finirons par éclairer le monde ».
Il s’était demandé comment son message si simple pourrait apporter quelque chose à des intellectuels de si grande valeur, mais il s’aperçut en parlant qu’eux non plus, semblables en cela à tant de chefs politiques qui dirigent le monde, ne savaient comment résoudre les problèmes actuels. Il leur exposa son évangile positif, forçant leur attention. « Avec la puissance que vous détenez, leur dit-il, si vous faisiez tout votre possible pour aider à changer les gens, le monde pourrait échapper à la menace d’explosion universelle. Je crois que Jésus-Christ peut changer la vie d’un homme. Il suffirait de quelques hommes vraiment consacrés. »
Et voici son appel final : « Si vous connaissez un meilleur chemin, suivez-le. »
Le club, en applaudissant, lui donna sa plus haute marque d’approbation : un vote de remerciements debout.
* * *
Tout à coup les stands de journaux se couvrirent d’exemplaires de Newsweek, un grand hebdomadaire illustré. La photo de Billy Graham s’étalait sur la couverture avec des titres énormes : « L’invasion de Billy Graham » et « Sauvez New-York ». Un article, consacré spécialement aux questions religieuses, proclamait : « L’homme qui a secoué Londres, Glasgow, Seattle et d’autres villes du monde par douzaines, apporte son message vibrant à la plus grande cité du monde. Sa mission est de sauver New-York. »
Ainsi, à travers la nation américaine se répandait la plus fausse conception de la Croisade. Graham pourtant avait dit et répété : « Je ne puis sauver personne, c’est Dieu seul qui sauve. » Son espoir, il l’avait souvent formulé ainsi : « Des vies seront changées. Si elles sont changées en assez grand nombre, la société sera changée. »
Cet après-midi-là, tandis qu’il se reposait dans sa chambre d’hôtel, un coup de téléphone lui rendit de nouvelles forces.
Appelé à prêcher ce soir sur le cœur humain, écrit-il. Passé une heure et demie en préparation. Le Dr Norman Peale m’a appelé au téléphone, il rentre d’une tournée et me dit que dans tout le pays, partout où il a passé, on prie pour la Croisade. Il m’informe qu’il viendra ce soir à la réunion et prononcera la bénédiction. C’est un homme si affable et si plein d’attentions ! Sa prédication et la mienne sont bien différentes, mais j’ai rencontré beaucoup de gens qu’il a vraiment aidés. Fondamentalement il connaît et aime l’Évangile. Il a passé, dans sa jeunesse, par une réelle et profonde conversion. Sa femme est profondément pieuse, elle a dirigé les Groupes de Prière féminins à New-York et elle est aimée et appréciée par des milliers de femmes chrétiennes dans cette région. Il m’a dit que ses deux enfants assistent tous les soirs aux réunions de la Croisade et que l’un d’eux chante dans le chœur.
Le soir du 24 mai, la réunion du Madison Square Garden s’étendit à la Vingt-quatrième Rue. La salle était tellement bondée que des centaines de gens, derrière les portes closes, piétinaient, désappointés, dans la rue. Graham s’adressa à eux du haut d’une table :
Il écrit : Ce soir, j’ai parlé sur Zachée venu à Christ par curiosité et trouvant le salut. L’arène était pleine et deux mille personnes étaient restées dans la rue. Je suis sorti et leur ai parlé debout sur une table. Les gens des maisons environnantes regardaient par la fenêtre et m’écoutaient... Les gens sont étrangement et merveilleusement préparés. On nous rapporte tant de récits de conversions étonnantes et remarquables. Certainement c’est l’œuvre du Seigneur, non pas la nôtre.
* * *
Nous avons déjà parlé de la pêche aux gros poissons. Les familles des millionnaires, isolées de la réalité par leur trop grande fortune, connaissent en général bien imparfaitement le plan de Dieu pour le salut des hommes. Quelqu’un pensa que l’influence de Graham sur cette catégorie d’indifférents serait salutaire, et fit des plans en conséquence.
Billy et Mme Graham furent invités à déjeuner dans une somptueuse propriété du quartier aristocratique de New-York, à Old Westbury.
L’hôtesse était Jane Pickens Langley, célèbre cantatrice à la radio.
