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TOB – Daniel

DANIEL

INTRODUCTION

La Bible grecque a placé Daniel parmi les prophètes à la suite d'Ezéchiel, mais dans la Bible hébraïque il figure parmi les « Ecrits », après les « cinq rouleaux » et avant Esdras. Ce fait souligne son origine tardive.

Structure du livre

Le livre est écrit en hébreu de 1.1 à 2.4a, puis en araméen de 2.4b à 7.28, enfin en hébreu de 8.1 à 12.13. Il semble qu'un recueil araméen (2 — 7) ait été complété par les chapitres terminaux (8 — 12) et une introduction (1) en hébreu. L'édition finale rassemble des récits qui ont pour héros Daniel (Dn 2.4 et 6), ses compagnons (3) ou les quatre personnages ensemble (1), puis une série de visions accordées à Daniel seul (7 — 12). L'ordre chronologique suivi dans chaque section est conventionnel, car l'auteur connaît mal l'histoire de l'ancien Orient: ayant retenu le nom de Nabuchodonosor, il lui donne pour fils Belshassar, en réalité fils de Nabonide et contemporain de la prise de Babylone par Cyrus; il introduit, entre Nabuchodonosor et Cyrus le Perse, un Darius le Mède qu'ignorent les historiens. Il ne faut donc pas chercher dans le livre des renseignements d'ordre historique. Quant aux chapitres additionnels que renferment les versions grecques, il en sera question à propos des livres deutéro-canoniques.

Cadre historique et date du livre

Dès l'antiquité (Porphyre, IIIe siècle après J.C.), l'attribution du livre à un auteur vivant pendant la captivité de Babylone fut mise en question. De fait, le Siracide (vers 190-180) ne mentionne pas Daniel parmi les prophètes d'Israël (Si 48.22 ; 49.7-8,10). En revanche, le livre est connu par l'auteur du premier livre des Maccabées, entre 134 et 104 (1M 1.54 = Dn 9.27 et 11.37). La grande vision des chapitres 10 — 11 démarque l'histoire du Proche-Orient et du judaïsme depuis Alexandre jusqu'en 164; on passe ensuite (Dn 11.40s) à un message d'espérance écrit en style conventionnel, qui débouche sur le jugement final et la résurrection des morts (Dn 12.1-4). Ce fait littéraire montre quel est l'horizon historique du livre. L'auteur connaît la profanation du Temple par le roi de Syrie Antiochus Epiphane, le 7 décembre 167 (voir Dn 11.31), la mise à mort des Juifs fidèles (Dn 11.33), la révolte des Maccabées et les premiers succès de Judas en 166 (voir Dn 11.34). La purification du Temple (14 décembre 164) semble visée dans le ch. 9, mais la mort d'Antiochus (à l'automne de 164) n'est pas encore connue en Judée quand il écrit. Lu dans cette perspective, le livre présente de nombreux détails qui font allusion aux circonstances et aux problèmes de l'époque : question des interdits alimentaires (Dn 1.5-8 ; comparer 2 M 6.18-31) ; question de l'idolâtrie (Dn 3.1-12) et du culte rendu au souverain divinisé (Dn 6.6-10), qui peuvent entraîner le risque du martyre (Dn 3.19-21 et 6.17-18) ; annonce prophétique de la mort du persécuteur (Dn 5.22-30 ; 7.11,24-26 ; 8.25 ; 9.26-27 ; 11.45). Mais l'auteur compte moins sur la résistance armée que sur l'intervention de Dieu pour sauver son peuple et établir son règne: ce fut l'attitude des Assidéens au temps de Judas Maccabée (voir 1M 2.28-38,42-43).

Cette date de composition, assez claire pour les chapitres en hébreu, laisse ouverte l'origine du livret araméen (ch. 2 — 7). Celui-ci a été adapté à la situation de persécution, mais il renferme des matériaux plus anciens. Le ch. 2, en présentant la succession des empires humains, semble ignorer la crise de 168-166 ; par contre, il connaît la politique de mariages (voir Dn 2.43) pratiquée, vers 252, par Antiochus II ou après 194 par Antiochus III. Dans le ch. 7, la mention d'une « onzième corne » applique à Antiochus Epiphane un oracle rédigé précédemment. Dans le ch. 4, la folie et la conversion de Nabuchodonosor ne se comprendraient guère sous Antiochus IV. L'auteur a donc puisé dans un répertoire de récits traditionnels dont on peut chercher l'origine chez les Juifs de la Diaspora orientale. Certains pouvaient être déjà fixés au IIIe siècle; d'autres relevaient encore de la tradition orale. De fait, des textes araméens de Qumrân montrent l'existence d'un « cycle de Daniel » auquel se rattache, notamment, un récit parallèle à Dn 4 qui met en scène le roi Nabûnay. La tradition du festin de Belshassar utilise un thème connu d'Hérodote, qui l'attribue au roi Labynètos (= Nabonide : Enquête, I,191). La préhistoire du livre que font entrevoir ces éléments ne peut malheureusement pas être suivie, en remontant le temps, jusqu'à l'époque perse et encore moins jusqu'à l'époque babylonienne. Il est difficile de dire comment est née, en Orient, la légende du « prophète » ou du « sage » Daniel, auquel ont été attribués des récits primitivement indépendants. En réunissant tous ces matériaux et en leur adjoignant la légende des trois jeunes gens jetés dans la fournaise (ch. 3), l'auteur a esquissé la carrière d'un jeune juif qui, déporté en 606, aurait été choisi pour devenir page royal avant de faire carrière dans l'administration grâce à son don d'interprétation des songes. Mais en faisant accéder Daniel au rang de « chef des sages » (Dn 2.48-49), de gouverneur de province et même de grand vizir (ch. 6), l'auteur a largement dépassé les bornes de la vraisemblance: son but didactique explique les formes littéraires auxquelles il a recouru pour présenter son héros.

Les genres littéraires dans le livre de Daniel

La forme littéraire d'un texte est commandée par la fonction qu'il doit remplir dans le groupe social auquel il est destiné et par les conventions en usage dans le milieu culturel qui l'entoure. Dans le cas de Daniel, on voit se combiner deux genres dont la littérature juive a largement fait usage à partir des époques perse et grecque: le récit didactique et l'apocalypse.

1. Le récit didactique est un procédé pédagogique mis au service d'un enseignement moral, sapientiel, théologique, etc. Ce qui compte, ce n'est pas son rapport à l'histoire exacte, même si par ailleurs il véhicule une certaine réflexion théologique sur l'action de Dieu dans l'histoire humaine. Au-delà de son contenu narratif, il faut déceler la « pointe » vers laquelle celui-ci est orienté : les épreuves et les comportements du héros mis en scène ont pour but de présenter un message d'édification, de réconfort, de foi, en rapport avec les besoins religieux d'une époque déterminée. Au moment de la confrontation entre le judaïsme et les civilisations païennes que l'on groupe sous le nom générique d'hellénisme, les croyants voient surgir des problèmes aigus auxquels les récits de Daniel apportent des solutions en s'inspirant de la tradition authentique d'Israël. La résistance à l'hellénisation, surtout lors de la grande crise de 168-164 où l'empire totalitaire trouve des complicités dans l'aristocratie judéenne et jusque dans le sacerdoce, se traduit ainsi concrètement dans des récits « contestataires ». Tantôt la conduite de Daniel et de ses compagnons y est exaltée comme un exemple à suivre (ch. 1 ; 3 à 6); tantôt la folie de l'orgueil humain et du paganisme sacrilège est dénoncée avec vigueur (ch. 4 et 5). Même si la narration trouve éventuellement son point de départ dans quelque réminiscence historique, son but est ainsi d'un autre ordre que l'histoire, au sens moderne ou même au sens grec du mot.

2. En outre, la littérature de « révélation » (ou « apocalyptique ») vient se greffer ici sur les constructions narratives pour prendre le relais des livres prophétiques. A partir de l'exil, celle-ci a été de plus en plus marquée par le double souci du « jugement » et du « salut » de Dieu, renvoyés au terme des temps mais attendus avec impatience par les croyants. Ce souci eschatologique reçoit sa forme littéraire dans un milieu culturel où la divination et la révélation des « choses cachées » constituent le sommet de la sagesse. Dans la perspective ouverte par la révélation biblique, Dieu seul peut donner aux hommes une telle sagesse pour leur faire connaître ses desseins et leur ouvrir des échappées sur l'avenir. On voit ainsi se développer, à partir de l'époque perse, des modes d'expression que les prophètes d'Israël n'avaient pas ignorés: visions et songes expliqués, derrière lesquels le monde invisible se laisse entrevoir, dans une profusion de symboles dont il faut deviner la visée et le sens. Ezéchiel et Zacharie avaient préludé à cette évolution artistique et littéraire où l'intervention des anges-interprètes devient une habitude constante (Ez 40.3,5 etc. ; Za 1.9,14 etc.). Il en résulte des scénarios compliqués qui présentent sous des jours divers la crise finale de l'histoire : Za 13 — 14 et Es 24 — 27 en donnent déjà des exemples significatifs. Au terme d'un tel processus, l'auteur lui-même masque sa personnalité derrière un héros du passé qui devient son porte-parole. Il prend du même coup un recul plus ou moins long avec son temps, pour proposer l'interprétation théologique de l'histoire, qu'il divise en périodes souvent très longues : ses prête-noms sont Daniel, ou Hénoch, ou Moïse, ou Baruch, ou les patriarches. La pseudonymie devient une loi essentielle du genre. Par ce moyen, les auteurs peuvent lier dans une composition unique le déchiffrement théologique d'un passé qui culmine au temps où ils écrivent, et l'évocation du terme vers lequel chemine le dessein de Dieu. L'annonce du jugement divin et le message de réconfort s'imbriquent ainsi l'un dans l'autre, en se présentant comme une sagesse venue d'en-haut. Du même coup, les récits didactiques et les révélations apocalyptiques se rejoignent dans ces écrits dont l'ésotérisme n'est qu'apparent, car leurs lecteurs en repèrent aisément les sources dans les Ecritures et ils en connaissent les conventions habituelles.

Daniel s'insère dans cette tradition. Au cœur même de ses récits didactiques, deux récits de songes (ch. 2 et 7) constituent déjà des apocalypses qui montrent l'histoire humaine cheminant, de crise en crise, vers le jugement final et le règne de Dieu qui le suivra. Le schéma des quatre royaumes, qui se succèdent en entraînant une dégradation progressive des choses humaines, est mis au service de ce thème fondamental qui se relie aisément à la théologie des prophètes. Mais le dévoilement de « la Fin », transparaît aussi à travers le songe du grand Arbre (ch. 4), l'inscription cryptique sur le mur (ch. 5), et finalement les songes et les visions de la seconde partie du livre (ch. 8; 10 — 12). L'Ecriture elle-même est traitée comme une révélation cryptique de l'avenir, lorsqu'un ange apporte au voyant la clef nécessaire pour appliquer à son temps l'oracle de Jérémie relatif aux 70 ans de la captivité qu'il divise en 70 septénaires d'années (ch. 9). Ce mode d'expression est particulièrement difficile et complexe pour le lecteur moderne : il exige des explications détaillées, si on ne veut pas tomber dans des interprétations arbitraires et en attribuer la responsabilité à l'Ecriture inspirée.

Les grands thèmes doctrinaux du livre

1. Le livre de Daniel, profondément traditionnel, reprend les éléments fondamentaux de la foi d'Israël pour faire face aux problèmes posés par son temps. Devant les civilisations païennes où foisonnent les dieux (Dn 5.4), où l'on rend un culte à leurs statues (Dn 3.1-3), où les rois mêmes sont divinisés (Dn 6.8), le monothéisme d'Israël s'y affirme avec force : il peut entraîner le risque du martyre (ch. 3 et 5). Les puissances politiques doivent reconnaître la puissance du Dieu unique (Dn 4.31-32 ; 5.22-23), puisqu'elles tiennent de lui leur pouvoir (Dn 4.22b,29b ; 5.18-19). Maître du temps et de l'histoire, il peut seul en révéler les secrets (Dn 2.20-23). Pour évoquer sa présence, le langage de la foi recourt à des représentations symboliques où subsistent les vestiges des anciennes mythologies (Dn 7.9-10). C'est pourquoi la représentation du monde angélique se complique en développant celle des anciens prophètes: c'est par ces êtres surnaturels que Dieu sauve ses fidèles en péril (Dn 3.25 ; 5.23), gouverne le monde et y accomplit ses desseins (Dn 4.14 ; 10.13,20s ; 12.1), donne sa révélation aux hommes (Dn 7.16s ; 9.16s,21 ; 10.9 — 11.2). Si Dieu voile ainsi sa présence, son action est reconnaissable dans les événements merveilleux qui adviennent sans l'intervention d'aucune main humaine (Dn 2.34,45-13,20-22;5.5;8.25 ; 3.11-13,20-22; 5.5; 8.25b).

