Et après ?

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Et après ?

L’évangélisation, telle que Graham la conçoit, n’a pas pour seul but de faire des « convertis ». Depuis le début de son ministère, il se préoccupe du problème le plus important à ses yeux : comment amener les chrétiens nouveau-nés à connaître la fraternité de l’Eglise ? Comment les nourrir de manière à ce qu’ils puissent grandir dans la foi jusqu’à devenir adultes spirituellement ?

Vers 1950 déjà, Billy Graham avait pris contact avec Dawson Trotman, qui dirigeait un cours biblique par correspondance destiné primitivement aux marins de la marine américaine engagés dans la dernière guerre. Le cours de Trotman s’appelle, pour cette raison, les Navigateurs. Graham et Trotman combinèrent ensemble et mirent à exécution un plan destiné à suivre et à nourrir les nouveaux convertis.*

* Dans la salle des conseillers, chaque personne qui s’avançait recevait un évangile de Jean, la première leçon d’une série de cours bibliques sur cet Évangile ainsi qu’une pochette de textes à mémoriser appelée « Première nourriture biblique ». Dans ces versets très clairs et très simples sont affirmés : la certitude du salut, la certitude du pardon. l’assurance de la victoire et la promesse de l’exaucement. C’est la méthode dite des « Navigateurs » qui forme, dans le monde entier, d’innombrables travailleurs chrétiens laïcs.

C’était un grand pas en avant, aux conséquences multiples. Il fallait posséder, sur chaque personne touchée, de nombreux renseignements : nom, adresse, âge, etc., et surtout son appartenance ecclésiastique. Il fallut donc concevoir une carte de décision d’un modèle nouveau qui serait signée par tous ceux qui s’avanceraient au cours de l’appel à la décision.

Cette carte déclenchait une réaction en chaîne, dont chaque étape était soigneusement préparée.

Tout d’abord chacun recevait, dans la salle des conseillers, le premier cours biblique des Navigateurs et les premiers textes à mémoriser, et était vivement exhorté à poursuivre le cours jusqu’au bout. Si, après trois semaines, il n’avait pas envoyé les réponses aux questions posées sur le cours, il recevait un rappel. Le fichier, soigneusement tenu à jour, permet de suivre ainsi chaque personne touchée.

Mais comment l’intégrer à une Eglise ? Pour cela, touteune série de mesures étaient prévues :

1. Un double de la carte était envoyé au pasteur de l’église indiquée, accompagné d’une lettre demandant que la personne soit visitée dans les quarante-huit heures.

2. Quelques jours plus tard, un rappel parvenait au pasteur, lui demandant si la visite avait été faite, une carte postale toute prête était jointe, sur laquelle le pasteur pouvait indiquer les résultats de sa visite.

3. Une lettre signée par Billy Graham était envoyée à la personne qui s’était avancée, il lui disait combien il était heureux de sa décision et l’encourageait à persévérer.

4. Par téléphone, par lettre ou par une visite personnelle, le conseiller qui avait aidé cette personne dans la salle annexe, et qui avait rempli avec elle la carte de décision, renouait le contact et cherchait à s’assurer qu’elle s’était vraiment intégrée à une église.

En général, le plan fonctionnait dans la mesure où les pasteurs y contribuaient effectivement. Graham ne pouvait faire davantage. Il avait remis ses « nouveau-nés » en d’autres mains. Si on les visitait assez promptement, les nouveaux convertis se joignaient presque toujours à l’église qui s’occupait ainsi d’eux. Quand on leur confiait une tâche qui donnait un sens et un but à leur appartenance à la communauté, ils lui restaient fidèles.

Mais beaucoup de pasteurs tardaient à faire les visites demandées, et beaucoup d’églises ne se souciaient pas autrement de ces nouveaux membres inscrits dans leurs registres. Pourquoi cela ? se demandait Graham. Il s’aperçut que cela provenait d’un manque d’enthousiasme collectif pour l’évangélisation, joint à une maladie trop fréquente chez nos contemporains : la « suroccupation » ajoutée à la paresse et à la négligence.

La Croisade de New-York inaugura un plan d’action qui se montra extrêmement efficace pour bousculer cette indifférence : une campagne de visites à domicile. L’évangélisation de porte en porte ajoute la chaleur vivante de l’intérêt personnel au dynamisme parfois trop anonyme de l’évangélisation de masse.

