Souffrir… Mais pour quoi ?

XV. ORDONNANCES ET COMMANDEMENTS

Prenons garde à la signification des termes que nous employons. Quel sens accordons-nous au mot commandement.37 Nos traductions françaises inclinent en général à penser que les commandements de Dieu sont surtout des “défenses”, des “obligations”, assorties de sanctions pour brider notre liberté, limiter notre champ d’action, confiner notre existence dans un réseau d’interdictions, imposer de pénibles servitudes. Ainsi, les commandements énuméreraient, désapprouveraient, condamneraient les pensées et les actes que nous ne devons ni avoir ni commettre.

37 Signalé dans nos Concordances 143 fois dans l’Ancien Testament et 27 fois dans le Nouveau.

N’est-ce pas, hélas ! trop souvent dans cet esprit que nous “confessons” nos péchés ? Serait-ce donc là le sens biblique qui nous concerne, nous, chrétiens ? Certes non ! Et pourquoi ? Parce que le mot “commandement” est souvent accolé, à titre de synonyme, à celui d’“ordonnance”.38

38 Signalé dans nos Concordances 121 fois dans l’Ancien Testament et 9 fois dans le Nouveau.

Nombre de commandements, d’“ordonnances”, de “paroles” sous-tendent l’idée d’ordre, d’harmonie, d’équilibre, de santé, de beauté. Notre pensée pécheresse qui — comme il conviendrait qu’elle fût — n’est souvent pas encore “transformée, métamorphosée, par le renouvellement de notre intelligence” (Rom. 12.2), se rallie trop facilement à l’idée que les “commandements” seraient négatifs, répressifs, coercitifs, alors que, selon les “ordonnances” ou les “paroles de l’alliance”, ils sont indicatifs, positifs, oserais-je dire, “émoustillants” ? Loin d’être des paroles négatives, les commandements, “paroles de Dieu”, sont des incitations, des excitations positives et créatrices.39

39 Quelques exemples parmi d’autres :
“L’’Éternel inscrivit sur les tables les paroles de l’Alliance”, Ex. 34.28.
“Moïse rapporta au peuple les paroles de l’Éternel”, Nomb. 11.24.
“Les dix que Dieu vous a ordonnées de mettre en pratique”, Deut. 4.13.
“Les dix paroles que le Seigneur avait proclamées”, Deut. 10.4.
Ont traduit de cette manière Jean Calvin, la Bible des Rabbins, André Chouraki, la Pléiade, Scofield, Segond révisé, T.O.B., etc.

Dieu ne fait aucun usage de son droit de création en dehors de sa paternité. Certes, quand il ordonne, il est Créateur, Seigneur et Maître ; mais il est bien davantage Père, et Sauveur. Si l’autorité de la Loi doit être rapportée au droit souverain de Dieu : Créateur, Seigneur et Maître, le contenu, la nature de ses ordonnances se rapportent exclusivement au fait qu’il est, reste et sera notre Père, notre Sauveur, notre Libérateur, qui veut nous maintenir en bonne santé physique, intellectuelle, spirituelle. Voilà pourquoi, avant de donner le moindre précepte, Dieu fait mention de sa grâce :

“Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir de la maison de servitude.” (Ex. 20.2) Par sa toute-puissance, Dieu crée le monde et nous fait “à son image”. Parce qu’il veut être notre Père, notre vie doit être à l’image de la sienne, s’épanouir dans l’ordre, la joie et l’amour : telle est notre liberté. Dieu a imprimé son image en nous, afin que, méditant chaque jour les bienfaits reçus de sa divine main, nous soyons immortels.

Écoutons Jean Calvin :

“Il ne nous faut point imaginer en Dieu quelque affection humaine que ce soit : il n’y a aucun courroux en Dieu, mais, parce que nous ne pouvons pas le comprendre tel qu’il est, il faut qu’il s’accommode à notre rudesse.

“Ainsi toutes les fois que l’Écriture parle de colère, de courroux ou d’indignation, ce n’est pas que Dieu soit influençable, qu’il nous ressemble, qu’il soit ému : il demeure toujours tel qu’il est, inchangé comme saint Jacques en parle, disant qu’il n’y a en lui “aucune variation ni ombre de changement”. Mais c’est parce que nous ne comprenons point les jugements et les menaces de Dieu que, par ces mots de courroux, de colère, d’indignation, l’Écriture nous en parle.”40

40 Prédication sur Deutéronome 5.9, Calvini Opera, XXVI, p. 261. Cf. Jacques 1.16-17 : “Mes frères bien-aimés, ne vous y trompez pas, toute grâce excellente et tout don parfait viennent d’en haut et descendent du Père des lumières, en qui il n’y a aucune variation ni aucune ombre de changement.”