Quelle résidence splendide ont les Langley, écrit Billy Graham. M. Langley a été président du Stock Exchange (la Bourse) de New-York. Le parc est merveilleux, ils avaient fait dresser des chaises sur la pelouse pour environ deux cents personnes. Ils avaient prévu un déjeuner de cinquante couverts et avaient invité cent cinquante personnes pour une heure et demie. Je n’avais pas imaginé une réception aussi grandiose et je ne savais pas que je devais y prendre la parole. Dès onze heures trente, les gens commencèrent à arriver... les Whitneys, les Vanderbilt, les Cushings et tous ces grands noms de la finance que j’ai entendus si souvent. Plusieurs vinrent me dire qu’ils avaient assisté aux réunions de la Croisade et deux personnes avaient, disaient-elles, reçu le Christ comme leur Sauveur.
Le temps était splendide et nous avons mangé dehors. Dès la fin du repas, d’autres personnes arrivèrent. Nous avons été près de la porte pour les saluer à leur arrivée, puis il y eut la réunion dans le parc. Mme Langley me présenta et j’ai parlé environ vingt-cinq minutes, expliquant le rôle d’un évangéliste, le but de nos réunions, j’exposai le message de l’Évangile que je prêche. Il y eut ensuite trente ou quarante minutes de discussion. Toutes sortes de questions me furent posées, depuis une demande de précisions sur le financement de la Croisade jusqu’à mon avis sur la nécessité de croire à la divinité de Jésus-Christ pour être sauvé.
Ce soir-là, la Croisade se transporta au stade de Forest Hill, pour son premier rallye en plein air. La soirée était fraîche et de toutes les parties de la ville, des autobus spéciaux amenaient des auditeurs. C’étaient des « opérations André », avec les chrétiens convaincus il y avait beaucoup de « périphériques ». Des métros bondés déversaient leur chargement humain à la station proche du stade, et les foules joyeuses chantaient.
Voici les impressions de Graham :
La réunion de ce soir avait lieu dans l’un des petits stades les plus beaux et les plus compacts que j’aie jamais vus. Si j’ai bien compris, il n’avait encore jamais été rempli, et les directeurs étaient enthousiasmés de voir les foules qui pouvaient y prendre place. On a pu asseoir environ quatorze mille personnes. Il faisait déjà frais, un vent froid soufflait et il y avait très peu de place pour le parcage. Des avions volaient très bas au-dessus de nos têtes. M. Erling Olsen appela l’aéroport au téléphone et ils promirent de changer la direction des avions. En effet, nous vîmes bientôt les avions décoller et puis changer tout à coup de direction.
Le stade était à peu près plein à notre arrivée. Ce fut une merveilleuse réunion, j’ai senti beaucoup de liberté au cours de ma prédication. Au moment de l’invitation, les auditeurs se levèrent par centaines et se tinrent debout devant l’estrade. Comme il est émouvant d’entendre des centaines de voix répéter la prière de repentance et demander à Christ de venir dans leur cœur.
Le dimanche soir revêtait aux yeux de l’évangéliste, une très grande importance. Le Madison Square Garden était toujours bondé, la proportion d’hommes et de jeunes était plus grande que les autres jours, aussi s’efforçait-il, ce soir-là, de donner ce qu’il avait de mieux.
Le soir du dimanche 26 mai, la tâche n’était pas facile.
Resté au lit toute la matinée, écrit-il, souffrant de l’estomac et d’une épouvantable migraine. Même pendant mon recueillement personnel, je me sentais bien mal. Ruth avait manqué son train la veille, et elle put rester avec moi. Quelle joie et quel réconfort elle est pour moi — toujours si encourageante ! Elle dit toujours ce qu’il faut au bon moment, ni trop, ni trop peu.
Suis allé à la réunion, prêché sur la famille. Je n’avais aucune envie de parler en public, à cause des malaises que je ressentais encore, mais j’ai appris depuis longtemps qu’il y a beaucoup de différence entre la liberté et la puissance. Je n’avais aucune liberté, mais la puissance était manifeste dans la réunion. Le bâtiment était complètement plein et des centaines répondirent à l’appel.