Fondé sur la révélation qu'il a reçue de Dieu, le judaïsme organise donc sa vie en fonction de la Loi: en matière d'obligations morales et cultuelles (Dn 3.18,41), de calendrier (Dn 7.25b), de prière (Dn 6.11). On peut relever, dans le livre, des textes qui font connaître l'ancienne prière juive (Dn 9.14-19), sous des formes lyriques que l'Eglise reprendra sans difficulté (Dn 2.20 ; 3.33 ; 4.34b ; 6.27s ; 7.27b). L'originalité religieuse du judaïsme s'affirme ainsi dans un monde où le syncrétisme règne partout : en insistant sur la réussite des Juifs fidèles (Dn 1 ; 2.48 ; 3.30 ; 5.29), le livre montre en eux les sauveurs des sociétés dans lesquelles ils sont intégrés ; il envisage même la conversion des païens qui proclameront la grandeur du Dieu unique (Dn 2.46-47 ; 3.31-32 ; 4.34 ; 6.27-28).

2. Prolongeant la doctrine du Deutéronome et des prophètes, le livre propose une interprétation religieuse de l'histoire qui en élargit encore les vues. Dieu fait avancer son dessein à travers la succession des empires mondiaux, comme on le voit à travers le songe de la Statue et la vision des quatre Bêtes et du Fils d'Homme (ch. 2 et 7). Cette interprétation n'est pas exempte de pessimisme, car dans un monde où règne le péché l'humanité chemine vers une crise finale qui déclenchera le grand jugement de Dieu. L'histoire humaine est le théâtre d'un combat gigantesque où s'affrontent les Puissances du Bien (Dieu et ses anges, dont le soutien ne peut faire défaut au « peuple des Saints du Très-Haut ») et les Puissances du Mal, qui s'incarnent en quelque sorte dans les empires païens (Dn 10.13 ; 10.20 — 11.1). Finalement, le Mal ne peut qu'échouer : c'est ce que représentent la chute de la Statue (Dn 2.44s), la mort de Belshassar (Dn 5.24-30), la mort de la Bête (Dn 7.11,24-26), la destruction du Bouc (Dn 8.23-25), la fin du Désolateur (Dn 9.27), qui est aussi le roi persécuteur (Dn 11.40-45). Directement reliées au règne d'Antiochus Epiphane, ces images esquissent un trait permanent de l'histoire humaine qui retrouvera son actualité dans tous les temps de crise que devront traverser le Judaïsme puis l'Eglise.

3. Ainsi le livre débouche sur un message d'espérance qui prolonge celui des anciens prophètes, tout en prenant une certaine distance par rapport à lui. La chose est claire dans le ch. 9, où un oracle de Jérémie est adapté à l'actualité. Mais on le constate aussi dans tous les chapitres apocalyptiques. Israël est en effet le dépositaire et le bénéficiaire de promesses qui ont pour objet le Règne de Dieu: un Règne supra-humain et trans-historique dont plusieurs images soulignent le caractère transcendant (Dn 2.44 ; 7.13-14). Si Israël en est le support terrestre, il devra subir une épreuve purifiante pour être à la hauteur d'une telle vocation (Dn 11.35 ; 12.10) : c'est le sens de la persécution qu'il doit traverser. Mais le « monde à venir » sur lequel l'histoire débouchera revêtira les traits d'un univers transfiguré (Dn 12.1-4), et tous les justes qui ont donné leur vie pour rester fidèles à leur foi seront arrachés par Dieu à la mort afin d'y participer (Dn 12.2). Ainsi le thème de la résurrection individuelle entre-t-il, pour la première fois, dans l'espérance d'Israël. Du même coup, les enfers, « lieu » de la mort, deviennent l'Enfer, « lieu » de l'absence de Dieu et de la damnation. C'est assez pour que le livre serve en quelque sorte de trait d'union entre les deux Testaments: il pose une pierre d'attente en vue de la résurrection du Christ.

DANIEL

Daniel et ses compagnons

1 En l'an trois du règne de Yoyaqim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint vers Jérusalem et l'assiégea. [Selon cette indication, en 606 av. J. C. (voir 2 R 24.1-2 ; 2 Ch 36.5-7).]2 Le Seigneur livra entre ses mains Yoyaqim, roi de Juda, et une partie des ustensiles de la maison de Dieu ; il les emmena au pays de Shinéar dans la maison de ses dieux, et les ustensiles, il les emporta à la maison du trésor de ses dieux. [la maison de Dieu ou le temple de Dieu.
— au pays de Shinéar. c'est-à-dire en Babylonie.]
3 Puis le roi ordonna à Ashpénaz, le chef de son personnel, d'amener quelques fils d'Israël, tant de la descendance royale que des familles nobles : 4 des garçons en qui il n'y eût aucun défaut, beaux à voir, instruits en toute sagesse, experts en savoir, comprenant la science et ayant en eux de la vigueur, pour qu'ils se tiennent dans le palais du roi et qu'on leur enseigne la littérature et la langue des Chaldéens. [des garçons ou adolescents, jeunes gens.
— Chaldéens ou Babyloniens.]
5 Le roi fixa pour eux une ration quotidienne du menu du roi et de sa boisson, prescrivant de les éduquer pendant trois années, au terme desquelles ils se tiendraient en présence du roi. [C'est-à-dire entreraient au service du roi.]6 Il y avait parmi eux quelques fils de Juda : Daniel, Hananya, Mishaël, et Azarya. [fils de Juda ou Judéens.]7 Le prévôt du personnel leur imposa des noms : à Daniel il imposa celui de Beltshassar, à Hananya, celui de Shadrak, à Mishaël, celui de Méshak, et à Azarya, celui d'Abed-Négo. [Daniel signifie en hébreu Dieu est mon juge. Le nom nouveau reçu par les jeunes gens marque l'autorité que le roi a désormais sur eux (voir Gn 17.5 ; 32.29 ; Mt 16.18).]

8 Or Daniel prit à cœur de ne pas se souiller avec le menu du roi et le vin de sa boisson. Il fit une requête au prévôt du personnel pour n'avoir pas à se souiller, [Voir au glossaire PUR.]9 et Dieu accorda à Daniel grâce et faveur devant le prévôt du personnel. 10 Le prévôt du personnel dit à Daniel : « Je crains que Monseigneur le Roi, qui a fixé votre nourriture et votre boisson, ne vous voie des visages plus abattus que ceux des garçons de votre âge, et que vous ne me rendiez coupable au prix de ma tête envers le roi. » 11 Daniel dit au garde que le chef du personnel avait chargé de Daniel, Hananya, Mishaël et Azarya : 12 « Mets donc tes serviteurs à l'épreuve pendant dix jours. Qu'on nous donne des légumes à manger et de l'eau à boire. [dix jours d'épreuve Ap 2.10.]13 Puis tu regarderas notre mine et la mine de ces garçons qui mangent au menu du roi ; et selon ce que tu verras, agis envers tes serviteurs ! » 14 Il les écouta sur ce point et les mit à l'épreuve pendant dix jours. 15 Au terme des dix jours, on vit qu'ils avaient meilleure mine et plus d'embonpoint que tous les garçons qui mangeaient au menu du roi. 16 Le garde enlevait donc leur menu et le vin qu'ils avaient à boire, et il leur donnait des légumes. 17 Or à ces quatre garçons, Dieu donna la science, et il les instruisit en toute littérature et sagesse. Quant à Daniel, il comprenait toute vision et tous songes. 18 Au terme des jours fixés par le roi pour les lui amener, le prévôt du personnel les amena en présence de Nabuchodonosor. 19 Le roi parla avec eux, et parmi tous il ne s'en trouva pas comme Daniel, Hananya, Mishaël et Azarya. Ils se tinrent donc en présence du roi ; 20 et en toute affaire de sagesse et de discernement dont le roi s'enquit auprès d'eux, il les trouva dix fois supérieurs à tous les magiciens et conjureurs qu'il y avait dans tout son royaume. [conjureurs : personnes prétendant posséder le pouvoir de détourner les sorts.]21 Et Daniel vécut jusqu'à la première année du roi Cyrus. [Probablement en 539 av. J. C.]

Le songe de la statue

2 En l'an deux du règne de Nabuchodonosor, Nabuchodonosor eut des songes. Son esprit fut anxieux et son sommeil le quitta. [L'an deux. selon cette indication en 603 av. J. C.
— Anxiété Gn 41.8.
— Insomnie Dn 6.19.]
2 Le roi ordonna d'appeler les magiciens, les conjureurs, les incantateurs et les chaldéens, afin qu'ils exposent au roi ses songes. Ils vinrent et se tinrent en présence du roi. [magiciens, conjureurs, incantateurs, diverses catégories de spécialistes se prétendant capables de deviner l'avenir.
— Les Chaldéens (voir Dn 1.4 et la note) avaient dans l'antiquité une solide réputation en matière d'astrologie ; leur nom est employé souvent comme synonyme d'astrologues. c'est le cas ici.]
3 Le roi leur dit : « J'ai eu un songe, et mon esprit est anxieux de connaître ce songe. » 4 Les chaldéens dirent au roi, en araméen : « O roi ! Vis à jamais ! Dis le songe à tes serviteurs, et nous en exposerons l'interprétation. » [en araméen. à cet endroit, le texte passe de l'hébreu à l'araméen, langue internationale au Moyen Orient dès le 8e siècle av. J. C. (voir 2 R 18.26).
— O roi ! Vis à jamais !. formule de salutation courante à l'époque perse (voir Dn 3.9 ; 5.10 ; 6.7,22 ; Ne 2.3).]
5 Le roi répondit et dit aux chaldéens : « J'en donne ma parole ! Si vous ne me faites pas connaître le songe et son interprétation, vous serez mis en pièces, et vos maisons seront transformées en cloaques. [Ou en tas de décombres.]6 Et si vous exposez le songe et son interprétation, vous recevrez de ma part des cadeaux, des gratifications et beaucoup d'honneurs. Exposez-moi donc le songe et son interprétation ! » 7 Ils répondirent pour la deuxième fois et dirent : « Que le roi dise le songe à ses serviteurs, et nous en exposerons l'interprétation. » 8 Le roi répondit et dit : « Pour sûr, je sais que vous êtes en train de gagner du temps, parce que vous avez vu que j'avais donné ma parole : 9 si vous ne me faites pas connaître le songe, une même sentence vous attend ; et vous vous êtes concertés pour dire en ma présence une parole mensongère et perverse jusqu'à ce que les temps changent. Dites-moi donc le songe, et je saurai que vous m'en exposerez l'interprétation. » 10 Les chaldéens répondirent et dirent en présence du roi : « Il n'y a pas un homme au monde qui puisse exposer l'affaire du roi ! Car aucun roi, si grand et si puissant soit-il, n'a jamais demandé une pareille chose à aucun magicien, conjureur ni chaldéen. 11 La chose que le roi demande est excessive, et il n'y a personne d'autre qui puisse l'exposer en présence du roi, si ce n'est des dieux qui n'ont pas leur demeure avec les êtres de chair. » 12 Là-dessus, le roi s'emporta et s'irrita beaucoup, et il ordonna de faire périr tous les sages de Babylone. [Ce terme désigne ici l'ensemble des spécialistes de la divination énumérés au v. 2.]13 La sentence parut ; les sages allaient être massacrés, et on chercha Daniel et ses compagnons pour qu'ils fussent tués.

14 Alors Daniel fit une repartie avisée et prudente à Aryok, chef des bourreaux du roi, qui était sorti pour massacrer les sages de Babylone. [Autre traduction capitaine des gardes (voir 2 R 25.8 ; Jr 39.9).]15 Il prit la parole et dit à Aryok, l'officier du roi : « Pourquoi la sentence rendue de par le roi est-elle si rigoureuse ? » Alors Aryok fit connaître l'affaire à Daniel. 16 Daniel entra donc, et il pria le roi de lui accorder du temps ; quant à l'interprétation, il l'exposerait au roi. 17 Alors Daniel alla dans sa maison, et il fit connaître l'affaire à Hananya, Mishaël et Azarya, ses compagnons, 18 leur disant de demander grâce en présence du Dieu du ciel au sujet de ce mystère, pour qu'on ne fasse pas périr Daniel et ses compagnons avec le reste des sages de Babylone. [Dieu du ciel Dn 2.37,44 ; Gn 24.7 ; Jdt 5.8.]19 Alors le mystère fut révélé à Daniel dans une vision de nuit. Alors Daniel bénit le Dieu du ciel. [vision de nuit Dn 7.7 ; Gn 46.2.]20 Daniel prit la parole et dit :
« Que le nom de Dieu soit béni, depuis toujours et à jamais !
Car la sagesse et la puissance lui appartiennent.

21 C'est lui qui fait alterner les temps et les moments ;
il renverse les rois et élève les rois ;
il donne la sagesse aux sages,
et la connaissance à ceux qui savent discerner. [Il s'agit de la compréhension du plan de Dieu pour le monde (voir Dn 2.28).
— temps et moments Dn 7.12 ; Ac 1.7 ; 1 Th 5.1.]

