Souffrir… Mais pour quoi ?

XVIII. NÉGATEURS OU PROFESSANTS, OBJECTEURS OU CROYANTS

Au chapitre XII nous avons allègrement dit : “OUI” au Dieu créateur et, au contraire des transformistes et évolutionnistes, exprimé notre adhésion enthousiaste à la révélation du Père, du Fils et du Saint-Esprit, coopérant étroitement, “dès le commencement”, à créer, entretenir et conserver notre Univers et notre Terre.

Le premier chapitre de la Genèse résume à merveille cet exploit créateur. Et pourtant ! nombre de commentateurs et lecteurs n’hésitent pas à douter de l’origine de ce texte qu’ils classent parmi d’autres interprétations de notre Origine. En vain ! A moins de récuser pratiquement l’ensemble des Écritures.

Ainsi parle l’Éternel :

“Le ciel est mon trône, la terre mon marchepied. (…)
Tout ce qui existe, c’est Moi qui l’ai fait
Et c’est par Moi que tout subsiste.” (És. 66.1-2)
“C’est l’Éternel qui a créé la terre par sa puissance,
Affermi le monde par sa sagesse,
Étendu les cieux par son intelligence.” (Jér. 51.15)
« Car il parle, et la chose existe,
Il commande, et elle paraît. » (Ps. 33.9)54

54 Lectures bibliques :
1. Science et puissance de Dieu : Ps. 139.1-18.
2. La gloire de l’Éternel resplendit dans les cieux : Ps. 19.1-7.
3. Le Dieu créateur et la création continuée&nbs;: Deut. 11.12-15 ; Ps. 104.
4. Le Créateur tout-puissant nous couronne de gloire : Ps. 8.
5. Devant la grandeur des œuvres de Dieu, nous jubilons : Ps. 92.5-7.
6. Créatures et création louent l’Éternel : Ps. 148.
7. C’est moi l’Éternel, c’est moi le Créateur de tout : És. 44.24-28.
8. La terre est à moi (…) et vous êtes chez moi : Lév. 25.23.

Le Nouveau Testament dépeint la glorieuse activité du Christ “Parole créatrice divine”.

“Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point accueillie. (…) Celle-ci était la véritable lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. La Parole était dans le monde et le monde a été fait par elle ; mais le monde ne l’a pas connue.” (Jean 1.1-5, 9-10)

L’apôtre Paul confirme :

“Le Fils bien-aimé du Père (…) est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car c’est en lui que tout a été créé dans les cieux et sur la terre (…) Tout a été créé par Lui et pour Lui. Il est avant toutes choses et toutes choses subsistent en Lui.” (Col. 1.15-17)

Ainsi, pour accéder à la Vérité, recevoir comme vraies les révélations divines sur l’origine et la conservation du monde, notre place dans l’Univers : passé, présent et avenir — notre “destinée”, en un mot — il importe que notre intelligence soit régénérée. Elle le sera par le “renouvellement” de notre cœur ; lui seul inspire, contrôle, dirige notre volonté de connaître, de comprendre Dieu selon la “logique” révélée des saintes Écritures.

Notre personnalité tout entière est impliquée dans cette activité qui, dans la cacophonie d’ici-bas, apprend “quelle est la volonté bonne, agréable et parfaite de son Dieu.” (Rom. 12.2) Tâche impossible sans l’amour qui génère les intuitions du cœur et pénètre notre pensée, vivifie notre volonté, dynamise l’énergie et les possibilités nouvelles des actes présents et futurs de notre existence. La perspicacité du cœur est source de vérité.

Ce renouvellement, cette métamorphose de notre intelligence, de notre personne, de notre cœur, nous l’appelons “conversion” : pour vivre à l’image de Dieu il faut nous convertir. Qui s’est déjà converti en connaît les circonstances et s’efforce d’aimer, de penser, d’agir en conséquence. Si — lisant ces lignes — vous sentez, vous savez que vous ne vous êtes pas encore converti(e), hâtez-vous de le vouloir : l’Écriture vous en donne le pouvoir. Cette “métamorphose”, demandez-la à Dieu ; il vous apportera l’intelligence nécessaire pour “discerner sa volonté qui est bonne, agréable et parfaite”.