N’est-il pas opportun de remonter aujourd’hui ce courant démagogique qui ravale le chrétien au profit de l’infidèle, de marquer à nouveau la différence évangélique entre l’Église corps de Christ et le monde, le fidèle et l’infidèle ; de prendre au sérieux l’enseignement biblique qui s’oppose à cet avachissement humanitaire de la pensée ? Nous soumettre, enfin, à la Parole inspirée des Écritures, n’est-ce pas — quoi qu’il en coûte ! — l’humilité évangélique mise en œuvre par l’intelligence du cœur ?

Ce dialogue, que vous refusez, Dieu prend l’initiative de le rétablir avec vous.

Les bienfaits de Dieu

Ne pas connaître Dieu dans les biens qu’il nous dispense est un crime inexcusable. “C’est Lui qui donne à tous la vie, la respiration, toutes choses”, dit saint Paul. “En Lui nous avons la vie, le mouvement et l’être.” (Act. 17.25, 28) Il nous appartient donc de discerner Dieu en tous ses bienfaits partout. Contemplant le ciel et la terre, nous y voyons Dieu. La création est une image vivante en qui Dieu se fait connaître. Bien qu’il soit de nature invisible, Dieu s’y montre avec éclat afin que nous l’y adorions.

Avec la Sagesse de Salomon, célébrons et chantons la providence divine (Sagesse 11.20-26) :

“Tu as tout réglé suivant la mesure, le nombre et le poids.
La puissance souveraine est toujours à ta disposition,
Et qui résisterait à la force de ton bras ?
Le monde entier est devant toi
Comme le plus petit poids capable de faire pencher une balance
Ou comme la goutte de rosée qui, le matin, tombe à terre ;
Mais tu as pitié de tous, parce que tu peux tout,
Et tu fermes les yeux sur les péchés des hommes,
Pour leur permettre de se repentir,
Car tu aimes tout ce qui est,
Et tu ne hais rien de ce que tu as fait ;
Si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas créé ;
Qu’est-ce qui pourrait subsister si tu ne le voulais,
Ou se conserver si tu ne le nommais ?
Mais tu épargnes toutes choses, parce qu’elles t’appartiennent,
Maître qui aimes la vie.”41

41 Traduction L. Randon.

En nous référant à l’Écriture sainte, nous y découvrons une image de Dieu, où Dieu se fait connaître plus intimement que ne le font le ciel et la terre. La Loi, les Prophètes, l’Évangile nous montrent mieux la majesté de Dieu que ne le peuvent les merveilles de sa création. Aussi Dieu nous recommande-t-il plus que tout l’honneur et l’autorité de sa Parole, au contenu de laquelle il convient d’acquiescer, alors que nous préférerions qu’il nous parlât à notre guise et selon nos vœux. En effet, nous ne pouvons pas juger cette Parole selon notre intelligence naturelle, qui doit d’abord être métamorphosée par sa régénération. La pensée de Dieu doit toujours avoir notre faveur, et sa parole toute liberté.

Marqué par la transfiguration du Christ42, l’apôtre Pierre nous apporte son témoignage :

42 Matth. 17.1-5 ; Marc 9.2-8 ; Luc 9.26-36.

“Ce n’est pas en suivant des fables habilement composées que nous vous avons fait connaître la puissance et l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ (…) : c’est pour avoir vu sa majesté de nos propres yeux. Car il a reçu honneur et gloire de la part de Dieu, son Père, lorsque la Majesté suprême lui adressa cette parole : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection : écoutez-le !” (2 Pier. 1.16-17)

L’amour de Dieu pour nous. Notre amour pour Lui.

Je fais miséricorde jusqu’à mille générations de ceux qui m’aiment.” (Deut. 5.10)

Il est impossible d’avoir le désir d’honorer Dieu et d’être ses sujets, si nous ne sommes pas profondément conscients de cet amour dont il nous parle. Moïse nous donne le Sommaire de la Loi :

Tu aimeras l’Éternel ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force.” (Deut. 6.5)

Nous ne saurons jamais ce que c’est que d’observer la Loi de Dieu et de nous conduire selon elle, <si nous ne commençons par l’amour. Dieu demande des serviteurs volontaires : il veut que nous nous y engagions d’un cœur libre et joyeux, prenant plaisir à l’honorer. Nous ne pouvons le faire que si nous l’aimons.

Ainsi, le commencement de notre obéissance, sa source, son fondement, sa racine sont notre amour pour Dieu. Il n’est pas question d’être “forcés” de venir à lui, mais d’y prendre notre plaisir. Notre bonheur est de nous conduire selon sa volonté, de nous y conformer. Cet amour n’est possible que si nous avons vraiment goûté la bonté de notre Dieu, si nous savons qu’il est notre Père et Sauveur, et ne demande qu’à nous être favorable. Si cet amour est en nous, nul doute que nous lui obéissions volontiers, que sa Loi régisse nos pensées, nos sentiments, notre personne. Il s’établit donc une harmonie entre la Loi de Dieu, nos désirs et nos sentiments.

