L’autorité de la Bible et l’évangélisation

L’autorité de la Bible et l’évangélisation1
par Billy Graham

1 Christianity Today, 15 octobre 1956.

Il fait ce jour-là une chaleur accablante ; un vent étouffant soulève des tourbillons de poussière sur la route qui serpente vers la mer de Galilée. On respire un air d’attente. Le vent passe joyeusement sur la mer. On entend des voix amicales, animées. Sur chaque sentier venant de Galilée, des groupes se rassemblent. Le bruit a couru que Jésus est en route.

Des foules.

Tout à coup Il apparaît avec ses quelques disciples au sommet d’une petite colline sur la route de Capernaüm ; une grande foule les suit « de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée et d’au-delà du Jourdain »2. D’autres multitudes, venant de Tibériade, de Bethsaïda et de Capernaüm apparaissent et se joignent bientôt à eux. Ensemble ils suivent le petit groupe de treize hommes, et comme ils arrivent au sommet de la colline où le vent de la plaine adoucit la chaleur du soleil, Jésus s’arrête et leur fait signe de s’asseoir et de se reposer.

2 Matth. 4.25.

Un prédicateur qui a de l’autorité.

Tout le monde est dans l’attente. C’est un moment extraordinaire dont le souvenir doit rester pour l’éternité. La foule fait silence tandis que Jésus monte sur un grand rocher rouge et s’y assied. Dans la vallée, sur la route maintenant déserte, un chamelier solitaire poursuit son chemin vers Tibériade. Le calme se répand sur ces gens qui attendent et dont les visages sont tournés vers Jésus. Alors Il ouvre la bouche et commence à parler.

Les paroles qu’Il prononça là, sur la montagne des Béatitudes, dans la lointaine Palestine, furent les plus profondes et les plus sublimes jamais entendues, En des mots mesurés et simples, Il révéla le secret du bonheur — non d’un bonheur superficiel, temporel et limité, mais du bonheur qui dure toujours.

Personne, après avoir entendu Jésus, ne pouvait rester le même. Quel était donc le secret de ce Maître ? Comment tenait-Il ces foules sous le charme de sa parole ? « Après que Jésus eut achevé ces discours, la foule fut frappée de sa doctrine ; car Il enseignait comme ayant autorité et non pas comme leurs scribes » (Matth. 7.28-29).

Les prophètes et la Révélation.

Les grands prophètes du passé avaient aussi parlé avec autorité. Et cette autorité ne provenait pas de procédés techniques, ni même de la foi qu’ils pouvaient avoir en la justesse de leurs intentions et en la vérité de leur cause. Leur puissance et leur influence provenaient uniquement du fait qu’ils se savaient être les médiateurs de la révélation divine. A travers l’Ancien Testament nous rencontrons Esaïe, Jérémie, Osée et les autres prophètes employant ces expressions : « La parole de l’Eternel me fut adressée en ces mots » ou « Ainsi parle l’Eternel ». La flamme qui animait les prophètes d’autrefois et qui donnait autorité à leur parole provenait de ce qu’ils ne parlaient pas d’eux-mêmes, mais qu’ils étaient les porte-parole de Dieu.

L’autorité de Jésus est encore supérieure. L’Eglise chrétienne reconnaît qu’en Lui Dieu est entré dans l’histoire. Les paroles qu’Il a prononcées sont les paroles de Dieu fait homme. Mais, fait remarquable, dans son enseignement Jésus s’est constamment référé à des passages de l’Ancien Testament comme faisant entièrement autorité ! Bien que se sachant Messie et Fils de Dieu, Il a un respect total pour l’Ancien Testament qu’Il considère comme l’expression de la volonté de Dieu.

Une étude, même superficielle, de l’histoire de l’Eglise montre que les plus grands prédicateurs, depuis Augustin jusqu’à Wesley, s’appuyaient fortement sur l’Ecriture en matière d’autorité. En cela ils suivaient l’exemple sacré du Christ et des apôtres.