Je m’étais adressé spécialement aux chrétiens, c’est pourquoi j’ai demandé aux auditeurs de se lever et de renouveler leur consécration à Christ. Beaucoup se levèrent. Je persiste à croire que dans une soirée comme celle-là, les résultats réels sont probablement plus grands que lorsqu’on s’adresse uniquement aux pécheurs. Si seulement les chrétiens vivaient, au sein de leur famille, une vie vraiment chrétienne ! Quelqu’un demanda à Whitefield à propos d’un certain individu s’il était vraiment chrétien. « Je ne sais pas, répondit-il, je n’ai pas demandé à sa femme. » Il est bon de se déclarer chrétien en public, mais c’est beaucoup mieux d’agir en chrétien dans la vie privée. Christ doit régner dans notre maison. À mon avis, la seule solution aux problèmes de la famille, c’est Christ. L’ordre donné au roi Ezéchias est valable aujourd’hui pour le peuple américain : « Mets de l’ordre dans ta maison. » Nous avons besoin de mettre nos maisons en ordre.
* * *
Dans une croisade d’évangélisation, il n’y a pas que des encouragements, il faut aussi faire face à de nombreuses critiques. Les compliments, souvent exagérés, côtoient les remarques désobligeantes et les calomnies, et la presse se fait le reflet de tout cela. Le premier juillet, au trente-septième jour de la campagne, le grand hebdomadaire Life publiait, sur Billy Graham et son offensive à New-York, toute une série d’articles hostiles. Il n’atteignait, disait-on, que les membres d’églises déjà engagés. Les foules qui remplissaient chaque soir le Madison Square Garden ne viennent pas de la ville de New-York, but primordial de la Croisade, mais des environs ou même de fort loin. Sur les dix millions de gens sans religion qui vivent à New-York, il n’y en a pas trois pour cent qui aient mis les pieds aux réunions. Pourtant, concédait le journaliste, les quatre mille personnes, sans aucune appartenance religieuse, qui se sont avancées et qui ont donné leur nom (sur les vingt et un mille décisions enregistrées à ce moment-là) représentent une belle victoire.
Dans un autre article, un journaliste éminent reprochait à Graham la simplicité de son message qui touche au simplisme. Dans notre siècle nucléaire, débordant de problèmes moraux insolubles, son message ne peut pas convaincre ceux qui se tiennent à la hauteur de notre civilisation.
L’évangéliste, suivant la règle qu’il s’est imposée ne fit aucune réponse publique. Il faut respecter l’indépendance des journalistes. Des reporters compétents observent, photographient puis écrivent leurs impressions sous leur propre responsabilité. Il regrettait seulement que tant de journalistes professionnels jugent du dehors, sans connaître par expérience personnelle le sens et l’étendue de sa mission.
Mais le Comité exécutif demanda à son président Roger Hull, de rectifier certaines erreurs. Il écrivit aux éditeurs de Life : « Depuis la parution de votre article, nous avons demandé aux auditeurs de la Croisade qui vivent ou travaillent dans la cité de New-York de bien vouloir se lever. Chaque soir, autant que nous puissions en juger, 80 à 85 % des auditeurs déclarent ainsi vivre ou travailler à New-York même. »
Graham lui-même, quelques mois auparavant, avait déclaré clairement à l’assemblée de l’Association Nationale Evangélique : « Certains ne sont pas d’accord avec ma théologie, On m’a accusé en Angleterre d’être en retard de cinquante ans. Il me faut plaider coupable. Je crois à l’inspiration verbale de la Bible, à la naissance miraculeuse, à l’expiation et à la résurrection corporelle de notre Seigneur. Mais je ne veux pas discuter avec ceux qui ne croient pas comme moi. Pas de disputes théologiques ! Je m’efforce de les amener à partager ma foi.
» Certains n’approuvent pas nos méthodes d’évangélisation, nous n’essayons pas de combattre ceux qui nous désapprouvent.
» D’autres prétendent que nous dépensons trop d’argent — nous avons pour la campagne de New-York un budget d’un million de dollars — mais je n’ai jamais entendu ces gens-là critiquer notre gouvernement parce qu’il dépense plusieurs fois ce million pour un bombardier.
