Pour que nous puissions justifier Dieu tel qu’il se révèle, nous devons être vigilants quant à la tonalité de notre attitude intérieure. Un apprentissage nous est nécessaire au cours duquel des “degrés” doivent être franchis.
Première attitude : la résignation. Elle implique la vision d’un monde où se déchaînent des puissances incontrôlables. Elle reflète une foi dans une fatalité brutale, injuste, incompréhensible.
Sur le plan intellectuel, elle accepte l’ignorance, abdique toute réflexion, renonce à toute intelligente compréhension. Aucune autre possibilité que le mal ou les autres pour responsables. La souffrance est stérile et maudite.
Aucun chrétien ne peut donc être résigné.
Seconde attitude : la soumission. Elle va souvent de pair avec une certaine foi en Dieu. Elle est la soumission de l’esclave, du serviteur envers un Maître qui veut être un Seigneur qui — sans autre explication — commande et dispose souverainement des uns et des autres. La soumission est une attitude passive. Il faut se hâter de la vaincre.
Le chrétien n’est pas un vassal.
Troisième attitude : l’acceptation. Elle est la plus répandue dans de larges milieux chrétiens. Elle s’accorde, en effet, avec la foi en un Dieu qui dirige et conduit, exerce sa providence et le gouvernement du monde comme nous l’avons précisé.
Mais la simple acceptation renonce à saisir les raisons et les buts. Elle pose un lourd et impénétrable mystère, établit et maintient une distance qu’elle ne comble jamais entre le Dieu tout-puissant et sa faible créature. Certes, l’acceptation est active ; elle implique un combat, une persévérance, une fidélité. Pourtant elle ne coopère pas, elle ne s’associe pas. Elle reste une attitude quelque peu infantile ; elle ne porte pas la personne à sa vraie stature, ni la dignité du chrétien. Elle demeure en deçà de ce que propose l’Évangile du Christ. Elle nous contraint au silence, à une soumission passive ; chacun “accepte” pour soi-même et ne porte, pour lui comme pour les autres, nul intérêt ni compréhension à l’œuvre du Dieu Créateur et Sauveur. Il reste un Souverain mutilé, sans dialogue avec ses créatures, sans foi authentique aux Saintes Écritures.
La quatrième attitude, qui doit être la nôtre — et la vôtre — et qu’il nous faut maintenir avec acharnement, est l’acquiescement : mot admirable de notre langue ! Acquiescer, c’est tomber d’accord, agréer, permettre, avec la connotation de se reposer, s’arrêter, être calmé, respirer.
Cette attitude vise à penser et à dire :
“Mon Père, je reçois avec gratitude la marque douloureuse de ton amour. J’acquiesce à tes desseins : ils visent à m’associer aux mystères de ta vie. Tu me connais mieux que je ne me connais moi-même ; tes buts s’étendent bien au-delà de ma personne. De tout mon cœur, je m’associe à ta paternelle pédagogie. Par les épreuves que tu me dispenses, conduis-moi au-delà de ce que je suis, au-delà de ce que je puis. Pour accomplir toute ton œuvre, aide-moi par la force que tu donnes, car tu es mon Père et je suis ton enfant. (…) »
Il nous faut justifier Dieu, c’est le combat de notre foi, une bataille pleine de péripéties. Souvent désarçonnés, toujours remis en selle ; incrédules parfois, confirmés dans la foi ; inquiets d’être défaits, victorieux toujours ; meurtris et blessés, debout encore, mais triomphants ; la sérénité succède à l’inquiétude, le calme à la tempête.
Dans ce combat à quoi chaque jour Dieu nous “forme”, il est présent par sa Parole et son Esprit. Il nous dote des armes nécessaires afin de toujours triompher.
— Combat de la prière. Nous cherchons le Dieu qui se cache et se révèle ; Celui qui frappe d’une main et soutient de l’autre, qui blesse et qui guérit, qui fait mourir et qui fait vivre (Deut. 32.39 ; Job 5.18).
— Combat de la patience envers nos maux, les silences et les mystères de Dieu. “C’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu.” (Act. 14.22)
— Combat de l’espérance. Notre foi s’empare de ce qu’elle ne possède pas par la vue : l’amour de Dieu lui suffit. Ses promesses pour ici-bas et l’Au-delà transfigurent la misérable mais noble réalité de la vie. Ses dons et son appel sont irrévocables ; l’espérance nous tient lieu de certitude et de joie (Rom. 11.29).
— Combat de l’attente des réalités célestes, des promesses de Dieu, de l’accomplissement de son œuvre telle qu’il nous la révèle dans sa Parole pour notre jubilation.
— Combat de notre vie. Ici-bas, dit saint Paul :
Nous gémissons comme sous un fardeau, parce que nous souhaitons non un dépouillement mais un vêtement nouveau, afin que ce qu’il y a de mortel en nous soit englouti par la vie. Et Celui qui nous a formés pour cela même, c’est Dieu, qui nous a donné pour arrhes son Esprit. (2 Cor. 5.4-5)