La Parole de Dieu ruisselle de promesses alléchantes dont la richesse et la précision nous étonnent : nous avons peine à les recevoir pour ce qu’elles sont. Elle énonce aussi nombre de commandements à l’obéissance desquels il semble que la réalité des promesses perde son relief, s’estompe jusqu’à rendre celles-ci inimaginables, inefficaces.
Obéir n’aboutit-il pas à nous priver des joies de l’existence que Dieu promet à ses enfants ? Pour sauvegarder ce qu’ils estiment être “leur bonheur” en cette présente vie, nombre d’entre nous ne refusent-ils pas d’accorder aux commandements divins l’importance vitale qu’ils comportent pour aujourd’hui et pour demain ? En un mot, obéir à Dieu ne nous prive-t-il pas du bonheur et de la joie de vivre ?
Telle est l’erreur de départ ! Les commandements divins nous enseignent bien plus les choses à faire que celles à défendre, celles pour le bien et le bonheur que celles à éviter pour le mal et le malheur.
Telle est la mise à l’épreuve d’Abraham quand Dieu lui dit :
“Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t’en au Pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur une montagne que je te désignerai.” (Gen. 22.2)
C’est encore comme “père des croyants”, qu’Abraham réfléchit, délibère, souffre et agit, pour que nous sachions que nul commandement ne peut jamais annuler une promesse.
Mais quel ordre étrange ! Dieu n’a-t-il pas dit :
— JE te ferai devenir une grande nation.
— JE rendrai ta postérité plus nombreuse que les grains de poussière de la terre. Si tu peux compter les étoiles, compte-les. Telle sera ta descendance.
— JE ferai de toi une multitude de nations.
— JE serai ton Dieu et celui de ta postérité après toi.
Trente années durant Dieu affermit sa promesse. Isaac paraît enfin, grandit, s’épanouit ; il est la joie de tous ! Il parvient heureusement à l’âge de vingt-cinq ans sans rien ignorer de la bénédiction et de la promesse solennelle qui reposent sur lui.72
72 D’après l’historien Josèphe, descendant d’une famille sacerdotale. Les traductions qui désignent ici le fils d’Abraham comme “l’enfant”, avec l’article défini, suggèrent un très jeune garçon, à l’âge de l’enfance, et, comme le précise le Dictionnaire Robert “dans la première période de la vie humaine, de la naissance à l’adolescence, celle-ci s’achevant à vingt ans pour les garçons.” Or le texte hébreu dit : “le jeune homme”, et désigne du même mot les deux “serviteurs” qui évidemment ne sont pas des enfants. Josèphe puise donc à bonne source en leur donnant à tous trois au moins vingt-cinq ans. Isaac et les “serviteurs” ont une même stature. Pour Abraham, plus que centenaire, ce sont bien “des jeunes gens”.
Alors ? Dieu se présenterait-il à Abraham sous deux aspects contraires ? Ne semble-t-il pas qu’il se moque de lui et de ses promesses ? Qu’il jette au feu l’alliance de sa grâce ? Comment nous représenter sa perplexité d’esprit, sa douleur, l’insoluble conflit entre la promesse — parole de Dieu — et le commandement — parole aussi de Dieu ? Quelle foi ne faut-il pas pour s’y cramponner ! Quel combat ! Quelles prières dont nous ne savons rien, tant le récit est sobre et discret ! Y a-t-il ici rien de plus grand, de plus haut que la douleur et le tourment d’un père, qui se voit donner la mort à son fils et doit garder le secret ? Dieu lui donne un ordre contraire à la parole sur laquelle Abraham fonde sa foi. Et pourtant ! Confronté simultanément à la promesse et au commandement, Abraham acquiert — par sa Foi — la conviction que l’ordre de Dieu n’annule pas la promesse ; sachant que Dieu est unique, il sait — mais ignore comment — que toute opposition entre promesse et commandement disparaîtra, s’il obéit en temps opportun ; la communion avec Dieu ramène à l’unité ce qui — d’abord — paraît contradictoire à notre logique terrestre. Abraham laisse à la providence de Dieu d’accorder commandement et promesse.
