A New-York, les chauffeurs de taxis commencèrent à parler de la Croisade avec respect au bout de quatre semaines environ. Il leur fallut tout ce temps pour digérer ce que leurs clients leur disaient.
— Ce Billy Graham, demandaient-ils, qu'est-ce qu’il raconte ?
— Il veut que vous soyez heureux, il veut que vous ayez la vie éternelle.
Ils essayèrent d’attaquer sur un autre secteur.
— Il y a des collectes fantastiques, tous les soirs, hein ? Qu’est-ce qu’il doit ramasser comme argent !
— Pas un sou ! Toutes les collectes vont pour payer les frais.
Au bout d’un certain temps, c’étaient eux qui faisaient de la réclame à Graham auprès de leurs clients.
— Si je saisis bien, disait l’un, c’est un type qui rend la religion aussi claire que l’ABC.
— Par-dessus le marché, disait l’autre, il ne veut pas qu’on lui fasse des compliments à cause des foules et de tout ça.
Ou encore :
— C’est un type qui s’laisse écouter.
Lorsque les chauffeurs de taxis de Manhattan, dit-on, commencent à discuter d’un projet, c’est la preuve qu’il réussira. Cela se vérifie toujours, qu’il s’agisse de spectacles à Broadway, de compétitions sportives ou de programmes à la télévision. Peut-être était-ce vrai aussi pour la Croisade.
Un soir, un client dit à son chauffeur : « Parquez votre taxi par là, je payerai ce qu’il faut, et allons écouter Graham ensemble ». Cela arriva des douzaines de fois.
Une autre fois, un chauffeur irascible parla de Graham avec tant d’hostilité, que son client, qui était conseiller spirituel à la Croisade, lui fit tout un sermon sur le christianisme. A la fin de la réunion, ce conseiller se tenait dans la salle annexe parmi ceux qui s’étaient avancés et il remarqua un visage qui lui sembla quelque peu familier.
— J’ai dû vous rencontrer quelque part ? demanda-t-il.
— Bien sûr, dit l’autre.
— Est-ce que nous n’avons pas eu affaire ensemble ?
— Vous y êtes, dit l’homme, c’est moi qui conduisais le taxi qui vous a amené ici.
Graham a toujours déclaré : « Si on parle de moi et qu’on ne parle pas de Dieu, j’ai échoué dans ma mission. » Au cours du second mois, on se mit à parler de Billy Graham et de Dieu. Tout à coup, la religion ne fut plus une chose si mystérieuse et si lointaine. Les gens commencèrent à comprendre qu’il ne suffit pas, pour être chrétien, de « faire le bien ». En écoutant l’évangéliste, ils découvraient que Jésus est le seul intercesseur, le seul chemin par lequel l’homme puisse atteindre Dieu. En regardant Graham, ils remarquaient la joie profonde de sa foi.
« Je suis heureux, dit-il aux milliers de gens qui l’écoutaient, d’avoir été adopté dans la famille de Dieu… Pas à cause des bonnes actions que Billy Graham aurait faites. Billy Graham mérite l’enfer. Pas à cause de mes œuvres méritoires, ni à cause de ma bonté native. Si je suis sauvé ce soir, si je suis membre du corps de Christ ce soir, c’est à cause de ce qu’Il a accompli sur la croix, parce que Dieu l’a ressuscité des morts et parce qu’Il vit et intercède pour nous. »
Le message que Billy Graham apportait à New-York était celui-là même qu’il avait prêché à travers le monde. Il sentait pourtant que le défi était plus grand. « Le problème de cette ville, dit-il, c’est son faible pourcentage protestant&bsp;: 71/2 %. Londres était une ville en majorité protestante, et bénéficiait d’une longue tradition religieuse, mais elle s’était endormie. Tandis que New-York est opposée dans sa grande majorité à une croisade comme celle-ci.
» La plupart des habitants de New-York… ne sont pas contre Dieu, seulement ils n’ont pas le temps de s’occuper de lui. Je voudrais pourtant vous dire ceci : Si vous ne vous occupez pas de Dieu, Dieu, lui, s’occupe de vous ! Il vous aime, Il connaît vos problèmes, Il connaît votre cœur, et Il offre de vous libérer et de vous donner une vie nouvelle en Jésus-Christ. »
Pour inciter les habitants de New-York et d’ailleurs à se préoccuper des exigences de Dieu, Graham a soigneusement cherché les moyens qu’il faut employer pour arriver à persuader, à convaincre ses interlocuteurs. Comment devenir un instrument efficace, capable non seulement de montrer la voie, mais aussi de la faire suivre ?