22 C'est lui qui révèle les choses profondes et occultes ;
il connaît ce qu'il y a dans les ténèbres,
et avec lui demeure la lumière. [occultes ou cachées.]

23 A toi, Dieu de mes pères, mon action de grâce et ma louange,
car tu m'as donné la sagesse et la force !
Et maintenant, tu m'as fait connaître ce que nous t'avions demandé ; puisque tu nous as fait connaître l'affaire du roi. » [mes pères ou mes ancêtres.]24 Là-dessus, Daniel entra chez Aryok, que le roi avait chargé de faire périr les sages de Babylone ; il alla et lui parla ainsi : « Ne fais pas périr les sages de Babylone ! Introduis-moi en présence du roi, et j'exposerai l'interprétation au roi. » 25 Alors Aryok, en hâte, introduisit Daniel en présence du roi et lui parla ainsi : « J'ai trouvé un homme, parmi les déportés de Juda, qui fera connaître l'interprétation au roi. »

26 Le roi prit la parole et dit à Daniel, surnommé Beltshassar : « Est-ce que tu peux me faire connaître le songe que j'ai vu et son interprétation ? » 27 Daniel répondit en présence du roi et dit : « Le mystère dont le roi s'enquiert, ni sages, ni conjureurs, ni magiciens, ni devins ne peuvent l'exposer au roi. [devins. voir la note sur Dn 2.2.]28 Mais il y a un Dieu dans le ciel qui révèle les mystères, et il a fait connaître au roi Nabuchodonosor ce qui adviendra dans l'avenir. Ton songe et les visions de ton esprit sur ta couche, les voici. 29 Pour toi, ô roi, tes pensées avaient surgi sur ta couche au sujet de ce qui adviendrait par la suite, et le révélateur des mystères t'a fait connaître ce qui adviendra. 30 Quant à moi, ce n'est point par une sagesse qui serait en moi supérieure à celle de tous les vivants que ce mystère m'a été révélé ; mais c'est afin qu'on fasse connaître l'interprétation au roi et que tu connaisses les pensées de ton cœur. 31 Toi donc, ô roi, tu regardais ; et voici une grande statue. Cette statue était très grande, et sa splendeur, extraordinaire. Elle se dressait devant toi, et son aspect était terrifiant. 32 Cette statue avait la tête d'or fin, la poitrine et les bras d'argent, le ventre et les cuisses de bronze, 33 les jambes de fer, les pieds en partie de fer et en partie de céramique. 34 Tu regardais, lorsqu'une pierre se détacha sans l'intermédiaire d'aucune main ; elle frappa la statue sur ses pieds de fer et de céramique, et elle les pulvérisa. 35 Alors furent pulvérisés ensemble le fer, la céramique, le bronze, l'argent et l'or ; ils devinrent comme la bale sortant des aires en été : le vent les emporta et on n'en trouva plus aucune trace. Quant à la pierre qui avait frappé la statue, elle devint une grande montagne et remplit toute la terre. [la bale. voir la note sur Ps 1.4.]36 Tel est le songe, et nous allons en dire l'interprétation en présence du roi. 37 Toi, ô roi, roi des rois ; toi à qui le Dieu du ciel a donné la royauté, la puissance, la force et la gloire ; 38 toi dans la main de qui il a remis les hommes, les bêtes sauvages et les oiseaux du ciel, en quelque lieu qu'ils habitent, et qu'il a établi maître sur eux tous : c'est toi qui es la tête d'or. 39 Après toi s'élèvera un autre royaume, inférieur à toi ; puis un autre royaume, un troisième, celui de bronze, qui dominera sur toute la terre. 40 Puis adviendra un quatrième royaume, dur comme le fer : de même que le fer pulvérise et brise tout, comme le fer qui broie, il pulvérisera et broiera tous ceux-ci. 41 Tu as vu les pieds et les doigts en partie de céramique de potier et en partie de fer : ce sera un royaume partagé, et il y aura en lui de la solidité du fer, de même que tu as vu le fer mêlé à la céramique d'argile. 42 Quant aux doigts de pieds en partie de fer et en partie de céramique : pour une part le royaume sera fort, et pour une part il sera fragile. [Les différents métaux de valeur décroissante, qui composent la statue, symbolisent la succession des empires babylonien, mède, perse et grec.]43 Tu as vu le fer mêlé à la céramique : c'est au moyen de la semence humaine qu'ils seront mêlés, et ils n'adhéreront pas l'un à l'autre, de même que le fer ne se mêle pas à la céramique. [Peut-être le texte fait-il allusion ici aux événements évoqués en 11.6 (mariage d'Antiochus II, roi de Syrie, et de Bérénice, fille du roi d'Egypte en 255 av. J. C.) ou plutôt en Dn 11.17 (mariage d'Antiochus III et de Cléopâtre en 194 av. J. C.).]44 Or aux jours de ces rois-là, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont la royauté ne sera pas laissée à un autre peuple. Il pulvérisera et anéantira tous ces royaumes-là, et il subsistera à jamais, 45 de même que tu as vu une pierre se détacher de la montagne sans l'intermédiaire d'aucune main et pulvériser le fer, le bronze, la céramique, l'argent et l'or. Un grand Dieu a fait connaître au roi ce qui adviendra par la suite. Le songe est sûr, et son interprétation, digne de foi. » [La pierre qui se détache et écrase la statue symbolise l'avènement du royaume fondé par Dieu (voir v. 44).]

46 Alors le roi Nabuchodonosor se prosterna sur la face, rendit hommage à Daniel et ordonna de lui présenter une oblation et des parfums. 47 Le roi s'adressa à Daniel et dit : « En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des rois et le révélateur des mystères, puisque tu as pu me révéler ce mystère-là. » 48 Alors le roi éleva Daniel, lui remit beaucoup de grands cadeaux, lui donna autorité sur toute la province de Babylone et en fit le surintendant de tous les sages de Babylone. 49 Daniel fit une requête au roi, et celui-ci préposa Shadrak, Méshak et Abed-Négo à l'administration de la province de Babylone. Quant à Daniel, il était à la porte du roi. [C'est-à-dire à la disposition immédiate du roi.]

Les trois jeunes gens dans la fournaise

3 Le roi Nabuchodonosor fit une statue d'or : sa hauteur était de soixante coudées et sa largeur, de six coudées. Il la dressa dans la plaine de Doura, dans la province de Babylone. [Voir au glossaire POIDS ET MESURES.]2 Et le roi Nabuchodonosor envoya des messagers pour rassembler les satrapes, les intendants, les gouverneurs, les conseillers, les trésoriers, les légistes, les magistrats et tous les fonctionnaires des provinces, afin qu'ils viennent pour la dédicace de la statue que le roi Nabuchodonosor avait dressée. [Terme d'origine perse désignant le gouverneur d'une grande province de l'empire.]3 Alors les satrapes, les intendants, les gouverneurs, les conseillers, les trésoriers, les légistes, les magistrats et tous les fonctionnaires des provinces se rassemblèrent pour la dédicace de la statue que le roi Nabuchodonosor avait dressée, et ils se tinrent devant la statue que le roi Nabuchodonosor avait dressée. 4 Le héraut cria avec force : « On vous le commande, gens de tous peuples, nations et langues ! [Dn 5.19 ; 6.26 ; 7.14 ; Es 66.18 ; Ap 5.9.]5 Au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, du luth, de la cornemuse et de tous les genres d'instruments, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue d'or que le roi Nabuchodonosor a dressée. [Voir la note sur le Ps 92.4.]6 Quiconque ne se prosternera pas et n'adorera pas, sera jeté au moment même au milieu de la fournaise de feu ardent. » [ne pas adorer Ex 20.3-5 ; Jdt 3.8.
— fournaise de feu Jr 29.21-22.]
7 Là-dessus, à l'instant même où tous les gens entendirent le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, du luth et de tous les genres d'instruments, les gens de tous peuples, nations et langues se prosternèrent et adorèrent la statue d'or que le roi Nabuchodonosor avait dressée.

8 Là-dessus à l'instant même, des Chaldéens s'approchèrent et déposèrent contre les Juifs. [Ou accusèrent les Juifs.]9 Ils prirent la parole et dirent au roi Nabuchodonosor : « O roi ! Vis à jamais ! [Voir Dn 2.4 et la note.]10 Toi-même, ô roi, tu as donné l'ordre que tout homme qui entendrait le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, du luth, de la cornemuse et de tous les genres d'instruments se prosterne et adore la statue d'or, 11 et que quiconque ne se prosternerait pas et n'adorerait pas soit jeté au milieu de la fournaise de feu ardent. 12 Il y a des Juifs que tu as préposés à l'administration de la province de Babylone : Shadrak, Méshak et Abed-Négo. Ces hommes-là, ô roi, n'ont pas eu égard à toi : ils ne servent pas tes dieux et n'adorent pas la statue d'or que tu as dressée. » 13 Alors Nabuchodonosor, avec colère et fureur, ordonna d'amener Shadrak, Méshak et Abed-Négo. Alors ces hommes furent amenés en présence du roi. 14 Nabuchodonosor prit la parole et leur dit : « Est-il exact, Shadrak, Méshak et Abed-Négo, que vous ne servez pas mes dieux et que vous n'adorez pas la statue d'or que j'ai dressée ? 15 Est-ce que maintenant vous êtes prêts, au moment où vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, du luth, de la cornemuse et de tous les genres d'instruments, à vous prosterner et à adorer la statue que j'ai faite ? Si vous ne l'adorez pas, au moment même vous serez jetés au milieu de la fournaise de feu ardent, et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? » 16 Shadrak, Méshak et Abed-Négo prirent la parole et dirent au roi : « O Nabuchodonosor ! Nous n'avons pas besoin de te répondre quoi que ce soit à ce sujet. 17 Si notre Dieu que nous servons peut nous délivrer, qu'il nous délivre de la fournaise de feu ardent et de ta main, ô roi ! 18 Même s'il ne le fait pas, sache bien, ô roi, que nous ne servirons pas tes dieux et que nous n'adorerons pas la statue d'or que tu as dressée. »

19 Alors Nabuchodonosor fut rempli de fureur, et l'expression de son visage changea à l'égard de Shadrak, Méshak et Abed-Négo. Il prit la parole et ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu'on avait coutume de la chauffer. 20 Puis il ordonna à des hommes vigoureux de son armée de ligoter Shadrak, Méshak et Abed-Négo, pour les jeter dans la fournaise de feu ardent. 21 Alors ces hommes furent ligotés avec leurs pantalons, leurs tuniques, leurs bonnets et leurs manteaux, et ils furent jetés au milieu de la fournaise de feu ardent. 22 Là-dessus, comme la parole du roi était rigoureuse et que la fournaise avait été extraordinairement chauffée, ces hommes mêmes qui avaient hissé Shadrak, Méshak et Abed-Négo, la flamme du feu les tua. 23 Quant à ces trois hommes-là, Shadrak, Méshak et Abed-Négo, ils tombèrent ligotés au milieu de la fournaise de feu ardent. [La bible grecque ajoute ici.
a) la prière d'Azarya (v. 24-45) ;
b) le cantique des amis de Daniel (v. 46-90).
La traduction en est donnée dans la partie réservée aux livres deutéro-canoniques.]

24 Le roi Nabuchodonosor les entendit chanter ; il fut stupéfait et se leva précipitamment. Il prit la parole et dit à ses conseillers : « N'avons-nous pas jeté au milieu du feu trois hommes ligotés ? » Ils répondirent et dirent au roi : « Bien sûr, ô roi ! » [Les versets 24 à 33 du texte araméen sont numérotés 91 à 100 dans la bible grecque.
— Le roi Nabuchodonosor les entendit chanter. mots ajoutés d'après le grec.]
25 Le roi répondit et dit : « Voici que je vois quatre hommes déliés qui marchent au milieu du feu sans qu'il y ait sur eux aucune blessure, et l'aspect du quatrième ressemble à celui d'un fils des dieux. » [un fils des dieux. expression sémitique pour désigner un être céleste ou un ange (v. 28).]

26 Alors Nabuchodonosor s'approcha de l'ouverture de la fournaise de feu ardent. Il prit la parole et dit : « Shadrak, Méshak et Abed-Négo, serviteurs du Dieu très-haut, sortez et venez ! » Alors Shadrak, Méshak et Abed-Négo sortirent du milieu du feu. [Dieu très-haut Dn 5.18,21 ; Gn 14.18 ; Ps 47.3.]

