L’Écriture Sainte abonde en paroles de réconfort et de consolation : n’est-ce pas d’elles et de tendresse dont nous avons besoin ? Pour nous en rendre conscients, Dieu emploie toutes les possibilités de notre langage. Dans sa Parole, nous trouvons nombre d’images profondes et touchantes, empruntées à notre monde et à notre vie quotidienne : la sollicitude des oiseaux pour leurs petits, le souci d’un bon roi pour son peuple, la vigilance d’un berger pour son troupeau, la délicatesse d’un époux pour sa bien-aimée, la tendresse d’un père ou d’une mère pour ses enfants. Nos yeux, nos pensées et nos cœurs pointent vers cet amour actif, puissant et délicat, que Dieu nous révèle en Jésus-Christ. Il nous rend attentifs à la concrète réalité de sa providence quotidienne au long de notre vie qui, chaque jour, trottine plus avant vers son terme.
Sans doute, de ces images, en connaissons-nous plusieurs par cœur. Mais viennent-elles à notre esprit au moment opportun ? Avec la précision et la force nécessaires pour affermir notre foi ? Il en est une, pourtant, qui, par sa brièveté et sa simplicité, sa profondeur et sa vigueur, pénètre notre cœur, s’imprime illico dans notre mémoire, prête à jaillir pour vivifier notre foi, quand Dieu nous déclare :
“Je t’entoure, je prends soin de toi ;
Je te garde comme la prunelle de mon œil.” (Deut. 32.10),
“Celui qui vous touche, touche à la prunelle de mon œil.” (Zach. 2.8, Version Synodale)
qui suggère notre consolante et ferme requête :
“Garde-moi comme la prunelle de ton œil.”
Pourquoi Dieu appela-t-il Israël et appelle-t-il aujourd’hui l’Église du Christ ; pourquoi dénomme-t-il les croyants — moi qui écris ces lignes, et vous qui les lisez — “la prunelle de son œil” ?
1. Cette image évoque d’abord un bien très précieux
Nous protégeons notre prunelle parce qu’elle nous est très chère : peu d’organes ont un si grand prix. Aussi Dieu considère-t-il l’Église comme son bien le plus précieux ; épouse de son Fils, il l’aime d’un amour éternel ; il s’identifie à elle. Dix fois, dans le Nouveau Testament, elle est appelée “l’Église de Dieu”, et chaque communauté de croyants est une Église de Dieu.
Pourquoi donc sommes-nous, pourquoi êtes-vous si précieux ? Moïse disait déjà aux Israélites dans le désert :
“Ce n’est pas parce que vous étiez plus nombreux que les autres peuples que l’Éternel s’est attaché à vous et vous a choisis : car vous étiez le plus petit de tous les peuples. Mais l’Éternel vous aime, et il est fidèle au serment qu’il a fait à vos pères.” (Deut. 7.7-8)
Précieux ! Le sommes-nous parce que nous serions forts ? Ou dignes ? Pas davantage ! C’est par pure grâce que Dieu ne nous rejette pas, mais au contraire s’attache à nous et nous choisit pour le servir (Cf. Ésaïe 41.10). Aussi lui sommes-nous plus précieux que tout ! Dieu nous aime ; Dieu vous aime ! Il est infiniment patient envers ses serviteurs : le pire d’entre nous, pourvu qu’il soit disciple, est précieux à ses yeux. Il nous dit :
“Je t’entoure, je prends soin de toi ;
Je te garde comme la prunelle de mon œil.”
Sur cette promesse, prions alors avec force :
“Entoure-moi, prends soins de moi !
Garde-moi comme la prunelle de ton œil !”
D’emblée notre prière prend la tonalité d’un croyant : nous sommes fortifiés et consolés.
2. La prunelle de notre œil est soigneusement protégée
Un os épais la garantit contre les coups. Des sourcils la préservent de la sueur. Des cils la protègent de la poussière, d’une lumière trop vive. Des glandes lacrymales, enfin, la nettoient sans cesse. Par sa toute-puissance, Dieu protège et garde son Église. Il l’entoure ; il prend soin d’elle. Ésaïe célèbre la main protectrice de Dieu sur son peuple, son Église :
“Ainsi parle l’Éternel, celui qui t’a créé, ô Jacob ! Celui qui t’a formé, ô Israël ! Ne crains point, car je t’ai racheté. Je t’ai appelé par ton nom ; tu es à moi. Je suis ton Dieu, ton Sauveur. (…) Tu es précieux à mes yeux, digne d’estime ; je t’aime. (…) Je t’ai créé (…) je t’ai formé (…) je t’ai fait pour ma gloire. Tu portes mon Nom. (…) Ne crains point, car je suis avec toi (…)” (Cf. És. 43.1-7)
A son Église, le Christ promet que les portes de l’enfer ne prévaudront jamais contre elle. Par sa grâce, chaque croyant sait qu’il triomphe du monde, selon sa promesse :
“Je t’entoure, je prends soin de toi ;
Je te garde comme la prunelle de mon œil !”
