Nous connaissons la vitalité de l’Alliance de Grâce, de l’image partagée avec les nouveau-nés et les jeunes enfants. Nous ne concevons le plus souvent sa présence qu’à partir de leur naissance. Qu’en est-il donc de la manière dont, parents, nous nous représentons l’embryon et — neuf mois durant — son développement ? Ne s’agirait-il ici que du phénomène naturel embrassant le monde animal tout entier, l’homme n’étant ici rien d’autre qu’une espèce au sein d’un même genre ? Voilà ce que pensent les évolutionnistes ! Toute la hiérarchie des espèces vivantes ayant même origine et même destinée, l’homme n’a d’autre finalité que sa propre existence.
Tel n’est pas le cas ! Dieu crée chaque homme à son image et la partage entre tous. Le sceau de “l’image de Dieu” ne nous serait-il conféré qu’après notre naissance ? Que chacun de nous s’en convainque d’abord pour soi-même : dès l’instant de notre conception, nous avons été, sommes et restons “à son image”, comme le Christ le fut dès le sein de Marie, à qui l’Ange Gabriel déclare : “Ne crains point, Marie, car tu as trouvé grâce devant Dieu. Voici que tu concevras et enfanteras un fils à qui tu donneras le nom de Jésus. Il sera appelé le Fils du Très Haut (…) Fils de Dieu.” (Luc 1.30-35)
Les deux événements : conception et enfantement, distincts dans le temps, concernent la même personne.
Il n’existe pas de moment privilégié à partir duquel au cours de sa gestation, ou à sa naissance, le fœtus deviendrait Fils du Très-Haut. Il l’est à l’instant précis de sa conception en Marie ; déjà et totalement “Fils de Dieu, Sauveur, Christ et Seigneur”. Tel est le message de l’Ange aux bergers. Il est l’incarnation de l’“Image du Dieu invisible” (Col. 1.15). “Je vous annonce une bonne nouvelle (…) dit-il. C’est qu’aujourd’hui (…) un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur, vous est né” (Luc 2.11) Il ne s’agit pas d’un “homme” qui, plus tard, deviendra et sera Christ et Seigneur. Dans la crèche où Marie l’a couché, l’enfant de Nazareth l’est déjà ; comme tel, dès à présent, ses parents doivent le recevoir, le tenir pour tel et l’aimer.
Dieu nous révèle ainsi — stupéfiante information ! — qu’il est présent dans notre conception, notre gestation, notre apparition à la lumière du monde. Il a veillé sur nous — sur vous — dans les moindres détails ; il a fait de nous — de vous — une personne de la plus haute dignité : conception, gestation, naissance font de nous — de vous — une “image de Dieu” qu’il façonne à l’image du Christ. Appropriez-vous le chant de David, tout de reconnaissance et de gloire :
“Éternel, c’est toi qui as formé mes reins,
Qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
Je te loue d’avoir fait de mon corps
Une œuvre si étonnante et si merveilleuse.
Oui ! Prodigieuses sont tes œuvres.
Et mon âme le reconnaît bien !
La structure de mon corps n’était pas ignorée de Toi
Lorsque j’étais formé dans le mystère,
Artistement tissé dans les entrailles souterraines.
Quand je n’étais qu’un embryon, tes yeux me voyaient,
Et sur ton livre étaient inscrits
Tous les jours qui m’étaient réservés
Avant qu’un seul de ces jours n’existât.
Que tes pensées me sont impénétrables, ô Dieu,
Combien leur nombre est immense !
Pourrais-je les compter ?
Elles sont plus nombreuses que les grains de sable ! (…)
Elles occupent sans cesse mon esprit !”
(Psaume 139.13-18)
David dit encore : “Tu m’as créé à peine inférieur à un dieu !” Comprenons la place de Dieu dans notre vie ; prenons conscience de sa mystérieuse présence dès notre conception, au cours de notre gestation, de notre apparition à la lumière. Efforçons-nous enfin de découvrir — ou remémorons-nous — les manifestations de sa providence au long de notre vie passée et présente ; de lui remettre notre avenir, de nous en convaincre de cœur et d’esprit, pour notre propre compte à chacune et à chacun, dans l’inébranlable conviction que nous sommes bien, et que nous restons, notre vie durant, une “image de Dieu”. Cette recherche et cette réflexion métamorphosent la conscience de notre existence, présente et à venir, jusqu’au Royaume où Dieu nous accueille, après nous avoir distingués et guidés.
L’avez-vous discerné et compris ? Tout ce qui est dit ici concerne — plus encore que vous-même, sans doute ! — la conception, la gestation, la naissance de chacun de vos enfants, tant pour le père que pour la mère. Cette divine révélation s’applique aussi bien à vos enfants d’aujourd’hui qu’à ceux qui sont ou seront à naître.
Je conçois le choc intellectuel et affectif, d’esprit et de cœur, que vous ressentez au plus profond de vous-mêmes, si ce qui est dit ici : “de la conception à la naissance”, vous était jusqu’alors insaisissable ou inconnu. Vous devez tomber des nues ! Vous avez le choix entre le bouleversement de votre cœur et l’émerveillement de votre esprit : le cœur et le cerveau réagissent chacun à sa façon.