L’auteur inspiré de l’Épître aux Hébreux vient, bien à propos, à notre aide :
“C’est par la foi qu’Abraham, mis à l’épreuve, offrit Isaac. Oui ! il offrit son fils unique, bien qu’il eût reçu les promesses, et qu’il eût été dit : C’est en Isaac que tu auras une descendance appelée de ton nom. Il se disait que Dieu a le pouvoir même de ressusciter un mort ; aussi le recouvra-t-il par une sorte de résurrection.” (Héb. 11.17-19)
Dès lors, Abraham ne voit plus que la promesse : il obéit. C’est dans l’action (et non l’inaction) que Dieu lui fera connaître la voie cachée par quoi sa promesse reste entière.
Pour vivre intensément, justement, heureusement, nous devons comprendre qu’il ne nous est jamais permis, pour quelque motif que ce soit, d’opposer le “commandement” à la “promesse” : une épreuve d’intelligence et de foi, qu’Abraham, notre père, vit intensément dans sa pensée et dans son cœur, au nom et pour l’amour de l’Alliance de grâce promise à sa postérité. Moïse nous enseignera plus tard comment il nous est possible de marier sans divorce la promesse au commandement, Abraham restant pour chacun de nous l’inimitable modèle.
*
Abraham, Isaac, les deux porteurs et l’âne, partent pour le pays de Morija. Le troisième jour, levant les yeux, Abraham voit — “de loin” — l’endroit du rendez-vous. Il dit aux serviteurs : “Restez ici avec l’âne. Moi et le jeune homme nous irons jusque-là pour adorer ; puis nous reviendrons vers vous.” (Gen. 22.4-5)
Abraham prend le bois de l’holocauste, le met sur Isaac, son fils, assez fort pour le porter. Ce bois est lourd : un enfant ne le porterait pas ; ce n’est pas même Isaac qui le met sur ses propres épaules : c’est Abraham, son père. Sans rien exagérer, nous pouvons l’estimer à quarante ou cinquante kilos. N’est-ce pas — à très peu près — le poids de la croix du supplicié de Golgotha ?
Silencieusement, ils marchent côte à côte. Tout soudain, Isaac interroge : “Mon père, voici le feu, voici les bûches, mais où est l’agneau pour l’holocauste ?” Abraham répond ce qu’il se dit à soi-même depuis trois jours : “Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau.” En adorant, il ramène à l’unité une contradiction humaine. Il ose répondre : “Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l’agneau.” La vérité de Dieu mérite cet honneur non seulement parce qu’elle est éminente plus que tous moyens humains ou qu’elle se suffit à elle-même sans moyen, mais aussi parce qu’elle passe par-dessus tous obstacles et empêchements. Quand, dans la mort de son fils, Abraham conçoit la puissance vivifiante de Dieu, et que, de ses cendres il attend la bénédiction, il sort du labyrinthe de l’épreuve et de la tentation.
Dans leurs commentaires, l’attention des auteurs est d’ordinaire centrée sur la personne d’Abraham ; ils ne disent à peu près rien d’Isaac. Pourtant, le fils est ici aussi important que le père.
Dès qu’Isaac voit que son père le lie, et qu’il est lui, l’agneau de Dieu, dans les secondes qui le séparent de sa mort, il cherche à comprendre et se fonder une conviction. Que se passe-t-il ? Son père lui a toujours rappelé les promesses faites à son sujet. Agé de vingt-cinq ans il aurait pu tenir tête à son père âgé, lui, de cent-vingt-cinq ; mais Isaac sait qu’il est l’indispensable jalon à l’accomplissement des promesses divines. Silencieux, il se remémore chaque mot. En un clin d’œil — le temps d’être ligoté — il se souvient des promesses divines et ne se dit pas que, s’il meurt, c’en est fini de l’Alliance de grâce et des décrets providentiels quant à sa descendance. Mais alors ? C’est donc que lui aussi, malgré cette mort qui surgit là, trouve moyen d’être fidèle à ces promesses : le but sera quand même atteint. Même mort, le dessein de Dieu pour ce monde s’accomplira : “L’Éternel pourvoira !”
