Les grands rallyes

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Les grands rallyes

Pour leur jeu de base-ball, le sport national des Etats-Unis, les New-yorkais ont élevé le gigantesque Yankee Stadium, aux soixante-sept mille places. C’est là, qu’avec l’ambition de la foi, le Comité de la Croisade avait organisé la réunion du 20 juillet, date primitivement fixée pour la conclusion de la campagne. Le directeur du stade était sceptique : « Les New-yorkais ne se dérangeront pas pour une, réunion religieuse, affirmait-il, vous n’aurez pas plus de cinquante mille personnes. » Dès sept heures du soir, cent mille personnes se pressaient à l’intérieur de l’arène et vingt mille avaient dû être renvoyées.

C’était une journée étouffante ; un journaliste envoyé par le Times de New-York, téléphona à son journal, à son collègue des sports qui s’occupait d’habitude des manifestations dans les stades : « C’est complètement bondé, déclara-t-il, les gradins sont pleins et la foule remplit les pelouses, les gens sont debout, coude à coude.

— C’est une blague ! déclara le reporter sportif.

— Non ! Ecoute ! Tu n’as jamais vu une foule pareille. Même les allées d’accès sont bondées.

— Je n’en crois rien !

— Alors tu ne me diras pas que je ne t’ai pas prévenu !

Le reporter sportif se décida :

— Je n’y crois pas, mais je viens quand même voir.

Un auditoire de cent mille personnes !

Ils commencèrent à arriver de bonne heure. Les premiers s’installèrent vers une heure. Six cents délégations des églises, croyant assister à la dernière réunion de la Croisade, arrivèrent en cars, en voitures, en métro, à pied.

Le Times écrivit : « Ils se coudoyaient gentiment, dans les bousculades on entendait : Excusez-moi. »

Vers six heures, les soixante sept mille places étaient occupées, et le public continuait à affluer.

A sept heures, Billy Graham montait sur l’estrade avec les hôtes d’honneur tandis que le chœur de quatre mille voix entonnait l’un des chants favoris de la Croisade.

Avant d’apporter son message, l’évangéliste demanda l’aide de tous ceux qui l’écoutaient en vue de la prolongation de la campagne. Ce fut un moment inoubliable : « Je voudrais demander à tous les chrétiens prêts à renouveler leur consécration à la cause de Dieu, de se lever. »

Presque la moitié de l’immense foule se leva alors, ainsi que tous ceux qui étaient sur l’estrade.

Le message de Graham fut un avertissement solennel à l’Amérique : « Nous sommes menacés par la crise la plus grave de notre histoire, affirma-t-il. L’Amérique a été plusieurs fois en danger, mais la crise qu’elle traverse à présent est la plus dangereuse de toutes. Elle a des causes très diverses, mais la plus grave est la détérioration morale.

» Divorces, crimes, délinquance juvénile, abandon de l’honnêteté, mépris de la parole donnée, quatre millions d’alcooliques chroniques, et des psychoses de toutes sortes prouvent combien notre nation est malade, continua-t-il.

Il n’y a qu’une seule solution à nos problèmes collectifs qui pourrait permettre à l’Amérique de survivre et de prospérer. Christ est la seule réponse… »

Vint l’heure de l’appel. Les observateurs voyant toutes les allées bondées, les sorties obstruées, la masse humaine qui occupait en rangs serrés tous les espaces libres d’un bord du stade à l’autre, se demandaient comment les gens pourraient avancer. Aussi l’évangéliste dut-il adopter une autre forme de déclaration. « A cause de la foule, écrit le Times, il (Graham) demanda à ceux qui voulaient recevoir le Christ de se lever ou, s’ils étaient déjà debout, de lever la main. »

» Lentement, sur les gradins du stade, des personnes ou des couples se levèrent, et, sur les pelouses, des centaines de mains s’agitèrent. Impossible d’en estimer le nombre… des centaines et probablement des milliers. »

Au cours des trois semaines qui suivirent plus de deux mille lettres furent reçues au bureau de la Croisade, elles faisaient part de décisions prises au Yankee Stadium.

On avait l’impression d’avoir atteint un sommet. Les gens retournèrent sans hâte à leurs autobus, à leurs métros, à leurs voitures, comme s’ils partaient à regret. Et tandis qu’ils s’éloignaient, une musique étrange couvrait les bruits de la rue et les sifflets de la police, ils chantaient les chants de la Croisade !