« Nous ne retrouverons peut-être plus jamais ce climat d’intérêt et d’éveil religieux », avait dit Billy Graham en juillet lorsqu’on se demandait s’il fallait prolonger la Croisade.

L’évangélisation de porte en porte devait profiter de ce « climat ». C’était bien le moment de lancer les laïcs à l’action, de faire avancer les églises, dans une atmosphère telle que les adolescents emmenaient leur Bible avec eux et que les ménagères parlaient de Christ en faisant leur marché.

A New-York, cette dernière phase de la Croisade fut confiée à un comité spécial présidé par le Dr Jesse Bader.

Il fallut de nouveau faire des plans. Les onze grands districts de la région new-yorkaise furent subdivisés chacun en cinquante quartiers confiés à un directeur.

Par la poste et par des contacts personnels, les églises furent sollicitées de se joindre à un plan collectif de visites de porte en porte.

« Nous avons sonné les cloches de nos églises, écrivait le Dr Bader, alors que nous aurions dû tirer les sonnettes. Nous avons confié à des spécialistes le travail que nous aurions dû faire nous-mêmes. Nous nous sommes contentés de donner de l’argent alors que nous aurions dû donner notre temps et notre travail personnel. »

L’évangélisation de porte en porte atteint les racines.

Chaque église établit sa propre liste de personnes à visiter : des gens inscrits dans les fichiers, mais qu’on ne voyait jamais, ou bien les parents d’enfants de l’école du dimanche, qui n’étaient eux-mêmes pas rattachés, les voisins ou les relations signalés par les membres de l’église, etc.

On choisit et on instruisit les « visiteurs », quatorze pour chaque centaine de « visités ». Au cours de quatre soirées, du 20 au 25 octobre, on les réunit pour leur donner leurs dernières instructions, Ils devaient aller deux par deux, tirer les sonnettes, entrer en contact avec ceux qui leur étaient confiés. Démarcheurs du Seigneur, ils ne venaient pas soutirer de l’argent, comme tant d’autres collecteurs (pour d’excellentes causes du reste), ils venaient partager la richesse qu’ils avaient reçue.

Les églises par centaines s’engagèrent à coopérer, et Graham accepta de retourner à New-York dans la semaine du 23 au 30 septembre pour prendre part à des rallyes divers, en plusieurs points de la banlieue. Un dernier rassemblement devait avoir lieu sur les terrains du club de polo le dimanche de la Réformation.

Parmi ceux qu’il fallait visiter d’urgence, on inscrivit les personnes touchées au Madison Square Garden qui, d’après les fichiers méticuleusement tenus à jour au quartier général de la Croisade, ne s’étaient pas encore jointes à une église.

Ce plan d’évangélisation de porte en porte, est-il enfin le lien tant attendu entre l’évangélisation de masse et l’évangélisation personnelle ? C’est le grand désir de Graham. Sa pensée profonde, qu’il a souvent exprimée, est celle-ci : l’appel que le Christ adresse à l’homme doit d’abord lui être présenté simplement et avec autorité, ensuite il appartient à l’Eglise, par son témoignage et son enseignement, de nourrir le « nouveau-né » et de le conduire dans la vie chrétienne.

Les églises seront-elles à la hauteur de leur tâche ?

« Il appartient maintenant aux églises qui ont coopéré à la Croisade (au nombre de dix-sept cents) de poursuivre jusqu’au bout la tâche qui leur incombe, écrit le pasteur Poling. Un plan qui s’étend sur les deux années à venir a été élaboré en vue de nourrir et de mettre au travail tous ceux qui ont déclaré vouloir suivre Christ. Je connais une communauté à Manhattan qui, pendant la première moitié de la Croisade, a reçu plus de cinq cents cartes de décision. Intégrer des milliers de nouveaux convertis à l’Eglise, les entraîner au témoignage chrétien et au service actif, c’est là pour nous une obligation suprême et un défi lancé à notre foi. »

Que le Saint-Esprit, qui anime l’Eglise, lui donne sagesse, et zèle conquérant ! Comme une pierre, lancée dans un étang, y provoque des ondes qui gagnent de proche en proche, qu’ainsi toutes ces vies transformées en gagnent d’autres et que les ondes du réveil et de la vie spirituelle se propagent jusqu’aux extrémités du monde !

FIN

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