» Certains trouvent que nous nous appuyons sur des églises trop diverses (certains groupes conservateurs étroits lui reprochaient de s’appuyer sur des éléments libéraux). L’apôtre Paul à participé à des services à la synagogue, dirigés par des hommes qui ne croyaient pas à la dignité du Christ. Une autre fois Paul a parlé à l’Acropole. A une certaine réunion organisée par des philosophes païens. Comprenez-moi bien. J’ai l’intention d’aller n’importe où, n’importe quand, invité par n’importe qui, si je puis ainsi prêcher l’Evangile de Jésus-Christ sans restrictions. Je dirai avec Whitefield que si j’étais invité à faire une campagne d’évangélisation au Vatican, j’irais !
» On nous reproche le fait que nous envoyons les convertis dans les églises de leur choix. D’abord nous ne parlons pas de convertis. C’est Dieu qui convertit et moi je ne sais pas si quelqu’un est converti ou non, nous parlons seulement de personnes touchées ou de personnes qui cherchent, et nous croyons que le Saint-Esprit les prendra en charge.
» Qu’attendons-nous de la campagne de New-York ? Christ sera annoncé et des âmes seront sauvées. Si quelqu’un ne se réjouit pas lorsque des âmes sont sauvées — je doute de sa propre conversion ! »
* * *
En juin, la Croisade prit tout à coup une extension imprévue, elle éclata hors de l’Arène et s’étendit à tout le continent américain. C’est le sujet du chapitre suivant. Les réunions télévisées exigèrent de l’évangéliste une dépense de forces et d’ardeur supplémentaires.
En juin aussi, le Comité de la Croisade dut prendre des mesures contre les escrocs. De faux collecteurs allaient frapper aux portes prétendant être chargés de réunir des fonds en faveur de la Croisade de Billy Graham, et ils obtenaient de l’argent. Il fallut publier des avis pour prévenir le public : quiconque collectait de porte en porte en faveur de Graham était un escroc.
Le dimanche soir 2 juin, l’évangéliste aborda, devant dix-sept mille personnes, la question du retour du Christ. « La Bible mentionne trois cent quatre-vingts fois dans le Nouveau Testament le retour du Seigneur, déclara-t-il. L’Ancien Testament est plein d’allusions au retour du Messie, du Christ, de l’Oint. Il ne peut pas y avoir de paix permanente avant son retour. Personne aujourd’hui ne peut résoudre les problèmes du monde… la plupart ne peuvent en avoir qu’un aperçu. Mais il y a un salut ! Il nous est promis dans la Bible. Dieu ne nous contraint pas. Il vous le donne si vous voulez vous en saisir. Mais il faut ouvrir les mains et le prendre. »
C’est au début de juin que les New-Yorkais entendirent parler de la prolongation de la Croisade, voici le rapport d’un journaliste :
« Billy Graham a annoncé hier soir que la Croisade de New-York était si encourageante qu’elle allait être prolongée jusqu’au 21 juillet, trois semaines après la date originale de clôture. L’évangéliste annonça à la foule enthousiaste qu’il espérait apporter son message du 20 juillet au Yankee Stadium (le plus grand stade de la ville).
Trois jours plus tard, il présidait la gigantesque revue annuelle des Ecoles du Dimanche de Brooklyn. Plus de cent mille jeunes de quatre cent cinquante églises protestantes, défilèrent pour célébrer le cent vingt-huitième anniversaire de la fondation de l’Union des Ecoles du Dimanche de leur ville.
« Comme il est merveilleux de voir les chrétiens se rassembler ainsi, déclare-t-il le soir au Madison Square Garden ! Dans l’Ancien Testament, Dieu avait ordonné de célébrer certaines fêtes religieuses et d’en faire de grands rassemblements et aujourd’hui il semble qu’on ait besoin de cela. Cela dépasse tout ce que j’ai jamais vu. Il faudrait imiter cela dans toute l’Amérique. »
Au début de juillet, il y eut une réunion extraordinaire au Madison Square Garden, un journaliste La décrit ainsi : « Billy Graham dit solennellement hier soir que la nécessité d’un renouveau spirituel en Amérique était si urgente qu’il était prêt à donner sa vie pour cette cause sacrée. Le jeune évangéliste, au cours du message le plus bouleversant qu’il ait jamais prêché, affirma qu’un épais nuage de détérioration morale était descendu sur l’Amérique.