* * *

Personne ne saura jamais combien de projets personnels ont été bouleversés par la décision de prolonger la Croisade. Certains membres de l’équipe durent décommander des voyages en Europe où ils devaient prendre part à des manifestations religieuses, certains membres du Comité exécutif durent changer les dates de leurs vacances. Des membres du service d’ordre, des conseillers, des choristes, par centaines, renoncèrent à quitter la ville pour aller se reposer et consacrèrent leurs vacances aux différents services de la Croisade.

George Burnham écrivait au début d’août, dans la revue Christianity Today : « La Croisade de New-York est prolongée jusqu’à la fin d’août. Le Comité exécutif, en demandant à Graham de continuer, avait une raison bien simple : comment oserions-nous arrêter cette œuvre fantastique que Dieu est en train de faire ?

» Billy Graham, qui a terriblement besoin de repos après ces journées, les plus épuisantes de son ministère, était pleinement d’accord avec le Comité pour continuer la Croisade.

» Qui sommes-nous, demandait-il, pour arrêter un effort que Dieu bénit si visiblement ? Il y a, au loin, de nombreux missionnaires qui ont fait beaucoup plus de travail que moi. Ils n’abandonnent pas et ne demandent pas à rentrer chez eux dès qu’ils se sentent fatigués. »

Le 29 août, il réunissait une dernière conférence de presse et résumait la situation.

Les statistiques distribuées aux reporters étaient impressionnantes : les auditeurs, additionnés, approchaient du chiffre de deux millions. Plus de cinquante-trois mille décisions, dont 93 % provenaient de gens habitant la région de New-York. Vingt-deux mille décisions de jeunes en dessous de vingt et un ans.

Mais il ne s’agissait pas seulement de statistiques. Graham déclara qu’il espérait que la Croisade avait été « une sorte de bombardement spirituel, destiné à ouvrir une brèche pour l’infanterie de l’Eglise.

» Beaucoup de vies ont été changées, ajouta-t-il, vous pouvez le remarquer vous-mêmes, il y a une nouvelle ambiance. Dans le métro, on sourit au lieu d’avoir l’air inquiet. On rencontre par la ville des tas de gens qui portent une Bible. Vous verrez qu’à la rentrée, des milliers d’élèves et d’étudiants à New-York emporteront en classe une Bible avec leurs livres d’étude. Plus de dix-sept mille personnes, touchées au Madison Square Garden, ont suivi jusqu’au bout notre premier cours biblique par correspondance. »

Ce soir-là, il supplia son auditoire de continuer, après son départ, dans l’esprit de la Croisade ; il doit y avoir « un renouveau spirituel et un réveil dans chacune des églises de cette ville », déclara-t-il.

* * *

Au cours du mois d’août, une question fut souvent posée aux responsables de la Croisade : comment allez-vous faire pour la dernière réunion ? Impossible de dépasser le rallye du Yankee Stadium !

Au début on ne savait que répondre, mais à force d’y réfléchir, une idée commença à germer dans les cerveaux inventifs. On commença par examiner tous les espaces libres où pourrait se tenir un aussi vaste rassemblement : tel parc était trop difficile d’accès, tel grand hall n’était pas disponible… on songea aux terrains de l’Université…

Et tout à coup, quelqu’un dit : « Avez-vous pensé à la grande place de New-York : Times Square, au croisement de Broadway et de la Quarante-deuxième rue, surnommée le carrefour du monde ? »

L’idée était trouvée ! Si, pendant une heure seulement, l’avenue la plus bruyante et la plus brillante d’Amérique pouvait être transformée en une immense cathédrale, quel symbole !

C’est ainsi que le soir du dimanche 1er septembre 1957, une multitude de gens dévoués et infatigables entreprirent le dernier pèlerinage de la Croisade. Il en venait de partout, de la ville, de la banlieue et de plus loin encore, des gens de toutes classes et tous âges.

Le Times de New-York écrivit :

« C’était une foule souriante et polie, qui obéissait sans bousculade aux consignes du service d’ordre. On voyait les gens se mettre à chanter ou à prier, ou à entrer en conversation avec les voisins.

» Du haut du toit, au quarante-cinquième étage d’un immeuble de Broadway, la foule avait l’air d’un fleuve de petites pierres brillantes qui envahissait lentement la surface noire de l’avenue.

» À dix-huit heures quarante, tout l’espace libre, d’un trottoir à l’autre, était bondé depuis la Quarante-deuxième rue jusqu’à la Trente-huitième. On entendait, entre les grands immeubles, monter les sons d’un orgue. Le soleil couchant illuminait les toits, mais, en bas, l’avenue était dans l’ombre. « Spectateurs, allez à la 38e Rue », répétait un haut-parleur.

