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TOB – Job

JOB

INTRODUCTION

Le but du Livre de Job n'est pas d'expliquer — ainsi qu'on le dit communément — l'énigme de la souffrance injuste, ni de résoudre le problème du mal. C'est plutôt une tentative de l'homme en désarroi pour se situer par rapport au Dieu saint et tout-puissant.

Plan du livre

L'ouvrage se divise nettement en cinq parties distinctes :

1. Un prologue en prose, où le héros, Job, homme pieux et riche, est soudain frappé de calamités inexplicables, et cependant garde toute sa confiance dans le Seigneur (Jb 1.1 — 2.13).

2. Un dialogue en vers, qui met aux prises Job, homme fier et révolté, et trois de ses amis — Elifaz de Témân, Bildad de Shouah, et Çofar de Naama — sages typiques de l'Orient antique. Ce dialogue se poursuit de façon lente et solennelle, au cours de trois séries de discours poétiques, encadrés par deux monologues du héros (Job 3.1 — 31.40).

3. Une série de discours en vers, qui représente l'intervention imprévue d'un quatrième ami; Elihou, fils de Barakéel, le Bouzite (Jb 32.1 — 37.24).

4. Un dialogue en vers, entre le Seigneur et Job (Jb 38.1 — 42.6).

5. Un épilogue en prose, où le héros retrouve sa santé, sa richesse et sa réputation ainsi que de nouveaux enfants. Comme les patriarches, il meurt rassasié de jours (Jb 42.7-17).

Unité et date de composition

Les différences de vocabulaire, de style, d'arrière-fond culturel et d'idées religieuses que l'on peut observer dans les diverses parties de l'œuvre, suggèrent à beaucoup de lecteurs que celle-ci ne fut pas composée d'un seul jet. A titre d'hypothèse, on peut proposer ce qui suit.

Il est hautement probable que le prologue et l'épilogue en prose ont d'abord constitué un conte folklorique (Job 1.1 — 2.13 ; 42.7-17). On y racontait la patience exemplaire d'un homme du pays de Ouç — peut-être en Edom (Jb 1.1), au sud-est de la mer Morte — qui jouissait d'une réputation unique parmi « les fils de l'Orient ». On peut penser que l'histoire de ce Job, à la piété sans pareille (Jb 1.1-8 ; Jc 5.11), circulait oralement parmi les sages du Proche-Orient vers la fin du deuxième millénaire av. J.C. et fut redite, en hébreu à l'époque de Samuel, David et Salomon (XIe-Xe siècles av. J.C.).

Après la catastrophe de 587 av. J.C., les Judéens exilés en Babylonie avaient tout perdu. Leur désarroi amenait certains à retirer toute valeur à l'existence et mettait en cause leur foi en la justice de Dieu. Se servant de l'histoire bien connue du misérable Job (Ez 14.14-20), un poète de la deuxième génération de l'exil (vers 575 av. J.C.) composa le poème (Jb 3.1 — 31.40 ; 38.1 — 42.6) dans un but pastoral et prophétique, semblable à celui de son prédécesseur Ezéchiel (vers 592-580 av. J.C.). Il mit en scène le héros qui souffrait sans cause et trois de ses amis, afin de discuter poétiquement la valeur de l'existence et les droits de l'homme à la justice humaine et divine (Jb 31.35-37). Le Seigneur lui-même offre au héros l'occasion de se défendre et de condamner la conduite divine (Jb 40.8-14), mais Job refuse de relever le défi et simplement se repent de sa propre présomption (Jb 42.1-6).

Le poème s'achève donc sur la reconnaissance de la sainteté divine, sainteté qui dépasse infiniment l'imagination des hommes et même les notions qu'ils se font de la providence et de la bonté de Dieu. Il suggère aussi une notion du péché qui transcenderait une distinction trop simpliste entre bien et mal, distinction où perce l'ambition égocentrique d'un homme vertueux.

L'épilogue en prose (Jb 42.7-17) semble contredire la théologie du poète puisqu'il affirme le dogme populaire de la rétribution individuelle. Il a survécu, sans doute parce qu'il appartenait à un conte classique, héritage de la sagesse séculaire de l'Orient. Peut-être convenait-il admirablement aux idées des scribes moralistes du judaïsme à l'époque perse qui assurèrent la transmission du poème à la postérité.

Un disciple de l'école jobienne a probablement ajouté dans un but apologétique les discours d'Elihou (Jb 32.1 — 37.24). On remarque en effet dans ceux-ci une langue, un style et une méthode rhétorique assez distincts de ceux du dialogue proprement dit. Elihou insiste sur la valeur éducative de la souffrance et ajoute certains arguments que des maîtres de l'école sapientiale traditionnelle avaient regretté de voir insuffisamment développés par Elifaz, Bildad et Çofar.

Le texte du troisième cycle du dialogue poétique entre Job et ses trois amis (en particulier 25.1 — 27.23) semble avoir souffert de la transmission orale ou manuscrite. Le troisième discours de Çofar est absent et certains propos placés dans la bouche de Job paraissent refléter la position traditionnelle de l'un de ses amis (Jb 24.18-25 ; 26.5-14). Certains exégètes suggèrent que les éditeurs du poème ont essayé d'adoucir la hardiesse du héros en lui prêtant des paroles originellement prononcées par Çofar. Beaucoup pensent aussi que l'Eloge de la Sagesse (Jb 28.1-28) représente une addition postérieure. Cependant, son style est très proche de celui des discours du Seigneur (Jb 38.1s) et l'on peut supposer que le but de ce poème était de séparer la discussion dialoguée de la péroraison de Job.

Il est probable que le poète de Job appartenait au cercle international de la Sagesse et qu'il connaissait la forme littéraire du dialogue. Un tel genre se prêtait sans doute impunément à la présentation publique d'opinions subversives ou tout au moins d'idées qui contrecarraient les dogmes d'une société conformiste. On doit cependant remarquer que le poète a composé une œuvre originale.

La théologie du livre

Le lecteur moderne ne saurait ignorer la complexité de la composition ni le contexte historique au sein duquel le poème a vu le jour.

L'histoire en prose. Certains traits du conte folklorique devaient difficilement correspondre à la pensée de l'auteur du dialogue. Disciple de Jérémie, le sage judéen avait médité sur le scandale du malheur des humbles et de la prospérité des méchants. Il n'acceptait probablement pas d'expliquer la souffrance « sans cause » comme le résultat d'un pari entre un Dieu naïf et le plus cynique des membres de la cour céleste. D'ailleurs le poète a soigneusement évité toute mention de cet « adversaire » mythique. C'est bien plutôt l'idéal de la piété « pour rien » qui alimenta son génie poétique et stimula la rigueur de son enquête théologique.

Le poète n'est donc pas responsable de tous les détails du récit en prose. Il s'en servit simplement comme d'un tremplin pour lancer les discours. Puisque l'histoire du pieux Job mettait en scène différents personnages, il les fit parler à sa guise. Il utilisa le conte populaire pour amorcer une discussion sur la condition humaine, le « donnant-donnant » des cultes (Jb 2.4) et la pureté d'une foi qui ne demande pas de compte à Dieu.

En contradiction avec les protestations de Job ou les discours du Seigneur, l'épilogue en prose, on le sait, réaffirme le dogme de la rétribution. C'était précisément ce qui répugnait à la sensibilité du poète et ce qu'il attaqua avec une vigueur sans parallèle dans la littérature de l'ancien Israël. D'où la question qui a troublé les interprètes au cours des siècles : le dénouement du livre peut-il s'accorder de façon cachée avec la théologie du poète ?

Il faut ici se rappeler la distinction qui sépare la récitation orale d'un poème de sa mise par écrit à une date plus récente. Comme le « récit folklorique » appartenait à l'héritage national, il trouva sa place dans les manuscrits que les conservateurs des trésors littéraires de la nation léguèrent à la postérité juive de l'époque perse (Ve-IVe siècles). Le « poème » y trouva aussi la sienne, puisqu'il était porté par le récit traditionnel. On peut même supposer que ce fut précisément la conclusion pieuse de l'histoire en prose qui facilita la survivance du poème où la hardiesse de la révolte jobienne et l'ironie de la réponse divine mettent en question la justice de Dieu ou tout au moins la placent en dehors de la justice des hommes.

Le dialogue en vers. L'auteur du dialogue donna libre cours à la passion qui saisit toujours l'esprit humain quand il est confronté à l'énigme de la douleur. Il ne perdit jamais de vue le scandale intellectuel et moral qui troubla le judaïsme dès son apparition dans l'histoire et qui continue d'inquiéter les hommes. Le poète jobien parle à l'humanité de tous les temps car non seulement il a affronté le scandale de l'existence et de la mort, mais il a encore dépeint l'homme de foi qui, dans son agonie, frôle le blasphème et recherche au même instant la présence d'un Dieu qui aime. Pire encore que la destitution, la perte des enfants, la mise au ban de la société, l'incompréhension de l'épouse et des amis ou les affres d'une maladie fatale, pour lui le silence divin est la souffrance ultime.

Un autre thème se greffe sur celui-ci. Job revendique comme un droit que son intégrité soit publiquement reconnue. A la différence des pleureurs de lamentations qui, dans le livre des Psaumes, supplient de cent façons pour être délivrés de leurs maux, il demande seulement que Dieu admette son innocence.

Job est un exemple non seulement de vertu mais aussi de fierté. Sous l'effet des attaques insidieuses de la maladie et de la douleur morale, sa fierté exacerbée devient peu à peu un orgueil surhumain, presque la démesure d'un Titan. Il se compare à l'Océan et au Monstre marin (Jb 7.12) que, selon la mythologie akkadienne, enchaîna et garda à vue le dieu de l'ordre anxieux de sauvegarder les frontières de la terre habitable. Elifaz a bien compris la nouvelle dimension de la prétention qui pousse l'homme moral, dans la passion de son épreuve, à se prendre à tort pour un demi-dieu. Il demande à Job, faisant clairement allusion au mythe de l'Homme primordial :

Es-tu Adam, né le premier,
as-tu été enfanté avant les collines ?
(Jb 15.7)

Sans jamais fléchir, le héros persiste à réclamer non pas d'être guéri mais d'être acquitté des accusations lancées contre lui. C'est même ce désir obstiné qui le conduit à briser pour un instant la croyance traditionnelle au caractère définitif de la mort à laquelle il avait toujours souscrit (Jb 7.21 ; 14.10). Ayant déclaré qu'il avait un témoin dans les cieux qui prendra sa défense contre Dieu même (Jb 16.18-21), il clame enfin sa certitude qu'au-delà de son dernier soupir, au bord même de la fosse, son rédempteur se lèvera, vivant, pour lui permettre de voir Dieu (Jb 19.25-26).

Tous les siens étant morts ou l'ayant en quelque sorte excommunié (Jb 19.13-22), il n'a pas d'héritier humain qui puisse racheter son honneur après sa mort. Il sait pourtant — et il affirme solennellement sa certitude — qu'un être mystérieux jouera ce rôle. D'après l'ancien droit coutumier, le « rédempteur » était un parent du mort, dont le devoir était de venger le sang versé (d'où l'expression, « le rédempteur du sang ») ou de préserver par achat légal l'intégrité de la terre ancestrale (2S 14.11 ; Rt 2.20, etc.). Bien que certains mots de ce passage, maintenant fameux, aient été mal préservés dans les manuscrits et que les anciennes versions n'offrent qu'un maigre secours, le texte hébreu du verset 26b est solidement attesté : C'est bien dans ma chair que je contemplerai Dieu.

On comprend pourquoi les premiers chrétiens ont lu ici le prélude de la foi en la résurrection de la chair et la préfiguration d'un « Rédempteur » qui aurait vaincu la mort. Au VIe siècle av. J.C., l'expression « dans ma chair » signifiait probablement l'homme dans sa pleine identité concrète et cette vue est confirmée par les répétitions de la phrase qui suit (v. 27). C'est d'ailleurs ce qui, chez les Juifs et les premiers chrétiens, a donné à la croyance en la vie future une forme qui n'a rien de commun avec l'idée hellénistique de l'immortalité de l'âme. La croyance à la résurrection de la chair suppose une espérance réaliste dans une vie en communion avec Dieu, qui contraste avec le mode éthéré et dépourvu de substance que suggère la spéculation non hébraïque sur l'âme immortelle. De plus, elle présuppose un acte souverain de nouvelle création de la part de Dieu sans jamais considérer l'immortalité comme un droit inhérent à la nature humaine.

Les interprétations de ce Credo remarquable (Jb 19.23-27) sont très diverses, mais il n'est pas douteux que le poète jobien a préparé, dès l'aube du judaïsme, une théologie de la médiation entre un Dieu qui semble hostile et qui reste lointain d'une part, et l'homme abandonné dans le monde d'autre part. On peut penser qu'il a prêté à son héros un espoir qui lui tient à cœur, car il a réussi à l'exprimer selon une triple gradation: d'abord, le rêve inaccessible d'un arbitre qui poserait sa main sur Dieu et sur l'homme afin de les amener face à face et ferait ainsi fonction de conciliateur (Jb 9.23) ; ensuite, la conviction qu'après son propre meurtre, Job recevrait de son témoin à la cour suprême une défense posthume (Jb 16.12-21) ; finalement, la certitude inébranlable de la présence ultime d'un rédempteur qui non seulement rachètera son honneur mais encore lui permettra de voir Dieu (Jb 19.25-27).

Jusqu'à la péroraison de sa longue apologie, le héros garde la dignité d'un homme qui n'a aucun sentiment de culpabilité. Il se rappelle seulement des peccadilles de jeunesse. Il accueillera donc la Divinité, enrobé d'une majesté toute royale. « Comme un prince », il ira à la rencontre du Puissant (Jb 31.37).

La théophanie du sein de l'ouragan. Les réponses de Job aux discours du Seigneur changent étonnamment de ton. Le lecteur découvre ici l'intention profonde du poète. Celle-ci n'est pas de résoudre le problème du mal ni de justifier les voies divines selon les canons de la morale humaine. Au contraire, il s'agit de purifier la théologie de tout moralisme anthropomorphe, d'esquisser une nouvelle approche à la réalité de la foi et d'indiquer le caractère insidieux du péché qui guette l'homme intègre et pieux.