27 Les satrapes, les intendants, les gouverneurs et les conseillers du roi se rassemblèrent. Ils virent ces hommes : le feu n'avait eu aucun pouvoir sur leur corps ; la chevelure de leur tête n'avait pas été roussie ; leurs manteaux étaient intacts et l'odeur de feu n'avait pas passé sur eux. [satrapes. voir la note sur Dn 3.2.]28 Nabuchodonosor prit la parole et dit : « Béni soit le Dieu de Shadrak, Méshak et Abed-Négo, qui a envoyé son ange et sauvé ses serviteurs, parce qu'ils s'étaient confiés en lui et que, transgressant la parole du roi, ils avaient livré leur corps pour ne servir ni adorer aucun dieu, si ce n'est leur Dieu. 29 Quant à moi, j'ai donné ordre que quiconque, de tout peuple, nation et langue, parlerait avec insolence contre le Dieu de Shadrak, Méshak et Abed-Négo, soit mis en pièces, et sa maison transformée en cloaque ; car il n'y a pas d'autre Dieu qui puisse délivrer ainsi. » [Voir Dn 2.5 et la note.
(Dn 3.31)
peuples, nations Dn 3.4.]
30 Alors le roi fit prospérer Shadrak, Méshak et Abed-Négo dans la province de Babylone.

Le songe du grand arbre

31 Le roi Nabuchodonosor, aux gens de tous peuples, nations et langues qui demeurent sur toute la terre. Que votre paix soit grande ! 32 Les signes et les prodiges que le Dieu très-haut a faits à mon égard, j'ai jugé bon de les exposer :

33 Ses signes, comme ils sont grands,
et ses prodiges, comme ils sont puissants !
Son règne est un règne éternel,
et sa souveraineté va de génération en génération.

4 Moi Nabuchodonosor, j'étais dans ma maison, florissant dans mon palais. 2 Je vis un songe, et il m'effrayait ; des rêveries sur ma couche, et les visions de mon esprit me tourmentaient. 3 Je donnai ordre d'introduire en ma présence tous les sages de Babylone, afin qu'ils me fissent connaître l'interprétation du songe. [sages. voir Dn 2.12 et la note.]4 Alors entrèrent les magiciens, les conjureurs, les chaldéens et les devins ; je dis le songe en leur présence et ils ne m'en firent pas connaître l'interprétation. [Voir les notes sur Dn 1.20 ; 2.2.]5 A la fin entra Daniel, surnommé Beltshassar selon le nom de mon dieu, qui avait en lui un esprit des dieux saints. Je dis le songe en sa présence : [selon le nom de mon dieu. Bel était la principale divinité des Babyloniens.
— un esprit des dieux saints : Nabuchodonosor parle en païen de l'inspiration divine qu'il discerne en Daniel.]
6 « Beltshassar, chef des magiciens, toi qui as en toi, je le sais, un esprit des dieux saints et qu'aucun mystère ne dépasse, dis-moi les visions du songe que j'ai vu et son interprétation !

7 « Dans les visions de mon esprit sur ma couche, je regardais,
et voici un arbre, au milieu de la terre,
dont la hauteur était immense. [Es 10.33- 11.1 ; Ez 17.3-10,22-24.]

8 L'arbre devint grand et fort :
sa hauteur parvenait jusqu'au ciel,
et sa vue, jusqu'aux extrémités de la terre.

9 Son feuillage était beau et ses fruits abondants :
il y avait en lui de la nourriture pour tous.
Sous lui s'abritaient les bêtes des champs,
dans ses ramures demeuraient les oiseaux du ciel,
et de lui se nourrissait toute chair.

10 Je regardais, dans les visions de mon esprit sur ma couche, et voici que descendait du ciel un Vigilant, un Saint. [C'est l'ange toujours en éveil qui vient annoncer le jugement de Dieu.]11 Il cria avec force et dit :
“Abattez l'arbre et coupez ses ramures !
Dépouillez son feuillage et éparpillez ses fruits !
Que les bêtes fuient de sous lui,
et les oiseaux, de ses ramures !

12 Mais la souche de ses racines, laissez-la dans la terre,
et avec un lien de fer et de bronze dans la végétation de la campagne !
Il sera baigné par la rosée du ciel,
et il aura en partage l'herbe de la terre avec les bêtes.

13 On changera son cœur pour qu'il ne soit plus un cœur d'homme,
et un cœur de bête lui sera donné.
Puis sept périodes passeront sur lui. [C'est-à-dire sept années (voir Dn 7.25).]

14 La chose se fait par décret des Vigilants,
et l'affaire par ordre des Saints,
afin que les vivants reconnaissent
que le Très-Haut est maître de la royauté des hommes,
qu'il la donne à qui il veut
et y élève le plus humble des hommes.” [Très-Haut Dn 3.26.]

15 Tel est le songe que j'ai vu, moi, le roi Nabuchodonosor. Quant à toi, Beltshassar, dis-en l'interprétation car tous les sages de mon royaume ne peuvent pas me faire connaître l'interprétation ; mais toi, tu le peux, puisque tu as en toi un esprit des dieux saints. » [sages : voir la note sur Dn 2.12.]

16 Alors Daniel, surnommé Beltshassar, fut terrifié pendant un moment et ses réflexions le tourmentèrent. Le roi prit la parole et dit : « Beltshassar, que le songe et son interprétation ne te tourmentent pas ! » Beltshassar répondit et dit : « Monseigneur ! Que le songe soit pour tes ennemis, et son interprétation, pour tes adversaires ! 17 L'arbre que tu as vu, qui devint grand et fort, dont la hauteur parvenait jusqu'au ciel, et la vue jusqu'à la terre entière ; 18 dont le feuillage était beau et les fruits abondants, et en qui il y avait de la nourriture pour tous ; sous lequel demeuraient les bêtes des champs, et dans le feuillage duquel nichaient les oiseaux du ciel : 19 c'est toi, ô roi ! Car tu es devenu grand et fort ; ta grandeur a crû et est parvenue jusqu'au ciel, et ta souveraineté, jusqu'aux extrémités de la terre. 20 Puis le roi a vu un Vigilant, un Saint, qui descendait du ciel et disait : “Abattez l'arbre et détruisez-le ! Mais la souche de ses racines, laissez-la dans la terre, et avec un lien de fer et de bronze dans la végétation de la campagne ; il sera baigné par la rosée du ciel, et il aura son partage avec les bêtes sauvages, jusqu'à ce que sept périodes passent sur lui.” 21 Telle est l'interprétation, ô roi ! C'est la décision du Très-Haut qui est parvenue jusqu'à Monseigneur le roi : 22 on va te chasser d'entre les hommes ; tu auras ton habitation avec les bêtes des champs ; on te nourrira d'herbe comme les bœufs et on te baignera de la rosée du ciel ; et sept périodes passeront sur toi, jusqu'à ce que tu reconnaisses que le Très-Haut est maître de la royauté des hommes et qu'il la donne à qui il veut. 23 Puis on a dit de laisser dans la terre la souche des racines de l'arbre : Ta royauté se prolongera pour toi, dès que tu reconnaîtras que le Ciel est le maître. [1 M 3.18 ; 2 M 9.4 ; Lc 15.21.]24 C'est pourquoi, ô roi ! que mon conseil t'agrée ! Rachète tes péchés par la justice et tes fautes en ayant pitié des pauvres ! Peut-être y aura-t-il une prolongation pour ta tranquillité ! » [Autre traduction par l'aumône (voir Tb 12.9 ; Si 3.30).]

25 Tout cela advint au roi Nabuchodonosor. 26 Au terme de douze mois, il déambulait sur la terrasse du palais royal de Babylone. 27 Le roi prit la parole et dit : « N'est-ce point là Babylone la grande, que j'ai construite comme maison royale par la force de ma puissance, à la gloire de ma majesté ? » [Ap 14.8 ; 16.19 ; 17.5 ; 18.2.]28 La parole était encore dans la bouche du roi, qu'une voix tomba du ciel : « On te le dit, ô roi Nabuchodonosor ! La royauté t'est retirée. [une voix Mc 1.11 ; 9.7 ; Jn 12.28 ; Ap 11.12.]29 On va te chasser d'entre les hommes ; tu auras ton habitation avec les bêtes sauvages ; on te nourrira d'herbe comme les bœufs ; et sept périodes passeront sur toi, jusqu'à ce que tu reconnaisses que le Très-Haut est maître de la royauté des hommes et la donne à qui il veut. » [Voir Dn 4.13 et la note.]30 A l'heure même, la chose se réalisa sur Nabuchodonosor : il fut chassé d'entre les hommes ; il mangeait de l'herbe comme les bœufs et son corps était baigné par la rosée du ciel, au point que sa chevelure poussa comme les plumes des aigles, et ses ongles, comme ceux des oiseaux. 31 « Au terme des jours, moi, Nabuchodonosor, je levai les yeux vers le ciel, et la conscience me revint. Je bénis le Très-Haut, je célébrai et glorifiai l'éternel Vivant :
Car sa souveraineté est une souveraineté éternelle,
et sa royauté va de génération en génération. [C'est-à-dire des sept périodes (v. 13,20,22,29).]

32 Tous les habitants de la terre ne comptent pour rien :
il agit selon sa volonté,
envers l'Armée du ciel et les habitants de la terre ;
il n'y a personne qui le frappe de la main
et qui lui dise : “Que fais-tu ?” [Il semble que cette expression désigne ici l'ensemble des êtres célestes.]

33 A l'instant même, ma conscience me revenait et, pour la gloire de ma royauté, ma majesté et ma splendeur me revenaient ; mes conseillers et mes dignitaires me réclamaient. Je fus rétabli dans ma royauté, et une grandeur extraordinaire me fut donnée de surcroît. 34 Maintenant moi, Nabuchodonosor, je célèbre, exalte et glorifie le Roi du ciel,
car toutes ses œuvres sont vérité et ses voies sont justice,
et il peut abaisser ceux qui se conduisent avec orgueil. »

L'écriture sur le mur

5 Le roi Belshassar fit un grand festin pour ses dignitaires, au nombre de mille, et en présence des mille il but du vin. [Les textes babyloniens mentionnent un Belshassar qui exerça le pouvoir à la place de son père Nabonide, dernier roi en titre de Babylone.]2 Durant la dégustation du vin, Belshassar ordonna d'apporter les ustensiles d'or et d'argent que Nabuchodonosor son père avait enlevés du temple de Jérusalem, c'est dedans que boiraient le roi et ses dignitaires, ses concubines et ses femmes de service. [les ustensiles ou les vases.
— enlevés du temple de Jérusalem. voir 2 R 25.14-15.]
3 Alors on apporta les ustensiles d'or qu'on avait enlevés du temple — c'est-à-dire, de la Maison-Dieu — de Jérusalem, et le roi et ses dignitaires, ses concubines et ses femmes de service, burent dedans. 4 Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d'or et d'argent, de bronze, de fer, de bois et de pierre. [les dieux d'or Es 40.19 ; Ap 9.20.]5 A l'instant même, surgirent des doigts de main d'homme : ils écrivaient devant le candélabre sur le plâtre du mur du palais royal, et le roi voyait le tronçon de main qui écrivait. 6 Alors le roi changea de couleur ; ses réflexions le tourmentaient, les jointures de ses reins étaient disloquées et ses genoux s'entrechoquaient. 7 Le roi cria avec force d'introduire les conjureurs, les chaldéens et les devins. Le roi prit la parole et dit aux sages de Babylone : « Tout homme qui lira cette inscription et m'en exposera l'interprétation, revêtira la pourpre, aura le collier d'or au cou et commandera en triumvir dans le royaume. » [conjureurs, chaldéens, devins. voir les notes sur Dn 1.20 et Dn 2.2.
— sages : voir Dn 2.12 et la note.
— la pourpre. voir la note sur Mc 15.17.
— en triumvir. c'est-à-dire qu'il partagera le pouvoir avec deux autres fonctionnaires.]
8 Alors tous les sages du roi entrèrent, et ils ne purent ni lire l'inscription, ni en faire connaître au roi l'interprétation. 9 Alors le roi Belshassar fut extrêmement tourmenté et changea de couleur, et ses dignitaires furent consternés.

10 La reine, devant les paroles du roi et de ses dignitaires, entra dans la salle du festin. La reine prit la parole et dit : « O roi ! Vis à jamais ! Que tes réflexions ne te tourmentent pas et que tes couleurs ne changent pas ! [La reine. c'est-à-dire la reine-mère. Elle occupait dans les cours du Moyen Orient une place importante (voir 2 R 10.13 ; Jr 13.18).
— O roi ! Vis à jamais ! voir Dn 2.4 et la note.]
11 Il y a un homme dans ton royaume qui a en lui un esprit des dieux saints. Aux jours de ton père, on trouva en lui une clairvoyance, une perspicacité et une sagesse pareilles à une sagesse des dieux ; et le roi Nabuchodonosor, ton père, l'institua chef des magiciens, conjureurs, chaldéens et devins. Ainsi fit ton père le roi, [Voir Dn 4.5 et la note.]12 parce qu'on avait trouvé en ce Daniel, à qui le roi donna le nom de Beltshassar, un esprit extraordinaire, la science et la perspicacité, pour interpréter les songes, exposer les énigmes et résoudre les problèmes. Maintenant donc, que ce Daniel soit appelé, et il exposera l'interprétation ! » 13 Alors Daniel fut introduit devant le roi. Le roi prit la parole et dit : « Est-ce bien toi Daniel, d'entre les déportés de Juda que le roi mon père a amenés de Juda ? 14 J'ai entendu dire de toi qu' un esprit des dieux est en toi, et qu'on a trouvé en toi une clairvoyance, une perspicacité et une sagesse extraordinaires. 15 Et maintenant, on a introduit en ma présence les sages et les conjureurs, afin qu'ils lisent cette inscription et m'en fassent connaître l'interprétation, et ils ne peuvent pas m'exposer l'interprétation de la chose. 16 Or, moi, j'ai entendu dire que tu pouvais fournir des interprétations et résoudre des problèmes. Maintenant donc, si tu peux lire cette inscription et m'en faire connaître l'interprétation, tu revêtiras la pourpre, tu auras le collier d'or au cou et tu commanderas en triumvir dans mon royaume. » [Voir Dn 5.7 et la note.]