Ainsi, sans autre évidence que l’assurance de sa foi, Isaac acquiesce et se laisse faire. Pour accomplir les promesses divines, il s’offre lui-même librement. La synthèse entre promesse et commandement est faite en un éclair. Par une sorte de résurrection, Isaac est délivré de la mort : car, d’une certaine manière, c’est un ressuscité quand il est — miraculeusement — délivré par une grâce trop attendue. Et Abraham recouvre son fils comme si, de mort, il eût été rendu à une vie nouvelle. Ainsi sont réconciliés les promesses de Dieu, telles qu’elles étaient centrées sur Isaac, avec ce commandement de Dieu d’offrir Isaac en sacrifice. Abraham ne tue pas son fils : il l’offre à Dieu, et Dieu ne peut annuler ou renier ses promesses.
Que Dieu ait la puissance de ressusciter un mort dilate et exalte la foi d’Abraham et celle d’Isaac : “La foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas.” (Héb. 11.1) S’étant forgé cette conviction, Abraham offre son fils à Dieu. Isaac y consent : il coopère.
Pour la seconde fois, l’Ange de l’Éternel appelle Abraham des cieux :
“Je l’ai juré par moi-même, déclare-t-il, puisque tu as agi ainsi et que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, très certainement je te bénirai. Oui ! Je te donnerai des descendants nombreux comme les étoiles du ciel et comme les grains de sable au bord de la mer (…). Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix.”
Ainsi l’Ange de l’Éternel confirme-t-il mot pour mot toutes ses promesses (v. 15 à 18).
L’Apôtre Paul, dans l’Épître aux Romains, authentifie la narration du “sacrifice” d’Isaac. L’Esprit Saint confirme de sa divine autorité la vérité de l’histoire. Il magnifie ainsi et atteste à chacun de nous aujourd’hui, l’“héritage” de la foi pour qui partage la foi d’Abraham : “Abraham est notre père à tous.”
“La promesse d’avoir le monde pour héritage fut faite à Abraham ou à sa postérité (…) en vertu de la justice de la foi (…). C’est donc par la foi qu’on reçoit l’héritage, afin que ce soit par grâce, et que la promesse soit assurée à toute la postérité d’Abraham, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui possède la foi d’Abraham, notre père à tous, selon qu’il est écrit : Je t’ai établi père d’un grand nombre de nations (Gen. 17.5) ; notre père, dis-je devant Dieu, en qui il a cru, Dieu qui donne la vie aux morts, et qui appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient. Espérant contre toute espérance, Abraham crut ; il devint ainsi le père de nombreuses nations, selon ce qui lui avait été dit : “Telle sera ta postérité”. Il ne faiblit pas dans sa foi, en voyant que son corps était usé, puisqu’il avait près de cent ans, et que Sara n’était plus en âge d’avoir des enfants. Il n’eut ni hésitation ni défiance à l’égard de la promesse de Dieu, mais il fut fortifié dans sa foi, et il donna gloire à Dieu, étant pleinement persuadé que ce que Dieu a promis, il a aussi la puissance de l’accomplir. C’est pourquoi sa foi lui fut imputée à justice. Or ce n’est pas pour lui seul qu’il est écrit que sa foi lui fut imputée à justice, mais c’est aussi pour nous, à qui notre foi doit être pareillement imputée, nous qui croyons en Celui qui a ressuscité d’entre les morts, Jésus, notre Seigneur, qui a été livré pour nos offenses et qui est ressuscité pour notre justification.” (Rom. 4.13, 16-25)
Le verset 19 du chapitre 11 de l’Épître aux Hébreux présente un extrême intérêt. “Abraham se disait que Dieu a le pouvoir de ressusciter un mort ; aussi le recouvra-t-il par une sorte de résurrection.”73
73 Ou : “Dieu a le pouvoir de ressusciter un mort au moment même où il l’offre” (Synodale).
Ou : “Même un mort, se disait Abraham, Dieu est capable de le ressusciter ; aussi, dans une sorte de préfiguration, il retrouva son fils” (TOB).