» Je suis fatigué, épuisé, usé a dit l’évangéliste. Les difficultés de cette croisade ont été incroyablement grandes et nombreuses, mais je suis prêt à donner ma vie, prêt à mourir à New-York, s’il le faut, pour voir un réveil véritable enflammer New-York et l’Amérique.
» L’appel ardent de M. Graham affecta profondément son auditoire. On se serait cru tout à coup dans une réunion de réveil d’autrefois. Il demanda à tous ceux qui voulaient se consacrer à promouvoir un renouveau du sentiment religieux en Amérique de se lever et de prier silencieusement avec lui. Presque tous se levèrent. »
* * *
Lorsqu’on est trop mis en vedette, on est en grand danger de perdre le sens de la réalité. Billy Graham voulut se rendre compte par lui-même des conditions de vie dans les quartiers pauvres de New-York, à Harlem, le quartier noir et dans le Bronx. Il raconte l’une de ces excursions en date du 11 juin.
J’ai fait un tour à New-York ce matin avec Dan Potter et Mel Ruoss du Conseil Protestant. Nous avons parcouru le Bronx et Harlem pendant quatre heures tout en recevant des informations détaillées concernant les conditions sociologiques et spirituelles de ces quartiers.
Les besoins sociaux et religieux de cette ville sont tellement immenses que je n’ai pas pu tout emmagasiner.
Trois millions de gens entrent ou sortent de Manhattan chaque jour. Cela signifie qu’une ville immense, aussi peuplée que Los Angeles, est mise en mouvement tous les jours. Nous avons vu des quartiers où vivent cent cinquante mille habitants, et où n’existe pas une seule église protestante. Nous avons visité une petite église épiscopale qui se remplit à craquer chaque dimanche, mais dont le pasteur nous a déclaré qu’il ne pouvait s’occuper que des immeubles locatifs avoisinant son église, car il y a trois à quatre mille personnes dans chaque bloc d’immeubles, c’est-à-dire La population tout entière de la petite ville proche de chez moi.
Les pasteurs de New-York ont à faire face, semble-t-il, à un problème de déplacements continuels de population. Les conditions changent très vite. Une église qui, une année, semble située au milieu d’un quartier populeux, peut être dix ans après au centre d’un quartier tout différent. Les conseils d’Eglise doivent tenir des réunions consultatives pour savoir ce qu’il y a lieu de faire : fermer l’église ou essayer de s’adapter à la nouvelle situation. Mel croit que les églises ont perdu le contact avec la population qui les entoure et qu’elles ne témoignent pas comme elle le devraient dans le milieu social ambiant. Il me semble qu’il doit avoir raison. En tout cas le but principal de l’évangélisation doit être de convertir les hommes et de les envoyer ensuite témoigner dans leur milieu. Le problème qui se pose dans cette ville est celui-ci : quand les gens sont convertis, où vont-ils aller ? Il y a tant de quartiers où il n’y a pas une seule église protestante dans le voisinage ; et tant d’églises sont mortes et froides — elles n’ont que bien peu de vie spirituelle à offrir à un nouveau converti qui a fait la mer- veilleuse expérience de la vie en Christ. Le problème semble insoluble aux yeux des chefs responsables. Je suis rentré convaincu que, malgré les grandes foules que nous réunissons, et les milliers de décisions obtenues, nous ne faisons qu’effleurer la surface de cette ville formidable.
Une autre visite fructueuse fut son incursion, à minuit, dans le plus misérable des bas-quartiers de Manhattan, le Bowery.
« Des figures décharnées, des pas traînants, des yeux chassieux parlant d’amertume et d’espoirs déçus, Billy Graham vit tout cela et fut ému de pitié », dit une dépêche de l’agence Associated Press.
« Tous ils semblaient souffrir : maladie, désespoir, ruine.
» Voilà son commentaire hier soir après sa visite au quartier des hommes oubliés.
» Il déclara à son auditoire du Madison Square Garden qu’il était allé, avec des collaborateurs, visiter pendant une heure et demie la veille au soir les bas-fonds de Manhattan, avec ses boutiques de revendeurs, ses misérables cafés, ses alcooliques titubants aux regards égarés.
» Je crois, dit-il, que si Jésus était ici aujourd’hui, c’est là qu’il passerait une grande partie de son temps, avec ces gens qui ont tellement besoin de lui.