Dès lors, il vous est possible de connaître et de comprendre quelles personnes sont ici-bas vos enfants, dès leur naissance, durant leur plus jeune âge ; quelle place ils occupent dans votre famille, à vos yeux et selon votre cœur de parents, aussi bien qu’à ceux de Dieu, leur Père, et celle revendiquée par le Christ, dès leur plus jeune âge.
Les Évangiles synoptiques nous présentent quatre narrations parallèles et complémentaires des déclarations du Christ sur les petits enfants et son intimité avec eux (Matth. 18.1-6;19.13-15 ; 19.13-15 ; Marc 10.13-16 ; et Luc 18.15-17). Les Évangélistes emploient neuf fois le mot païdion, désignant l’enfant — garçon ou fille — au-dessous de sept ans ; une seule fois celui de bréphos, l’enfant nouveau-né.29
29 Païdion : Matth. 18.2-5 ; 19.13-14 ; Marc 10.13-15 ; Luc 18.16-17. Bréphos : Luc 18.15.
L’analyse de ces passages nous apporte cinq thèmes de réflexion à prendre en immédiate considération et à mettre en pratique.
1. Il nous faut avoir un esprit et un cœur d’enfant pour entrer dans le Royaume de Dieu ; car le Royaume est pour ceux qui leur ressemblent (Matth. 18.3 ; 19.14 ; Marc 10.14 ; Luc 18.17).
2. Devenons humble comme un enfant, et nous serons le plus grand dans le Royaume des cieux (Matth. 18.4).
3. Si nous faisons tomber de petits enfants dans le péché, nous commettons une faute irréparable (Matth. 18.6).
4. Laissons les petits enfants aller au Christ et ne faisons rien qui les en empêche (Matth. 19.14).
Je laisse au lecteur le soin de réfléchir par lui-même sur l’appréciation de ces directives, sachant qu’elles nous accompagnent chaque jour et nous maintiennent en éveil. Il n’en est pas de même de la cinquième.
5. Quiconque reçoit un jeune enfant au nom du Christ, reçoit le Christ. (Matth. 18.5)
A cette assurance, le Christ ajoute, en Jean 13.20, une promesse qu’il convient de mettre en parallèle avec celle-ci : “Quiconque Me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé.”
Quiconque reçoit un jeune enfant au nom du Christ, reçoit le Christ en personne.
Quiconque reçoit le Christ, reçoit Dieu en personne.
Ou encore : Parents chrétiens, à travers l’accueil que nous réservons à nos enfants, nous recevons le Christ ; le recevant ainsi nous recevons Dieu en personne dans notre foyer. L’accueil de nos enfants au nom du Christ engendre l’accueil de Dieu par le Christ.
De la conception à la naissance, il existe donc d’indissolubles liens entre l’enfant et ses parents croyants ; ceux-ci (ou l’un des deux) se savent à l’image de Dieu et à l’image du Christ. Ils reçoivent de Dieu la promesse que cet enfant à naître porte déjà l’image qui ne lui sera jamais ravie. Tel est le degré le plus étroit de parenté en Christ que l’enfant, dès le sein de sa mère, puisse partager avec ses parents, souvent même une lignée séculaire, dont le combat de la foi a été repris, tenu et gagné, de génération en génération.
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Pensant avec amour à l’enfant que vous accueillez en vous, qui déjà est à naître à l’image de Dieu dans l’Alliance de sa Grâce, il vous faut, pour son avenir, fortifier votre foi, solliciter l’aide et le secours de Dieu, lui demander l’intelligence nécessaire, le courage quand il le faudra ; rendre grâces. Autant que cela dépend de vous, ayez une discipline personnelle : évitez toute imprudence, tout laisser-aller, toute performance. Que votre alimentation soit propice à la croissance de votre enfant. Abstenez-vous de ce qui pourrait nuire à son caractère ou à sa personnalité.
De bonne heure votre enfant perçoit et enregistre tout ce qui l’entoure : bruits, voix, désordre, agitation, humeurs. Il aime qu’on lui parle gentiment, avec amour ; “on” c’est-à-dire sa mère et son père, dont il reconnaît les voix ; qu’on lui chante gaiement, avec émotion, reconnaissant de sa présence où qu’il se trouve. Il réagit aussi à tout désordre ; aux gronderies familiales, aux cris et aux altercations… Les excès de radio ou de télévision, la musique païenne, branchées sans discernement, lui sont insupportables et nuisent à son caractère, à sa santé, en font prématurément un “nerveux”.
Que votre attente soit paisible, patiente, comme peut déjà l’être celle du fragile enfant qui vous est donné à l’image de Dieu, et que vous aurez à refaçonner à l’image du Christ.
“Avant de te former dans le sein de ta mère, je te connaissais.” (Jér. 1.5) Ne démords pas de cette certitude que Dieu implante en Jérémie, comme en vous-même et vos enfants.