Ou encore : “Ainsi recouvra-t-il son fils, et ce fut là un symbole” à savoir un symbole de la résurrection, une figure, une parabole, de la résurrection du Christ (Centenaire, Pléiade, Crampon).
Il se peut qu’en la mort de son fils, Abraham, se reposant sur la providence de Dieu, se soit représenté la vie. En tout cas, la tentation intérieure était déjà vaincue quand il leva le bras pour frapper Isaac. De même, il est impossible qu’Isaac se présente à la mort, s’il n’est pas déjà certain de la promesse de Dieu.
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Sans attendre les commandements que Dieu nous donne par le ministère de Moïse, commandements générant vie et bonheur, prenons au sérieux cet axiome : l’obéissance à un commandement de Dieu ne nous prive jamais de la vérité de ses promesses, couronne d’avance notre choix, quels que puissent être nos efforts, nos peines et nos souffrances. Le bonheur de la foi n’est pas une paisible rente ; il est celui d’une mise à l’épreuve, le fruit de notre combat, où prévaut d’abord l’exercice de notre intelligence, le refus obstiné de toute contradiction entre promesses et commandements de Dieu, de tout tourment de cœur qu’imposerait le sentiment. Dès lors, notre renoncement ne sera ni privation ni mutilation : il est l’étape indispensable à la noblesse de notre intelligence et à la dignité de nos sentiments.
Quand donc, dans la conduite de notre vie, le Seigneur nous commande une chose difficile…, que surgissent des obstacles qui nous éprouvent et nous affaiblissent, que les moyens nous font défaut…, que nous manquons de conseil, sans savoir où donner de la tête, il n’y a qu’un seul remède : ne perdons pas courage ! Remettons l’événement à Dieu qui nous fera le chemin où il n’y en a pas. Ce serait lui faire injure de n’en attendre que ce que nous pouvons comprendre et vivre, alors que — quand nous ne voyons que confusion — nous lui faisons grand honneur lorsque nous nous reposons sur sa providence. Quel encouragement, quel réconfort dans ce combat, prenant conscience que nous sommes les enfants d’Abraham, notre père, auxquels Dieu se rend visible par des exaucements dont il les gratifie !
Le sacrifice d’Isaac, tel que l’Écriture Sainte nous le fait connaître, est à la fois la révélation, la prophétie du sacrifice du Christ-Jésus, Fils de Dieu et son accomplissement au Morija d’Abraham. Il est la préface de l’œuvre salutaire de Dieu, celle du Père, par son Fils et l’Esprit Saint jusqu’à la fin des temps. Cet événement nous présente et rassemble tous les siècles de leur sainte histoire, de leur amour pour nous les hommes qu’ils invitent à la foi : le moteur intérieur de notre acquiescement dans l’action de grâce et la louange. Seul l’amour est digne de répondre à l’Amour !
Dieu excelle à dépeindre l’Histoire de notre Salut, d’Abraham au Calvaire, du Calvaire au Royaume, par d’immenses accolades qui embrassent des millénaires ! Avec une vibrante harmonie, par amour pour le monde et pour nous, il pose les points d’orgue de ses promesses, de nos chants de souffrance et de joie !
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Sans doute faites-vous ici une objection.
L’exemple d’Abraham sacrifiant est un événement tellement exceptionnel qu’il nous est vraiment impossible de nous comparer à lui. L’enseignement qu’Abraham reçoit du Père est trop grand pour me concerner. “En quoi et comment, dites-vous, pourrais-je ressembler à Abraham, combattre à sa manière, et recevoir de Dieu, à l’échelle de ma vie et par ma foi, le même exaucement ?”