Il convient dès lors de renoncer à tout orgueil : il est l’écran qui s’interpose entre notre moi profond et la connaissance de Dieu et du Christ. Afin que notre foi profane devienne foi chrétienne, Paul nous recommande :

“(…) de n’avoir pas de soi-même une plus haute opinion qu’on ne doit, mais bien des sentiments modestes selon le degré de foi que Dieu donne à chacun.” (Rom. 12.3)

Les nuances de la langue grecque nous invitent ici à renoncer aux prétentions excessives et déraisonnables, aux opinions flatteuses, aux pensées spéculatives… Sans exagérer sa valeur au-delà d’une juste appréciation, chacun doit se juger avec modestie ; se croire sage par soi-même, ou de soi-même, conduit à l’inintelligence. Chantant le cantique du Bien-aimé sur sa vigne, Ésaïe intervient, pour l’honneur de la Parole du Dieu saint d’Israël, contre tous ceux “qui ne prennent pas garde à l’œuvre de l’Éternel et qui ne voient pas l’ouvrage de ses mains.” (És. 5.12)

“Malheur, s’écrie-t-il, à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal ;
qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres,
qui font doux ce qui est amer, et amer ce qui est doux.
Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux et intelligents à leur propre sens !” (És. 5.20-21)55

55 Il vaut la peine de lire en entier ce chapitre 5 d’Ésaïe.

Notre cœur excelle à susciter des oublis volontaires sur l’origine du monde (2 Pier. 3.5). En Matthieu 13.14-15, le Christ se réfère à la prophétie d’Ésaïe 6.8-10, en ces termes :

“Vous entendrez de vos oreilles et vous ne comprendrez pas ;
vous regarderez de vos yeux et vous ne verrez point.
Car le cœur de ce peuple s’est appesanti.
Ils ont endurci leurs oreilles,
ils ont fermé leurs yeux,
de peur qu’ils ne voient de leurs yeux,
qu’ils entendent de leurs oreilles,
qu’ils ne comprennent de leur cœur,
qu’ils ne se convertissent
et que je ne les guérisse.”

Les enseignements bibliques sur les rapports du cœur et de l’intelligence sont innombrables ; ils se résument ainsi :

Or, dit Élihu, c’est le souffle du Tout-Puissant qui rend les hommes intelligents (Job 32.8). Avec prière, l’apôtre Paul supplie que tout chrétien “soit rempli de la parfaite connaissance de la vérité de Dieu, en toute sagesse et intelligence spirituelle”. Mais à quelles fins ?

Il combat pour que “nous soyons enrichis d’une pleine certitude de l’intelligence et connaissions le mystère de Dieu : le Christ, en qui sont cachés tous les trésors de la sagesse, de la science, de la pleine intelligence du salut.” (Col. 2.1-3)56

56 L’intelligence :
— connaît Dieu : Jér 9.23-24 ; Éph. 5.17 ;
— suscite les vertus politiques : 1 Rois 3.12 ; 2 Chron. 1.10-11 ; Ps 2.10 ;
— l’intelligence de Dieu est infinie et insondable : Ps. 147.5 ; Prov. 21.30 ; És. 40.28.

Aux raisonneurs, aux ratiocineurs, objecteurs tatillons, chicaniers, ergoteurs, le Christ ne dit pas : “Quel raisonnement faites-vous par votre intelligence ?” — mais bien : “Quel raisonnement faites-vous dans vos cœurs ?” (Luc 5.22) Ou encore : “C’est du dedans, c’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées.” Tout cœur intelligent cherche la vraie connaissance. C’est de cœur, et non d’intelligence, que l’insensé s’écrie : “Il n’y a pas de Dieu !” L’intelligence vraie cherche le Dieu vivant. En effet, dit Dieu, “toutes mes paroles sont claires pour l’homme intelligent.”57

57 Marc 7.20-23 ; Prov. 15.14 ; Ps. 14.1-2 ; 8.5-9.

Toute critique de Dieu, du Christ et des Apôtres, révèle l’in-intelligence de celui qui l’exprime : car leurs paroles et leurs actes sont l’intelligence même, incarnée dans le Christ et manifestée dans sa création tout entière. Chez les rationalistes, les athées, l’inintelligence est totale. La profession de foi de Jean Rostand révèle à merveille l’étroitesse d’une réflexion qui se contente d’elle-même, d’un cœur in-animé par l’aveuglement, l’endurcissement, l’étourdissement, et ne peut plus opter que pour le néant.58 Ils sont incapables d’apporter le moindre sens aux souffrances et aux questions qu’ils se posent pour eux-mêmes et leurs êtres chers.

58 Éph. 4.18 ; Rom. 11.8 ; 1 Cor 1.18-21 et Amos 6.13.

Par contre, chez les chrétiens convertis, si la compréhension des pensées et des actes divins reste partielle et fragmentaire, si un certain mystère subsiste jusque dans l’Au-delà, le cœur et l’esprit restent néanmoins ouverts, réceptifs à un approfondissement raisonné et ininterrompu. Telle est la marque d’une foi vivante, invitée à parcourir de nouvelles étapes de discernement — et de discrimination — qui, par un retour de la pensée sur elle-même, anticipe sur un renouveau d’adoration (cf. Ésaïe 55.8-11). Notre interrogation, en effet, n’est jamais une “objection”, mais un “plus” accordé à une meilleure réflexion sur la volonté du Seigneur et les dispositions toujours miséricordieuses de sa Providence (Éph. 5.17).

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