Le 14 juin le Times publiait enfin des statistiques exactes : « Quarante-quatre pour cent de ceux qui se sont avancés pour « prendre une décision » au cours des quatre premières semaines de la Croisade de Billy Graham, n’étaient rattachés à aucune église. Le Président du Conseil des Eglises affirme que pratiquement tous ceux qui étaient sans appartenance religieuse sont affiliés maintenant à une église. »
C’était une réponse aux précédentes affirmations de Life.
Le 23 juin, un pasteur éminent, le Dr Daniel A. Poling, éditeur du Christian Herald, défendit avec feu, du haut d’une grande chaire de New-York, Billy Graham et ses méthodes.
« Des critiques ont été lancées contre la Croisade de Billy Graham, écrit-il, et cela par des milieux protestants, au mépris des faits et de l’équité la plus élémentaire.
» L’évangéliste a montré sa grandeur d’âme en refusant de se justifier.
» Une enquête sérieuse prouve que la plupart des conversions sont réelles.
» Cette église et son pasteur (Dr Peale) et celui qui vous parle ce matin, collaborent à la Croisade de Billy Graham parce que cet homme et ses collaborateurs ont organisé, dans un esprit de prière et de consécration, un mouvement qui a produit à travers le monde des résultats qu’une critique impartiale ne peut ni rejeter, ni ignorer. »
Billy Graham et ses co-équipiers se rendirent ensuite à Harlem, le quartier noir de New-York, pour un rallye en plein air. Un violent orage dispersa la foule, mais dès la première accalmie, cinq mille personnes revinrent écouter le message.
Une semaine plus tard, au Central Park, il s’adressait à une foule estimée à neuf mille personnes, dont sept cents environ s’avancèrent à l’appel.
Le surlendemain, à Wall Street, du haut du perron du ministère des finances, il s’adressait au monde de la bourse et des banques. Trente mille personnes l’écoutaient. Il se tenait sur un terrain historique : Au haut de ces mêmes marches, George Washington avait prêté serment comme premier président des Etats-Unis.
« Nos ancêtres, les fondateurs de la nation américaine, déclara Billy Graham, croyaient avoir créé une nation soumise à l’autorité de Dieu. Ce qu’il faut à l’Amérique aujourd’hui, ce n’est pas davantage d’armes nucléaires. mais davantage de chrétiens consacrés. »
Trois jours plus tard, il s’adressait à la nombreuse population de langue espagnole qui vit à New-York. Deux cents églises de langue espagnole collaboraient à cet effort, elles envoyèrent membres et amis au Madison Square Garden le soir du samedi 13 juillet. La plupart d’entre eux n’avaient jamais pénétré dans l’Arène. Ils formaient un auditoire attentif de quinze mille personnes auxquelles Graham parla avec l’aide d’un interprète. A mesure qu’il parlait, le pasteur Archilla, de l’église évangélique espagnole du Bronx, traduisait son message. Un chœur espagnol chanta un choral. George Beverly Shea chanta même un solo en langue espagnole.
Lorsque Graham invita ses auditeurs à la décision, près d’un millier répondirent.
* * *
Et voilà qu’on se mit à parler de nouveau d’une prolongation de la Croisade ; mais Graham pourrait-il tenir ? Les reporters l’observaient, se demandant s’il n’était pas arrivé au bout de ses forces, et en parlaient à leurs lecteurs.
« Sa voix, aussi forte au cours de cette dernière semaine qu’au début de la Croisade, emporte la conviction : cet homme a trouvé une réponse à nos problèmes, écrit le Times. Il a pourtant l’air fatigué, ses yeux se sont enfoncés dans leurs orbites et il a maigri de plus de sept kilos. Le ton de la voix, qui était grave et posé au début de la Croisade, s’est élevé au cours de ces dix dernières semaines ; on sent qu’il fait appel à ses réserves nerveuses. »
Toute guerre comporte une bataille décisive. Toute bataille a un moment crucial, d’où dépend la victoire ou la défaite. Ce moment de la campagne de New-York survint le matin du 19 juillet, lorsque le Comité exécutif se réunit avec Billy Graham et son équipe pour un déjeuner en commun.
Est-ce que le grand rallye au Yankee Stadium qui devait avoir lieu le lendemain, marquerait la fin de la Croisade comme on l’avait précédemment décidé ?