Peut-être pensez-vous encore que je n’ai pas l’autorité de vous parler ainsi. Il ne s’agit certes pas de mon autorité mais de celle du Christ qui, par l’exemple de son propre combat instruit chaque croyant de l’issue victorieuse de ses épreuves, de ses souffrances qui le conduisent à la victoire.
Je n’avance pas ici un point de vue personnel, mais celui de la foi des Églises réformées du XVIème siècle à nos jours, exprimée dans leurs célèbres confessions de foi. Veuillez me permettre d’emprunter à Jean Calvin — avec son autorité et non la mienne — le réconfortant message que je souhaite vous faire partager.
Reportons-nous d’abord aux déclarations du Christ dans Jean 11.7-10.
“Jésus dit à ses disciples : Retournons en Judée.
Les disciples lui dirent : Maître, hier encore, les Juifs cherchaient à te lapider, et tu retournes au milieu d’eux ?
Jésus répondit :
N’y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Si quelqu’un marche pendant le jour, il ne bronche point, parce qu’il voit la lumière de ce monde.
Mais si quelqu’un marche pendant la nuit, il bronche, parce qu’il n’a pas la lumière.”
“En premier lieu, dit Calvin, on voit ici que le Christ emprunte une similitude du jour et de la nuit. Car si quelqu’un chemine de nuit, il ne faut pas s’ébahir s’il s’achoppe ou s’il s’égare plusieurs fois, voire s’il tombe ; mais la clarté du soleil montre le chemin du jour, afin qu’on ne rencontre aucun danger.
“Or la vocation de Dieu nous est comme la clarté du jour, qui ne permet point que nous nous fourvoyions ou nous achoppions. Par conséquent, quiconque obéit à la Parole de Dieu, et n’entreprend rien que selon son ordonnance et son commandement, aura aussi Dieu qui, du ciel, le conduira et le guidera ; en cette confiance, il peut sûrement et hardiment se mettre en chemin, car, comme il est dit au Psaume 91.4, 11-12 :
“Sous la protection du Très-Haut tu trouveras un refuge.
Sa fidélité sera ton bouclier protecteur (…)
Car il ordonnera à ses anges
De te garder dans toutes tes entreprises.
Ils te porteront sur leurs mains,
De peur que ton pied ne heurte contre une pierre.”
“Le Christ, s’appuyant donc hardiment sur cette aide, ne fait pas de difficulté d’aller en Judée, et ne craint point d’être lapidé ; car il ne faut pas craindre de se fourvoyer, quand Dieu, faisant office de soleil, va devant pour nous guider, nous éclairer, et pour gouverner notre allure (…).
“Par ces paroles, il nous est montré que toutes les fois que les hommes s’abandonnent — sans vocation de Dieu — à leurs propres conseils, toute leur vie n’est qu’une course vagabonde et fourvoyée ; et que ceux-mêmes qui pensent être bien sages, quand ils n’interrogent pas la bouche de Dieu, et n’ont pas son Saint-Esprit pour président et gouverneur de toutes leurs opérations, sont aveugles et errent dans les ténèbres ; que c’est ici la seule bonne et droite voie, quand, étant bien certains de la vocation divine, nous avons toujours Dieu devant nos yeux pour notre guide.
“En second lieu, d’après cette règle d’instituer et de former notre vie, s’ensuit la confiance certaine d’une bonne et heureuse issue ; car il ne peut alors se faire que Dieu ne nous gouverne heureusement. Cette connaissance nous est plus que nécessaire ; car à grand-peine les fidèles ne peuvent-ils même remuer le pied sans que Satan ne leur mette tout soudain en avant dix mille empêchements : il leur propose çà et là divers dangers, et machine de toutes sortes de manières pour leur fermer le chemin.