Quand le Seigneur « répond » à Job du sein de l'ouragan (allusion à peine voilée aux théophanies de Moïse, Ex 19, et d'Elie, 1R 19), il n'offre en fait aucune réponse aux questions de l'homme de douleur. C'est lui qui pose de nouvelles questions, l'une après l'autre, avant d'atteindre la plus troublante :

Celui qui dispute avec le Puissant a-t-il à critiquer ?
Celui qui ergote avec Dieu voudrait-il répondre ?
(Jb 40.2)

Comme Job refuse de relever le gant (v. 3-5), le Seigneur une fois de plus taquine le champion qui cherchait la bagarre et l'invite, non sans ironie, à se préparer à l'ultime combat :

Ceins donc tes reins, comme un brave.
Je vais t'interroger et tu m'instruiras.
Veux-tu vraiment casser mon jugement,
me condamner pour te justifier ?
(Jb 40.7-8)

Cette double question pénètre au cœur de la discussion et offre la clé de tout le livre de Job. Le poète se sert du mystère de la souffrance pour sonder le mystère de Dieu.

Devant la sainteté qui dépasse son entendement, le combattant se désiste. C'est que la présence lui a ouvert les yeux. Maintenant, il voit de ses propres yeux au lieu de connaître par ouï-dire (Jb 42.5). En voyant la « sainteté », il prend conscience de son péché. Il n'a commis aucun des crimes dont ses amis l'avaient accusé, mais il a commis le crime par excellence de l'homme moral. Il est devenu un « juge-Dieu ». Sa confession est dès lors inévitable :

Aussi j'ai horreur de moi et je me désavoue
sur la poussière et sur la cendre !
(Jb 42.6)

Il avait exigé une audience afin de défendre son honneur, mais sa moralité était devenue pour lui, à son insu, une technique destinée à obtenir une qualité supra-humaine, analogue à celle de ces rois antiques qui s'affublaient des oripeaux du droit divin (Jb 40.10-14).

La culpabilité de Job n'est pas d'ordre moral. Elle est celle de l'homme qui non seulement se croit le maître de sa propre destinée mais aussi s'érige inconsciemment en être divin puisqu'il porte un jugement sur Dieu. Les discours du Seigneur et la réponse de Job contiennent une critique du subjectivisme humaniste qui modèle Dieu sur les normes de la pensée de l'homme. Le poème de Job dégage la réalité de Dieu des restrictions de la raison ou de la moralité humaines. Le poète anticipe l'apôtre Paul, car sa vision du Seigneur lui permet de discerner l'idolâtrie de la loi, conçue comme source d'auto-justification.

Texte et traduction

En 1952, les fragments d'un manuscrit de Job en vieille écriture hébraïque ont été trouvés dans une grotte proche de la mer Morte. Cette vieille écriture semblait jusqu'ici réservée aux livres du Pentateuque. On voit par là l'importance que certains milieux juifs attachaient au Livre de Job dès avant notre ère.

Le texte hébreu du Livre de Job offre de graves difficultés. Il semble que le traducteur grec ancien (Septante) s'y soit déjà heurté. Tantôt il s'en est tiré par une paraphrase assez lâche, tantôt il a passé un certain nombre de versets sans les traduire.

Il a fallu attendre le travail critique d'Origène et le talent de traducteur de Jérôme pour rendre accessibles aux chrétiens les affres de Job.

Les particularités du texte hébreu tranchent souvent sur ce que les autres livres de la Bible nous font connaître de la langue hébraïque ancienne. Aussi, depuis un siècle, les traducteurs ont-ils pris l'habitude de juger maints versets de Job comme défigurés par des corruptions qu'ils « corrigent » de façon souvent ingénieuse. L'exégèse contemporaine a pourtant acquis un sens de plus en plus vif de la fragilité de ces conjectures en même temps que de l'isolement du Livre de Job dans un contexte culturel maintenant disparu. Cette traduction opte donc résolument pour la fidélité au texte hébreu traditionnel en s'inspirant largement des commentateurs juifs médiévaux dans l'interprétation des passages obscurs.

JOB

PROLOGUE EN PROSE

LES ÉPREUVES DE JOB

Le plus sage des Orientaux

1 Il y avait, au pays de Ouç, un homme du nom de Job. Il était, cet homme, intègre et droit, craignait Dieu et s'écartait du mal. [Ouç. district du pays d'Edom, au sud-est de la mer Morte ; voir Lm 4.21.
— Job Ez 14.14 ; Jc 5.11.
— intègre et droit Jb 1.8 ; 2.3,9 ; 12.4 ; Gn 6.9 ; Ps 26.1.]
2 Sept fils et trois filles lui étaient nés. 3 Il possédait sept mille moutons, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et une très nombreuse domesticité. Cet homme était le plus grand de tous les fils de l'Orient. [Il possédait Gn 24.35 ; 26.14.
— L'expression fils de l'Orient désigne en général les nomades qui vivent à l'est de la Palestine.]

4 Or ses fils allaient festoyer les uns chez les autres à tour de rôle et ils conviaient leurs trois sœurs à manger et à boire. 5 Lorsqu'un cycle de ces festins était achevé, Job les faisait venir pour les purifier. Levé dès l'aube, il offrait un holocauste pour chacun d'eux, car il se disait : « Peut-être mes fils ont-ils péché et maudit Dieu dans leur cœur ! » Ainsi faisait Job, chaque fois. [purification Gn 35.2 ; 1 S 16.5.
— holocauste. voir au glossaire SACRIFICES.]

La cour céleste

6 Le jour advint où les Fils de Dieu se rendaient à l'audience du Seigneur. L'Adversaire vint aussi parmi eux. [l'audience Jb 2.1-3 ; 1 R 22.19-22 ; Ps 82.1 ; Dn 7.9-10 ; Ap 5.11.
— Fils de Dieu : tous les êtres dont Dieu est entouré, comme un roi est entouré de sa cour et de ses conseillers.
— Adversaire (Za 3.1-2 ; Ap 12.10). le mot hébreu (qu'on peut traduire aussi par Accusateur) est devenu par la suite le nom propre Satan (voir 1 Ch 21.1).]
7 Le Seigneur dit à l'Adversaire : « D'où viens-tu ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et d'y rôder. » 8 Et le Seigneur lui demanda : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a pas son pareil sur terre. C'est un homme intègre et droit qui craint Dieu et s'écarte du mal. » 9 Mais l'Adversaire répliqua au Seigneur : « Est-ce pour rien que Job craint Dieu ? 10 Ne l'as-tu pas protégé d'un enclos, lui, sa maison et tout ce qu'il possède ? Tu as béni ses entreprises, et ses troupeaux pullulent dans le pays. [Jb 3.23.]11 Mais veuille étendre ta main et touche à tout ce qu'il possède. Je parie qu'il te maudira en face ! » [Jb 2.5-6.]12 Alors le Seigneur dit à l'Adversaire : « Soit ! Tous ses biens sont en ton pouvoir. Evite seulement de porter la main sur lui. » Et l'Adversaire se retira de la présence du Seigneur.

Les premiers malheurs

13 Le jour advint où ses fils et ses filles étaient en train de manger et de boire du vin chez leur frère aîné. 14 Un messager arriva auprès de Job et dit : « Les bœufs étaient à labourer et les ânesses paissaient auprès d'eux. 15 Un rezzou de Sabéens les a enlevés en massacrant tes serviteurs. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. » [rezzou. bande de nomades pillards (Jg 6.3-6 ; 1 S 27.8-9).
— Sabéens (et Chaldéens, v. 17). diverses populations nomades.]
16 Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Un feu de Dieu est tombé du ciel, brûlant moutons et serviteurs. Il les a consumés, et seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. » [Lv 10.2 ; 2 R 1.10-14 ; Lc 9.54.]17 Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Des Chaldéens formant trois bandes se sont jetés sur les chameaux et les ont enlevés en massacrant tes serviteurs. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. » 18 Il parlait encore quand un autre survint qui disait : « Tes fils et tes filles étaient en train de manger et de boire du vin chez leur frère aîné 19 lorsqu'un grand vent venu d'au-delà du désert a frappé les quatre coins de la maison. Elle est tombée sur les jeunes gens. Ils sont morts. Seul j'en ai réchappé pour te l'annoncer. » [Mt 7.27.]

20 Alors Job se leva. Il déchira son manteau et se rasa la tête. Puis il se jeta à terre, adora [Gestes de deuil Jb 2.12 ; Lv 10.6 ; Jos 7.6 ; Ez 27.30-31.]21 et dit :
« Sorti nu du ventre de ma mère,
nu j'y retournerai.
Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté :
Que le nom du Seigneur soit béni ! » [nu j'y retournerai (la tombe est comparée au ventre maternel) Gn 3.19 ; Ps 49.18 ; 1 Tm 6.7 ; Qo 5.14 ; Si 40.1.
— le nom soit béni Ps 113.2 ; voir Jc 5.11.]

22 En tout cela, Job ne pécha pas. Il n'imputa rien d'indigne à Dieu.

La cour céleste

2 Le jour advint où les Fils de Dieu se rendaient à l'audience du Seigneur. L'Adversaire vint aussi parmi eux à l'audience du Seigneur. 2 Le Seigneur dit à l'Adversaire : « D'où est-ce que tu viens ? » — « De parcourir la terre, répondit-il, et d'y rôder. » 3 Et le Seigneur lui demanda : « As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n'a pas son pareil sur terre. C'est un homme intègre et droit qui craint Dieu et se garde du mal. Il persiste dans son intégrité, et c'est bien en vain que tu m'as incité à l'engloutir. » [intègre et droit Jb 1.1.
— engloutir Jb 10.8.]
4 Mais l'Adversaire répliqua au Seigneur : « Peau pour peau ! Tout ce qu'un homme possède, il le donne pour sa vie. [Proverbe, inconnu par ailleurs ; la fin du verset en donne certainement le sens.]5 Mais veuille étendre ta main, touche à ses os et à sa chair. Je parie qu'il te maudira en face ! » 6 Alors le Seigneur dit à l'Adversaire : « Soit ! Il est en ton pouvoir ; respecte seulement sa vie. » [Lc 22.31.]

Les nouveaux malheurs

7 Et l'Adversaire, quittant la présence du Seigneur, frappa Job d'une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu'au sommet de la tête. [Autre traduction « inflammation mauvaise ». Il s'agit probablement d'une maladie tropicale de la peau, autre que la lèpre proprement dite. Même terme en Dt 28.35.]8 Alors Job prit un tesson pour se gratter et il s'installa parmi les cendres. [Job est allé s'installer hors de la ville (voir Lv 13.46), près de l'endroit où l'on déverse les ordures.]9 Sa femme lui dit : « Vas-tu persister dans ton intégrité ? Maudis Dieu, et meurs ! » [intégrité Jb 1.1 ; Tb 2.14.
— Maudis Dieu ! Lv 24.11-14 ; 1 R 21.13.]
10 Il lui dit : « Tu parles comme une folle. Nous acceptons le bonheur comme un don de Dieu. Et le malheur, pourquoi ne l'accepterions-nous pas aussi ? » En tout cela, Job ne pécha point par ses lèvres. [comme une folle 1 S 25.25 ; Ps 14.1.
— Et le malheur Rm 8.28.]

Arrivée des trois amis

11 Les trois amis de Job apprirent tout ce malheur qui lui était advenu et ils arrivèrent chacun de son pays, Elifaz de Témân, Bildad de Shouah et Çofar de Naama. Ils convinrent d'aller le plaindre et le consoler. [Témân : ville édomite, renommée pour la sagesse de ses habitants (voir Jr 49.7) ; Shouah et Naama : localités ou régions non identifiées.]12 Levant leurs yeux de loin, ils ne le reconnurent pas. Ils pleurèrent alors à grands cris. Chacun déchira son manteau, et ils jetèrent en l'air de la poussière qui retomba sur leur tête. [ils ne le reconnurent pas Es 52.14.
— gestes de deuil Jb 1.20.]
13 Ils restèrent assis à terre avec lui pendant sept jours et sept nuits. Aucun ne lui disait mot, car ils avaient vu combien grande était sa douleur. [Am 5.13 ; Lm 3.26 ; voir Mt 27.14 par. ; Lc 23.9.]

3 Enfin, Job ouvrit la bouche et maudit son jour. [son jour désigne le jour de sa naissance, voir v. 3 ; comparer Jr 20.14-18.]

DIALOGUE ENTRE JOB ET SES AMIS

PREMIER POÈME DE JOB

2 Job prit la parole et dit :

Malédiction du jour de naissance

3 Périsse le jour où j'allais être enfanté
et la nuit qui a dit : « Un homme a été conçu ! » [Jb 10.18 ; Si 23.14 ; Mt 26.24 par.]

4 Ce jour-là, qu'il devienne ténèbres,
que, de là-haut, Dieu ne le convoque pas,
que ne resplendisse sur lui nulle clarté ;

5 que le revendiquent la ténèbre et l'ombre de mort,
que sur lui demeure une nuée,
que le terrifient les éclipses !

6 Cette nuit-là, que l'obscurité s'en empare,
qu'elle ne se joigne pas à la ronde des jours de l'année,
qu'elle n'entre pas dans le compte des mois !

7 Oui, cette nuit-là, qu'elle soit infécondée,
que nul cri de joie ne la pénètre ;

8 que l'exècrent les maudisseurs du jour,
ceux qui sont experts à éveiller le Tortueux ; [Autre traduction le Léviatan, voir Jb 41.1 (40.25)
— Jb 41.26 ; Es 27.1 ; Ps 74.14 ; 104.26. C'est un animal fabuleux, décrit sous les traits du crocodile. On pensait que, sous l'influence des magiciens, il pouvait provoquer des éclipses de soleil (v. 9).]

9 que s'enténèbrent les astres de son aube,
qu'elle espère la lumière — et rien !
Qu'elle ne voie pas les pupilles de l'aurore ! [Lorsque les pupilles de l'aurore s'entrouvrent, le soleil apparaît.]