17 Alors Daniel prit la parole et dit en présence du roi : « Tes cadeaux, qu'ils soient pour toi-même, et tes gratifications, donne-les à d'autres ! Mais l'inscription, je la lirai au roi et je lui en ferai connaître l'interprétation. 18 O roi ! Le Dieu très-haut avait accordé la royauté, la grandeur, la gloire et la majesté à Nabuchodonosor ton père ; 19 et à cause de la grandeur qu'il lui avait accordée, les gens de tous peuples, nations et langues tremblaient de crainte en sa présence : il tuait qui il voulait et laissait vivre qui il voulait ; il élevait qui il voulait, et abaissait qui il voulait. 20 Et lorsque son cœur s'éleva et que son esprit s'endurcit jusqu'à l'arrogance, il fut déposé de son trône royal et on lui retira sa gloire : [son cœur s'éleva Dn 11.12 ; Dt 8.14 ; Ez 31.10.
— son esprit s'endurcit Ex 7.13,22.]
21 il fut chassé d'entre les hommes, son cœur devint semblable à celui des bêtes, il eut sa demeure avec les onagres ; on le nourrissait d'herbe comme les bœufs et son corps était baigné par la rosée du ciel, jusqu'à ce qu'il reconnût que le Dieu très-haut est maître de la royauté des hommes et qu'il y élève qui il veut. 22 Or toi, son fils Belshassar, tu n'as pas humilié ton cœur, bien que tu aies su tout cela : 23 tu t'es dressé contre le Seigneur du ciel ; les ustensiles de sa Maison ont été apportés en ta présence, et toi-même et tes dignitaires, tes concubines et tes femmes de service, vous buvez du vin dedans. Tu as loué les dieux d'argent et d'or, de bronze, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient ni n'entendent ni ne connaissent ; et le Dieu qui a dans sa main ton souffle et à qui sont toutes tes voies, tu ne l'as pas honoré ! [Voir Dn 5.2 et la note.]24 Alors, de sa part, le tronçon de main fut envoyé et cette inscription fut tracée, 25 et voici l'inscription qui a été tracée : MENÉ MENÉ TÉQEL OU-PARSÎN. 26 Quant à l'interprétation la voici : MENÉ, “Compté” : Dieu a fait le compte de ton règne et il y a mis fin. 27 TÉQEL, “Pesé” : Tu as été pesé dans la balance et trouvé insuffisant. 28 PERÈS, “Divisé” : Ton royaume a été divisé, et il a été donné aux Mèdes et aux Perses. » [Le texte fait un jeu de mots entre le terme PERES (divisé) et Perses.]29 Alors Belshassar ordonna de revêtir Daniel de la pourpre, de lui mettre le collier d'or au cou, et de proclamer à son sujet qu'il commanderait en triumvir dans le royaume. 30 Cette nuit-là même, Belshassar, le roi chaldéen, fut tué.

6 Et Darius le Mède reçut la royauté, à l'âge de soixante-deux ans. [Ce Darius le Mède n'est pas connu des historiens.]

Daniel dans la fosse aux lions

2 Darius jugea bon d'instituer sur le royaume les cent vingt satrapes pour qu'il y en ait dans tout le royaume ; [Voir Dn 3.2 et la note.]3 et au-dessus d'eux, trois ministres, dont l'un était Daniel, pour que ces satrapes leur rendent des comptes et que le roi ne soit pas frustré. 4 Or ce Daniel l'emportait sur les ministres et les satrapes, car il avait en lui un esprit extraordinaire, et le roi projeta de l'établir sur tout le royaume. 5 Alors les ministres et les satrapes désiraient trouver un grief contre Daniel à propos du royaume ; mais ils ne pouvaient trouver ni grief ni faute, car il était fidèle, et aucune négligence ni aucune faute ne furent trouvées contre lui. 6 Alors ces hommes dirent : « Nous ne trouverons contre ce Daniel aucun grief, à moins que nous n'en trouvions contre lui grâce à la Loi de son Dieu. » 7 Alors ces ministres et ces satrapes se précipitèrent chez le roi et lui parlèrent ainsi : « O roi Darius ! Vis à jamais ! [Voir Dn 2.4 et la note.]8 Tous les ministres du royaume, les intendants et les satrapes, les conseillers et les gouverneurs, ont tenu conseil pour établir une constitution royale et mettre en vigueur un interdit : Quiconque, durant trente jours, adresserait une prière à quelque dieu ou homme excepté toi-même, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions. 9 Maintenant donc, ô roi ! il faut que tu établisses l'interdit et signes le rescrit, qu'on ne devra pas modifier, selon la loi des Mèdes et des Perses qui est irrévocable. » [le rescrit ou le décret.]10 Là-dessus, le roi Darius signa le rescrit et l'interdit.

11 Lorsque Daniel sut que le rescrit avait été signé, il entra dans sa maison. Celle-ci avait des fenêtres qui s'ouvraient, à l'étage supérieur, en direction de Jérusalem. Trois fois par jour, il se mettait donc à genoux, et il priait et louait en présence de son Dieu, comme il le faisait auparavant. [Pour prier, Daniel se tourne en direction de Jérusalem, selon une coutume pratiquée depuis la période de l'Exil.]12 Alors ces hommes se précipitèrent et trouvèrent Daniel qui priait et suppliait en présence de son Dieu. 13 Alors ils s'approchèrent et dirent en présence du roi, à propos de l'interdit du roi : « N'as-tu pas signé un interdit selon lequel tout homme qui, durant trente jours, prierait un autre dieu ou homme que toi-même, ô roi, serait jeté dans la fosse aux lions ? » Le roi prit la parole et dit : « La chose est sûre, selon la loi des Mèdes et des Perses qui est irrévocable. » 14 Alors ils prirent la parole et dirent en présence du roi : « Daniel, qui est d'entre les déportés de Juda, n'a eu égard ni à toi, ô roi ! ni à l'interdit que tu avais signé, et trois fois par jour il fait sa prière. » 15 Alors le roi, lorsqu'il apprit la chose, en fut très chagriné ; il fixa son attention sur Daniel afin de le délivrer et, jusqu'au soir, il s'efforça de le sauver. 16 Alors ces hommes se précipitèrent chez le roi et ils dirent au roi : « Sache-le, ô roi ! C'est une loi pour les Mèdes et les Perses que tout interdit et ordonnance que le roi a établis, on ne doit plus les modifier. » 17 Alors le roi ordonna d'emmener Daniel, et on le jeta dans la fosse aux lions. Le roi prit la parole et dit à Daniel : « Ton Dieu, que tu sers avec constance, lui te délivrera. » [fosse aux lions Da grec 14.31.]18 Une pierre fut apportée et placée sur la bouche de la fosse, le roi la scella de son anneau et des anneaux de ses dignitaires, pour que rien ne changeât à l'égard de Daniel. [Ou sur l'ouverture de la fosse.]19 Alors le roi alla dans son palais. Il passa la nuit à jeun, ne fit pas introduire de concubines auprès de lui, et son sommeil le fuit.

20 Alors le roi se leva au petit matin, dès l'aube, et il alla en hâte à la fosse aux lions. 21 Comme il approchait de la fosse, il cria vers Daniel d'une voix affligée. Le roi prit la parole et dit à Daniel : « O Daniel ! Serviteur du Dieu vivant ! Ton Dieu, que tu sers avec constance, a-t-il pu te délivrer des lions ? » 22 Alors Daniel parla au roi : « O roi ! Vis à jamais ! [Voir Dn 2.4 et la note.]23 Mon Dieu a envoyé son ange ; il a fermé la gueule des lions et ceux-ci ne m'ont fait aucun mal, car j'avais été trouvé juste devant lui ; et vis-à-vis de toi non plus, ô roi, je n'avais fait aucun mal. » 24 Alors le roi fut tout heureux et il ordonna de hisser Daniel hors de la fosse. Daniel fut hissé hors de la fosse, et on ne trouva sur lui aucune blessure, parce qu'il avait cru en son Dieu. 25 Le roi ordonna d'amener ces hommes qui avaient déposé contre Daniel : on les jeta dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes. Or ils n'avaient pas atteint le fond de la fosse, que les lions s'étaient emparés d'eux et avaient mis leurs corps en pièces. 26 Alors le roi Darius écrivit aux gens de tous peuples, nations et langues qui demeurent sur toute la terre : « Que votre paix soit grande ! [Dn 3.4.
(Dn 6.29) Darius. voir Dn 6.1 et la note.
— Cyrus le Perse : voir Dn 1.21 et la note.]
27 J'ai donné ordre que, dans tout le domaine de mon royaume, on tremble de crainte en présence du Dieu de Daniel :
Car c'est lui le Dieu vivant, et il subsiste à jamais.
Son règne est indestructible, et sa souveraineté durera jusqu'à la fin.

28 Il délivre et il sauve ;
il opère des signes et des prodiges dans le ciel et sur la terre,
puisqu'il a délivré Daniel de la main des lions. »

29 Quant à ce Daniel, il prospéra sous le règne de Darius et sous le règne de Cyrus le Perse.

Les quatre bêtes et le Fils d'Homme

7 En l'an premier de Belshassar, roi de Babylone, Daniel vit un songe et les visions de son esprit sur sa couche. Alors il écrivit le songe.
Début de récit. [Voir Dn 5.1 et la note.]2 Daniel prit la parole et dit : Je regardais, dans mes visions durant la nuit. Et voici que les quatre vents du ciel faisaient rejaillir la Grande Mer. [les quatre vents du ciel. les vents du nord, du sud, de l'est et de l'ouest.]3 Et quatre bêtes monstrueuses s'élevaient de la Mer, différentes les unes des autres. 4 La première était comme un lion, et elle avait des ailes d'aigle. Je regardais, lorsqu'on lui arracha les ailes ; elle fut soulevée de terre et dressée sur deux pattes comme un homme, et un cœur d'homme lui fut donné. 5 Puis voici une autre bête, une seconde, semblable à un ours : elle fut dressée sur un côté, ayant trois côtes dans la gueule entre les dents ; et on lui parlait ainsi : « Lève-toi ! Mange beaucoup de chair ! » 6 Après cela, je regardais, et en voici une autre, comme un léopard ayant quatre ailes d'oiseau sur le dos ; la bête avait quatre têtes, et il lui fut donné une souveraineté. 7 Après cela, je regardais dans les visions de la nuit, et voici une quatrième bête, redoutable, terrifiante, extrêmement vigoureuse ; elle avait de monstrueuses dents de fer ; elle mangeait, déchiquetait et foulait le reste aux pieds ; elle différait de toutes les bêtes qui l'avaient précédée, et elle avait dix cornes. [dix cornes : dans l'A.T., la corne est souvent symbole de force et de pouvoir.]8 J'examinais les cornes et voilà qu'entre elles s'éleva une autre petite corne ; trois des cornes précédentes furent arrachées devant elle. Et voilà que sur cette corne il y avait des yeux, comme des yeux d'homme, et une bouche qui disait des choses monstrueuses. 9 Je regardais, lorsque des trônes furent installés et un Vieillard s'assit : son vêtement était blanc comme de la neige, la chevelure de sa tête, comme de la laine nettoyée ; son trône était en flammes de feu, avec des roues en feu ardent. [Le Vieillard siégeant sur un trône de feu est probablement ici une figure de Dieu Ex 19.18 ; Ap 1.13-16 ; 5.11.
— des trônes Ap 20.4,11-12.
— vêtement blanc Mt 17.2 ; 28.3.]
10 Un fleuve de feu coulait et sortait de devant lui. Mille milliers le servaient ; dix mille myriades se tenaient devant lui. Le tribunal siégea, et des livres furent ouverts. [fleuve de feu Ps 50.3.
— milliers... myriades. le texte semble désigner ainsi les nombreux groupes d'anges au service de Dieu.
— des livres ouverts Jr 17.1 ; Ap 13.8 ; 20.12.]
11 Je regardais ; alors, à cause du bruit des paroles monstrueuses que proférait la corne ... , — je regardais, lorsque la bête fut tuée et son corps abattu, et elle fut livrée à l'embrasement du feu. [la corne. la fin de la phrase semble avoir été perdue.
— bête tuée Ap 19.19-21.]
12 Quant au reste des bêtes on fit cesser leur souveraineté, et une prolongation de vie leur fut donnée jusqu'à une date et un moment déterminés. 13 Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu'avec les nuées du ciel venait comme un Fils d'Homme ; il arriva jusqu'au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. [Fils d'Homme. tournure hébraïque pour désigner un être humain. L'emploi de cette expression dans Daniel est assez mystérieuse. Voir au glossaire FILS DE L'HOMME.]14 Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient.

Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas,
et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite.

15 Mon esprit à moi, Daniel, fut angoissé au-dedans de son enveloppe, et les visions de mon esprit me tourmentaient. [Ou Moi Daniel, j'en eus le souffle coupé.]16 Je m'approchai d'un de ceux qui se tenaient là, et je demandai ce qu'il y avait de certain au sujet de tout cela. Il me le dit et me fit connaître l'interprétation des choses : 17 « Quant à ces bêtes monstrueuses qui sont au nombre de quatre : Quatre rois se lèveront de la terre ; [Selon certains les quatre bêtes mentionnées aux v. 4-7 symbolisent successivement. le lion (v. 4), l'empire babylonien (voir Jr 50.17) ; l'ours (v. 5), l'empire mède (voir Dn 5.30 ; 6.1) ; le léopard (v. 6), l'empire perse (voir 6.29) ; la quatrième bête (v. 7), l'empire grec (voir Dn 2.40 ; 11.3).]18 puis les Saints du Très-Haut recevront la royauté et ils posséderont la royauté pour toujours et à tout jamais. » [L'expression semble désigner ici l'ensemble du peuple des fidèles ; Dn 8.24 ; Ps 34.10 ; Ac 9.13.]19 Alors je voulus avoir le cœur net au sujet de la quatrième bête, qui était différente de toutes et très redoutable, avait des dents de fer et des griffes de bronze, mangeait, déchiquetait et foulait le reste aux pieds ; 20 et au sujet des dix cornes qu'elle avait sur la tête, puis de l'autre qui s'était élevée et devant laquelle trois étaient tombées : cette corne avait des yeux et une bouche qui disait des choses monstrueuses, et son aspect était plus grand que celui de ses congénères ; [V. 19 et 20. voir les v. 7 et 8.]21 je regardais, et cette corne faisait la guerre aux Saints et l'emportait sur eux, 22 jusqu'à ce que vienne le Vieillard et que le jugement soit donné en faveur des Saints du Très-Haut, que le temps arrive et que les Saints possèdent la royauté. [Vieillard. voir Dn 7.9 et la note.
— jugement Ap 20.4.]
23 Il me parla ainsi : « Quant à la quatrième bête : Un quatrième royaume adviendra sur la terre, qui différera de tous les royaumes, dévorera toute la terre, la piétinera et la déchiquettera. 24 Et quant aux dix cornes : De ce royaume là se lèveront dix rois ; puis un autre se lèvera après eux. Celui-là différera des précédents ; il abattra trois rois ; [dix cornes. voir la note sur Dn 7.7 ; les dix rois du quatrième royaume sont probablement les dix premiers souverains du royaume séleucide (voir la note sur 1 M 1.8). Le dernier roi est alors Antiochus Epiphane (175-164 av. J. C.), qui fut célèbre par les persécutions qu'il dirigea contre les Juifs (v. 25) après s'être débarrassé de ses trois rivaux (les trois rois).]25 il proférera des paroles contre le Très-Haut et molestera les Saints du Très-Haut ; il se proposera de changer le calendrier et la Loi, et les Saints seront livrés en sa main durant une période, deux périodes et une demi-période. [le calendrier et la Loi. Antiochus Epiphane interdit sabbats et fêtes (voir 1 M 1.41-52).
— Sur les périodes voir la note sur Dn 4.13 ; la persécution déclenchée par Antiochus Epiphane dura de 167 à 164 av. J. C.]
26 Puis le tribunal siégera, et on fera cesser sa souveraineté, pour l'anéantir et le perdre définitivement. 27 Quant à la royauté, la souveraineté et la grandeur de tous les royaumes qu'il y a sous tous les cieux, elles ont été données au peuple des Saints du Très-Haut :
Sa royauté est une royauté éternelle ;
toutes les souverainetés le serviront et lui obéiront. »

28 Ici prend fin le récit. Pour moi Daniel, mes réflexions me tourmentèrent beaucoup ; mes couleurs en furent altérées, et je gardai la chose dans mon cœur.

La vision du Bélier et du Bouc

8 En l'an trois du règne de Belshassar, une vision m'apparut, à moi Daniel, après celle qui m'était apparue précédemment. [En l'an trois du règne de Belshassar. voir Dn 5.1 et la note.
— A partir de 8.1, le texte original est de nouveau en hébreu (voir la note sur Dn 2.4).]
2 Je regardai dans la vision, et voici que, dans la vision, j'étais à Suse-la-citadelle, qui est dans la province d'Elam. Je regardai dans la vision, et j'étais moi-même près de la rivière Oulaï. [L'Elam, province montagneuse située en Mésopotamie au nord de Sumer, avait pour capitale Suse, traversée par la rivière Oulaï.]3 Je levai les yeux et regardai : il y avait un Bélier debout devant la rivière. Il avait deux cornes. Les deux cornes étaient hautes, l'une plus haute que l'autre, et la plus haute s'élevait en dernier lieu. [un Bélier Ez 34.17.
— cornes. voir la note sur Dn 7.7.]
4 Je vis le Bélier frapper vers l'ouest, vers le nord et vers le midi ; aucune bête n'était capable de tenir devant lui, ni de délivrer de son pouvoir. Il agissait à sa guise et grandissait. 5 J'étais en train d'y réfléchir, et voici qu'un Bouc vint de l'occident, parcourant toute la terre sans même toucher terre ; ce Bouc avait une corne remarquable entre les yeux. 6 Il vint jusqu'au Bélier aux deux cornes que j'avais vu debout devant la rivière, et il courut sur lui dans l'ardeur de sa force. 7 Je le vis arriver à proximité du Bélier, et il se mit en rage contre lui. Il frappa le Bélier et brisa ses deux cornes, et le Bélier n'eut pas la force de tenir devant lui. Il le jeta par terre et le piétina, et il n'y eut personne pour délivrer le Bélier de son pouvoir. 8 Le Bouc grandit énormément ; mais tandis qu'il était en pleine vigueur, la grande corne fut brisée, et à sa place s'élevèrent quatre cornes remarquables aux quatre vents du ciel. 9 De l'une d'elles sortit une corne toute petite qui grandit tant et plus vers le midi, vers l'orient et vers le Pays magnifique. [le Pays magnifique. c'est-à-dire la Palestine.]10 Elle grandit jusqu'à l'Armée du ciel ; elle fit tomber par terre une partie de cette Armée et des étoiles, qu'elle piétina. [Armée du ciel. il semble que cette expression symbolise ici les êtres célestes, et les étoiles le peuple de Dieu (voir aussi Dn 4.32 et la note).
— étoiles Dn 12.3 ; Es 14.13-14 ; Ap 12.4.]
11 Elle grandit jusqu'au Prince de cette Armée, lui enleva le sacrifice perpétuel et bouleversa les fondations de son sanctuaire. [Voir Ex 29.38-42 ; Nb 28.3-6.]12 L'Armée fut livrée, en plus du sacrifice perpétuel, avec perversité. La Corne jeta la Vérité par terre, et dans ce qu'elle entreprit, elle réussit. [Le texte hébreu du début du v. 12 est obscur et la traduction incertaine.]13 J'entendis alors un Saint parler. Et un Saint dit à celui qui parlait : « Jusques à quand cette vision du sacrifice perpétuel, de la perversité dévastatrice, du sanctuaire livré et de l'Armée foulée aux pieds ? » [Saint. voir Dn 4.10.]14 Il me dit : « Jusqu'à deux mille trois cents soirs et matins ; puis le sanctuaire sera rétabli dans ses droits. » [C'est-à-dire 1150 jours, soit un peu plus de trois ans, ce qui correspond à la durée de la persécution dirigée par Antiochus Epiphane contre les Juifs (voir la note sur Dn 7.24).]

15 Or, tandis que moi, Daniel, je regardais cette vision et cherchais à la comprendre, voici que se tint devant moi comme une apparence d'homme. [Il s'agit de l'ange Gabriel (v. 16).]16 Et j'entendis la voix d'un homme au milieu de l'Oulaï qui criait et disait : « Gabriel, fais comprendre la vision à celui-ci ! » [Oulaï. voir Dn 8.2 et la note.
— Gabriel. Dn 9.21 ; Lc 1.19-26.]
17 Il vint près de l'endroit où je me tenais ; et tandis qu'il venait, je fus terrifié et me jetai face contre terre. Il me dit : « Comprends, fils d'homme, car la vision est pour le temps de la fin. » [face contre terre Ez 1.28 ; Ap 1.17.
— la fin Dn 11.35 ; Ez 21.30 ; Am 8.2 ; 1 Co 15.24.]
18 Tandis qu'il me parlait, je tombai en léthargie, la face contre terre. Il me toucha et me remit debout à l'endroit où j'étais. [Gn 2.21 ; 15.12 ; Jon 1.5-6.]19 Puis il dit : « Je vais te faire connaître ce qui arrivera au terme de la colère, car la fin est pour une date déterminée. 20 Le Bélier à deux cornes que tu as vu : ce sont les rois de Médie et de Perse . [Les v. 20-25 donnent l'interprétation de la vision rapportée aux v. 3-12.]21 Le Bouc velu : c'est le roi de Grèce. La grande corne qu'il avait entre les yeux : c'est le premier roi. [Alexandre le Grand, qui mourut en 323 av. J. C., après avoir conquis tout le Proche-Orient.]22 Une fois brisée, les quatre qui s'élevèrent à sa place sont les quatre royaumes qui s'élèveront de cette nation, sans avoir sa force. [C'est-à-dire les quatre généraux d'Alexandre le Grand ; ils se partagèrent son empire en 323 av. J. C.]23 Au terme de leur règne, quand les pervers auront mis le comble à leur perversité, il s'élèvera un roi impudent et expert en astuces. [Antiochus IV Epiphane (voir la note sur Dn 7.24).]24 Sa puissance ira croissant, mais non par sa propre force ; il opérera des destructions prodigieuses et réussira dans ce qu'il entreprendra ; il détruira des puissants, c'est-à-dire le peuple des Saints. [Le peuple de Dieu.]25 Et à cause de son habileté, il assurera le succès de ses tromperies ; il se grandira dans son cœur et, en pleine paix, détruira une multitude ; il s'élèvera contre le Prince des princes, mais il sera brisé sans l'intervention d'aucune main. [détruira une multitude. allusion aux persécutions antijuives.
— le Prince des princes. désignation de Dieu (voir v. 11).]
26 Quant à la vision des soirs et des matins telle qu'elle a été dite, c'est la vérité. Pour toi, garde secrète la vision, car elle se rapporte à des jours lointains. » [Voir v. 14.]27 Alors moi, Daniel, je défaillis, et je fus malade, pendant des jours. Puis je me levai et m'occupai des affaires du roi. J'étais terrifié à cause de la vision, et personne ne le comprenait.