3. La prunelle est un petit miroir qui réfléchit ce qu’elle regarde
Savez-vous quelle est, en hébreu, l’expression littérale pour nommer votre prunelle ? “Le petit homme de l’œil”, “la petite fille de l’œil”. Pourquoi ? Quand nous regardons une personne, elle se réfléchit dans cet œil qui la voit ; elle y distingue sa propre miniature : un petit homme dans l’œil, une petite fille dans l’œil…
Ainsi, selon la comparaison biblique, quand Dieu nous regarde nous apparaissons sur sa prunelle : nous devenons l’homme de son œil, la femme de son œil ; et si nous regardons bien, avec les yeux de la foi, nous nous voyons en lui. Inversement, quand Dieu nous regarde, et que nous levons les yeux vers lui, son “image” apparaît sur notre pupille : Dieu s’y voit ! Et les autres aussi, s’ils regardent attentivement notre œil, peuvent l’y voir. Ne sont-ce pas là deux nouvelles raisons de lui être précieux ? C’est pourquoi Dieu nous dit :
“Je te garde comme la prunelle de mon œil !”
La pupille permet aux rayons de lumière venant du dehors de pénétrer jusqu’à notre rétine
L’Église est aussi la prunelle du monde et, avec elle, chacun de ses membres croyants. Elle est la voie d’accès de la lumière, de la Parole de Dieu et de son salut pour nous.
“Vous êtes mes témoins, dit l’Éternel, vous et mon serviteur que j’ai élu, afin que vous reconnaissiez, que vous croyiez et que vous compreniez que c’est Moi. (…) C’est moi qui suis l’Éternel ! Il n’y a pas d’autre Sauveur que moi. (…) C’est MOI qui suis Dieu ! Vous en êtes donc témoins.” (És. 43.10-12)
Par la puissance du Saint-Esprit, dit le Christ, vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre (Act 1.8). A travers nous la lumière pénètre ce monde et atteint ceux à qui elle est destinée. Leur salut vient de la prédication de l’Évangile, du témoignage de l’Église et de ses membres (Cf. Rom. 10). C’était le dessein de Dieu pour Israël ; ce l’est encore pour le monde d’aujourd’hui. Nous en sommes responsables. Fructueux ou non, ce témoignage est précieux pour Dieu :
“Je t’entoure, je prends soin de toi,
Je te garde comme la prunelle de mon œil.”
5. “Je te garde…”
Si protégée, si précieuse soit-elle, la prunelle peut être blessée. Il suffit d’un grain de poussière. Le monde doit être attentif à son comportement envers les chrétiens et les Églises de Dieu. Ceux-ci sont parfois faibles, sans protecteur. Ils sont méprisés, persécutés, pillés, mis à mort… Aujourd’hui comme autrefois. Peut-être le serons-nous, l’êtes-vous déjà ? Sachons que, par la voix du prophète Zacharie, Dieu s’écrie :
“Celui qui vous touche, touche à la prunelle de mon œil.” (Zach. 2.8-9)
Sur chaque disciple, sur nous, sur vous, Dieu, à nouveau, étend sa main chaque jour et proclame :
“Je t’entoure. Je prends soin de toi. (…)
Je te garde comme la prunelle de mon œil.”
Nous… vous… où que vous soyez, quoi qu’il arrive, comme disciples et témoins. Cette divine déclaration atteint pour nous son point culminant et la certitude de sa réalité, de sa parfaite exécution dans la prière du Christ :
“Père saint, garde-les en ton Nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient UN comme nous.” (Jean 17.11)
C’est avec une providentielle efficacité que nous sommes gardés en ce Nom, déjà révélé à Moïse pour les siècles des siècles :
“L’Éternel descendit dans la nuée ; il se tint là, près de Moïse :
IL PROCLAMA SON NOM : L’ÉTERNEL.
L’Éternel, oui, l’Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant,
Lent à la colère, riche en grâce et en fidélité,
qui conserve sa grâce jusqu’à mille générations :
qui pardonne l’iniquité, la révolte et le péché,
mais qui ne tient pas le coupable pour innocent !” (Ex. 34.5-7)
Et voici la réponse de notre foi qu’avec le psalmiste nous exprimons chaque jour dans notre prière :
“O Éternel ! Cache-moi à l’ombre de tes ailes !
Garde-moi comme la prunelle de ton œil !” (Ps. 17.8-9)
A notre tour, désormais, de garder les paroles de notre Dieu, de retenir dans nos cœurs, d’observer ses commandements pour vivre,
“(…) de garder sa Loi comme la prunelle de nos yeux !” (Prov. 7.2)