Billy Graham est doué d’une personnalité dynamique. L’étincelle jaillit en lui avec une telle puissance que son enthousiasme se communique à ses auditeurs. Il ne se pose pas en maître qui enseignerait à des disciples, mais il est un frère qui jouit des bénédictions que la grâce de Dieu lui communique, et qui voudrait voir toute l’humanité être reçue dans la famille de Dieu.
Graham parle à son auditoire d’homme à homme. Il est un frère parmi d’autres. Parfois, lorsque sa femme ou sa mère se trouvent à la réunion, il les présente à son auditoire afin d’ancrer en eux le sentiment qu’il n’est en rien différent de l’homme sur la galerie, ou au deuxième rang du parterre, ou dans la foule dans les rues. Il se lie aussi à ses auditeurs en les interpellant directement ; après une affirmation, il leur lance tout à coup un : « Est-ce que vous saviez cela ? » Il dira par exemple : « Ce n’est pas avec son cer-veau qu’on répond aux questions morales et spirituelles, est-ce que vous saviez cela ? » Ou bien : « Personne, jamais, ne s’est détourné de Christ sans ressentir une profonde tristesse, saviez-vous cela ? »
Lorqu’il décrit une scène biblique, il dit : « Je voudrais vous faire voir Paul lapidé, battu, laissé pour mort. Voyez-le trahi, naufragé. »
Toujours, vous, vous, VOUS !
Lorsqu’il sent que, dans son auditoire, certains mettent en doute ce qu’il vient d’affirmer, il les désarme en posant à haute voix la question qu’ils avaient secrètement formulée : « Je ne suis pas d’accord, Billy, s’écrie-t-il tout à coup, on ne peut pas être en même temps un chrétien et un joyeux compagnon. » Ou bien encore : « Une minute, Billy, s’il vous plaît, est-ce que vraiment la Bible explique pourquoi les méchants paraissent si souvent être heureux et prospérer ? »
Souvent, à la fin de ses messages, il fait appel à l’attention religieuse de ses auditeurs :
« Ecoutez-moi avec les oreilles de votre âme autant qu’avec vos oreilles physiques. Tandis que je parle, une autre voix, tout au fond de vous-même, se fait entendre. C’est la voix de Dieu. Faites attention à cette voix. Chacun de ceux qui sont ici présents sont venus de par la volonté de Dieu. Ce n’est pas par hasard ; cette réunion était préparée par Dieu avant notre naissance. »
Graham a toujours déclaré qu’il lui était impossible de prêcher s’il ne sent pas que les gens qui l’écoutent sont intéressés. Lorsque l’attention est éveillée, il ressent une puissance certaine, presque surnaturelle. Un soir du mois de mai, il écrivait dans son journal :
Ce soir je me suis senti plus libre que je ne l’ai jamais été. Quelle merveilleuse sensation ! Je crois que rien au monde n’est comparable à la joie d’un pasteur qui prêche l’Evangile avec pleine liberté et avec puissance. Cela dépasse toute autre expérience humaine. Rien n’est plus horrible que de prêcher sans liberté et sans puissance. Des pasteurs m’ont dit parfois qu’ils n’avaient jamais ressenti cela. ]e crois que je renoncerais à monter en chaire.
Certains critiques reprochent à Graham de simplifier à l’extrême les problèmes théologiques. Mais il connaît ces problèmes, et il s’en préoccupe autant que la plupart des pasteurs ; seulement il sait qu’il est appelé à s’adresser à des auditoires composés en grande partie de gens étrangers à l’Eglise, ignorant tout de la théologie et il faut que son message leur soit directement accessible et vise à l’essentiel.
C’est pourquoi la plupart des sermons de Graham sont des variations sur le thème de la nouvelle naissance. La Bible dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » Il répète, sans se lasser : « La Bible dit… »
Il insiste toujours sur ces trois points : l’homme a péché ; le péché sépare l’homme de Dieu ; tant que l’homme est séparé de Dieu il est malheureux et incomplet.
Dans presque tous ses sermons, il explique clairement les vérités fondamentales suivantes :
Dieu a créé l’homme à son image, absolument libre de choisir entre le mal et le bien.
Adam a choisi de faire sa propre volonté. Cette révolte d’Adam a été le péché le plus grave, car il l’a séparé de Dieu.