10 Car elle n'a pas clos les portes du ventre où j'étais,
ce qui eût dérobé la peine à mes yeux.

Attraction du néant

11 Pourquoi ne suis-je pas mort dès le sein ?
A peine sorti du ventre, j'aurais expiré.

12 Pourquoi donc deux genoux m'ont-ils accueilli,
pourquoi avais-je deux mamelles à téter ?

13 Désormais, gisant, je serais au calme,
endormi, je jouirais alors du repos,

14 avec les rois et les conseillers de la terre,
ceux qui rebâtissent pour eux des ruines, [Es 14.9-11 ; Ez 32.18-30.]

15 ou je serais avec les princes qui détiennent l'or,
ceux qui gorgent d'argent leurs demeures,

16 ou comme un avorton enfoui je n'existerais pas,
comme les enfants qui ne virent pas la lumière. [Jb 10.19 ; Ps 58.9 ; Qo 6.3.]

17 Là, les méchants ont cessé de tourmenter,
là, trouvent repos les forces épuisées. [Ap 14.13.]

18 Prisonniers, tous sont à l'aise,
ils n'entendent plus la voix du garde-chiourme.

19 Petit et grand, là, c'est tout un,
et l'esclave y est affranchi de son maître. [Même séjour des morts pour tous Jb 21.26 ; Qo 9.2-3.]

Valeur de l'existence

20 Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui peine,
et la vie aux ulcérés ? [Le sujet sous-entendu est Dieu.]

21 Ils sont dans l'attente de la mort, et elle ne vient pas,
ils fouillent à sa recherche plus que pour des trésors. [Jb 6.9 ; 7.15 ; 1 R 19.4 ; Jr 8.3 ; Jon 4.3 ; Ap 9.6.]

22 Ils seraient transportés de joie,
ils seraient en liesse s'ils trouvaient un tombeau.

23 Pourquoi ce don de la vie à l'homme dont la route se dérobe ?
Et c'est lui que Dieu protégeait d'un enclos ! [Les mots Pourquoi ce don de la vie, sous-entendus dans le texte original, constituent une reprise de la pensée du v. 20.
— enclos Jb 1.10.]

24 Pour pain je n'ai que mes sanglots,
ils déferlent comme l'eau, mes rugissements. [Ps 42.4 ; 80.6 ; 102.10.]

25 La terreur qui me hantait, c'est elle qui m'atteint,
et ce que je redoutais m'arrive. [Jb 15.24 ; Pr 10.24 ; Ez 11.8.]

26 Pour moi, ni tranquillité, ni cesse, ni repos.
C'est le tourment qui vient. [Dt 28.65-67 ; Mt 11.28-29 ; Ap 14.11.]

PREMIER POÈME D'ÉLIFAZ

4 Alors Elifaz de Témân prit la parole et dit :

Piété et bien-être

2 Te met-il pour une fois à l'épreuve, tu fléchis !
Mais qui peut contraindre ses paroles ?

3 Tu t'es fait l'éducateur des foules,
tu savais rendre vigueur aux mains lasses. [1 S 23.16 ; Es 35.3-4 ; Ne 6.9.]

4 Tes paroles redressaient ceux qui perdent pied,
tu affermissais les genoux qui ploient.

5 Que maintenant cela t'arrive, c'est toi qui fléchis.
Te voici atteint, c'est l'affolement. [Pr 24.10.]

6 Ta piété ne tenait-elle qu'à ton bien-être,
tes espérances fondaient-elles seules ta bonne conduite ?

Semeurs de misère

7 Rappelle-toi : quel innocent a jamais péri,
où vit-on des hommes droits disparaître ? [Ps 34.20-21 ; Pr 12.21 ; Si 2.10 ; 2 P 2.9.]

8 Je l'ai bien vu : les laboureurs de gâchis
et les semeurs de misère en font eux-mêmes la moisson. [On récolte ce qu'on a semé Si 7.3 ; Ga 6.7.]

9 Sous l'haleine de Dieu ils périssent,
au souffle de sa narine ils se consument. [Comparer Jb 27.3.]

10 Rugissement de lion, feulement de tigre ;
les dents des lionceaux mordent à vide.

11 Le guépard périt faute de proie,
les petits de la lionne se débandent.

Vision nocturne

12 Une parole, furtivement, m'est venue,
mon oreille en a saisi le murmure.

13 Lorsque divaguent les visions de la nuit,
quand une torpeur écrase les humains, [Jb 7.14 ; 33.15.]

14 un frisson d'épouvante me surprit
et fit cliqueter tous mes os : [Gn 15.12.]

15 un souffle passait sur ma face,
hérissait le poil de ma chair.

16 Il se tenait debout, je ne le reconnus pas.
Le spectre restait devant mes yeux.
Un silence, puis j'entendis une voix :

Justice du mortel

17 « Le mortel serait-il plus juste que Dieu,
l'homme serait-il plus pur que son auteur ? [Dieu Jb 9.2 ; 15.14 ; 25.4 ; 32.2 ; 35.2 ; 40.8 ; Ps 143.2.]

18 Vois : ses serviteurs, il ne leur fait pas confiance,
en ses anges même il trouve de la folie. [Jb 15.15.]

19 Et les habitants des maisons d'argile, alors,
ceux qui se fondent sur la poussière !
On les écrase comme une teigne.

20 D'un matin à un soir ils seront broyés.
Sans qu'on y prenne garde, ils périront à jamais. [Ps 90.5-6.]

21 Les cordes de leurs tentes ne sont-elles pas déjà arrachées ?
Ils mourront, faute de sagesse. »

Origine du mal

5 Fais donc appel ! Existe-t-il quelqu'un pour te répondre ?
Auquel des saints t'en prendras-tu ? [Jb 15.15 ; Za 14.5 ; Dn 4.14.]

2 Oui, l'imbécile, c'est la rogne qui l'égorge,
et le naïf, la jalousie le tue.

3 Je l'ai bien vu, l'imbécile, qui poussait ses racines,
mais j'ai soudain maudit sa demeure :

4 « Que ses fils échappent à tout secours,
qu'ils soient écrasés au tribunal sans que nul n'intervienne,

5 et lui, ce qu'il a moissonné, que l'affamé s'en nourrisse,
qu'on s'en saisisse malgré les haies d'épines
et que les assoiffés engouffrent son patrimoine ! »

6 Car le gâchis ne sort pas de terre
et la misère ne germe pas du sol.

7 Oui, c'est pour la misère que l'homme est né,
et l'étincelle pour prendre son essor. [né pour la misère Gn 3.17-19.
— Autre traduction : l'aigle. Le texte hébreu parle de fils de l'éclair ( = étincelle ) ou de fils de Resheph, dieu cananéen de l'orage ( = aigle).]

Appel à Dieu

8 Quant à moi, je m'adresserais à Dieu,
c'est à Dieu que j'exposerais ma cause.

9 L'ouvrier des grandeurs insondables,
dont les merveilles épuisent les nombres, [Jb 9.10 ; Ps 40.6.]

10 c'est lui qui répand la pluie sur la face de la terre,
qui fait ruisseler le visage des champs,

11 pour placer au sommet ceux qui gisent en bas
et pour que les assombris se dressent, sauvés. [Dieu élève les humbles Jb 42.10 ; 1 S 2.7-8 ; Lc 1.52-53.]

12 C'est lui qui déjoue les intrigues des plus roués.
Pour leurs mains point de réussite.

13 C'est lui qui prend les sages au piège de leur astuce,
et qui devance les desseins des fourbes. [Jb 37.24 ; 1 Co 3.19.]

14 En plein jour ils se butent aux ténèbres,
à midi ils tâtonnent comme de nuit. [Pr 4.19 ; Mt 27.45 par. ; 1 Jn 2.9-11.]

15 Mais il a sauvé de leur épée, de leur gueule,
de leur serre puissante, le pauvre.

16 Il y eut pour le faible une espérance,
et l'infamie s'est trouvée muselée.

17 Vois : Heureux l'homme que Dieu réprimande !
Ne dédaigne donc pas la semonce du Puissant. [Dt 8.5 ; Ap 3.19.]

Promesse du renouveau

18 C'est lui qui, en faisant souffrir, répare,
lui dont les mains, en brisant, guérissent. [Jb 36.15 ; Dt 32.39 ; Os 6.1.]

19 De six angoisses il te tirera
et à la septième, le mal ne t'atteindra plus.

20 Lors de la famine, il te rachètera à la mort
et en plein combat au pouvoir de l'épée. [Dieu protège de la famine Ps 33.19 et de l'épée Jr 39.18.]

21 Du fouet de la langue, tu seras à l'abri ;
rien à craindre d'un désastre à venir. [Le fouet de la langue est une image de la calomnie. Dieu en protège Es 54.17 ; Ps 12 ; 31.21.]

22 Désastre, disette, tu t'en riras,
et des bêtes sauvages, n'aie pas peur !

23 Car tu as une alliance avec les pierres des champs ,
et l'on t'a concilié les fauves de la steppe. [alliance avec les pierres 2 R 3.19,25 ; Es 5.2.
— et avec les fauves Es 11.6-8 ; Ez 34.25 ; Os 2.20.]

24 Tu découvriras la paix dans ta tente ;
inspectant tes pâtures, tu n'y trouveras rien en défaut.

25 Tu découvriras que ta postérité est nombreuse
et que tes rejetons sont comme la verdure de la terre. [Dt 28.4,11.]

26 Tu entreras dans la tombe en pleine vigueur,
comme on dresse un gerbier en son temps. [Jb 42.17.]

27 Vois, cela, nous l'avons étudié à fond : il en est ainsi,
écoute et fais-en ton profit.

DEUXIÈME POÈME DE JOB

6 Alors Job prit la parole et dit :

Les flèches du Puissant

2 Si l'on parvenait à peser ma hargne,
si l'on amassait ma détresse sur une balance !

3 Mais elles l'emportent déjà sur le sable des mers.
C'est pourquoi mes paroles s'étranglent.

4 Car les flèches du Puissant sont en moi,
et mon souffle en aspire le venin.
Les effrois de Dieu s'alignent contre moi. [les flèches du Puissant Jb 16.13 ; 34.6 ; Ps 38.3.
— Les effrois de Dieu Jb 9.34 ; 13.21 ; 30.15 ; Ps 88.16-18.]

5 L'âne sauvage se met-il à braire auprès du gazon,
le bœuf à meugler sur son fourrage ?

6 Ce qui est fade se mange-t-il sans sel
et y a-t-il du goût à la bave du pourpier ? [bave du pourpier : sève d'une plante comestible. Autre traduction : blanc d'œuf.]

7 Mon gosier les vomit,
ce sont vivres immondes.

Consolations de néant

8 Qui fera que ma requête s'accomplisse,
que Dieu me donne ce que j'espère ?

9 Que Dieu daigne me broyer,
qu'il dégage sa main et me rompe ! [Que Dieu me broie Jb 3.21.
— qu'il dégage sa main et me rompe : geste du tisserand qui coupe la trame lorsqu'il a terminé son ouvrage ; voir Es 38.12.]

10 J'aurai du moins un réconfort,
un sursaut de joie dans la torture implacable :
je n'aurai mis en oubli aucune des sentences du Saint. [ne pas oublier la loi de Dieu Dt 6.6-9 ; Ps 78.1-7.
— le Saint Es 6.3 ; 40.25 ; Ha 3.3.]

11 Quelle est ma force pour que j'espère ?
Quelle est ma fin pour persister à vivre ?

12 Ma force est-elle la force du roc,
ma chair est-elle de bronze ?

13 Serait-ce donc le néant, ce secours que j'attends ?
Toute ressource m'a-t-elle échappé ?

Le néant de l'amitié

14 L'homme effondré a droit à la pitié de son prochain ;
sinon, il abandonnera la crainte du Puissant. [la pitié du prochain Jb 29.12-13 ; 31.16-20.
— la crainte du Puissant Pr 30.9.]

15 Mes frères ont trahi comme un torrent,
comme le lit des torrents qui s'enfuient. [Jr 15.18 ; voir Jr 2.13.]

16 La débâcle des glaces les avait gonflés
quand au-dessus d'eux fondaient les neiges.

17 A la saison sèche ils tarissent ;
à l'ardeur de l'été ils s'éteignent sur place.

18 Les caravanes se détournent de leurs cours,
elles montent vers les solitudes et se perdent.

19 Les caravanes de Téma les fixaient des yeux ;
les convois de Saba espéraient en eux. [Téma : oasis de l'Arabie septentrionale ; Saba : région de l'Arabie méridionale.]

20 On a honte d'avoir eu confiance :
quand on y arrive, on est confondu.

21 Ainsi donc, existez-vous ? Non !
A la vue du désastre, vous avez pris peur.

Paroles d'un désespéré

22 Vous ai-je jamais dit : « Faites-moi un don !
De votre fortune soyez prodigues en ma faveur

23 pour me délivrer de la main d'un ennemi,
me racheter de la main des tyrans ? » [Jr 15.21.]

24 Eclairez-moi, et moi je me tairai.
En quoi ai-je failli ? Montrez-le-moi ! [Jb 10.2 ; 13.23.]

25 Des paroles de droiture seraient-elles blessantes ?
D'ailleurs, une critique venant de vous, que critique-t-elle ?

26 Serait-ce des mots que vous prétendez critiquer ?
Les paroles du désespéré s'adressent au vent. [Jb 35.13.]

27 Vous iriez jusqu'à tirer au sort un orphelin,
à mettre en vente votre ami.

28 Eh bien ! daignez me regarder :
vous mentirais-je en face ?

29 Revenez donc ! Pas de perfidie !
Encore une fois, revenez ! Ma justice est en cause.

30 Y a-t-il de la perfidie sur ma langue ?
Mon palais ne sait-il pas discerner la détresse ?

Temps de corvée

7 N'est-ce pas un temps de corvée que le mortel vit sur terre,
et comme jours de saisonnier que passent ses jours ? [Jb 14.14 ; Si 40.1.]

2 Comme un esclave soupire après l'ombre,
et comme un saisonnier attend sa paye, [Lv 19.13 ; Mt 20.8.]

3 ainsi des mois de néant sont mon partage
et l'on m'a assigné des nuits harassantes : [Qo 2.23.]

4 A peine couché, je me dis : « Quand me lèverai-je ? »
Le soir n'en finit pas,
et je me saoule de délires jusqu'à l'aube. [Dt 28.67.]

