Souffrir… Mais pour quoi ?

XVI. SI TU OBÉIS…

Si tu obéis fidèlement à la voix de l’Éternel ton Dieu, en ayant soin de mettre en pratique tous ses commandements que je te prescris aujourd’hui, (…) voici toutes les bénédictions qui reposeront sur toi et qui seront ton partage, si tu obéis à la voix de l’Éternel ton Dieu.
(Deut. 28.1-2)47

47 Lire en entier Deutéronome 28.1 à 14.

Ces bénédictions seront la conséquence de notre obéissance aux commandements de Dieu : elles se répercuteront sur l’ensemble de notre milieu de vie : nature, intelligence, famille et société.

“Tu seras, dit Dieu, béni dans la ville et béni dans les champs. Béni sera le fruit de tes entrailles, le fruit de ton sol, le fruit de ton bétail… Bénies seront ta corbeille et ta huche.” (v. 3-5)

“L’Éternel fera entrer la bénédiction dans tes greniers et dans toutes tes entreprises.” (v. 6 à 8)

“L’Éternel, ton Dieu, te comblera de biens en multipliant le fruit de tes entrailles, le fruit de ton bétail et le fruit de ton sol. (…) L’Éternel ouvrira pour toi le ciel, son bon trésor, pour donner à la terre la pluie dans sa saison favorable, et pour bénir tout le travail de tes mains.” (v. 11 à 12)

Dieu attire et gagne nos cœurs par de séduisantes promesses ; et nous donne la flamme de l’intelligence

Observant ses commandements, nous serons bénis en toutes sortes, environnés par grâce de prospérité et de biens. Dieu prend plaisir à énumérer ses promesses de bonheur et de joie : nous serons d’autant plus enclins à le servir. Certes, il ne nous est obligé en rien : ne devrions-nous pas tout simplement nous contenter de le servir ? Car nous sommes des serviteurs sans mérite. Le Christ l’affirme dans une célèbre parabole (Luc 17.7-10). Puisque Dieu nous crée et nous maintient en vie, pourrions-nous trop nous employer à son service ? Il préfère que nous le servions librement par amour plutôt que d’y être contraints avec sévérité. Il maintient ainsi et conserve notre vie par l’activité bienfaisante de son Esprit. Nous sommes bénis dans la ville et dans les champs ; nous recueillons le fruit de nos entrailles, le fruit de notre sol, le fruit de notre gros et menu bétail, de nos potagers et de nos vergers. Notre existence durant, nos greniers seront pleins, nos entreprises bénies (v. 8). Ces bénédictions dépendent toutefois de la libre décision de notre Dieu : elles sont une grâce et non un dû ; elles honorent la foi et l’obéissance ; le respect de la création s’exprime en une nature chantante et gaie, une vie personnelle et sociale d’actions de grâces et de louanges.

Par ses bénédictions, Dieu crée et maintient l’être, la beauté, l’équilibre, l’harmonie, la complémentarité, la santé de la Nature et des êtres vivants. Il nous gratifie de la mission de penser son œuvre avec intelligence, de gérer notre vie avec honnêteté, de respecter les lois de la Nature, de réfléchir et d’agir, en un mot d’“être” selon les lois de notre existence à chacun ; de mettre en pratique les ordonnances du Créateur, Père, Fils et Saint-Esprit, pour vivre et être heureux, nous et notre postérité après nous.

Il est notre bonheur, notre justice, notre salut

Dieu ne “donne” pas seulement des directives : il promet : “C’est pour votre salut que je vous soumets à Moi. Je ne cherche aucun avantage personnel ; c’est votre bien, votre bonheur à chacun, que vous vous attachiez à Moi et gardiez mes commandements.” Les promesses sous condition dépendent en premier lieu du fait qu’en nous recevant pour son peuple, Dieu veut — par pure miséricorde — que nous le tenions pour notre Père ; il a pitié de nous, il nous reçoit comme justes. Nous ne méritons rien ; nous lui sommes simplement agréables ; étant ses enfants, l’héritage de salut nous est assuré. Rien n’est meilleur que de nous déclarer d’accord avec Dieu.

“Voici, dit-il, toutes les bénédictions qui reposeront sur toi, et qui seront ton partage, si tu obéis à la voix de l’Éternel ton Dieu.” (Deut. 28.2)

Écouter Dieu et l’aimer

Le commencement de bien ordonner notre vie est d’écouter Dieu. Nous ne sommes pas libres de penser ou de faire ce que bon nous semble. Une redoutable confusion nous menace ici : elle conduit à un contre-sens consternant et nous entraîne sur une voie sans issue.

Dans sa Parole, Dieu énumère commandements et défenses, obligations et interdictions : allons-nous les déclarer inadaptés à nos besoins et nos possibilités, prescrivant une inhumaine discipline, rendant insupportable notre existence misérable ? Souvenons-nous du désespoir et de la révolte d’André Gide, applaudi par sa génération :

Commandements de Dieu vous avez endolori mon âme.
Jusqu’où rétrécirez-vous vos limites ?
Enseignerez-vous qu’il y a toujours plus de choses à défendre ?
Commandements de Dieu, vous avez rendu malade mon âme.
Vous avez entouré de murs les seules eaux pour me désaltérer.
48

48 Nous retrouvons ici littéralement le péché originel.

Ces imprécations ne sont possibles que si nous recevons les ordres d’un Juge qui réprimerait nos désobéissances comme une atteinte à sa sainteté, le dépouillant de son droit d’être servi sans conditions par des créatures soumises et rampantes. Ce serait là un a priori légaliste postulant que le Christ est absent de l’Ancien Testament, ce que nous ne pouvons concevoir. Pour lui, dans l’un et l’autre Testaments, le Décalogue est partie intégrante de sa présence et de son message.