Une confession.

En 1949, j’ai passé par un moment de doute au sujet de la Bible. Je croyais voir des contradictions apparentes dans l’Ecriture. Je ne pouvais concilier certaines choses avec ma conception étroite de Dieu. Quand je me levais pour prêcher, la note d’autorité, si caractéristique de tous les grands prédicateurs du passé, manquait. Comme des centaines d’étudiants en théologie, j’en étais arrivé à la bataille décisive de ma vie dont dépendait l’orientation de tout mon ministère futur.

En août de cette année-là, je fus invité à Forest Home, siège des congrès de l’Eglise presbytérienne dans les montagnes aux environs de Los Angeles. Je me souviens avoir parcouru un sentier ; je marchais dans les bois, luttant avec Dieu. Je me débattais avec mes doutes et mon âme était prise dans les feux croisés de Dieu. Finalement, désespéré, j’abandonnai ma volonté au Dieu vivant révélé dans l’Ecriture. Je m’agenouillai devant ma Bible ouverte et je dis : « Seigneur, dans ce Livre il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, mais Tu as dit : « Le juste vivra par la foi ». Tout ce que j’ai reçu de Toi, je l’ai saisi par la foi. Ici et maintenant, par la foi, j’accepte la Bible comme étant Ta Parole. Je l’accepte tout entière et sans réserve. S’il y a des choses que je ne peux pas comprendre, j’attendrai de recevoir plus de lumière. Si ceci t’agrée, donne-moi de l’autorité lorsque je proclamerai Ta Parole et par cette autorité convaincs-moi de péché et que les pécheurs se tournent vers le Sauveur ».

Prêchant d’après la Bible.

Six semaines après, commençait notre Croisade de Los Angeles qui appartient maintenant au passé. Pendant cette croisade, j’ai découvert le secret qui a changé mon ministère. J’ai cessé d’essayer de prouver que la Bible était vraie. J’avais accepté dans mon esprit qu’elle l’était et cette foi se communiquait à l’auditoire. Constamment je me trouvais disant « La Bible affirme ». Je sentais que j’étais comme la voix par laquelle le Saint-Esprit parlait.

L’autorité créait la foi. La foi engendrait la décision et des centaines d’âmes étaient poussées à répondre à l’appel du Christ. La croisade qui devait durer trois semaines s’étendit sur huit semaines avec des centaines de milliers d’auditeurs. Les gens ne venaient pas pour entendre des paroles éloquentes ni parce qu’ils étaient intéressés à mes idées. Je découvris qu’ils avaient une soif ardente d’entendre ce que Dieu avait à leur dire par le moyen de Sa sainte Parole.

Un feu dans la chaire.

Il me semblait avoir une épée en main. Par la puissance de la Bible, elle plongeait profondément dans les consciences, amenant les hommes à se donner à Dieu. Est-ce que la Bible ne dit pas d’elle-même : « Car la Parole de Dieu est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles, elle juge les sentiments et les pensées du cœur »3 ?

3 Héb. 4.12.

J’ai constaté que la Bible devenait un feu dans mes mains. Cette flamme faisait fondre l’incrédulité des cœurs et les poussait à se décider pour Christ. La Parole devenait un marteau brisant les cœurs de pierre et les façonnant à l’image de Dieu. Est-ce que Dieu ne dit pas : « Je veux que ma parole dans ta bouche soit du feu »4 et « Ma parole n’est-elle pas comme un feu et comme un marteau qui brise le roc ? »5.

4 Jér. 5.14.

5 Jér. 23.29.

Je constatai qu’il me suffisait de faire un simple plan et de placer un certain nombre de citations pertinentes de l’Ecriture sous chaque point de mon plan et Dieu agissait puissamment ainsi pour amener les hommes à s’abandonner entièrement à Christ. Je constatai que je n’avais pas à compter sur l’habileté, l’art oratoire, la psychologie des foules ou à employer des illustrations ou à aligner des citations remarquables d’hommes célèbres. Je commençai à me reposer de plus en plus sur l’Ecriture elle-même ; Dieu a béni mon ministère.