Toute l’humanité s’est rendue coupable du péché d’Adam. Tant que nous sommes séparés de Dieu, nous sommes pécheurs, même si nous observons tous les commandements et vivons des vies exemplaires.
Parce que Dieu a tellement aimé l’humanité, Il a envoyé son Fils Jésus. Il est comme un pont jeté sur l’abîme par lequel l’homme peut retourner à Dieu. C’est en mourant sur la croix que Jésus a accompli cette réconciliation, car c’est là qu’il a pris sur lui et expié les péchés de toute l’humanité. Par sa mort sur la croix et par sa résurrection, Il est devenu l’Intercesseur devant Dieu pour chaque personne qui veut le recevoir comme Sauveur.
Lorsqu’un homme s’abandonne à Jésus, explique Graham, l’Esprit de Dieu, qui est le Saint-Esprit, vient en lui, s’empare de lui, corps, âme, esprit, et devient son guide.
C’est ainsi qu’un homme est « né de nouveau » et devient immédiatement membre de la famille de Dieu.
Au Madison Square Garden, Billy Graham considérait que sa mission était de convaincre ses auditeurs et de les amener à faire les pas simples, mais décisifs, qui mènent à la nouvelle naissance, pour cela, il fallait qu’il se libère d’un vocabulaire trop théologique.
Son journal, en date du 8 juin, nous montre ses efforts pour y parvenir :
Tout le reste de la journée, j’ai préparé mon sermon sur le mystère de la conversion. J’ai lu une bonne partie de la Theology de Strong, tout ce qui se rapporte à la conversion, la régénération, la repentance et la foi. J’ai pu rassembler de nouvelles idées et de nouveaux modes d’expression sur ce sujet qui est au centre de presque tous mes messages. Il me semble difficile d’établir un ordre chronologique et de dire ce qui vient en premier : La repentance, la foi ou la régénération. C’est comme si, cherchant à connaître la cause première, on se demandait ce qui est venu en premier, la poule ou l’œuf ? Toutes ces choses sont interdépendantes, elles semblent se produire simultanément. Il est aussi très difficile de concilier la grâce souveraine et irrésistible de Dieu avec le libre arbitre de l’homme.
Il me semble que les deux sont impliqués. Lorsque je prêche, je suis certain que je prêche à des gens que Dieu a. choisis, et pourtant cela n’est pas mon affaire, mon rôle est de faire appel directement à leur volonté. Je me souviens d’une parole de Spurgeon : « Je sais que tous ceux que Dieu a choisis vont être sauvés ce soir et si l’un de vous, que Dieu n’aurait pas choisi, vient à lui, je sais qu’Il le recevra. »
Plus que personne, Graham a essayé de faire comprendre à ses contemporains que Dieu est présent à toute heure de la vie. Son Dieu habite les églises, mais aussi les bois, les champs et la stratosphère. Il affirme que Dieu peut prendre possession de votre cœur quel que soit l’endroit où vous vous trouviez et ses auditeurs de la télévision, par milliers, en ont fait l’expérience.
Essayer d’exprimer un message profond en phrases simples, c’est un effort épuisant lorsqu’il doit se renouveler soir après soir. Mais toujours, il était guidé.
Prêché sur le grand jour du Jugement, écrit-il. Trop épuisé pour parler avec énergie et pourtant le Saint-Esprit était à l’œuvre et je sentais qu’il parlait à travers moi… Avant la fin de l’appel, les gens commençaient à s’avancer en foule… A Dieu soit la gloire !
Une autre fois : Prêché sur l’Enfant Prodigue. Pas si soutenu que d’habitude, moins de liberté. Il y avait autant de monde que la veille, mais il faisait une chaleur lourde et humide. Peu de réponses à l’invitation, le moins que nous ayons en, je crois, jusqu’à présent. Il me semble que, lorsque j’annonce le jugement, les gens répondent davantage que lorsque je prêche sur un autre sujet. Ce soir, j’ai parlé davantage de l’amour, de la miséricorde et de la grâce de Dieu et cela répond moins. New-York a peut-être besoin d’entendre le message du jugement.
Graham traite toutes sortes de sujets : depuis les problèmes conjugaux jusqu’à la question de la fin du monde et il ne craint pas parfois de s’attaquer à des questions qui risquent d’effrayer ses auditeurs.
