Souffrir… Mais pour quoi ?

XIX. L’ANGE DE L’ÉTERNEL

Des cieux, soudain, une voix se fait entendre : celle de l’Ange de l’Éternel, dont il nous faut déchiffrer la personne et son étonnant langage (Gen. 22.11-12 et 15-18).

L’Ange parle comme s’il était Dieu même. “Je sais maintenant que tu crains Dieu, puisque tu ne M’as pas refusé ton fils unique, Je te bénirai certainement” (v. 12 et 16). L’Ange prend donc la personne même de Dieu.

C’est une Personne divine qui intervient : elle appelle, console, fortifie, redresse, met ou remet sur la bonne voie spirituelle pour le présent et pour l’avenir. Une Personne unique désignée à cet effet par l’article défini : LE et jamais l’article indéfini : UN.

L’Ange de l’Éternel intervient la première fois dans l’Histoire pour consoler Agar, annoncer la naissance d’un fils, Ismaël, qu’il bénira et dont il fera une grande nation (Gen. 16.7-11 ; 21.17).

— Il retient le bras d’Abraham, délivre son fils Isaac d’une mort imminente.

— Il interpelle Jacob ; il lui rappelle qu’il a promis de se convertir. “Je suis le Dieu de Béthel. (…) Maintenant, lève-toi !” (Gen. 31.13) Au torrent de Jabbok, il lui dit : “Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et tu as vaincu.” Jacob appelle ce lieu Péniel, c’est-à-dire : Face à Dieu car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face, et ma vie a été sauvée. (Gen. 32.24-32)

L’Ange apparaît nombre de fois dans l’Ancien Testament.

— Il se présente à Moïse, dans le buisson ardent, comme une flamme de feu, pour lui imposer sa vocation (Ex. 3).

— De jour dans la colonne de nuée, de nuit dans la colonne de feu, il guide son peuple hors d’Égypte (Ex. 13.20-22 ; 14.19 ; Nb. 20.16).

— Il protège Israël pour l’introduire dans le lieu qu’il lui a préparé : “Prends garde à toi, dit-il, quand tu seras en sa présence (…) parce que mon Nom est en lui. Écoute attentivement sa voix (…) parce que mon Nom est en lui. (…) Mon Ange marchera devant toi.” (Ex. 23.20-23)

Par amour pour nous, le Dieu saint ne peut nous parler directement :

“Si je descendais un seul moment au milieu de vous, je vous anéantirais.” (Ex. 33.5)

Afin que nous restions vivants, il ne nous aborde et ne se révèle que dans sa miséricorde, sa bonté, son amour, par la seule médiation de son Fils, l’Ange de sa Face.

— Pour assurer la sécurité de son peuple, il s’entretient avec Moïse dans la Tente d’Assignation. Au mont Sinaï, il confirme son Alliance (Ex. 33.11, 14, 19 ; 34.5-7). Nous qui sommes dans le péché, seul l’Ange de sa Face peut nous rencontrer.

— Il s’oppose à Balaam pour le sauver sur le chemin qui mène à sa perte (Nb. 22).

— Il maudit Méroz et ses habitants : ils n’ont pas pris le parti de l’Éternel (Jug. 5.23).

— Il appelle Gédéon à son service (6.11-21).

— Quand l’Ange de l’Éternel se présente à Manoah qui ne le reconnaît pas, et lui annonce la prochaine naissance d’un fils, Manoah dit à l’Ange : “Quel est ton nom, afin que nous t’honorions quand la promesse s’accomplira ?” L’Ange de l’Éternel répond : “Pourquoi t’informes-tu ainsi de mon Nom ? Il est prodigieux ! (…)” Et quand Manoah offre l’oblation sur le rocher : “Alors se produit une chose prodigieuse ; (…) au moment où la flamme s’élève de l’autel vers les cieux, l’Ange de l’Éternel monte aussi dans la flamme de l’autel : Manoah reconnaît que c’est l’Ange de l’Éternel, et il dit à sa femme : “Certainement nous allons mourir, car nous avons vu Dieu.” (Jug. 13.15-23)

— Il défend l’honneur de Dieu que David a déshonoré par l’initiative d’un recensement pour jauger sa puissance (2 Sam. 24 ; 1 Chr. 21.16-18, 30).

— Il guérit Élie de sa dépression nerveuse et le conduit au mont Horeb (1 Rois 19.3-9).

— Il annonce à Achazia qu’il mourra à cause de son idolâtrie et, pour le salut de Jérusalem, met en déroute les armées d’Assyrie (2 Rois 1.3 ; 19.35 ; És. 37.36).

— Il combat ceux qui combattent l’Éternel (Ps. 35.6).

— Il intercède auprès de Dieu pour Jérusalem, afin qu’il en ait compassion, lui apporte consolation ; il tient tête à Satan, annonce la venue du Messie, la restauration de Jérusalem. La maison de David sera aux yeux de tous comme Dieu — comme l’Ange de l’Éternel lui-même (Zach. 1.11-12 ; 3.1 ; 12.8).