5 Ma chair s'est revêtue de vers et de croûtes terreuses,
ma peau se crevasse et suppure.

6 Mes jours ont couru, plus vite que la navette,
ils ont cessé, à bout de fil. [Mes jours ont couru Jb 9.25.
— navette. instrument utilisé pour tisser l'étoffe ; même image qu'en Jb 6.9.
— à bout de fil. autre traduction sans espérance.]

7 Rappelle-toi que ma vie n'est qu'un souffle,
et que mon œil ne reverra plus le bonheur. [Jb 7.16 ; 14.1-2 ; Ps 78.39.]

8 Il ne me discernera plus, l'œil qui me voyait.
Tes yeux seront sur moi, et j'aurai cessé d'être.

Défi de géant

9 Une nuée se dissipe et s'en va :
voilà celui qui descend aux enfers pour n'en plus remonter ! [Une nuée se dissipe Sg 2.1-4 ; Jc 4.14.
— pour n'en plus remonter Jb 10.21 ; 16.22 ; 2 S 12.23.]

10 Il ne fera plus retour en sa maison,
son foyer n'aura plus à le reconnaître. [Jb 8.18 ; Ps 103.16.]

11 Donc, je ne briderai plus ma bouche ;
le souffle haletant, je parlerai ;
le cœur aigre, je me plaindrai : [Jb 10.1 ; 21.25 ; 27.2.]

12 Suis-je l'Océan ou le Monstre marin
que tu postes une garde contre moi ? [Allusion à de vieux récits de création, où l'Océan et le Monstre marin symbolisaient des puissances mauvaises maîtrisées par le dieu de l'ordre.
— poster une garde contre l'Océan Jb 38.8-11.]

13 Quand je dis : « Mon lit me soulagera,
ma couche apaisera ma plainte »,

14 alors, tu me terrorises par des songes,
et par des visions tu m'épouvantes. [Jb 4.13.]

15 La pendaison me séduit.
La mort plutôt que ma carcasse ! [La pendaison me séduit 2 S 17.23 ; Mt 27.5.
— La mort Jb 3.21.]

Echec de Dieu

16 Je m'en moque ! Je ne vivrai pas toujours.
Laisse-moi, car mes jours s'exhalent. [Brièveté de la vie Jb 7.7.]

17 Qu'est-ce qu'un mortel pour en faire si grand cas,
pour fixer sur lui ton attention [Ps 8.5 ; 144.3.]

18 au point de l'inspecter chaque matin,
de le tester à tout instant ?

19 Quand cesseras-tu de m'épier ?
Me laisseras-tu avaler ma salive ? [Dieu épie l'homme Jb 33.11 ; 34.23 ; Ps 139.1 et suiv.
— pas de répit Jb 9.18 ; 14.6 ; Ps 39.13.]

20 Ai-je péché ? Qu'est-ce que cela te fait,
espion de l'homme ?
Pourquoi m'avoir pris pour cible ?
En quoi te suis-je à charge ? [Le péché n'atteint pas Dieu Jb 35.3,6 ; Jr 7.18-19.
— Dieu prend Job pour cible Jb 6.4.
— En quoi te suis-je à charge ? d'après une ancienne tradition juive et l'ancienne version grecque ; hébreu. En quoi me suis-je à charge ?]

21 Ne peux-tu supporter ma révolte,
laisser passer ma faute ?
Car déjà me voici gisant en poussière.
Tu me chercheras à tâtons : j'aurai cessé d'être.

PREMIER POÈME DE BILDAD

8 Alors Bildad de Shouah prit la parole et dit :

Justice du puissant

2 Ressasseras-tu toujours ces choses
en des paroles qui soufflent la tempête ?

3 Dieu fausse-t-il le droit ?
Le Puissant fausse-t-il la justice ? [Jb 34.10-12 ; Dt 32.4 ; Ps 89.15.]

4 Si tes fils ont péché contre lui,
il les a livrés au pouvoir de leur crime.

5 Si toi tu recherches Dieu,
si tu supplies le Puissant,

6 si tu es honnête et droit,
alors, il veillera sur toi
et te restaurera dans ta justice. [Jb 42.10 ; voir Jb 9.28-29.]

7 Et tes débuts auront été peu de chose
à côté de ton avenir florissant.

Témoignage des anciens

8 Interroge donc les générations d'antan,
sois attentif à l'expérience de leurs ancêtres. [Jb 12.12 ; 32.7 ; Dt 32.7 ; Si 8.9.]

9 Nous ne sommes que d'hier, nous ne savons rien,
car nos jours ne sont qu'une ombre sur la terre. [Brièveté de la vie Jb 7.7.]

10 Mais eux t'instruiront et te parleront,
et de leurs mémoires ils tireront ces sentences :

11 « Le jonc pousse-t-il hors des marais,
le roseau peut-il croître sans eau ?

12 Encore en sa fleur, et sans qu'on le cueille,
avant toute herbe il se dessèche. » [Jb 14.2 ; Es 40.6-8 ; Ps 90.5-6.]

Destin de l'impie

13 Tel est le destin de ceux qui oublient Dieu ;
l'espoir de l'impie périra, [ceux qui oublient Dieu Ps 9.18.
— l'espoir de l'impie périra Pr 10.28.]

14 son aplomb sera brisé,
car son assurance n'est que toile d'araignée.

15 S'appuie-t-il sur sa maison, elle branle.
S'y cramponne-t-il, elle ne résiste pas. [Ez 13.10-14 ; Mt 7.26-27.]

16 Le voilà plein de sève sous le soleil,
au-dessus du jardin il étend ses rameaux.

17 Ses racines s'entrelacent dans la pierraille,
il explore les creux des rocs.

18 Mais si on l'arrache à sa demeure,
celle-ci le renie : « Je ne t'ai jamais vu ! » [sa demeure le renie Jb 7.10.]

19 Vois, ce sont là les joies de son destin,
et de cette poussière un autre germera.

Promesses de bonheur

20 Vois, Dieu ne méprise pas l'homme intègre,
ni ne prête main-forte aux malfaiteurs. [Comparer Jb 9.23-24.]

21 Il va remplir ta bouche de rires
et tes lèvres de hourras.

22 Tes ennemis seront vêtus de honte,
et les tentes des méchants ne seront plus. [les ennemis couverts de honte Ps 35.26 ; 132.18.
— leurs tentes détruites Pr 14.11.]

TROISIÈME POÈME DE JOB

9 Alors Job prit la parole et dit :

Arbitraire divin

2 Certes, je sais qu'il en est ainsi.
Comment l'homme sera-t-il juste contre Dieu ? [Jb 4.17.]

3 Si l'on veut plaider contre lui,
à mille mots il ne réplique pas d'un seul. [Jb 9.32 ; 13.18 ; 22.4 ; 33.13 ; comparer Es 41.1 ; Mi 6.1-8.]

4 Riche en sagesse ou taillé en force,
qui l'a bravé et resta indemne ?

5 Lui qui déplace les montagnes à leur insu,
qui les culbute en sa colère,

6 il ébranle la terre de son site,
et ses colonnes chancellent. [Dieu ébranle la terre Es 13.13 ; Ps 114.7 ; He 12.26.
— ses colonnes. allusion à une conception ancienne selon laquelle la terre ferme reposait sur des colonnes.]

7 Sur son ordre le soleil ne se lève pas,
il met les étoiles sous scellés. [Dieu commande au soleil Jos 10.12-14 ; Jl 2.10 ; Am 8.9.]

8 A lui seul il étend les cieux
et foule les houles des mers. [Es 40.22 ; Jr 10.12 ; Ps 104.2.]

9 Il fabrique l'Ourse, Orion,
et les Pléiades et les Cellules du Sud. [l'Ourse, Orion, les Pléiades, les Cellules du Sud. identification probable de quatre noms de constellations mentionnées en hébreu.
— Dieu maître des astres Jb 38.31-32 ; Am 5.8.]

10 Il fabrique des grandeurs insondables,
ses merveilles épuisent les nombres. [Jb 5.9.]

11 Il passe près de moi et je ne le vois pas ;
il s'en va, je n'y comprends rien. [Jb 23.3,8-9 ; 35.14.]

12 S'il fait main basse, qui l'en dissuade,
qui lui dira : que fais-tu ? [Jb 11.10 ; Sg 12.12.]

13 Dieu ne réfrène pas sa colère,
sous lui sont prostrés les alliés du Typhon. [Ou de Rahav, personnification de l'Océan ; voir Jb 7.12 et la note ; Jb 26.12 ; Es 51.9 ; Ps 89.11.]

La raison du plus fort

14 Serait-ce donc moi qui répliquerais,
me munirais-je de paroles contre lui ? [Jb 9.32 ; Es 29.16 ; Qo 6.10 ; Rm 9.20.]

15 Si même je suis juste, à quoi bon répliquer ?
C'est mon accusateur qu'il me faut implorer.

16 Même si j'appelle, et qu'il me réponde,
je ne croirais pas qu'il ait écouté ma voix.

17 Lui qui dans l'ouragan m'écrase
et multiplie sans raison mes blessures, [Jb 38.1 ; 40.6.]

18 il ne me laisse pas reprendre haleine
mais il me sature de fiel. [Jb 7.19.]

19 Recourir à la force ? Il est la puissance même.
Faire appel au droit ? Qui m'assignera ?

20 Fussé-je juste, ma bouche me condamnerait ;
innocent, elle me prouverait pervers.

21 Suis-je innocent ? je ne le saurai moi-même.
Vivre me répugne.

22 C'est tout un, je l'ai bien dit :
l'innocent, comme le scélérat, il l'anéantit. [Qo 9.2-3.]

23 Quand un fléau jette soudain la mort,
de la détresse des hommes intègres il se gausse.

24 Un pays a-t-il été livré aux scélérats,
il voile la face de ses juges ;
si ce n'est lui, qui est-ce donc ? [Dieu laisse faire les scélérats. comparer Jb 8.20.]

Inhumanité de Dieu

25 Mes jours battent à la course les coureurs,
ils ont fui sans avoir vu le bonheur. [Jb 7.6.]

26 Avec les barques de jonc, ils ont filé,
comme un aigle fond sur sa proie. [Embarcations légères et rapides en usage sur le Nil.]

27 Si je me dis : Oublie ta plainte,
déride ton visage, sois gai,

28 je redoute tous mes tourments ;
je le sais : tu ne m'acquitteras pas. [Comparer Jb 8.6.]

29 Il faut que je sois coupable !
Pourquoi me fatiguer en vain ?

30 Que je me lave à l'eau de neige,
que je décape mes mains à la soude, [Es 1.18 ; Jr 2.22 ; Ps 51.9.]

31 alors, dans la fange tu me plongeras,
et mes vêtements me vomiront.

32 C'est qu'il n'est pas homme comme moi, pour que je lui réplique,
et qu'ensemble nous comparaissions en justice. [répliquer à Dieu Jb 9.14.
— comparaître en justice Jb 9.3.]

33 S'il existait entre nous un arbitre
pour poser sa main sur nous deux,

34 il écarterait de moi la cravache de Dieu,
et sa terreur ne m'épouvanterait plus. [Jb 6.4.]

35 Je parlerais sans le craindre.
Puisque cela n'est pas, je suis seul avec moi.

Mépris de la créature

10 La vie m'écœure,
je ne retiendrai plus mes plaintes ;
d'un cœur aigre je parlerai. [Jb 7.11.]

2 Je dirai à Dieu : Ne me traite pas en coupable,
fais-moi connaître tes griefs contre moi. [Jb 6.24.]

3 Prends-tu plaisir à m'accabler,
à mépriser la peine de tes mains
et à favoriser les intrigues des méchants ? [Tournure imagée pour désigner l'homme, produit de l'effort créateur de Dieu.]

4 Aurais-tu des yeux de chair,
serait-ce à vue d'homme que tu vois ? [1 S 16.7.]

5 Est-ce la durée d'un mortel que la tienne
et tes années sont-elles celles d'un humain

6 pour que tu recherches mon crime
et que tu enquêtes sur mon péché,

7 bien que tu saches que je ne suis pas coupable
et que nul ne me délivrera de ta main ? [Dt 32.39 ; Sg 16.15.]

8 Tes mains, elles m'avaient étreint ;
ensemble, elles m'avaient façonné de toutes parts, et tu m'as englouti. [Dieu a façonné l'homme Jb 33.6 ; Gn 2.7 ; Es 64.7.
— englouti Jb 2.3.]

9 Rappelle-toi : tu m'as façonné comme une argile,
et c'est à la poussière que tu me ramènes.

10 Ne m'as-tu pas coulé comme du lait,
puis fait cailler comme du fromage ?

11 De peau et de chair tu me vêtis,
d'os et de nerfs tu m'as tissé. [Jr 1.5 ; Ps 139.13.]

12 Vie et fougue tu m'accordes
et ta sollicitude a préservé mon souffle.

Le tigre en chasse

13 Or voici ce que tu dissimulais en ton cœur,
c'est cela, je le sais, que tu tramais :

14 Si je pèche, me prendre sur le fait
et ne me passer aucune faute.

15 Suis-je coupable — malheur à moi !
Suis-je juste — je ne lève pas la tête,
gorgé de honte, ivre de ma misère.

16 Si je me relève, tel un tigre tu me prends en chasse.
Et tu répètes contre moi tes exploits,

17 tu renouvelles tes assauts contre moi,
tu redoubles de colère envers moi,
des armées se relayent contre moi.

18 Pourquoi donc m'as-tu fait sortir du ventre ?
J'expirais. Aucun œil ne m'aurait vu. [La naissance Jb 3.3 ; 3.11-13.]

19 Je serais comme n'ayant pas été,
du ventre à la tombe on m'eût porté.

20 Mes jours sont-ils si nombreux ? Qu'il cesse,
qu'il me lâche, que je m'amuse un peu, [Brièveté de la vie Jb 7.7.]

21 avant de m'en aller sans retour
au pays de ténèbre et d'ombre de mort,

22 au pays où l'aurore est nuit noire,
où l'ombre de mort couvre le désordre,
et la clarté y est nuit noire.