Les soixante-dix septénaires d'années

9 En l'an un de Darius, fils d'Assuérus, de la race des Mèdes, qui avait été fait roi du royaume des Chaldéens, [Darius. voir Dn 6.1 et la note.
— Chaldéens. voir Dn 1.4 et la note.]
2 en l'an un de son règne, moi Daniel je considérai dans les Livres le nombre des années qui, selon la parole du Seigneur au prophète Jérémie, doivent s'accomplir sur les ruines de Jérusalem : soixante-dix ans. [les Livres. c'est-à-dire les livres saints (première ébauche de notre A.T.).
— soixante-dix ans. voir Jr 25.11-12 ; 29.10.]
3 Je tournai ma face vers le Seigneur Dieu en quête de prière et de supplications, avec jeûne, sac et cendre. [Voir la note sur Es 58.5 et au glossaire DECHIRER SES VETEMENTS.]4 Je priai le Seigneur mon Dieu et je fis cette confession : « Ah ! Seigneur, toi, le Dieu grand et redoutable qui garde l'alliance et lafidélité envers ceux qui l'aiment et gardent ses commandements ! 5 Nous avons péché, nous avons commis des fautes, nous avons été impies et rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandements et de tes décisions. 6 Nous n'avons pas écouté tes serviteurs les prophètes qui ont parlé en ton nom à nos rois, nos princes, nos pères et tout le peuple du pays. [n'avoir pas écouté Dn 9.10,14 ; Jr 7.26.
— nos pères ou nos ancêtres.]
7 A toi, Seigneur, la justice, et à nous la honte sur la face en ce jour, aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem, à tout Israël, ceux qui sont proches et ceux qui sont au loin, dans tous les pays où tu les as chassés à cause de la forfaiture qu'ils ont commise envers toi ! 8 Seigneur, à nous la honte sur la face, à nos rois, nos princes et nos pères parce que nous avons péché contre toi. 9 Au Seigneur notre Dieu appartiennent la miséricorde et le pardon, car nous avons été rebelles envers lui, 10 et nous n'avons pas écouté la voix du Seigneur notre Dieu pour marcher selon ses instructions, qu'il nous avait présentées par l'intermédiaire de ses serviteurs les prophètes. 11 Tout Israël a transgressé ta Loi et s'est détourné sans écouter ta voix. Alors ont fondu sur nous la malédiction et l'imprécation inscrites dans la Loi de Moïse, serviteur de Dieu, car nous avions péché contre lui : [transgresser la Loi Jr 18.10 ; 42.13,18.]12 Dieu a accompli les paroles qu'il avait prononcées contre nous et contre les gouvernants qui nous ont gouvernés, en amenant contre nous un malheur si grand qu'il ne s'en était pas produit sous tous les cieux comme il s'en est produit à Jérusalem. 13 Selon qu'il est écrit dans la Loi de Moïse, tout ce malheur est venu sur nous ; mais nous n'avons pas apaisé la face du Seigneur notre Dieu en nous détournant de nos fautes et en étant attentifs à ta vérité. 14 Le Seigneur a veillé sur ce malheur et l'a fait venir sur nous ; car le Seigneur notre Dieu est juste dans toutes les œuvres qu'il a faites, mais nous n'avons pas écouté sa voix. [Expression raccourcie pour signifier que le Seigneur a veillé à ce que le malheur annoncé se réalise (voir Jr 1.12 ; 31.28 ; 44.27).]15 Et maintenant, Seigneur notre Dieu, toi qui as fait sortir ton peuple du pays d'Egypte par une main puissante et qui t'es fait une renommée comme celle que tu as aujourd'hui, nous avons été pécheurs et impies. 16 Seigneur, selon tes actes de justice, que ta colère et ta fureur se détournent de Jérusalem, ta ville, ta sainte montagne ! Car, à cause de nos péchés et des fautes de nos pères, Jérusalem et ton peuple sont objet d'insulte pour tous ceux qui nous entourent. 17 Maintenant donc, écoute, ô notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses supplications ! Fais briller ta face sur ton sanctuaire dévasté, à cause du Seigneur ! 18 O mon Dieu, tends l'oreille et écoute ! Ouvre tes yeux et vois nos dévastations et la ville sur laquelle ton nom est invoqué ! Car ce n'est pas à cause de nos actes de justice que nous déposons devant toi nos supplications ; c'est à cause de ta grande miséricorde. 19 Seigneur écoute ! Seigneur, pardonne ! Seigneur, sois attentif et agis, ne tarde pas ! A cause de toi-même, ô mon Dieu, car ton nom est invoqué sur ta ville et sur ton peuple. »

20 Je parlais encore, priant et confessant mon péché et le péché de mon peuple Israël, déposant ma supplication devant le Seigneur mon Dieu, au sujet de la montagne sainte de mon Dieu ; [Ou sur la montagne sainte c'est-à-dire dans le temple.]21 je parlais encore en prière, quand Gabriel, cet homme que j'avais vu précédemment dans la vision, s'approcha de moi d'un vol rapide au moment de l'oblation du soir. [Gabriel. voir Dn 8.16.
— offrande du soir : sacrifice quotidien qui avait lieu vers 15 heures (voir aussi 1 R 18.29 ; Esd 9.4-5).]
22 Il m'instruisit et me dit : « Daniel, maintenant je suis sorti pour te conférer l'intelligence. 23 Au début de tes supplications a surgi une parole et je suis venu te l'annoncer, car tu es l'homme des prédilections ! Comprends la parole et aie l'intelligence de la vision !

24 Il a été fixé soixante-dix septénaires
sur ton peuple et sur ta ville sainte,
pour faire cesser la perversité et mettre un terme au péché,
pour absoudre la faute et amener la justice éternelle,
pour sceller vision et prophète et pour oindre un Saint des Saints. [soixante-dix septénaires. la suite indique qu'il s'agit sans doute de périodes de 7 ans. Voir aussi v. 2 et la note.
— sceller vision et prophète. expression imagée et raccourcie équivalant à garantir que la vision prophétique s'accomplira.
— le Saint des Saints fait peut-être allusion à la dédicace du temple (1 M 4.36-59).]

25 « Sache donc et comprends : Depuis le surgissement d'une parole en vue de la reconstruction de Jérusalem, jusqu'à un messie-chef, il y aura sept septénaires. Pendant soixante-deux septénaires, places et fossés seront rebâtis, mais dans la détresse des temps. [Cette expression désigne peut-être le grand-prêtre Josué qui aurait consacré le temple d'après l'exil, en 515 av. J. C. (voir Es 44.28 ; 45.1,5,13).]26 Et après soixante-deux septénaires, un oint sera retranché, mais non pas pour lui-même. Quant à la ville et au sanctuaire, le peuple d'un chef à venir les détruira ; mais sa fin viendra dans un déferlement, et jusqu'à la fin de la guerre seront décrétées des dévastations. [Un oint sera retranché. il s'agit sans doute du grand-prêtre Onias III (voir 2 M 4.30-38) assassiné sur l'ordre d'Antiochus Epiphane en 171.
— non pas pour lui-même. le texte hébreu correspondant n'est pas clair.
— Quant à la ville et au sanctuaire. l'auteur évoque la prise de Jérusalem et la fin du culte du temple en 167 av. J. C.]
27 Il imposera une alliance à une multitude pendant un septénaire, et pendant la moitié du septénaire, il fera cesser sacrifice et oblation ; sur l'aile des abominations, il y aura un dévastateur et cela, jusqu'à ce que l'anéantissement décrété fonde sur le dévastateur. » [une alliance à une multitude. c'est-à-dire aux Juifs acceptant de collaborer avec Antiochus Epiphane (voir 1 M 1.11-15).
— sur l'aile des abominations. expression raccourcie et imagée désignant sans doute l'autel dédié au « Baal des cieux », qu'Antiochus Epiphane fit installer dans le temple en décembre 167 av. J. C. (aile. allusion aux cornes ou coins de l'autel ; abominations désigne souvent d'autre part les idoles ; voir Es 5.9 et la note).
— le dévastateur. le texte hébreu ne permet pas de préciser qui est désigné par le terme dévastateur. le Baal des cieux (le v. 27 ferait alors allusion à la purification du temple en 164 av. J. C.) ? Antiochus Epiphane lui-même (le v. 22 annoncerait alors sa mort prochaine, voir Dn 11.36) ?]

La grande vision finale

10 En l'an trois de Cyrus roi de Perse, une parole fut révélée à Daniel, surnommé Beltshassar. Cette parole était vérité et grande peine. Il comprit la parole ; il en eut la compréhension par la vision. [an trois de Cyrus. voir Dn 1.21.
— grande peine. expression obscure qui fait peut-être allusion aux épreuves subies par le peuple de Dieu (voir chapitre 11).]

2 En ces jours-là, moi Daniel, je portai le deuil pendant trois semaines : 3 Je ne mangeai aucun mets délicat, ni viande ni vin n'entrèrent dans ma bouche, et je ne me parfumai pas jusqu'à l'achèvement des trois semaines. [Signe de tristesse et de repentance.]4 Le vingt-quatrième jour du premier mois, je me trouvais sur le bord du grand fleuve, c'est-à-dire du Tigre. [Voir au glossaire CALENDRIER.]5 Je levai les yeux et regardai, et voici qu'il y avait un homme vêtu de lin ; il avait une ceinture d'or d'Oufaz autour des reins. [Pays inconnu ; autre traduction d'or pur.]6 Son corps était comme de la chrysolithe, son visage, comme l'aspect de l'éclair, ses yeux, comme des torches de feu, ses bras et ses jambes, comme l'éclat du bronze poli, le bruit de ses paroles, comme le bruit d'une foule. [Pierre précieuse.]7 Moi, Daniel, je vis seul l'apparition ; les gens qui étaient avec moi ne virent pas l'apparition, mais une grande terreur tomba sur eux, et ils s'enfuirent en se cachant. 8 Je restai donc seul et regardai cette grande apparition. Il ne me resta aucune force ; mes traits bouleversésse décomposèrent et je ne conservai aucune force. 9 J'entendis le son de ses paroles ; et lorsque j'entendis le son de ses paroles, je tombai en léthargie sur ma face, la face contre terre. [léthargie Dn 8.18.]10 Et voici qu'une main me toucha ; elle me mit, tout tremblant, sur les genoux et les paumes de mes mains. [une main Ez 2.1-2.]11 Et l'homme me dit : « Daniel, homme des prédilections, comprends les paroles que je te dis et tiens-toi debout à ta place, car maintenant j'ai été envoyé vers toi. » Tandis qu'il me disait cette parole, je me mis debout tout tremblant. [Ou homme bien aimé.]12 Il me dit : « Ne crains pas, Daniel, car depuis le premier jour où tu as eu à cœur de comprendre et de t'humilier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c'est à cause de tes paroles que je suis venu. 13 Le Prince du royaume de Perse s'est opposé à moi pendant vingt et un jours, mais voici que Michel, l'un des Princes de premier rang, est venu à mon aide, et je suis resté là auprès des rois de Perse. [Le prince du royaume de Perse est une sorte d'ange qui représente le royaume perse ennemi d'Israël.
— Michel est l'ange protecteur d'Israël (v. 21 ; Jude 1.9 ; Ap 12.7-11).
— Princes de premier rang ou archanges (voir au glossaire ANGE).]
14 Je suis venu te faire comprendre ce qui arrivera à ton peuple dans l'avenir, car il y a encore une vision pour ces jours-là. »

15 Tandis qu'il me parlait en ces termes, je tournai ma face vers la terre et me tus. 16 Mais voici que quelqu'un, ayant la ressemblance des fils d'homme, me toucha les lèvres ; j'ouvris la bouche et me mis à parler. Je dis à celui qui se tenait devant moi : « Monseigneur, à cause de l'apparition, des angoisses m'ont saisi et je n'ai conservé aucune force. [fils d'homme. voir la note sur Dn 7.13.
— toucher les lèvres Ez 6.7 ; Jr 1.9.]
17 Comment ce serviteur de monseigneur pourrait-il parler à monseigneur que voici, alors qu'il ne subsiste en moi aucune force et qu'il ne me reste pas de souffle ? » 18 Alors, celui qui avait l'apparence d'un homme me toucha de nouveau et me réconforta. 19 Puis il me dit : « Ne crains pas, homme des prédilections ! Que la paix soit avec toi ! Sois fort ! Sois fort ! » Tandis qu'il me parlait, je repris des forces et je dis : « Que monseigneur parle, car tu m'as réconforté. » [Dt 31.7,23 ; 2 M 11.21 ; Ac 15.29.]20 Il dit : « Sais-tu pourquoi je suis venu vers toi ? Je reprendrai maintenant le combat contre le Prince de Perse, et je vais sortir, et voici que va venir le Prince de Grèce. [Voir la note sur Dn 10.13.]21 Mais je t'annoncerai ce qui est inscrit dans le Livre de vérité. Il n'y a personne qui me prête main-forte contre ceux-là, sinon Michel, votre Prince. [Peut-être le livre où sont notés par avance les événements qui se déroulent sur la terre.]

11 « Quant à moi, en l'an un de Darius le Mède, j'avais été en poste pour lui donner force et appui. [Voir Dn 6.1 et la note.]

2 « Maintenant donc, je vais t'annoncer la vérité. Voici que trois rois vont encore se lever pour la Perse, puis le quatrième amassera une richesse plus grande que celle de tous, et lorsqu'il sera fort de sa richesse, il mettra tout en branle contre le royaume de Grèce. 3 Mais un roi vaillant se lèvera ; il exercera une grande domination en agissant à sa guise. [Voir Dn 8.21 et la note.]4 Quand il sera bien établi, son royaume sera brisé et partagé aux quatre vents du ciel, sans revenir à ses descendants ni avoir la domination qu'il avait exercée, car sa royauté sera déracinée et reviendra à d'autres qu'à eux. [partagé. voir Dn 8.22 et la note.
— aux quatre vents du ciel, c'est-à-dire dans toutes les directions.]
5 Le roi du Midi deviendra fort, mais l'un de ses princes sera plus fort que lui et exercera une domination plus grande que la sienne. [Le roi du Midi est ici Ptolémée I (323-285 av. J. C.), qui reçut l'Egypte après la mort d'Alexandre le Grand.
— l'un de ses princes. Séleucus I, qui fut d'abord sous les ordres de Ptolémée I.
]
6 Au bout de quelques années ils s'allieront, et la fille du roi du Midi viendra chez le roi du Nord pour exécuter des accords. Mais elle ne conservera l'appui d'aucun bras et sa descendance ne subsistera pas : elle sera livrée, elle et ceux qui l'auront amenée, son enfant et son soutien, en ces temps-là. [Voir la note sur Dn 2.43.]7 Un rejeton de ses racines se lèvera à sa place, il viendra vers l'armée et entrera dans la forteresse du roi du Nord ; il opérera contre eux et l'emportera. [Allusion à la campagne menée par Ptolémée II, frère de Bérénice, contre Antiochus II.]8 Même leurs dieux, avec leurs images de métal fondu et leurs objets précieux d'argent et d'or, il les emmènera en captivité en Egypte. Puis il restera quelques années loin du roi du Nord. 9 Celui-ci viendra dans le royaume du roi du Midi, puis il retournera dans son territoire. 10 Ses fils soutiendront le combat ; ils assembleront une grande foule de troupes. L'un d'eux s'avancera, déferlera et traversera ; puis il s'en retournera et soutiendra le combat jusqu'à la citadelle. [Séleucus III (226-223 av. J. C.) et Antiochus III (223-187 av. J. C.). Le second conquit la Palestine qui dépendait jusque-là de l'Egypte.]11 Le roi du Midi se mettra en rage. Il sortira pour combattre contre lui, contre le roi du Nord ; il mettra sur pied une grande foule et la foule d'en face sera livrée à son pouvoir. [Allusion à la victoire remportée par Ptolémée IV (Egypte) sur Antiochus III (Syrie) à Raphia en 217 av. J. C.]12 Quand cette foule aura été emportée, son cœur s'élèvera ; il fera tomber des myriades, mais ne triomphera pas. 13 Le roi du Nord s'en retournera et mettra sur pied une foule plus grande que la première. Au bout de quelque temps, de quelques années, il s'avancera avec une grande armée et un matériel considérable.