Aussi David chante-t-il avec allégresse :

“L’Ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, et il les arrache au danger.
Goûtez et voyez combien l’Éternel est bon !
Heureux qui cherche en lui son refuge !” (Ps. 34.8-9)

Étant dans le péché, seul l’Ange de sa Face peut nous rencontrer. Nous ne pouvons pas voir Dieu dans l’éclat de sa gloire. Perdant la tête, Moïse lui dit un jour : “Je te prie, fais-moi voir ta gloire !” Dieu lui répondit :

“Je ferai passer devant toi toute ma bonté, et je proclamerai devant toi mon vrai Nom : L’Éternel. Je fais grâce à qui je veux faire grâce et miséricorde à qui je veux faire miséricorde. (…) Tu ne pourrais pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre. (…) Voici une place près de moi : tu te tiendras sur le rocher. Quand ma gloire passera, je te cacherai dans le creux du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que je sois passé. Alors je retirerai ma main, et tu me verras par derrière : mais ma Face, nul ne peut la voir.” (Ex. 33.18-23)

Dieu ne peut être connu en ce qu’il est, mais seulement en ce qu’il fait. Sur son ordre, Moïse monte au Sinaï. Alors voilé d’une nuée épaisse, l’Éternel descend, se tient près de Moïse et proclame son nom : “L’Éternel”. Après avoir dit qui il est, il révèle ce qu’il fait :

“L’Éternel, oui, l’Éternel : Dieu miséricordieux et compatissant, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité ; qui conserve sa grâce jusqu’à mille générations ; qui pardonne l’iniquité, la révolte et le péché, mais qui ne tient pas le coupable pour innocent.” (Ex. 34.5-7)

Le ministère de l’Ange de sa Face est de révéler le faire de Dieu en sa propre personne : Le Christ. Ce que l’Apôtre proclame de façon solennelle :

“Frères, je ne veux pas que vous ignoriez que nos pères ont tous été sous la nuée, qu’ils ont tous passé à travers la mer, qu’ils ont tous été baptisés en Moïse dans la nuée et dans la mer, qu’ils ont tous mangé du même aliment spirituel, et qu’ils ont tous bu du même breuvage spirituel : car ils buvaient à un ROCHER spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était LE CHRIST.” (1 Cor. 10.1-4)

Ce rocher n’est autre que la Parole incréée de Dieu et créatrice de tout.

Avec un vif intérêt, nous constatons que si les anges sont mentionnés cent-soixante-cinq fois dans le Nouveau Testament, il n’y est jamais question de l’Ange de l’Éternel. Pourquoi ? Parce que le Christ, Parole incarnée, poursuit désormais et développe le ministère de l’Ange de sa Face, de la Parole incréée, à l’œuvre dans le monde depuis sa création et désormais aux siècles des siècles. Telle est la structure de notre salut que l’Apôtre Jean nous révèle avec une éblouissante clarté :

“Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. (…) Toutes choses ont été faites par elle. (…) En elle était la Vie. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçue. La Parole a été faite chair. (…) Nous avons contemplé sa gloire, une gloire telle que celle du Fils unique venu d’auprès du Père. Personne n’a jamais vu Dieu. Le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui nous l’a fait connaître.” (Jean 1.1-18)

Et encore dans l’Épître aux Philippiens :

“Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lui qui, étant en forme de Dieu, n’a pas voulu se prévaloir de son égalité avec Dieu, (…) mais s’est anéanti lui-même, en prenant la forme d’un serviteur et en devenant semblable aux hommes. Ayant paru comme un simple homme, il s’est abaissé lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la Croix. C’est pourquoi aussi, Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse, dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu le Père.” (Phil. 2.5-11)

“C’est en Christ que Dieu nous a élus avant la création du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant Lui.” (Éph. 1.4)

Pour exprimer une réponse, des réponses, aux questions que posent nos souffrances — voire la souffrance prise en elle-même — notre réflexion doit être centrée sur la personne et le ministère de l’Ange de l’Éternel, du Christ, le Fils unique de Dieu, lieu géométrique, point focal de toute la révélation, passée, présente et future.

Il nous suffit de relire le premier chapitre de l’Épître aux Éphésiens, pour contempler la fresque immense de l’œuvre du Christ, comprendre qu’Il est au centre de tout, l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin de tout.

Tout a été créé en Christ, le Fils de Dieu.
Tout subsiste en Lui.
“Le Premier et le Dernier,
Celui qui a été mort
et qui est revenu à la vie.” (Ap. 2.8)
“Je suis l’Alpha et l’Oméga,
Celui qui est, qui était et qui vient,
Le Tout-Puissant.” (Ap. 1.8)
“Je suis l’Alpha et l’Oméga,
Le Premier et le Dernier,
Le commencement et la fin.” (Ap. 22.13)

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