Soif de la Parole de Dieu.

Je suis convaincu par mes voyages et mes expériences qu’à travers le monde les hommes ont soif d’entendre la Parole de Dieu. De même que les gens venaient dans le désert entendre Jean Baptiste proclamer : « Ainsi parle le Seigneur », de même l’homme moderne, dans sa confusion, sa déception et ses errements, viendra entendre le prédicateur qui prêche avec autorité.

Je me souviens qu’à Londres plusieurs journalistes de la presse quotidienne et de la presse religieuse ont souligné que là était peut-être le secret du succès des réunions de 1954. Parmi les milliers de gens qui s’avancèrent pendant cette croisade pour consacrer leur vie à Christ, il y avait une jeune communiste enthousiaste, étudiante à l’académie royale des Beaux-Arts, et déjà une actrice connue. Elle s’était jointe à la Jeunesse Communiste parce que les membres en étaient zélés et semblaient avoir la réponse aux problèmes de la vie. Elle était venue « voir le spectacle ». Plus tard, elle raconta comment elle avait été surprise de ne pas entendre une conférence sur la sociologie, la politique, la psychologie ou la philosophie, mais la simple Parole de Dieu citée telle quelle. Elle fut fascinée, elle et ses camarades. Elles se réunirent plusieurs soirs jusqu’à ce que la Parole de Dieu eût accompli son œuvre dans leur cœur. Elles donnèrent alors leur vie à Christ.

Je ne plaide pas en faveur de la bibliolâtrie. Je ne suggère pas que nous devrions rendre un culte à la Bible, pas plus qu’un soldat ne rend un culte à son épée ou un chirurgien à son bistouri. Je suis cependant pour un retour profond à une prédication centrée sur la Bible, pour une présentation de l’Evangile qui affirme sans aucune ambiguïté : « Ainsi parle le Seigneur ! ».

Le monde a besoin d’autorité, de clarté et de précision, il est fatigué des controverses théologiques nébuleuses et incertaines. L’esprit humain a besoin de foi, le doute le déprime. On ne gagne rien, ni psychologiquement ni spirituellement, à jeter des suspicions sur la Bible. La génération qui s’est employée à critiquer l’Ecriture s’est trouvée trop vite poussée à nier jusqu’à la Révélation divine.

Je suis convaincu que, si la prédication de l’Evangile doit être décisive, si elle est appelée à produire la conviction de péché, si elle doit convaincre les hommes de la nécessité de marcher en nouveauté de vie, si on veut qu’elle soit accompagnée de la puissance de l’Esprit, il faut revenir à la Bible. Son message clair, pénétrant, brûlant doit être la base même de notre prédication.

C’est mon expérience en Amérique…

N’avons-nous pas besoin d’autorité dans d’autres domaines de la vie ? Les mathématiques ont leurs règles inviolables, leurs formules et leurs équations, si on les ignore, on ne peut arriver à la solution cherchée. La musique a ses règles d’harmonie et de rythme. La plus belle musique a été composée suivant ces règles. Les violer, c’est produire une discordance. Le compositeur emploie certes son imagination et son génie créateur, mais son œuvre doit être composée suivant certaines formes reconnues de rythme, de mélodie et d’harmonie. Il doit se plier aux lois de la musique. S’en passer serait se priver de musique.

On n’agit efficacement que dans un climat d’autorité.

La base de l’autorité divine.

J’emploie l’expression « La Bible dit » parce que la Parole de Dieu est la base qui fait autorité en matière de foi. Je ne distingue pas continuellement entre l’autorité de Dieu et l’autorité de la Bible parce que j’ai confiance qu’Il a fait connaître Sa volonté avec autorité dans les Ecritures.