Ou bien irait-on de l’avant au risque de marcher au désastre, mais peut-être au contraire à une victoire sans précédent ?
On commença par prier ; l’évangéliste et trois autres personnes demandèrent à Dieu de les guider. Puis Roger Hull, président du Comité de New-York, exposa les problèmes que soulèverait une prolongation et demanda l’avis de Graham.
Graham déclara qu’il avait l’impression, depuis trois jours, qu’il fallait aller de l’avant. Certains craignaient que la poursuite de la Croisade après la grande réunion au Yankee Stadium ne soit une faute de tactique : après ce sommet, on ne pourrait que redescendre. Graham dit qu’il avait cherché dans la Bible la tactique à suivre. Que faisait-on après avoir atteint un sommet ? « Dans Les Actes, dit-il, je trouve la Pentecôte. Voilà un sommet ! Mais les disciples allèrent de l’avant sans hésitation, et même je découvre qu’ils restèrent dans la ville jusqu’à ce qu’ils en soient chassés. Il me semble que nous devrions, nous aussi, continuer. »
Tous ceux qui étaient rassemblés là furent très impressionnés par les arguments de Billy Graham, à l’exception d’un seul membre du Comité exécutif qui, parlant en son nom personnel, déconseillait la prolongation. A la fin de la discussion Billy Graham exprima l’avis général en disant : « Nous n’aurons plus jamais un élan aussi magnifique, même si je devais rester seul au Madison Square Garden, il me faudrait rester. »
Au vote, à l’exception d’une seule voix, tous décidèrent de continuer. L’unique objecteur se leva, déclara qu’il se joignait à l’avis général, et le vote devint unanime.
Ce soir-là, du haut de l’estrade, Roger Hull déclara : « Après avoir beaucoup prié et beaucoup réfléchi, le Comité a décidé de prolonger la Croisade. » Il y eut un long moment de silence impressionnant, puis, tout à coup, malgré la défense formelle, les applaudissements éclatèrent et se prolongèrent à travers l’immense arène.
Graham déclara : « Au début, je n’avais pas assez de foi pour croire que cela serait possible, je vous l’avoue franchement. C’est la réponse de Dieu aux prières de millions de gens. Nous n’avons jamais, nulle part, prolongé une campagne au delà de douze semaines. Ici, à New-York, nous avons déjà dépassé le record de présences de notre plus longue campagne, celle de Londres. Nous croyons que nous allons bientôt égaler ou dépasser le nombre total des décisions.
Ainsi commença la dernière phase de la Croisade. Le lendemain, une foule invraisemblable de plus de cent mille personnes remplissait le Yankee Stadium, puis ce fut la trépidante Semaine de la Jeunesse, et enfin le couronnement final, au carrefour du monde, la prodigieuse assemblée du premier septembre.
A la date du 30 juillet, on peut lire dans le journal de Graham une rapide annotation. C’était dix jours après le triomphe du Yankee Stadium, dix soirées, aux auditoires restreints, les plus faibles de toute la Croisade, dix jours de critique où les commentateurs allaient répétant : Graham la voulu, il a forcé sa chance. Etait-il inquiet ou effrayé au cours de cette sombre période de la fin juillet ? Voici ce qu’il écrit :
Au cours de ces trois dernières semaines, je n’ai eu que très peu de temps pour écrire mon journal. Ce furent des semaines très chargées. Le nombre des auditeurs a légèrement baissé, jusqu’à quatorze mille cinq cents, mais les décisions sont toujours aussi nombreuses.
Chacune des réunions de ces trois dernières semaines a été chargée de la puissance du Saint-Esprit. Chacun de nous a senti plus profondément la présence de Dieu. Il y a, dans l’auditoire, une soif spirituelle toujours plus ardente et certains soirs les gens se sont avancés avant même que je les y invite. Un soir, soixante-quinze personnes se tenaient debout au pied de la croix avant que j’aie fini mon appel.
Il répondait ainsi au défi que lui lançait New-York au mois d’août, le mois le plus étouffant, où la chaleur est si insupportable que la grande ville se vide de ses habitants.
Mais le but qu’il désirait atteindre, ce n’était pas de réunir de grandes foules, ni de battre le record du nombre des réunions, c’était que des vies humaines soient changées.