14 « En ces temps-là, une multitude se dressera contre le roi du Midi et des hommes violents de ton peuple se soulèveront pour accomplir une vision, mais ils chancelleront. 15 Le roi du Nord viendra, il élèvera une chaussée de siège et s'emparera d'une ville fortifiée. Les forces du Midi ne tiendront pas, ni ses troupes d'élite : elles n'auront pas la force de tenir. [Allusion à la prise de la ville de Sidon par les armées d'Antiochus III en 198 av. J. C.]16 Celui qui s'avancera contre lui agira à sa guise ; personne ne tiendra devant lui, et il s'arrêtera dans le Pays magnifique, ayant en main la destruction. [le Pays magnifique. voir la note sur Dn 8.9.]17 Se proposant de venir avec la puissance de tout son royaume, il conclura des accords avec lui ; il lui donnera une fille des femmes afin de le détruire ; mais cela ne tiendra pas, cela ne lui adviendra pas. [Le texte hébreu est peu clair ; la traduction suit les versions anciennes.
— deuxième partie du v.. voir la note sur Dn 2.43.]
18 Il tournera alors ses vues du côté des îles et s'emparera de beaucoup d'entre elles ; mais un magistrat mettra fin à son outrage sans qu'il lui retourne l'outrage. [les îles. appellation traditionnelle des régions côtières.
— un magistrat. le romain Lucius Scipion, qui vainquit Antiochus III en 190 av. J. C. à Magnésie.]
19 Puis il tournera ses vues du côté des citadelles de son pays ; mais il chancellera, il tombera et on ne le retrouvera plus. 20 Quelqu'un se lèvera à sa place, qui fera passer un exacteur dans la Splendeur du royaume ; mais en quelques jours il sera brisé, non par suite de la colère ou de la guerre. [Quelqu'un : Séleucus IV.
— la Splendeur du royaume : le temple de Jérusalem. Voir 2 M 3.]
21 A sa place se lèvera un être méprisable à qui on n'aura pas donné l'honneur de la royauté : il viendra en pleine paix et s'emparera de la royauté par des intrigues. [Antiochus Epiphane voir la note sur Dn 7.24 ; 1 M 1.10 ; 2 M 4.7.]22 Les forces d'invasion seront submergées devant lui et brisées, ainsi que le chef d'une alliance. [Peut-être le grand-prêtre Onias III, assassiné en 171 (170). Sur les événements évoqués ici voir 2 M 4.7-17.]23 Grâce aux accords faits avec lui, il usera de tromperie ; il attaquera et aura le dessus avec peu de gens. 24 En pleine paix, il viendra dans les régions fertiles de la province, et il fera ce que n'avaient pas fait ses pères ni les pères de ses pères : il distribuera aux siens du butin, des dépouilles et du matériel, et il ourdira ses machinations contre des forteresses, et cela jusqu'à un certain moment. 25 Il excitera sa force et son courage contre le roi du Midi avec une grande armée. Le roi du Midi s'engagera dans la guerre avec une armée extrêmement grande et très puissante ; mais il ne tiendra pas, car on ourdira contre lui des machinations : [Allusion à la première guerre déclenchée par Antiochus IV contre Ptolémée VI.]26 ceux qui mangeaient à sa table le briseront, son armée sera submergée et un grand nombre de victimes tomberont. 27 Les deux rois, le cœur plein de méchanceté, parleront mensongèrement à la même table ; mais cela ne réussira pas, car la fin doit arriver à sa date. 28 Il s'en retournera dans son pays avec un matériel important. Ayant des intentions hostiles contre l'Alliance Sainte, il les accomplira, puis s'en retournera dans son pays. [l'Alliance sainte désigne probablement le peuple d'Israël. Sur les événements évoqués ici voir 2 M 5.15-21.]29 L'heure venue, il reviendra contre le Midi, mais il n'en sera pas de la fin comme du début. [Les v. 29-30 font allusion à la seconde campagne d'Antiochus IV contre l'Egypte en 168 (v. 29-30) puis à la persécution religieuse qu'il dirigea contre les Juifs (v. 32-35) dont nous parlent 1 et 2M.]30 Des navires de Kittim viendront contre lui, et il sera découragé. De nouveau, il s'emportera et agira contre l'Alliance Sainte ; de nouveau il sera d'intelligence avec ceux qui abandonnent l'Alliance Sainte. [Kittim désigne habituellement l'île de Chypre ; mais cette appellation semble ici désigner les Romains.]31 Des forces venues de sa part prendront position ; elles profaneront le Sanctuaire-citadelle, feront cesser le sacrifice perpétuel et placeront l'abomination dévastatrice. [profaner Dn 8.11 ; 9.27 ; 12.11 ; 1 M 1.45.
— le Sanctuaire-citadelle. le temple de Jérusalem.
— le sacrifice perpétuel. voir Dn 8.11 et la note.
— abomination dévastatrice. voir la note sur Dn 9.27.]
32 Il fera apostasier par des intrigues les profanateurs de l'Alliance, mais le peuple de ceux qui connaissent leur Dieu agira avec fermeté ; 33 les gens réfléchis du peuple en instruiront une multitude, mais ils tomberont sous l'épée, la flamme, la captivité et la spoliation, pendant des jours. 34 Lorsqu'ils tomberont, ils recevront un peu d'aide, mais une multitude se joindra à eux par des intrigues. 35 Parmi les gens réfléchis, il en est qui tomberont, afin d'être affinés, purifiés et blanchis jusqu'au temps de la fin, car il doit venir à sa date. [Allusion à l'épreuve de la persécution.]36 Le roi agira à sa guise ; il s'exaltera et se grandira au-dessus de tout dieu, et contre le Dieu des dieux il dira des choses étonnantes. Il réussira, jusqu'à ce que soit consommée la colère, car ce qui est décrété sera exécuté. [Les v. 36 à 40 dénoncent l'orgueil et l'impiété d'Antiochus Epiphane ; il abandonna le culte des dieux traditionnels en Syrie, notamment celui d'Adonis-Tammouz (voir la note sur Ez 8.14), appelé ici le Favori des femmes (v. 37), pour adorer Zeus Olympien, divinité de la religion grecque (v. 38). Surtout il se présenta lui-même comme un dieu (v. 37), Epiphane égale dieu manifesté.
— colère. c'est-à-dire la colère de Dieu.]
37 Il n'aura pas égard aux dieux de ses pères ; il n'aura égard ni au Favori des femmes, ni à aucune divinité, car il se grandira au-dessus de tout. 38 Il honorera en son lieu la divinité des citadelles ; il honorera une divinité que n'avaient pas connue ses pères, avec de l'or et de l'argent, des pierres précieuses et des joyaux. 39 Il agira contre les fortifications des citadelles avec une divinité étrangère ; ceux qui la reconnaîtront, il les comblera de gloire. Il les fera dominer sur la multitude et leur allouera des terres en récompense. 40 Au temps de la fin, le roi du Midi s'affrontera avec lui, mais le roi du Nord se ruera sur lui avec ses chars, des cavaliers et de nombreux navires ; il pénétrera dans les pays, y déferlera et les traversera. [A partir du v. 40, l'auteur ne fait plus allusion de manière voilée à des événement survenus, mais il décrit par avance les derniers soubresauts de la puissance ennemie avant que n'arrive le jugement de Dieu.]41 Il viendra dans le Pays magnifique, et beaucoup chancelleront ; ceux-ci échapperont à sa main : Edom, Moab et les prémices des fils d'Ammon. [le Pays magnifique. voir Dn 8.9 et la note.
— Edom, Moab, Ammon. trois peuples voisins d'Israël considérés comme ses ennemis traditionnels et les alliés d'Antiochus Epiphane.]
42 Il étendra la main sur les pays, et le pays d'Egypte ne pourra en réchapper. 43 Il se rendra maître des trésors d'or et d'argent et de tous les joyaux d'Egypte, et les Libyens et les Nubiens lui emboîteront le pas. 44 Mais des nouvelles de l'orient et du nord le tourmenteront ; il sortira en grande fureur pour détruire et exterminer la multitude. 45 Il plantera les tentes de son palais entre les mers et la sainte montagne de la Magnificence et il arrivera à sa fin sans que personne lui vienne en aide. [La colline de Sion, où était bâti le temple de Jérusalem.]

12 En ce temps-là se dressera Michel, le grand Prince,
lui qui se tient auprès des fils de ton peuple.
Ce sera un temps d'angoisse
tel qu'il n'en est pas advenu depuis qu'il existe une nation
jusqu'à ce temps-là.
En ce temps-là, ton peuple en réchappera,
quiconque se trouvera inscrit dans le Livre. [Michel, le grand Prince. voir Dn 10.13 et la note.
— fils de ton peuple. expression hébraïque pour désigner les Israélites.
— le Livre Ps 69.29 ; Ap 3.5.]

2 Beaucoup de ceux qui dorment dans le sol poussiéreux se réveilleront,
ceux-ci pour la vie éternelle,
ceux-là pour l'opprobre, pour l'horreur éternelle. [L'auteur dépassant la perspective d'une résurrection symbolique et collective (Ez 37.10), annonce la promesse d'une résurrection individuelle (2 M 7.9) ; Jn 5.28-29.]

3 Et les gens réfléchis resplendiront, comme la splendeur du firmament,
eux qui ont rendu la multitude juste, comme les étoiles à tout jamais. [C'est-à-dire ceux qui auront aidé le peuple d'Israël à rester fidèle (voir Dn 11.33).
— les gens réfléchis resplendiront Sg 3.7 ; Mt 13.43.]

4 Quant à toi, Daniel, garde secrètes ces paroles et scelle le Livre jusqu'au temps de la fin. La multitude sera perplexe mais la connaissance augmentera. » [garder le secret Dn 8.26.
— la connaissance augmentera. le sens de cette expression reste incertain.]

5 Et moi, Daniel, je regardai, et voici que deux autres hommes se tenaient là, l'un sur une rive du fleuve et l'autre sur l'autre rive. 6 On dit à l'homme vêtu de lin qui se trouvait au-dessus des eaux du fleuve : « Quand viendra la fin de ces choses étonnantes ? » 7 J'entendis l'homme vêtu de lin qui était au-dessus des eaux du fleuve ; il leva vers le ciel la main droite et la main gauche, et il fit ce serment par Celui-qui-vit-à-jamais : « Ce sera pour une période, deux périodes et une demi-période ; lorsque la force du peuple saint sera entièrement brisée, toutes ces choses s'achèveront. » [Ap 10.5-6.]8 J'entendis mais ne compris pas et je dis : « Monseigneur, quel sera le terme de ces choses ? » 9 Il dit : « Va, Daniel, car ces paroles sont tenues secrètes et scellées jusqu'au temps de la fin. 10 Une multitude sera purifiée, blanchie et affinée. Les impies agiront avec impiété. Aucun impie ne comprendra, mais les gens réfléchis comprendront. [Voir Dn 11.35 et la note.]11 A partir du temps où cessera le sacrifice perpétuel et où sera placée l'abomination dévastatrice il y aura mille deux cent quatre-vingt-dix jours. [le sacrifice perpétuel. voir Dn 8.11 et la note.
— l'abomination dévastatrice. voir la note sur Dn 9.27.]
12 Heureux celui qui attendra et qui parviendra à mille trois cent trente-cinq jours ! 13 Toi, va jusqu'à la fin. Tu auras du repos et tu te lèveras pour recevoir ton lot à la fin des jours. »[C'est-à-dire ta participation à la vie éternelle (voir v. 2).]

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