PREMIER POÈME DE ÇOFAR

11 Alors Çofar de Naama prit la parole et dit :

Crimes de Job

2 Un tel flot de paroles restera-t-il sans réponse ?
L'homme éloquent aura-t-il raison ?

3 Tes hâbleries laissent les gens bouche bée,
tu railles sans qu'on te fasse honte.

4 Et tu as osé dire : « Ma doctrine est irréprochable,
et je suis pur à tes yeux ! » [je suis pur Jb 16.17 ; 33.9.]

5 Ah ! si seulement Dieu intervenait,
s'il desserrait les lèvres pour te parler, [Jb 38.1 ; comparer Es 63.19.]

6 s'il t'apprenait les secrets de la sagesse
- car ils déroutent l'entendement —
alors tu saurais que Dieu oublie une part de tes crimes. [Rm 11.33 ; 1 Co 2.6-16.]

Justice de Dieu

7 Prétends-tu sonder la profondeur de Dieu,
sonder la perfection du Puissant ? [Ep 3.18.]

8 Elle est haute comme les cieux — que feras-tu ?
Plus creuse que les enfers — qu'en sauras-tu ? [Voir au glossaire SEJOUR DES MORTS.]

9 Plus longue que la terre elle s'étend,
et plus large que la mer.

10 S'il fonce, emprisonne
et convoque le tribunal, qui fera opposition ? [Jb 9.12.]

11 Car lui connaît les faiseurs de mensonge,
il discerne les méfaits sans effort d'attention ;

12 tandis que l'homme accablé perd le jugement
et que tout homme, à sa naissance, n'est qu'un ânon sauvage.

Vie nouvelle

13 Toi, quand tu auras affermi ton jugement,
quand tu étendras vers lui les paumes de tes mains, [étendre les mains vers Dieu ( = prier) Ex 9.29 ; Es 1.15 ; Ps 28.2 ; 88.10.]

14 s'il y a des méfaits dans tes mains, jette-les au loin,
et que la perversité n'habite pas sous ta tente.

15 Alors tu lèveras un front sans tache ;
purifié des scories, tu ne craindras plus. [relever la tête Jb 22.26.]

16 Car tu ne penseras plus à ta peine,
tu t'en souviendras comme d'une eau écoulée.

17 La vie se lèvera, plus radieuse que midi,
l'obscurité deviendra une aurore. [Es 9.1 ; 42.16 ; Ps 139.12 ; Jn 1.5.]

18 Tu seras sûr qu'il existe une espérance ;
même si tu as perdu la face, tu dormiras en paix.

19 Dans ton repos nul n'osera te troubler
et beaucoup te caresseront le visage. [Geste de flatterie.]

20 Quant aux méchants, leurs yeux se consument
et tout refuge leur fait défaut.
Leur espérance, c'est de rendre l'âme. [Jb 3.21.]

QUATRIÈME POÈME DE JOB

12 Alors Job prit la parole et dit :

Témoignage de l'expérience

2 Vraiment, la voix du peuple c'est vous,
et avec vous mourra la sagesse.

3 Moi aussi, j'ai une raison, tout comme vous,
je ne suis pas plus déchu que vous.
Qui ne dispose d'arguments semblables ? [Jb 13.2 ; 2 Co 11.5.]

4 La risée de ses amis, c'est moi,
moi qui m'époumone vers ce Dieu qui jadis répondait.
La risée des hommes, c'est le juste, le parfait. [On se moque du juste Jb 17.6 ; 30.1 ; Ps 22.8 ; Mt 27.41 par.
— juste et parfait Jb 1.1.]

5 Mépris à la guigne ! c'est la devise des chanceux,
celle qu'ils destinent à ceux dont le pied glisse.

6 Elles sont en paix, les tentes des brigands,
ils sont tranquilles, ceux qui provoquent Dieu,
et même celui qui capte Dieu dans sa main. [Tranquillité des méchants Jb 21.7 ; Jr 12.1-2 ; Ps 73.3-12.
— celui qui capte.... allusion à des pratiques magiques et idolâtriques.]

7 Mais interroge donc les bestiaux, ils t'instruiront,
les oiseaux du ciel, ils t'enseigneront. [Jb 37.2-18 ; 38- 39 ; Mt 6.26-30.]

8 Cause avec la terre, elle t'instruira,
et les poissons de la mer te le raconteront.

9 Car lequel ignore, parmi eux tous,
que « c'est la main du Seigneur qui fit cela ».

10 Lui qui tient en son pouvoir l'âme de tout vivant
et le souffle de toute chair d'homme. [Jb 34.14-15 ; Nb 16.22 ; Dn 5.23.]

11 « L'oreille, dit-on, apprécie les paroles,
comme le palais goûte les mets ;

12 la sagesse serait chez les hommes mûrs ;
l'intelligence siérait au grand âge. » [Jb 8.8.]

13 Or, sagesse et puissance l'accompagnent,
conseil et intelligence sont à lui. [Es 11.2 ; Pr 8.14.]

Le divin destructeur

14 Ce qu'il détruit ne se rebâtit pas,
l'homme qu'il enferme ne sera pas libéré. [Es 22.22 ; Ap 3.7.]

15 S'il retient les eaux, c'est la sécheresse,
s'il les déchaîne, elles ravagent la terre.

16 Force et succès l'accompagnent,
l'homme égaré et celui qui l'égare sont à lui.

17 Il fait divaguer les experts
et frappe les juges de démence.

18 Il desserre l'emprise des rois
et noue un pagne à leurs reins. [Seul vêtement accordé à un prisonnier ou à un déporté.]

19 Il fait divaguer les prêtres
et renverse les inamovibles.

20 Il ôte la parole aux orateurs
et ravit le discernement aux vieillards.

21 Il déverse le mépris sur les nobles
et desserre le baudrier des tyrans. [Dieu méprise les nobles Ps 107.40.
— le baudrier ou la ceinture (à laquelle on accrochait l'épée ou le poignard). Desserrer le baudrier de quelqu'un, c'est faire tomber ses armes, donc le priver de ce qui fait sa force.]

22 Il dénude les abîmes de leurs ténèbres
et expose à la lumière l'ombre de mort.

23 Il grandit les nations, puis les ruine,
il laisse s'étendre les nations, puis les déporte.

24 Il ôte la raison aux chefs de la populace
et les égare dans un chaos sans issue.

25 Ceux-là tâtonnent en des ténèbres sans lumière,
et Dieu les égare comme des ivrognes.

Plâtriers de mensonge

13 Oui, tout cela mon œil l'a vu ; mon oreille l'a entendu et compris.

2 Ce que vous savez, je le sais, moi aussi.
Je ne suis pas plus déchu que vous. [Jb 12.3.]

3 Mais moi, c'est au Puissant que je vais parler,
c'est contre Dieu que je veux me défendre. [Jb 9.3.]

4 Quant à vous, plâtriers de mensonge,
vous n'êtes tous que des guérisseurs de néant.

5 Qui vous réduira une bonne fois au silence ?
Cela vous servirait de sagesse. [Pr 17.28.]

6 Ecoutez donc ma défense,
au plaidoyer de mes lèvres, prêtez l'oreille.

7 Est-ce au nom de Dieu que vous parlez en fourbes,
en sa faveur que vous débitez des tromperies ? [Jb 42.7.]

8 Est-ce son parti que vous prenez,
est-ce pour Dieu que vous plaidez ?

9 Serait-il bon qu'il vous scrutât ?
Vous joueriez-vous de lui comme on se joue d'un homme ? [Ml 3.2 ; Ps 78.36 ; Ga 6.7.]

10 Il vous reprocherait sûrement
d'avoir pris parti en secret !

11 Sa majesté ne vous épouvante-t-elle pas,
sa terreur ne s'abat-elle pas sur vous ? [Lv 16.2 ; Es 6.1-5 ; Ps 119.120.]

12 Vos rabâchements sont des sentences de cendre,
vos retranchements sont devenus d'argile.

13 Taisez-vous ! Laissez-moi ! C'est moi qui vais parler,
quoi qu'il m'advienne.

14 Aussi saisirai-je ma chair entre mes dents
et risquerai-je mon va-tout. [Expression proverbiale signifiant probablement risquer sa vie.]

15 Certes, il me tuera. Je n'ai pas d'espoir.
Pourtant, je défendrai ma conduite devant lui. [Je n'ai pas d'espoir Jb 14.19 ; 17.15-16 ; 1 Ch 29.15. Autre traduction, suggérée par une ancienne tradition juive : J'espère en lui.]

16 Et cela même sera mon salut,
car nul hypocrite n'accède en sa présence.

17 Ecoutez, écoutez ma parole,
que mon explication entre en vos oreilles.

18 Voici donc : j'ai introduit une instance,
je sais que c'est moi qui serai justifié ! [En procès contre Dieu Jb 9.3.]

19 Qui donc veut plaider contre moi ?
Car déjà j'en suis à me taire et à expirer. [Es 50.8.]

Requête au Dieu caché

20 Epargne-moi seulement deux choses
et je cesserai de me cacher devant toi.

21 Eloigne ta griffe de dessus moi.
Ne m'épouvante plus par ta terreur. [La griffe de Dieu (ou sa main ) Jb 19.21.
— la terreur de Dieu Jb 6.4 ; 33.7.]

22 Puis appelle, et moi je répliquerai,
ou bien si je parle, réponds-moi. [Jb 19.7 ; 30.20 ; 31.35.]

23 Combien ai-je de crimes et de fautes ?
Ma révolte et ma faute, fais-les-moi connaître. [Jb 6.24.]

24 Pourquoi dérobes-tu ta face
et me prends-tu pour ton ennemi ? [Ps 88.15 ; voir Ps 4.7 ; Dn 9.17.]

25 Veux-tu traquer une feuille qui s'envole,
pourchasser une paille sèche, [Ps 1.4 ; voir 1 S 24.15.]

26 pour que tu rédiges contre moi d'amers verdicts
en m'imputant les crimes de ma jeunesse, [Ps 25.7 ; voir Qo 11.9.]

27 pour que tu mettes mes pieds dans les fers
et que tu épies toutes mes démarches
en scrutant les empreintes de mes pas ?

28 - Et pourtant l'homme s'effrite comme un bois vermoulu,
comme un vêtement mangé des mites. [Es 50.9 ; Ps 102.27.]

L'irrévocabilité de la mort

14 L'homme enfanté par la femme
est bref de jours et gorgé de tracas. [Brièveté de la vie Jb 7.7 ; Si 40.1.]

2 Comme fleur cela éclôt puis c'est coupé,
cela fuit comme l'ombre et ne dure pas. [La vie, une plante qui sèche Jb 8.12, une ombre qui passe Jb 8.9 ; Ps 144.4 ; 1 Ch 29.15.]

3 Et c'est là-dessus que tu ouvres l'œil,
et c'est moi que tu cites avec toi en procès !

4 Qui tirera le pur de l'impur ?
Personne.

5 Puisque sa durée est fixée,
que tu as établi le compte de ses mois
et posé un terme qu'il ne peut franchir,

6 regarde ailleurs : qu'il ait du répit
et jouisse comme un saisonnier de son congé. [Jb 7.19.]

7 Car il existe pour l'arbre un espoir ;
on le coupe, il reprend encore
et ne cesse de surgeonner. [Jb 19.10 ; Es 6.13.]

8 Que sa racine ait vieilli en terre,
que sa souche soit morte dans la poussière,

9 dès qu'il flaire l'eau, il bourgeonne
et se fait une ramure comme un jeune plant.

10 Mais un héros meurt et s'évanouit.
Quand l'homme expire, où donc est-il ?

11 L'eau aura quitté la mer,
le fleuve tari aura séché, [Es 19.5.]

12 les gisants ne se relèveront pas.
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de cieux, ils ne s'éveilleront pas
et ne surgiront pas de leur sommeil. [Jb 7.9.]

13 Si seulement tu me cachais dans les enfers,
si tu m'abritais jusqu'à ce que reflue ta colère,
si tu me fixais un terme où te souvenir de moi... [Es 2.10 ; 26.20.]

14 - mais l'homme qui meurt va-t-il revivre ? —
tout le temps de ma corvée, j'attendrais,
jusqu'à ce que vienne pour moi la relève.

15 Tu appellerais, et moi je te répondrais,
tu pâlirais pour l'œuvre de tes mains.

16 Alors que maintenant tu dénombres mes pas,
tu ne prendrais pas garde à ma faute. [Dieu surveille Job Jb 7.19.]

17 Scellée dans un sachet serait ma rébellion,
et tu aurais maquillé mon crime.

18 Et pourtant une montagne croule et s'effrite,
un roc émigre de son lieu ;

19 l'eau peut broyer des pierres,
son ruissellement ravine la terre friable,
l'espérance de l'homme aussi tu l'as ruinée.

20 Tu le mets hors de combat, et il s'en va,
l'ayant défiguré, tu le chasses.

21 Ses fils sont honorés, il ne le sait,
sont-ils avilis, il l'ignore.

22 Pour lui seul souffre sa chair,
pour lui seul son cœur s'endeuille.

DEUXIÈME POÈME D'ÉLIFAZ

15 Alors Elifaz de Témân prit la parole et dit :

Impureté de l'homme

2 Est-ce d'un sage de répondre par une science de vent,
de s'enfler le ventre de sirocco, [de vent Jb 16.3.]

3 d'argumenter avec des mots sans portée,
avec des discours qui ne servent à rien ?

4 Tu en viens à saper la piété,
et tu ruines la méditation devant Dieu.

5 Puisque ton crime inspire ta bouche
et que tu adoptes le langage des fourbes,

6 c'est ta bouche qui te condamne, ce n'est pas moi,
tes propres lèvres témoignent contre toi. [Pr 18.7 ; Mt 22.15 par.]

7 Es-tu Adam, né le premier,
as-tu été enfanté avant les collines ? [Es-tu Adam.... autre traduction Es-tu le premier homme qui soit né ? Comparer Jb 38.4,21 ; Pr 8.25 ; Si 49.16.]

8 Aurais-tu écouté au conseil de Dieu
pour y accaparer la sagesse ? [Jr 23.18.]

9 Que sais-tu que nous ne sachions ?
Qu'as-tu compris qui ne nous soit familier ?

10 Vois parmi nous un ancien, un vieillard,
et l'autre plus chargé d'ans que ne le serait ton père. [Les vieillards, gens sages Jb 8.8.]