Quand un pharisien, docteur de la Loi, l’interroge pour l’éprouver :

“Maître, dit-il, quel est dans la Loi le plus grand commandement ?” Il lui répond :

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur de toute ton âme, de toute la force et de toute ta pensée. C’est là le premier et le grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable : “Tu aimeras ton prochain comme toi-même.” De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes.49

49 Cf. Deut. 6.5 ; Lév. 19.18 ; Matth. 22.36-39 ; Marc 12.29-31 ; Luc 10.27 ; Rom. 13.9-10.

Ces commandements de Dieu (le Père et le Fils) ne le concernent en rien et, en tant que Dieu, ne lui apportent rien. Il ne songe, en effet, nullement à se défendre, comme si nous pouvions porter atteinte à sa sainteté ; comme si, au rythme présomptueux et désordonné de ses créatures, nous pouvions lui nuire en quoi que ce soit.

Les commandements de l’Alliance de Grâce englobent les deux Testaments

Ils n’ont aucun rapport avec la justice d’un Dieu Juge, mais avec l’amour d’un Dieu Père. Il nous parle de cette justice que doivent vivre et manifester ses créatures pour être vivantes, heureuses, et parvenir à la vie éternelle. Dans les deux Testaments, la pratique des commandements conditionne la beauté, le bonheur, la “justice” de notre vie terrestre, la plénitude de notre vie céleste, en un mot : notre santé ! Elle est la condition du monde où nous vivons, soumis à l’autorité de l’homme et dépendant d’elle, que Dieu établit et maintient sur la totalité de sa création (Gen. 1.26).

Possédant tout en lui-même et par lui-même, Dieu, notre Père, pour être pleinement lui-même, n’exige rien de ses créatures pour soi-même. Notre obéissance aux commandements ne l’enrichit en rien : Il a tout à donner et rien à recevoir. Nous n’avons non plus rien à donner ou à offrir à Dieu, mais tout à recevoir de ses ordonnances. Quand nous les mettons en pratique, ses commandements ne lui apportent ni avantage ni bienfait : c’est à nous qu’ils reviennent ; ils sont des ordonnances de santé, de bonheur et de joie, pour la création dont nous sommes membres et où nous vivons.

Les commandements forment un tout indivisible

Les commandements de Dieu doivent être pris comme “un tout”. Nous ne pouvons faire aucun choix, obéir à tel d’entre eux de préférence à tel ou tel autre. Il ne s’agit pas de discipline mais d’amour ; un amour vécu, exprimé de tout notre cœur, embrassant les “lois” de notre santé et de celle du monde. L’amour est indivisible. L’apôtre Jacques le souligne énergiquement :

Celui qui observe la Loi tout entière, mais qui en viole un seul commandement, est coupable envers tous.” (Jacq. 2.10)

Dieu n’intervient pas comme “notre Juge” : il n’énumère pas les divers litiges d’un procès, ne distribue pas mérites ou sanctions à des “sujets” tremblants de peur. Il se présente comme “notre Père”, mettant au plus haut sommet la gratuite miséricorde qu’il nous offre en son Fils, notre Seigneur Jésus-Christ. La voix de notre Dieu est une voie de santé, de bonheur, de joie de vivre : ses commandements sont des ordonnances de vie. Lui obéir est une inépuisable source de bénédictions qui engendre la vie et son prolongement céleste ; toute désobéissance, au contraire, appelle un dommage, une sanction frappant notre personne dans la totalité de nos sphères de vie.

Quand Dieu nous fait aujourd’hui du bien, a soin de nous, étend sa main, ouvre son cœur en toutes nos détresses, sachons aussi qu’Il déploiera les trésors de sa bonté, incompréhensibles aujourd’hui, quand Il nous aura retirés d’ici-bas : le comble de notre perfection sera dans le Royaume de Dieu.

“Si tu obéis fidèlement à la voix de l’Éternel ton Dieu (…) voici toutes les bénédictions qui reposeront sur toi. (…)” (Deut. 28.1-14)

Ne nous trompons pas de perspective : Dieu ne s’adresse pas à des saints, mais à des humains, pécheurs, imparfaits et coupables, à qui il impose SES LOIS. En en prenant connaissance, notre premier mouvement peut être : “Commandements, ordonnances, lois et prescriptions me déplaisent fort ! Rien en moi ne m’y dispose ! Je n’obéirai pas à cette voix ! (…)”

Au contraire ! Sachons penser et dire : “Voici les bénédictions qui sont et seront mon partage, si j’obéis à la voix de l’Éternel mon Dieu.” “Si je (…)La vocation de Dieu (puis-je employer cette expression ?) est de me bénir de toutes manières si je réponds : “Oui” à mon Créateur”. Ainsi Dieu gagne-t-il mon cœur, séduit mon intelligence par ses promesses et ses dons. Je souhaite donc de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma pensée et de toute ma force observer et mettre en pratique les commandements de mon Dieu et Père, ne me détournant d’aucune de ses prescriptions ni à droite ni à gauche (v. 13-14).

Toutefois — si j’obéis à sa voix — pour apprécier ces bénédictions qui reposent sur moi, je dois à présent prendre connaissance de tout ce que j’aurais à souffrir, si je ne prends pas soin de mettre en pratique ces ordonnances et ces lois.

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