Et finalement, la foule innombrable massée dans Times Square s’étendait dans Broadway à perte de vue, elle formait une immense épée vivante, dirigée vers le cœur de Manhattan. La lune, à demi-pleine, se leva sur la jungle d’acier et de ciment, et la dernière réunion de la Croisade commença.

Que d’organisation, que de travaux elle avait exigés ! Les électriciens avaient discuté sans fin avant de savoir où placer leurs micros. Les techniciens de la télévision s’étaient réservés les meilleures places et, là-haut, d’immenses tours de fer mobiles portaient leurs projecteurs. Des batteries de haut-parleurs devaient porter jusqu’au bout de Broadway la musique et les voix. Les autobus passaient bruyamment dans la Quarante-deuxième rue, à moins de vingt mètres de l’estrade. Comme au premier soir, tant de semaines auparavant, les reporters-photographes fourmillaient autour de la tribune.

Cela n’avait rien d’une cathédrale, pas encore ! Autour de l’estrade, c’était une chasse incessante, une agitation folle, à la recherche de la lumière et du son. Mais en bas, dans l’immense foule, il y avait une atmosphère d’attente. Beaucoup étaient des gens qu’on avait vus souvent au Madison Square Garden, ils avaient apporté les feuilles de chants de la Croisade et lorsque Cliff Barrows demanda à la foule de montrer les feuilles de chants, il sembla, à ceux qui regardaient d’en-haut, que la grande artère se couvrait de neige.

Après les annonces, Graham se leva pour son dernier message. Il brandissait l’épée de l’esprit aussi vigoureusement que jamais.

Le Times écrit : « Lorsque le Dr Billy Graham commença à parler, la cité avait revêtu sa scintillante robe de soirée, faite d’enseignes au néon, de lumières blanches, rouges et bleues. La voix ardente du prédicateur se propageait le long du canyon enserré entre les grands immeubles.

» Nous voici à l’endroit même que des milliers de touristes appellent New-York, dit Graham. Les visiteurs étrangers jugent l’Amérique par Times Square. D’innombrables nationalités s’y coudoient, on y entend parler toutes les langues. Certains admirent l’orgie de lumière, d’autres se hâtent vers les théâtres et les lieux de plaisirs.

» Ici, à Times Square, on trouve tous les contrastes, l’esclave de la drogue, l’alcoolique, la prostituée. et les plus grands citoyens du monde. C’est ici qu’on s’amuse, qu’on gagne de l’argent, qu’on mange et qu’on boit, qu’on fait la fête.

» Ce soir, pendant quelques instants, nous en ferons une grande cathédrale qui sera le symbole du réveil spirituel qui est en train de gagner l’Amérique. Disons au monde entier ce soir que nous croyons en Dieu.

» Disons au monde, ce soir, que notre espérance n’est pas fondée sur notre stock de bombes A ou H, mais sur le Dieu tout-puissant.

» Prions ce soir pour les peuples qui ne sont pas libres.

» Que cette heure serve à renouveler notre consécration. Ici, au carrefour de l’Amérique, proclamons à la face du monde que nous sommes unis et prêts à marcher sous la bannière du Dieu tout-puissant, adoptant pour devise celle qui est frappée sur notre monnaie … « En Dieu nous nous confions » (« in God we trust »).

Il n’y eut, ce soir-là, ni collecte, ni invitation à s’avancer. L’évangéliste demanda seulement à ceux qui voulaient suivre le Christ de lever la main. Il y en eut des milliers, alors il leur demanda d’écrire au bureau de la Croisade afin qu’on puisse les mettre en relation avec une église.

A neuf heures, la foule se dispersa. Bientôt l’immense avenue parut déserte et vide, mais des foyers sans nombre, dans l’immense métropole, retentissaient des chants de la Croisade.

Voici les paroles d’adieu prononcées par Billy Graham au Madison Square Garden :

« … Quelle espérance nous avons, nous, chrétiens ! Ici-bas les souffrances, les incompréhensions et même la persécution ne manquent pas ; mais là-haut ! Là-haut, la Bible nous l’enseigne, l’Eglise, au retour de Christ, triomphera. Et si vous êtes à Christ, vous êtes du côté de la victoire.

» Ici, en cette année 1957, Dieu a fait de grandes choses.

» À Lui soit la gloire ! »

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