11 Sont-elles indignes de toi, les consolations de Dieu,
et les paroles si modérées que nous t'adressons ? [Jb 16.2 ; 21.34.]

12 Pourquoi la passion t'emporte-t-elle
et pourquoi ces yeux qui clignent,

13 lorsque tu tournes ta rancœur contre Dieu
et que ta bouche pérore ?

14 Qu'est-ce donc que l'homme pour jouer au pur,
celui qui est né de la femme, pour se dire juste ? [Jb 4.17.]

15 Même à ses saints Dieu ne se fie pas
et les cieux ne sont pas purs à ses yeux. [Jb 4.18.]

16 Combien moins le répugnant, le corrompu,
l'homme qui boit la perfidie comme de l'eau !

Destinée de l'impie

17 Je vais t'instruire, écoute-moi.
Ce que j'ai contemplé, je le rapporterai, [Jb 32.10 ; 36.2 ; Si 16.25.]

18 ce que les sages, sans en rien cacher,
relatent comme reçu de leurs ancêtres,

19 de ceux à qui le pays fut donné en propre,
quand aucun étranger ne s'était infiltré parmi eux.

20 Voici : pendant toute sa vie, le méchant se tourmente.
Quel que soit le nombre des ans réservés au tyran, [Jb 18.11-14 ; Sg 17 ; voir 6.4.]

21 les voix de l'effroi hantent ses oreilles :
En pleine paix le démolisseur ne va-t-il pas l'attaquer ?

22 Il n'ose croire qu'il ressortira des ténèbres,
lui que guette le glaive.

23 Il erre pour chercher du pain, mais où aller ?
Il sait que le sort qui l'attend, c'est le jour des ténèbres.

24 La détresse et l'angoisse vont le terrifier,
elles se ruent sur lui comme un roi prêt à l'assaut.

25 C'est qu'il a levé la main contre Dieu,
et qu'il a bravé le Puissant. [Voir Es 14.13-14 ; Ez 28.2.]

26 Il fonçait sur lui, tête baissée,
sous le dos blindé de ses boucliers.

27 C'est que la graisse a empâté son visage
et le lard a alourdi ses reins. [L'embonpoint était considéré comme un signe de réussite matérielle ; voir Jb 21.24.]

28 Il avait occupé des villes détruites,
des maisons qui n'étaient plus habitables
et qui croulaient en éboulis.

29 Mais il ne s'enrichira pas, sa fortune ne tiendra pas,
son succès ne s'étalera plus sur la terre.

30 Il ne fuira pas les ténèbres,
une flamme desséchera ses rameaux
et il fuira sa propre haleine. [Jb 8.12.]

31 Qu'il ne mise pas sur la duperie, il ferait fausse route,
car la duperie sera son salaire. [Es 28.15,18.]

32 Cela s'accomplira avant sa fin
et sa ramure ne reverdira plus.

33 Il laissera tomber, comme une vigne, ses fruits encore verts,
et perdra, comme un olivier, sa floraison.

34 Oui, l'engeance de l'impie est stérile
et un feu dévore les tentes de l'homme vénal.

35 Qui conçoit la peine enfante le malheur,
et son ventre mûrit la déception. [Es 59.4 ; Ps 7.15.]

CINQUIÈME POÈME DE JOB

16 Et Job prit la parole et dit :

Piètres consolateurs

2 J'en ai entendu beaucoup sur ce ton,
en fait de consolateurs, vous êtes tous désolants. [Jb 15.11.]

3 Me dire : « Sont-elles finies, ces paroles de vent ? »
Et « Qu'est-ce qui te contraint à répondre encore ? »

4 Moi aussi je parlerais à votre façon
si c'était vous qui teniez ma place.
Je composerais contre vous des discours
et je hocherais la tête contre vous.

5 Je vous réconforterais par ma bouche
et l'agilité de mes lèvres serait un calmant. [Pr 12.25.]

La cible de Dieu

6 Moi, si je parle, ma douleur n'en est point calmée,
et si je me tais me quittera-t-elle ?

7 Mais c'est que maintenant il m'a poussé à bout :
Oui, tu as ravagé tout mon entourage,

8 tu m'as creusé des rides qui témoignent contre moi,
ma maigreur m'accuse et me charge. [Jb 19.20 ; 33.21.]

9 Oui, pour me déchirer, sa colère me traque,
contre moi il grince des dents,
mon ennemi darde sur moi ses regards.

10 Gueule béante contre moi,
on me gifle d'insultes,
on s'ameute contre moi.

11 Dieu m'a livré au caprice d'un gamin,
il m'a jeté en proie à des crapules. [Jb 30.9-14 ; Ps 22.13-19.]

12 J'étais au calme. Il m'a bousculé.
Il m'a saisi par la nuque et disloqué,
puis m'a dressé pour cible.

13 Ses flèches m'encadrent.
Il transperce mes reins sans pitié
et répand à terre mon fiel. [flèches de Dieu Jb 6.4.]

14 Il ouvre en moi brèche sur brèche,
fonce sur moi, tel un guerrier.

15 J'ai cousu un sac sur mes cicatrices
et enfoncé mon front dans la poussière. [sur mes cicatrices ou sur ma peau. il s'agit de toute façon de signes de deuil ; voir Mi 4.13 et la note.]

16 Mon visage est rougi par les pleurs
et sur mes paupières est l'ombre de mort.

17 Pourtant, il n'y avait pas de violence en mes mains,
et ma prière était pure. [Jb 31.1-34 ; Ps 141.2 ; 1 Tm 2.8 ; voir Mc 12.40 par.]

Le témoin du crime

18 Terre, ne couvre pas mon sang,
et que ma clameur ne trouve point de refuge. [couvrir le sang Gn 37.26 ; Ez 24.7-8 ; Ap 16.6.
— clameur Ex 14.10 ; Ps 88.2-3 ; voir Lm 3.44.]

19 Dès maintenant, j'ai dans les cieux un témoin,
je possède en haut lieu un garant.

20 Mes amis se moquent de moi,
mais c'est vers Dieu que pleurent mes yeux.

21 Lui, qu'il défende l'homme contre Dieu,
comme un humain intervient pour un autre. [Il s'agit probablement du témoin et garant évoqué au v.19, sans que l'on sache pourtant qui il est exactement ; voir Jb 33.23-24 ; Ac 12.15.]

22 Mais le nombre de mes ans est compté,
et je m'engage sur le chemin sans retour. [Jb 7.9.] 17 Mon souffle s'affole, mes jours s'éteignent, à moi la tombe ! [Es 38.10 ; Ps 88.4-6.]

2 Ne suis-je pas entouré de cyniques ?
Leurs insolences obsèdent mes veilles.

3 Engage-toi donc, sois ma caution auprès de toi !
Qui consentirait à toper dans ma main ? [toper dans la main ( = se porter garant) Pr 6.1 ; Si 29.14-20.]

4 Vraiment, tu as fermé leur cœur à la raison,
aussi, tu ne toléreras pas qu'ils triomphent.

5 Tel convoque ses amis au partage,
alors que languissent les yeux de ses fils.

La fable des peuples

6 On a fait de moi la fable des peuples.
Je serai un lieu commun de l'épouvante. [la fable des peuples Jb 12.4.
— Autre traduction pour la fin du verset : Je suis celui à qui l'on crache au visage.]

7 Mon œil s'éteint de chagrin
et tous mes membres ne sont qu'une ombre.

8 Les hommes droits en seront stupéfaits,
et l'homme intègre s'indignera contre l'hypocrite. [Es 52.14-15.]

9 Mais que le juste persiste en sa conduite,
et que l'homme aux mains pures redouble d'efforts !

10 Quant à vous, revenez tous, venez donc !
Parmi vous je ne trouverai pas un sage.

11 Mes jours ont passé, ce que je tramais s'est rompu,
l'apanage de mon désir. [Ou les espoirs que je chérissais.]

12 Ils prétendent que la nuit c'est le jour,
ils disent que la lumière est proche, quand tombe la ténèbre. [Jb 11.17.]

13 Qu'ai-je à espérer ? Les enfers sont ma demeure.
De ténèbres j'ai capitonné ma couche. [Les enfers. voir au glossaire SEJOUR DES MORTS.]

14 Au charnier j'ai clamé : « Tu es mon père ! »
A la vermine : « O ma mère, ô ma sœur ! »

15 Où donc est passée mon espérance ?
Mon espérance, qui l'entrevoit ? [Jb 13.15.]

16 Au fin fond des enfers elle sombrera,
quand ensemble nous nous prélasserons dans la poussière.

DEUXIÈME POÈME DE BILDAD

18 Alors Bildad de Shouah prit la parole et dit :

Menace à la terre

2 Jusques à quand vous retiendrez-vous de parler ?
Réfléchissez, et ensuite nous prendrons la parole.

3 Pourquoi nous laisser traiter d'abrutis ?
Pourquoi passerions-nous pour bornés à vos yeux ? [Bildad s'adresse au public, après avoir interpellé ses deux amis. D'après l'ancienne version grecque, il s'adresse à Job dès le v. 2.]

4 O toi qui te déchires dans ta colère,
faut-il qu'à cause de toi la terre devienne déserte
et que le roc émigre de son lieu ?

Mort du méchant

5 Oui, la lumière du méchant va s'éteindre
et la flamme de son foyer va cesser de briller. [Jb 18.18 ; Jr 25.10 ; Pr 13.9.]

6 La lumière s'assombrit sous sa tente
et sa lampe au-dessus de lui va s'éteindre.

7 Ses pas, jadis vigoureux, se feront courts,
et il trébuchera dans ses propres intrigues, [Ps 27.2 ; Pr 4.12 ; voir Ps 37.30-31.]

8 car ses pieds le jettent dans un filet
et il chemine sur des mailles. [Jb 19.6 ; 22.10 ; Ps 35.7-8 ; Pr 7.21-23.]

9 Un piège lui saisira le talon,
un lacet s'emparera de lui.

10 Pour lui un cordeau se cache à terre,
une trappe sur son chemin.

11 De toutes parts des terreurs l'épouvantent,
elles le suivent pas à pas. [Jb 15.20.]

12 La famine le frappera en pleine vigueur.
La misère se tient à son côté,

13 elle dévorera des lambeaux de sa peau,
et le premier-né de la mort dévorera ses membres. [Expression poétique pour désigner le pire des fléaux.]

14 On l'arrachera à la sécurité de sa tente,
et tu pourras le mener vers le roi des terreurs. [Autre expression poétique pour désigner le souverain du monde des morts.]

15 Tu pourras habiter la tente qui n'est plus à lui,
on répandra du soufre sur son domaine. [Procédé de désinfection des lieux après la mort de quelqu'un, ou symbole d'anéantissement ; voir Gn 19.24 ; Dt 29.22 ; Ap 9.17-18.]

16 En bas, ses racines sécheront,
en haut, sa ramure sera coupée. [Dn 4.11,20.]

17 Son souvenir s'est perdu dans le pays,
son nom ne figure plus au cadastre. [Es 14.20 ; Ps 9.6 ; Pr 10.7.]

18 On le repousse de la lumière dans les ténèbres,
on le bannit de l'univers.

19 Il n'a ni lignée ni postérité dans son peuple ,
aucun survivant dans sa demeure. [Es 14.22 ; Ps 37.28 ; voir Si 47.22.]

20 Son destin stupéfie l'Occident,
l'Orient en est saisi d'horreur :

21 « Il ne reste que cela des repaires du brigand :
le voilà, ce lieu où l'on ignorait Dieu ! »

SIXIÈME POÈME DE JOB

19 Et Job prit la parole et dit :

Viol du droit

2 Jusques à quand me tourmenterez-vous
et me broierez-vous avec des mots ?

3 Voilà dix fois que vous m'insultez.
N'avez-vous pas honte de me torturer ?

4 Même s'il était vrai que j'aie erré,
mon erreur ne regarderait que moi. [Pr 9.12.]

5 Si vraiment vous voulez vous grandir à mes dépens,
en me reprochant ce dont j'ai honte,

6 sachez donc que c'est Dieu qui a violé mon droit
et m'a enveloppé dans son filet. [Le filet Jb 18.8.]

Découronnement

7 Si je crie à la violence, pas de réponse,
si je fais appel, pas de justice. [Jb 13.22.]

8 Il a barré ma route pour que je ne passe pas,
et sur mes sentiers, il met des ténèbres. [Nb 22.22-35.]

9 Il m'a dépouillé de ma gloire,
il a ôté la couronne de ma tête.

10 Il me sape de toutes parts et je trépasse,
il a arraché l'arbre de mon espoir. [Ou il a arraché mon espoir comme un arbre ; voir Jb 14.7.]

11 Sa colère a flambé contre moi,
il m'a traité en ennemi. [Jb 33.10.]

12 Ses hordes arrivent en masse,
elles se fraient un accès jusqu'à moi
et mettent le siège autour de ma tente.

Excommunication

13 Mes frères, il les a éloignés de moi,
ceux qui me connaissent se veulent étrangers. [Ps 38.12 ; 88.18 ; Si 6.8.]

14 Mes proches ont disparu,
mes familiers m'ont oublié.

15 Les hôtes de ma maison et mes servantes me traitent en étranger,
je suis devenu un intrus à leurs yeux.

16 J'ai appelé mon serviteur, il ne répond pas
quand de ma bouche je l'implore.

17 Mon haleine répugne à ma femme,
et je dégoûte les fils de mes entrailles. [les fils de mes entrailles c'est-à-dire, peut-être, mes enfants. Selon certains Job désigne ainsi ceux qui sont sortis des mêmes entrailles que lui, c'est-à-dire ses frères.]

18 Même des gamins me méprisent ;
quand je me lève, ils jasent sur moi.

19 Tous mes intimes m'ont en horreur,
même ceux que j'aime se sont tournés contre moi.

20 Mes os collent à ma peau et à ma chair,
et je m'en suis tiré avec la peau de mes dents. [Maigreur Jb 16.8.
— avec la peau de mes dents : peut-être expression proverbiale dont le sens précis nous échappe.]

Inscription séculaire

21 Pitié pour moi, pitié pour moi, vous mes amis,
car la main de Dieu m'a touché. [Jb 13.21 ; Jg 2.15 ; 1 S 5.6-11 ; Rt 1.13.]

