A la païenne profession de foi de Jean Rostand, nous chrétiens opposons la nôtre qu’en premier lieu aussi nous exprimons par notre foi.
Qu’affirment les prières liturgiques de nos pères34 ?
34 Cf. Liturgie de Genève des Églises réformées, 1764.
“O Dieu (…) nous t’adorons comme l’Auteur et le Souverain Maître de l’Univers. Tu es le premier et le dernier. Les cieux ont été faits par ta parole et toute l’armée des cieux par le souffle de ta bouche. Ta main a fondé la Terre et l’a enrichie de mille biens. C’est ta providence qui gouverne toutes choses. (…)
“Seigneur, dont la bonté se déploie envers toutes tes créatures, nous te rendons grâce pour tous les biens temporels et spirituels dont nous jouissons. C’est Toi qui nous as donné la vie ; qui nous soutiens dans nos faiblesses ; et qui pourvois libéralement à nos besoins. (…)
“Si nous parlons à la terre, elle nous instruit. Si nous interrogeons les animaux, et même les plantes, toutes ces choses nous disent que c’est ta main qui les a formées. Nous portons nous-mêmes, et dans nos corps, et dans notre âme mille marques de ta puissance et de ta sagesse. (…)
“Dieu de consolation, Père de miséricorde, console tous les affligés. Prends soin de ceux qui ont tout quitté pour ton Évangile. Sois le Protecteur des opprimés, le Soutien des veuves et des orphelins, le Trésor des pauvres, la Retraite des étrangers, l’Asile des persécutés, le Guide des voyageurs, la Lumière des aveugles, et le Médecin des malades. (…) Donne-leur toute la patience dont ils ont besoin pour supporter les maux que tu leur envoies. (…) Souverain Seigneur à qui nous devons tout, et qui as toute sorte de droits sur nous : Voici, nous nous consacrons entièrement à Toi ; nous te présentons nos corps et nos esprits, tout ce qui est en nous et tout ce qui dépend de nous, pour être employés à Ton service. (…)”
Entre la profession de foi de Jean Rostand et la nôtre, un vide béant n’autorise aucune position moyenne ni la moindre conciliation. Ces prières scandaliseraient peut-être certains fidèles s’ils les entendaient aujourd’hui dans nos Assemblées ; sans doute les considéreraient-ils comme des provocations tant nos Églises sont et restent aujourd’hui perméables aux idéologies régnantes, et timides dans leur moderne “profession de foi”.
Notre Existence, notre Royauté, notre Vocation
Quand Dieu déclare : “Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance”, à quelle activité le destine-t-il et dans quel but ?
— A une vocation magistrale s’exerçant au plus près du Dieu tout-puissant : celle de “régner sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur la terre entière, et sur tous les êtres qui s’y meuvent.” (Gen. 1.26) Dieu crée donc l’homme et la femme, et il leur dit : “Croissez et multipliez, remplissez la terre et soumettez-la. REGNEZ sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la terre. » (v. 27-28)
La délibération de Dieu : “Faisons”, est suivie d’un ordre de mission : “régnez”, puis d’une “donation”. “Voyez, dit-il, je vous donne sur toute la surface de la terre toute herbe verte portant semence, ainsi que tous les arbres fruitiers avec leur semence pour les reproduire : ce sera votre nourriture. A tous les animaux des champs, à tous les oiseaux des cieux, à tout être qui se meut sur la terre et qui possède le souffle de vie je donne toute herbe verte pour nourriture. » (v. 29-30)
Dès le premier chapitre de la Genèse, nous discernons les éléments qui nous permettent de répondre aux “Pour quoi ?” de la souffrance. Hors la foi au Dieu Créateur et à la royauté du couple Homme-Femme ici-bas, nous ignorons les motifs possibles ou probables de toute souffrance, et nous interdisons toute réponse vraie.
Les Lois de la vie
Pour être et rester vivante, pour marcher vers la vie et non vers la dissolution, toute créature est initialement réglée, modérée, par des lois spécifiques et précises qui sont les lois de sa vie et de sa liberté, et pour l’homme des pensées de son cœur et de son intelligence. Dieu veut que nous vivions, ayons plaisir à vivre et aimions la vie.
“Prenez à cœur tous les préceptes que je vous prescris aujourd’hui, et que je vous adjure de prescrire à vos enfants, afin qu’ils aient soin de mettre en pratique les paroles de cette loi. Car ce n’est pas une parole sans valeur pour vous, mais elle est votre vie. Et c’est en observant cette parole que vous prolongerez vos jours sur la terre. (…)” (Deut. 32.46-47)35
35 Cf. Psaume 119 ; Proverbes 4.4-9.
C’est pourquoi, par sa Parole, Dieu donne des directives, des préceptes, des ordonnances qui, sans exception, sont des commandements de vie. Ces paroles de Moïse sont un “testament” proclamé devant tout Israël. L’auteur de la vie est le seul à connaître les lois de la vie. Ses ordonnances sont la charte de la vie donnée par le Père à ses enfants. Si la “nature” obéit nécessairement aux lois que le Créateur lui impose — sauf intervention maléfique de l’“homme” méprisant ses lois ! — c’est le propre de l’homme, doué de raison, de sens moral et de volonté, de se soumettre de bon gré aux commandements du Dieu-Père et à sa Parole, car la vie est inséparable de l’amour qui en précise les conditions.
S’affranchir des lois divines, se donner à soi-même sa propre loi, c’est se soustraire aux ordonnances de vie, se soumettre aux lois de la souffrance et de la mort. Inversement, obéir aux lois de la vie — quelles qu’en soient les apparentes difficultés — donne la vie, conduit à la vie, restitue la vie, accroît notre liberté : celle d’aimer la vie en aimant Dieu et en le servant, de faire pétiller la vie en ce que nous pensons, faisons, vivons, souffrons.
Ces préceptes, Dieu nous les donne pour notre profit à nous et non pour le sien. Il le fait pour nous — comme autrefois pour Israël — en énonçant les Dix commandements.
Deux textes du Décalogue nous sont donnés : l’un en Exode 20, l’autre en Deutéronome 5.1-22. Ces textes sont en fait mot-à-mot les mêmes. Nous nous référons au chapitre 5 du Deutéronome énonçant le thème de chaque commandement dans l’actualité d’aujourd’hui.36
36 Veuillez prendre vous-même connaissance du texte intégral dans votre Bible.
— Je suis l’Éternel ton Dieu.
Pour comprendre la portée de ces commandements, appliquons le principe : “Quand Dieu défend une chose, il permet le contraire. Quand Dieu commande une chose, il défend le contraire.” Tels sont les commandements que le Christ impose au jeune homme riche : “pour hériter de”, ou “pour avoir”, la vie éternelle. Le Christ prend soin d’y ajouter le Sommaire de la Loi, indiqué dans le Deutéronome (6.5) : “Tu aimeras l’Éternel ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force”, auquel il ajoute chaque fois : “de toute ta pensée” (Matth. 22.37 ; Marc 12.30 ; Luc 10.27), et encore : “ton prochain comme toi-même” (Matth. 19.19 ; Luc 10.27).