Un soir, il avoua qu’il n’aimait pas parler de l’enfer, mais, dit-il, « il faut que j’en parle puisque Jésus en a si souvent parlé. C’est un acte de charité d’avertir les gens qui risquent un sort aussi terrible. L’enfer n’a jamais été préparé pour l’homme, il a été préparé pour le diable. Mais si vous persistez à suivre le diable, la Bible dit que vous passerez l’éternité avec lui : en enfer. »
Constamment, il supplie ses auditeurs de se donner à Christ avant qu’il ne soit trop tard. « Un homme, raconta-t-il une fois, est venu à la Croisade, a senti que Dieu lui parlait et lui a résisté, Il a serré les dents et a refusé d’abandonner son orgueil et de consacrer sa vie. Il rentra chez lui, s’assit pour boire un verre de lait et ne se releva pas : il était mort d’une crise cardiaque. Cet homme avait refusé Christ pour la dernière fois, dit l’évangéliste. Vous ne savez pas quand viendra votre dernière chance. Je vous supplie d’écouter attentivement ce soir. »
Graham sait bien que les intellectuels ne veulent pas que l’on se serve de la peur comme d’un moyen de conversion. Bien sûr ! Mais pourtant « sur la montagne, dit-il, où nous habitons, j’enseigne à mes enfants la crainte des serpents venimeux, ils pourraient être mordus et en mourir. C’est une peur légitime ». La crainte du jugement de Dieu, estime-t-il, est une crainte légitime.
De l’amour, il a beaucoup à dire ; mais il faut d’abord que ce soit l’amour de Dieu, le Créateur.
Y a-t-il d’autres dieux adorés en Amérique ? Oui ! affirme Billy Graham. « New-York a des dieux par milliers. La célébrité est un dieu que beaucoup de gens adorent et ils ont vendu leur âme pour acquérir la notoriété. D’autres, par millions, adorent l’argent et sont prêts à renier Dieu, leur famille ou n’importe quoi pour gagner encore quelques billets. Certains ambitieux ont décidé de dominer leur entourage et ils ont sacrifié, pour cela, leurs amis et leur honneur. Les distractions et le plaisir sont des dieux pour un grand nombre. Il vous faut choisir ! »
Il ajoute que tout cela provient de l’adoration de soi-même. Le moi est devenu dieu. Le moi est au centre du péché, de l’orgueil, du mal. Tout tourne autour du moi, or c’est Dieu qui doit être mis au centre, Il doit être premier servi.
* * *
La partie la plus importante des messages de Graham, c’était l’appel qu’il faisait retentir à la fin, lorsque, de la part de Dieu, il exhortait à la repentance. Il parlait d’une voix lente et basse, sans émotion, sans trémolo…
« Je vais vous demander de venir. Tout de suite, rapidement. Je vais vous demander de vous lever de votre place, où que vous soyez assis et de venir ici, devant l’estrade. Vous affirmerez ainsi que vous voulez, ce soir, recevoir Christ, lui donner votre vie, le servir et le suivre désormais. Si vous êtes accompagné d’amis ou de parents, ils vous attendront.
» Que la distance ne vous empêche pas de venir à Christ. Du fond de l’arène à l’estrade, le chemin est long, mais Christ a parcouru le chemin du Calvaire par amour pour vous, vous pouvez faire ces quelques pas pour lui donner votre vie. C’est un acte de votre volonté. Venez tout de suite ! Que toutes les têtes s’inclinent maintenant dans la prière.
» Hommes, femmes, jeunes gens, levez-vous et venez. Venez consacrer votre vie à Christ. Chrétiens, priez ! »
Puis Graham reculait de quelques pas, croisait les bras et regardait en silence les gens qui, par centaines, s’avançaient calmement et religieusement. Bientôt l’espace devant l’estrade était rempli d’une foule recueillie. Billy Graham ajoutait parfois : « Ce n’est pas Billy Graham qui vous appelle, plus tôt vous oublierez mon nom, mieux cela vaudra. C’est Jésus qui passe. »
Parfois, rarement, il racontait sa propre expérience : « C’est à vous de prendre une décision, personne ne peut la prendre pour vous. Je me souviens du jour où j’étais assis dans cette tente dressée dans ma ville natale. Ils chantaient le dernier verset du cantique quand je me suis avancé. Ce premier pas a été le plus difficile que j’aie jamais fait de ma vie, mais je l’ai fait et Dieu à fait le reste. Je me suis réveillé le lendemain matin avec la certitude que j’étais changé. Vous pouvez aussi prendre une décision ce soir qui transformera votre vie tout entière. Vous pouvez naître de nouveau et vous ne serez plus jamais le même. »