“Mais quand le Seigneur nous invite à cheminer, comme allumant sa lanterne devant nous, il nous faut cheminer en grand courage, voire quand les chemins seraient assiégés de mille morts. Car il ne nous commande jamais de marcher sans ajouter en même temps la promesse pour nous donner bon courage, afin que nous nous persuadions assurément que tout ce que nous entreprendrons selon son commandement nous apportera une bonne et heureuse issue. C’est ici notre charrette74 en laquelle quiconque se retire ne sera jamais abattu de lassitude.
74 La voiture, le moyen de locomotion employé pour nous déplacer.
“Troisièmement : il y a plus encore : quand les obstacles seraient si difficiles que nous ne pourrions pas y passer avec notre charrette, toutefois, étant garnis de ces ailes, nous trouverons toujours quelque issue, jusqu’à ce que nous soyons parvenus au but. Non pas qu’il n’advienne quelque adversité aux fidèles ; mais parce que les adversités leur sont des aides à salut.
“La somme est que les yeux de Dieu seront toujours attentifs à garder ceux qui seront soigneux de se gouverner par lui.”
Ainsi s’exprimait Jean Calvin.
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Mieux encore : l’Apôtre Jean nous apporte ici une preuve décisive et définitive.75
75 Cf. Jean 14.30 ; 1 Jean 3.5 et 1 Pier. 2.21-25.
Judas, le Traître, l’émissaire de Satan, est à l’œuvre dans la passion du Christ. Le sacrifice de l’Agneau est imminent. Dès lors, que dirons-nous ? Que la mort du Christ apparaîtrait ici comme une victoire du Prince de ce monde ? Mais elle est en fait son contraire absolu.
La crucifixion est la démonstration publique, faite au monde entier, du complet amour et de la totale obéissance du Fils envers son Père.
Complet et total, non seulement parce que le Christ ne tremble pas face à la mort, mais que “le Diable” ne discerne pas en lui le moindre péché, et que — par conséquent — il ne peut formuler contre Lui la moindre accusation qui le livrerait à sa puissance.
Chacun pour notre compte, nous devons donc conclure que la dynamique de notre foi procède en trois étapes.
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L’Ancien Testament doit être interprété et compris comme la révélation première de Dieu le Père en son Fils le Christ qui, lorsque les temps ont été pleinement révolus vient ici-bas (Gal. 4.4) sous son nom à la fois divin : Christ ; et tout humain : Jésus. Nul n’en peut douter, quand le Livre des Chroniques nous apprend que Salomon entreprit la construction du Temple de Jérusalem, “la Maison de l’Éternel”, sur la montagne de Morija, où Dieu était apparu à David son père, au lieu même de l’offrande d’Isaac. Il saute à l’esprit qu’Isaac a été prophétiquement offert à l’endroit même où se dresserait le Temple de Jérusalem (2 Chr. 3.1), et la croix de Golgotha.
Ces récits ne font qu’un : ils attestent l’unité de la Révélation de l’Ancien et du Nouveau Testaments, de l’Alliance de Grâce, autorité que consacre sans défaillance l’enseignement du Christ et des Apôtres. Quand nous cherchons les piliers sur lesquels se fondent les consolations de notre foi, nous ne devons faire aucune différence quant à l’autorité respective des livres canoniques.
Par son obéissance, Abraham nous apprend ce que sera le sacrifice de Dieu le Père, offrant son Fils ; par la sienne, Isaac préfigure celui du Christ-Jésus incarné, qui accepte son immolation en vue de sa résurrection. Jésus lui-même n’apporte-t-il pas l’éclatante confirmation de l’intention prophétique de ce “sacrifice”, tant pour Dieu le Père que pour le Christ-Jésus, quand celui-ci s’écrie :
“Voilà pourquoi le Père m’aime : C’est parce que je donne ma vie, afin de la reprendre (…). J’ai le pouvoir de la donner, j’ai le pouvoir de la reprendre : j’ai reçu cet ordre de mon Père.” (Jean 10.17-18)