Sachons donc bien qui est ce Dieu qui se fait nôtre ; il veut être connu tel qu’il est : juste, bon, parfait, la source de toute sagesse, vertu, droiture et équité. Nous ne pouvons souhaiter que de lui ressembler tel qu’il est, toujours semblable à soi-même : là est sa gloire. Il n’est pas question de nous contenter de sa simple existence ; mais de le connaître dans sa justice et son équité. Dieu ne peut se renier, se déguiser, se transfigurer à notre guise : Il demeure toujours tel qu’il est. S’il punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et quatrième génération de ceux qui le haïssent43, il fait miséricorde jusqu’à mille générations de ceux qui l’aiment et gardent ses commandements.44

43 Ces termes seront bientôt précisés.
44 En comptant en moyenne 30 ans par génération — ce quoi est peu — nous en serions aujourd’hui à la cent-dixième. Autant dire que cette promesse ne prendra jamais fin.

Voilà la vraie nature de Dieu : il ne demande qu’à nous attirer à lui par sa douceur infinie et exprimer ainsi envers nous son inaltérable bonté. Punit-il ?45 C’est quasi contre sa nature. Notre Dieu veut être connu bon, enclin à la pitié : sa gloire brille alors avec le plus d’éclat. Ce n’est pas sans raison qu’il ait assigné mille générations à sa miséricorde, et restreint sa colère à trois ou quatre seulement : il aime mieux nous gagner par sa bonté que nous retenir par des menaces. Il dit alors : “Je vous ferai miséricorde.”

45 Nous verrons ci-dessous au chapitre XVII ce que signifie ce mot.

Mais, dirons-nous : Si nous servons Dieu, ne semble-t-il pas qu’il nous doive une récompense ? Dieu nous montre que s’il fait du bien à ceux qui l’honorent et suivent ses commandements, ce n’est point par obligation ni mérite : même alors, il use de miséricorde. Nous ne pouvons jamais nous glorifier de nos œuvres comme si nous étions dignes d’un salaire ! D’où vient donc que nous l’ayons servi, que nous le servions encore, sinon de sa pure grâce ? Que pourrait-il donc nous devoir ? Alors même que nous faisons le bien, il nous supporte encore et pardonne nos péchés.

Si Dieu nous a aimés au point d’avoir son image imprimée en nous, c’est afin que nous lui en fassions hommage ; que nous soyons d’autant plus poussés à l’aimer, nous gardant de souiller ses dons les plus précieux, tels la raison qu’il nous a donnée, la volonté, ses conseils et toutes les vertus dont il gratifie nos âmes.

Convertissez-vous donc et vivez. L’âme qui pèche, c’est celle qui mourra !46

46 Résumé du chapitre 18 d’Ézéchiel, qu’il convient de lire avec attention.

Il importe de toujours accompagner les déclarations du Deutéronome du commentaire que nous en recevons au chapitre 18 du prophète Ézéchiel.

“L’homme qui est juste, qui pratique la droiture et la justice (…) vivra certainement.” (v. 5 à 9)

“Le fils d’un homme juste, qui viole et n’honore pas les commandements de Dieu (…) celui-là ne vivra pas, car il a commis des abominations.” (v. 10 à 13)

“Témoins des péchés de son père, le fils qui réprouve sa conduite et observe les commandements ne payera jamais pour l’iniquité de son père (…) Il vivra.” (v. 14 à 18)

“Si vous dites : “Pourquoi donc le fils ne porte-t-il pas l’iniquité de son père ? Parce qu’il a agi avec droiture et mis en pratique ses commandements. Le fils ne portera pas l’iniquité de son père. Le père ne portera pas l’iniquité de son fils.” (v. 19 à 20)

Il ne s’agit donc pas de situations bloquées.

“Si l’impie se convertit et se détourne de tous ses péchés, certainement il vivra. Et Dieu s’en réjouira ! (v. 21 à 23, 27 à 28) Mais si le juste se détourne de sa justice, se rend coupable des mêmes fautes que le méchant, il ne lui sera tenu aucun compte de sa justice passée ; il mourra à cause de son infidélité. » (v. 24 à 26)

Dieu jugera chacun selon ses œuvres :

“Convertissez-vous donc, faites-vous un cœur nouveau et un esprit nouveau. Je ne prends aucun plaisir à la mort de celui qui meurt. Convertissez-vous donc et vivez !” (v. 30 à 32)

Il est certain que si nous prenons conscience de la générosité de Dieu envers nous, comme il nous le montre, nous nous sentirons irrésistiblement attirés à lui.

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