Le monde est fatigué de nos doutes et de nos divergences d’opinions et d’interprétations. Mais j’ai découvert que le terrain commun biblique sur lequel la plupart des églises peuvent s’entendre est grand. Quoi de plus important, en tant que base, que le fait du péché, l’expiation, la nécessité de la repentance et du pardon, la vie éternelle et les dangers de l’indifférence religieuse ? Il n’est pas nécessaire de changer la vérité ou de faire des compromis sur les grandes doctrines bibliques. Je crois que c’est Gœthe qui disait après avoir entendu un jeune prédicateur : « Quand je vais entendre prêcher un pasteur, je peux ne pas approuver tout ce qu’il dit, mais je lui demande de croire ce qu’il dit ». Même l’indifférent n’a pas de considération pour l’homme qui manque de courage pour dire ce qu’il croit.

Message et messagers.

Un jeune commis aux télégraphes ne peut faire ce qu’il veut. Sa seule obligation est d’apporter le message qui lui est confié à la personne à qui il est destiné. Il se peut qu’il ne désire nullement apporter ce message, lequel contient peut-être une mauvaise nouvelle. Mais il n’a pas le droit de s’arrêter en chemin, d’ouvrir l’enveloppe et de changer le libellé du télégramme. Son devoir absolu est de le remettre au destinataire.

Nous, serviteurs de Dieu, nous avons la Parole de Dieu. Notre chef nous a dit : « Allez, prenez ce message et portez-le à un monde qui meurt ». Certains messagers aujourd’hui, négligent ce message, d’autres y substituent le leur, d’autres en écartent une partie. Quelques-uns disent que le Seigneur n’a pas voulu dire ce qui est dit, d’autres prétendent qu’Il n’a pas apporté ce message-là, mais qu’il a été écrit par des hommes ordinaires qui étaient tous enclins à commettre des erreurs.

Rappelons-nous que nous semons la semence divine. Quelques-uns sèment sur des chemins pierreux, d’autres parmi les épines, mais notre affaire c’est de semer ! Nous ne devons pas nous arrêter parce que certains terrains semblent stériles.

Nos ordres.

Nous tenons un flambeau, nous devons le faire briller ! Même s’il apparaît dans un monde de ténèbres comme une flamme tremblante, notre affaire est de le faire briller !

Nous sonnons la trompette ! Dans le bruit et le tintamarre de la bataille le son de notre petite trompette peut sembler se perdre, qu’importe, nous devons sonner l’alarme pour ceux qui sont en danger.

Nous allumons un feu dans un monde froid, plein de haine et d’égoïsme. Notre petit foyer peut sembler trop faible pour réchauffer quoi que ce soit, mais nous devons entretenir ce feu.

Nous frappons d’un marteau ! Les coups semblent peut-être n’ébranler que nos mains à mesure que nous frappons, mais il faut continuer à frapper.

Nous employons une épée ! La première ou la seconde attaque peut manquer son but et tous nos efforts pour pénétrer dans le flanc de l’ennemi peuvent sembler désespérés. Mais il nous faut continuer à manier l’épée !

Nous avons du pain pour un monde affamé. Le monde peut paraître occupé à se nourrir d’autres aliments, ignorant le Pain de vie, à nous de continuer à l’offrir aux âmes !

Nous avons de l’Eau pour les âmes altérées. Tenons ferme et crions « Allo ! quiconque est assoiffé, qu’il vienne à la source des eaux vives » !

Centrez votre prédication sur la Bible !

Jésus a promis qu’une partie de la semence tomberait dans la bonne terre et produirait du fruit.

Le feu qui brûle dans votre cœur et qui anime vos lèvres allumera une flamme sacrée dans quelques cœurs glacés et les gagnera à Christ. L’épée percera la carapace de péché, fera éclater la propre justice et l’orgueil, et ouvrira les cœurs à l’Esprit de Dieu. Des affamés se nourriront du Pain de Vie et des assoiffés trouveront la source de l’Eau Vive.

Prêchez les Ecritures avec autorité ! Vous constaterez un changement dans votre ministère !

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