22 Pourquoi me pourchassez-vous, comme Dieu ?
Seriez-vous insatiables de ma chair ? [Dévorer la chair. voir Ps 27.2 et la note.]

23 Ah ! si seulement on écrivait mes paroles,
si on les gravait en une inscription !

24 Avec un burin de fer et du plomb,
si pour toujours dans le roc elles restaient incisées ! [Le plomb pouvait servir à noircir les lettres gravées dans le rocher.]

Le rédempteur vivant

25 Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant,
que le dernier, il surgira sur la poussière. [rédempteur (Es 43.14 ; 47.4 ; Ps 12.6) : celui à qui la loi israélite confiait la responsabilité d'aider un parent en difficulté. Il s'agit peut-être du même personnage anonyme qu'en Jb 16.19,21.]

26 Et après qu'on aura détruit cette peau qui est mienne,
c'est bien dans ma chair que je contemplerai Dieu.

27 C'est moi qui le contemplerai, oui, moi !
Mes yeux le verront, lui, et il ne sera pas étranger.
Mon cœur en brûle au fond de moi. [Mes yeux le verront Jb 33.26 ; 42.5 ; Gn 32.31 ; Es 6.5 ; Mt 5.8 ; Jn 14.9 ; He 11.27 ; Ap 1.7.
— Autre traduction : C'est bien mes yeux qui le verront, et non ceux d'un étranger.
— Le texte des versets 25-27 est parfois obscur et la traduction incertaine.]

28 Si vous dites : « Comment le torturer
afin de trouver contre lui prétexte à procès ? » [Jb 34.36.]

29 alors redoutez le glaive pour vous-mêmes,
car l'acharnement est passible du glaive.
Ainsi vous saurez qu'il existe un jugement.

DEUXIÈME POÈME DE ÇOFAR

20 Alors Çofar de Naama prit la parole et dit :

Réplique de la raison

2 Voici à quoi mes doutes me ramènent
et cette impatience qui me prend :

3 J'entends une leçon qui m'outrage,
mais ma raison me souffle la réplique.

L'extinction du méchant

4 Ne sais-tu pas que, depuis toujours,
depuis que l'homme a été mis sur terre,

5 le triomphe des méchants fut bref,
la joie de l'impie n'a duré qu'un instant ? [Jb 18.5-21 ; Ps 37 ; 73.]

6 Quand sa taille s'élèverait jusqu'au ciel
et sa tête toucherait aux nues, [Gn 11.4 ; Es 14.13-14 ; Dn 4.8,17.]

7 comme son ordure il disparaîtra sans retour ;
ceux qui le voyaient diront : Où est-il ?

8 Comme un songe il s'envolera — qui le trouvera
quand il est mis en fuite comme une vision de la nuit ? [Ps 73.20 ; 90.5.]

9 L'œil qui l'apercevait ne le verra plus,
même sa demeure l'aura perdu de vue.

10 Ses fils devront indemniser les pauvres,
ses propres mains restitueront son avoir.

11 Ses os regorgeaient de jeunesse,
mais elle couchera avec lui dans la poussière.

12 Puisque le mal est si doux à sa bouche
qu'il l'abrite sous sa langue,

13 le savoure sans le lâcher
et le retient encore sous son palais,

14 son aliment se corrompt dans ses entrailles
et y devient un venin d'aspic. [Doux à la bouche, amer au ventre Ez 3.3 ; Ap 10.9-10.]

15 La fortune qu'il avait avalée, la voilà vomie :
à son ventre, Dieu la fera rejeter.

16 C'est un venin d'aspic qu'il suçait,
la langue de la vipère le tuera. [Dt 32.32-33 ; Ps 58.5 ; Jc 3.8.]

17 Il ne verra plus les ruisseaux,
les fleuves, les torrents de miel et de crème. [Jb 29.6.]

18 Il rend ce qu'il a gagné et ne peut l'avaler,
quoi que lui aient rapporté ses échanges, il n'en jouira pas.

19 Puisqu'il a écrasé et délaissé les pauvres,
qu'il a volé une maison au lieu de la bâtir, [voler la maison des pauvres Mc 12.40.]

20 puisque son ventre n'a pas su se contenter,
il ne sauvera aucun de ses trésors.

21 Rien n'échappait à sa voracité,
aussi son bonheur ne durera pas.

22 Au comble de l'abondance, la détresse va le saisir,
la main de tous les misérables s'abattra sur lui.

23 Il en sera à se remplir le ventre
quand Dieu déchaînera sur lui sa colère.
Elle pleuvra sur lui en guise de nourriture. [Lc 12.19-20.]

24 Fuit-il l'arme de fer,
l'arc de bronze le transperce. [Une menace remplace l'autre Es 24.18 ; Am 5.19.]

25 Il arrache la flèche, elle sort de son corps,
et dès que la pointe quitte son foie,
les terreurs sont sur lui. [Jb 6.4.]

26 Des ténèbres se dissimulent en toutes ses caches,
un feu le dévore que nul n'attise,
le malheur frappe ce qui subsiste en sa tente. [Dn 2.34,45.]

27 Les cieux dévoilent son crime,
et la terre se soulève contre lui.

28 Les richesses de sa maison s'en vont
comme des eaux qui s'écoulent au jour de la colère. [Inutilité des richesses So 1.18 ; Pr 11.4.]

29 Le voilà, le sort que Dieu réserve à l'homme méchant,
la part que Dieu a décrétée pour lui. [Jb 27.13 ; Ap 21.8 ; voir 1 Co 6.9-10.]

SEPTIÈME POÈME DE JOB

21 Et Job prit la parole et dit :

Courage de la véracité

2 Ecoutez, écoutez mes paroles.
C'est ainsi que vous me consolerez.

3 Supportez-moi, et moi je parlerai.
Et quand j'aurai parlé, tu te moqueras.

4 Moi, est-ce d'un homme que je me plains ?
Alors, pourquoi ne perdrais-je pas patience ?

5 Tournez-vous vers moi. Vous serez stupéfaits
et mettrez la main sur votre bouche. [Jb 29.9 ; 40.4 ; Mi 7.16 ; Si 5.12.]

6 Moi-même, ce souvenir me bouleverse
et un frisson saisit ma chair :

Succès des scélérats

7 Pourquoi les scélérats vivent-ils ?
Vieillir, c'est pour eux accroître leur pouvoir.

8 Leur postérité s'affermit en face d'eux, en même temps qu'eux
et ils ont leurs rejetons sous leurs yeux.

9 Leurs maisons en paix ignorent la peur.
La férule de Dieu les épargne. [Tranquillité des méchants Jb 12.6.]

10 Leur taureau féconde sans faillir,
leur vache met bas sans avorter.

11 Ils laissent leurs gamins s'ébattre en troupeaux
et leur marmaille danser. [Voir Za 8.5.]

12 On improvise sur le tambourin et la harpe,
on se divertit au son de la flûte. [Es 5.12 ; 14.11 ; Am 6.5.]

13 Ils consument leurs jours dans le bonheur,
en un instant ils s'effondrent aux enfers. [Jb 24.24 ; Lc 12.20.]

14 Or ils avaient dit à Dieu : « Ecarte-toi de nous,
connaître tes voies ne nous plaît pas. [Ecarte-toi de nous Jb 22.17 ; Es 30.11 ; Jr 2.31.
— servir Dieu est déplaisant Ml 3.14 ; comparer Ps 16.11.]

15 Le Puissant vaut-il qu'on se fasse son esclave ?
Et que gagne-t-on à l'invoquer ? »

16 Le bonheur n'est-il pas en leurs mains ?
Pourquoi dire alors : Loin de moi, les intrigues des scélérats !

17 Est-ce souvent que la lampe des scélérats s'éteint,
que leur ruine fond sur eux,
que Dieu leur assigne pour lot sa colère ? [Jb 18.5.]

18 Et pourtant l'on dit : « Qu'ils soient comme paille au vent,
comme balle qu'emporte la tempête ! » [Ps 1.4.]

Impunité des criminels

19 Dieu, dira-t-on, réserve aux fils le châtiment du père ?
Qu'il pâtisse lui-même, il le sentira ! [Ex 20.5-6 par. ; voir Dt 24.16 ; Ez 18.2-4.]

20 Qu'il voie de ses yeux sa ruine
et qu'il s'abreuve à la fureur du Puissant !

21 Que lui importe, en effet, sa maison après lui,
une fois que le nombre de ses mois est tranché ? [2 R 20.19.]

22 Est-ce à Dieu qu'on enseignera la science,
lui qui juge le sang versé ! [Autre texte hébreu : les êtres supérieurs ( = la cour céleste, voir Jb 1.6 et la note).]

23 L'un meurt en pleine vigueur,
tout heureux et tranquille ;

24 ses flancs sont lourds de graisse,
la mœlle de ses os est encore fraîche. [Voir Jb 15.27 et la note.]

25 L'autre meurt, le cœur aigre,
sans avoir goûté au bonheur. [le cœur aigre Jb 7.11.]

26 Ensemble, ils s'étendent sur la poussière,
et les vers les recouvrent. [Jb 3.19.]

27 Oh ! je connais bien vos pensées
et les idées que vous vous faites sur mon compte.

28 Car vous dites : « Où est la maison du tyran,
qu'est devenue la tente où gîtaient les bandits ? »

29 N'avez-vous pas interrogé les voyageurs,
n'avez-vous pas su interpréter leur langage ?

30 Au jour du désastre le méchant est préservé.
Au jour des fureurs il est mis à l'abri. [Jb 24.22-23 ; Ps 73.5 ; Rm 9.22.]

31 Qui lui jettera sa conduite à la face
et ce qu'il a fait, qui le lui paiera ?

32 Lui, on l'escorte au cimetière
et on veille sur son tertre. [Lc 16.22.]

33 Douces lui sont les mottes de la vallée
et derrière lui toute la population défile.
L'assistance est innombrable.

34 Pourquoi donc vous perdre en consolations ?
De vos réponses, il ne reste que fausseté. [consolations Jb 15.11.]

TROISIÈME POÈME D'ÉLIFAZ

22 Alors Elifaz de Témân prit la parole et dit :

Impassibilité de Dieu

2 Est-ce à Dieu qu'un brave peut être utile,
alors que le sage n'est utile qu'à lui-même ?

3 Le Puissant s'intéresse-t-il à ta justice,
que gagne-t-il si tu réformes ta conduite ? [Jb 35.7 ; Lc 17.9-10 ; voir Jb 19.4.]

4 Est-ce par crainte pour toi qu'il te présentera sa défense,
qu'il ira avec toi en justice ? [par crainte pour toi ou à cause de ta piété.
— en procès avec Dieu Jb 9.3.]

Crimes de Job

5 Vraiment ta méchanceté est grande,
il n'y a pas de limites à tes crimes. [Exactions diverses. voir Jb 31.16-22 ; Mt 25.34-36.]

6 Tu prenais sans motif des gages à tes frères,
tu les dépouillais de leurs vêtements jusqu'à les mettre nus. [Ex 22.25-26 ; Dt 24.10-13 ; Ez 18.12.]

7 Tu ne donnais pas d'eau à l'homme épuisé,
à l'affamé tu refusais le pain. [Mt 25.42-43 ; voir Es 58.7.]

8 L'homme à poigne possédait la terre
et le favori s'y installait. [Favoriser les injustes. voir Jb 29.17.]

9 Tu as renvoyé les veuves les mains vides,
et les bras des orphelins étaient broyés. [Pressurer les faibles Jb 24.3-11 ; voir Jb 29.12-13 ; Dt 15.7-11.]

10 C'est pour cela que des pièges t'entourent,
que te trouble une terreur soudaine. [des pièges Jb 18.6.
— terreur Jb 6.4.]

11 Ou bien c'est l'obscurité, tu n'y vois plus,
et une masse d'eau te submerge.

Scepticisme de Job

12 Dieu n'est-il pas en haut des cieux ?
Vois la voûte étoilée, comme elle est haute. [Es 40.22 ; Qo 5.1.]

13 Tu en as conclu : « Que peut savoir Dieu ?
Peut-il juger à travers la nuée sombre ? [Es 29.15 ; Ps 73.11.]

14 Les nuages lui sont un voile et il n'y voit pas,
il ne parcourt que le pourtour des cieux. »

15 Veux-tu donc suivre la route de jadis,
celle que foulèrent les hommes pervers ? [Gn 6.5,12-13.]

16 Ils furent emportés avant le temps ;
leurs fondations, c'est un fleuve qui s'écoule.

17 Eux qui disaient à Dieu : « Détourne-toi de nous ! »
Car, que pouvait leur faire le Puissant ? [Jb 21.14.]

18 C'était pourtant lui qui avait rempli leurs maisons de bonheur
- loin de moi, les intrigues des scélérats ! [Os 2.10.]

19 Les justes verront et se réjouiront,
l'homme honnête se moquera d'eux : [Ps 52.8 ; 107.42 ; Ap 18.20.]

20 « Voilà nos adversaires anéantis,
le feu a dévoré leurs profits ! »

Fruits de la réconciliation

21 Réconcilie-toi donc avec lui et fais la paix.
Ainsi le bonheur te sera rendu. [Es 27.5 ; Rm 5.10.]

22 Accepte donc de sa bouche l'instruction
et fixe ses sentences en ta conscience.

23 Si tu reviens vers le Puissant, tu seras rétabli,
si tu éloignes la perfidie de ta tente. [Dt 30.2-10 ; 1 R 8.46-51 ; Es 44.22.]

24 Jette ensuite à la poussière les lingots
et aux cailloux du torrent l'or d'Ofir. [Se libérer des richesses Mt 6.19-21 ; 19.21.
— Ofir. voir 1 R 9.28 et la note ; l'or d'Ofir était réputé pour sa qualité.]

25 C'est le Puissant qui te tiendra lieu de lingots
et de monceaux d'argent. [Ps 16.5-6 ; Lm 3.24 ; voir Jb 31.24.]

26 Car alors tu feras du Puissant tes délices
et tu élèveras vers Dieu ton visage. [Dieu est tes délices Jb 27.10 ; Es 58.14.
— relever la tête Jb 11.15.]

27 Quand tu le supplieras, il t'exaucera,
et tu n'auras plus qu'à t'acquitter de tes vœux. [Nahum 2.1 ; Ps 66.13 ; Qo 5.3-4.]

28 Si tu prends une décision, elle te réussira
et sur ta route brillera la lumière.

29 Si certains sont abattus, tu pourras leur dire : « Debout ! »
Car il sauve l'homme aux yeux baissés. [Es 57.15 ; Ps 18.28.]

30 Il délivrera même celui qui n'est pas innocent ;
oui, celui-ci sera délivré par la pureté de tes mains. [Jb 42.8 ; voir Ez 14.12-20.]

HUITIÈME POÈME DE JOB

23 Alors Job prit la parole et dit :

Absence de Dieu

2 Aujourd'hui encore ma plainte se fait rebelle,
quand ma main pèse sur mon gémissement.

3 Ah ! si je savais où le trouver,
j'arriverais jusqu'à son trône. [Jb 9.11.]

4 J'exposerais devant lui ma cause,
j'aurais la bouche pleine d'arguments.

5 Je saurais par quels discours il me répondrait,
et je comprendrais ce qu'il a à me dire. [La réponse de Dieu 38- 41.]

6 La violence serait-elle sa plaidoirie ?
Non ! Lui au moins me prêterait attention.

7 Alors un homme droit s'expliquerait avec lui
et j'échapperais, victorieux, à mon juge.

8 Mais si je vais à l'orient, il n'y est pas,
à l'occident, je ne l'aperçois pas. [Dieu inaccessible Jb 9.11.]

9 Est-il occupé au nord, je ne peux l'y découvrir,
se cache-t-il au midi, je ne l'y vois pas.

Présence de Dieu

10 Pourtant il sait quel chemin est le mien,
s'il m'éprouve, j'en sortirai pur comme l'or. [Dieu connaît notre chemin Ps 139.1-6.
— Dieu éprouve l'homme Za 13.9 ; Ps 17.3 ; 1 P 1.7 ; voir Lc 22.31.]

11 Mon pied s'est agrippé à ses traces,
j'ai gardé sa voie et n'ai pas dévié, [Ps 17.5.]

12 le précepte de ses lèvres et n'ai pas glissé.
J'ai prisé ses décrets plus que mes principes. [Ps 17.4.]

13 Mais lui, il est tout d'une pièce. Qui le fera revenir ?
Son bon plaisir, c'est chose faite. [Es 46.10 ; Ps 115.3 ; Dn 4.32.]

14 Aussi exécutera-t-il ma sentence
comme tant d'autres qu'il garde en instance.

15 Voilà pourquoi sa présence me bouleverse.
Plus je réfléchis, plus j'ai peur de lui. [Ps 119.120 ; voir Mt 8.34 par.]

16 Dieu a amolli mon courage,
le Puissant m'a bouleversé,

17 car je n'ai pas été anéanti avant la tombée des ténèbres,
mais il ne m'a pas épargné l'obscurité qui vient.

Injustice de la société

24 Pourquoi le Puissant n'a-t-il pas des temps en réserve,
et pourquoi ses fidèles ne voient-ils pas ses jours ? [Les temps et les jours de Dieu sont les moments fixés par lui pour exercer la justice.]

2 On déplace les bornes,
on fait paître des troupeaux volés, [Dt 19.14 ; Os 5.10 ; Pr 22.28.]

3 c'est l'âne des orphelins qu'on emmène,
c'est le bœuf de la veuve qu'on retient en gage. [Dt 24.17.]

4 On écarte de la route les indigents,
tous les pauvres du pays n'ont plus qu'à se cacher. [Pr 28.12,28.]

5 Tels des onagres dans le désert,
ils partent au travail dès l'aube, en quête de pâture.
Et c'est la steppe qui doit nourrir leurs petits. [Anes sauvages.]

6 Dans les champs ils se coupent du fourrage,
et ils grappillent la vigne du méchant.

7 La nuit, ils la passent nus, faute de vêtement,
ils n'ont pas de couverture quand il fait froid. [Dt 24.12-13.]

8 Ils sont trempés par la pluie des montagnes,
faute d'abri, ils étreignent le rocher.

9 On arrache l'orphelin à la mamelle,
du pauvre on exige des gages.

10 On le fait marcher nu, privé de vêtement,
et aux affamés on fait porter des gerbes. [Voir Dt 28.30-33.]

11 Dans les enclos des autres, ils pressent de l'huile,
et ceux qui foulent au pressoir ont soif. [Pressurer les faibles Jb 22.9.]

Inutilité de la prière

12 Dans la ville les gens se lamentent,
le râle des blessés hurle,
et Dieu reste sourd à ces infamies ! [lamentations et hurlements Jb 35.9-13 ; So 1.10-11 ; Qo 4.1.
— Dieu reste sourd Ps 94.5-7 à ces infamies. autre texte hébreu : à leur prière.]

13 Leurs auteurs sont en révolte contre la lumière,
ils en ont méconnu les voies,
ils n'en ont pas fréquenté les sentiers.

14 Le meurtrier se lève au point du jour,
il assassine le pauvre et l'indigent,
et la nuit, il agit en voleur. [Ps 10.8-9.]

15 L'œil de l'adultère épie le crépuscule.
« Nul œil ne me verra », dit-il
et il se met un masque. [Pr 7.9-10. Si 23.18.]

16 C'est dans les ténèbres que celui-là force les maisons.
De jour, on se tient claquemuré
sans connaître la lumière.

17 Pour eux tous, l'aube c'est l'ombre de mort.
Mais le pillard est habitué aux épouvantes de l'ombre de mort.

18 Il surnage comme sur des eaux,
son domaine est maudit par les gens du pays.
Mais lui ne prend pas le chemin des vignes.

Dogme et réalité

19 « Le sol altéré et la chaleur engloutissent l'eau des neiges.
Ainsi, dit-on, les enfers engloutissent celui qui a péché. [les enfers (voir au glossaire SEJOUR DES MORTS) engloutissent le pécheur Ps 49.15.]

20 Le sein qui le porta l'oublie, mais la vermine fait de lui ses délices,
on ne se souvient plus de lui.
La perfidie a été brisée comme un arbre. » [la vermine Es 14.11.
— on ne se souvient plus (du méchant) Es 26.14 ; voir Mt 26.13.]

21 En fait, quelqu'un entretient une femme stérile qui n'enfante pas,
mais il ne donne pas la joie à la veuve. [Allusion probable à la loi de Dt 25.5-10.]

22 Alors Dieu qui par force a emporté les puissants
se dresse, et notre homme ne compte plus sur la vie.

23 Pourtant Dieu lui accorde de s'affermir dans la tranquillité,
tandis que ses yeux surveillent la conduite des autres. [Jb 21.30.]

24 Eux sont élevés pour un peu de temps, et puis plus rien.
Ils se sont effondrés comme tous ceux qui sont moissonnés,
ils seront coupés comme une tête d'épi.

25 S'il n'en est pas ainsi, qui me démentira,
qui réduira mon discours à néant ?

TROISIÈME POÈME DE BILDAD

25 Alors Bildad de Shouah prit la parole et dit :

La souveraineté de Dieu

2 A lui l'empire et la terreur,
lui qui fait la paix dans ses hauteurs. [Domination universelle de Dieu Ps 103.19 ; He 2.8 ; voir 1 Jn 5.19.]

3 Peut-on compter ses légions ?
Sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas ?

4 Et comment l'homme serait-il juste contre Dieu,
comment jouerait-il au pur, celui qui est né de la femme ? [Jb 4.17.]

5 Si même la lune perd sa brillance,
et si les étoiles ne sont pas pures à ses yeux,

6 que dire de l'homme, ce ver,
du fils d'Adam, cette larve !

NEUVIÈME POÈME DE JOB

26 Alors Job prit la parole et dit :

Réplique à Bildad

2 Comme tu assistes l'homme sans force,
et secours le bras sans vigueur !

3 Comme tu conseilles l'homme sans sagesse
et dispenses le savoir-faire !

4 A qui tes paroles s'adressent-elles,
de qui vient cette inspiration qui émane de toi ? [1 R 22.24.]

Transcendance de Dieu

5 Plus profond que les eaux et que ceux qui les habitent,
tremblent les trépassés. [Es 14.9 ; Ps 88.11.]

6 Les enfers sont à nu devant lui,
et le gouffre n'a point de voile. [enfers. voir au glossaire SEJOUR DES MORTS.
— devant lui, c'est-à-dire devant Dieu. Il domine aussi les enfers Am 9.2 ; Ps 139.8 ; Pr 15.11.]

7 C'est lui qui étend l'Arctique sur le vide,
qui suspend la terre sur le néant, [Voir Jb 9.6 ; 38.6.]

8 qui stocke les eaux dans ses nuages,
sans que la nuée crève sous elles,

9 qui dérobe la vue de son trône
en étendant sur lui sa nuée. [Ex 40.34 ; Lv 16.2.]

10 Il a tracé un cercle sur la face des eaux,
aux confins de la lumière et des ténèbres. [eaux, lumière Gn 1 ; Pr 8.27.]

11 Les colonnes des cieux vacillent,
épouvantées, à sa menace. [Les colonnes des cieux sont les montagnes de l'horizon sur lesquelles le ciel semble reposer.]

12 Par sa force, il a fendu l'Océan,
par son intelligence, il a brisé le Typhon.

13 Son souffle a balayé les cieux,
sa main a transpercé le Serpent fuyard. [Océan, Typhon (v. 12), Serpent fuyard. voir Jb 7.12 ; 9.13 ; Es 27.1 et les notes.]

14 Si telles sont les franges de ses œuvres,
le faible écho que nous en percevons,
qui donc comprendrait le tonnerre de ses exploits ? [Jb 11.7 ; Si 43.32 ; voir Ep 3.18.]

DIXIÈME POÈME DE JOB

27 Alors Job continua de prononcer son poème et dit :

Serment d'innocence

2 Par la vie du Dieu qui me dénie justice,
par le Puissant qui m'a aigri le cœur, [Dieu me dénie justice Jb 34.5,12.
— le cœur aigri Jb 7.11.]

3 tant que je pourrai respirer
et que le souffle de Dieu sera dans mes narines, [Jb 33.4 ; Gn 2.7 ; Ps 104.30 ; voir Jb 4.9 ; Es 11.4.]

4 je jure que mes lèvres ne diront rien de perfide
et que ma langue ne méditera rien de fourbe. [Jb 6.28-30 ; 42.7-8 ; Es 59.3.]

5 Quelle abomination, si je vous donnais raison !
Jusqu'à ce que j'expire, je maintiendrai mon innocence.

6 Je tiens à ma justice et ne la lâcherai pas !
Ma conscience ne me reproche aucun de mes jours. [Jb 13.18 ; 17.9 ; voir Ps 143.2 ; Rm 3.10.]

7 Qu'il en soit de mon ennemi comme du méchant,
de mon adversaire comme du malfaiteur !

8 Ne dites-vous pas : « Quel profit peut espérer l'impie
alors que Dieu va le dépouiller de la vie ? [Lc 12.20.]

9 Dieu entendra-t-il son cri
quand la détresse le surprendra ?

10 S'il s'était délecté auprès du Puissant,
il aurait invoqué Dieu à tout moment. » [Jb 22.26.]

La thèse conformiste

11 Je vais vous la prouver, la maîtrise de Dieu,
je ne cacherai pas la pensée du Puissant.

12 Puisque vous tous l'avez constatée,
pourquoi vous être évanouis en vanité ?

13 Voici le lot que Dieu réserve à l'homme méchant,
la part qu'un tyran recevra du Puissant : [Jb 20.29.]

14 « Si ses fils se multiplient, ce sera pour le glaive,
et ses descendants manqueront de pain.

15 Ses survivants seront enterrés par la male mort,
sans que ses veuves puissent les pleurer. [Jb 18.13 ; Jr 15.2 ; Ap 6.8.]

16 S'il amasse l'argent comme de la poussière,
s'il entasse les vêtements comme de la glaise,

17 qu'il entasse, c'est le juste qui s'en vêtira,
quant à l'argent, c'est l'homme honnête qui le touchera.

18 Il a bâti sa maison comme le fait la mite,
comme la hutte qu'élève un guetteur. [La comparaison avec la mite, qui détruit, doit montrer le caractère précaire de cette construction.]

19 Riche il se couche, mais c'est la fin ;
il ouvre les yeux : plus rien.

20 Les terreurs l'atteignent comme un flot.
En une nuit, un tourbillon l'enlève. [Jb 6.4.]

21 Le sirocco l'emporte et il s'en va,
le vent l'arrache de chez lui. [Vent du sud-est, chaud et sec.]

22 Sans pitié on tire sur lui,
et il s'efforce de fuir la main de l'archer. [Jb 33.18 ; 36.12.]

23 On applaudit à sa ruine,
de sa propre demeure on le siffle. »

ÉLOGE DE LA SAGESSE

Inaccessible aux techniciens

28 Certes, des lieux d'où extraire l'argent
et où affiner l'or, il n'en manque pas. [Mines d'or et d'argent 1 R 10.22.]

2 Le fer, c'est du sol qu'on l'extrait,
et le roc se coule en cuivre. [Mines de fer et de cuivre Dt 8.9.]

3 On a mis fin aux ténèbres
et l'on fouille jusqu'au tréfonds
la pierre obscure dans l'ombre de mort.

4 On a percé des galeries loin des lieux habités,
là, inaccessible aux passants,
on oscille, suspendu loin des humains.

5 La terre, elle d'où sort le pain,
fut ravagée en ses entrailles comme par un feu. [Ps 104.14-15.]

6 Ses rocs sont le gisement du saphir
et là se trouve la poussière d'or.

7 Les rapaces en ignorent le sentier
et l'œil du vautour ne l'a pas repéré.

8 Les fauves ne l'ont point foulé
ni le lion ne l'a frayé.

9 On s'est attaqué au silex,
on a ravagé les montagnes par la racine.

10 Dans les rochers on a percé des réseaux de galeries,
et tout ce qui est précieux, l'œil de l'homme l'a vu.

11 On a tari les sources des fleuves
et amené au jour ce qui était caché.

Inaccessible à l'Abîme

12 Mais la sagesse, où la trouver ?
Où réside l'intelligence ? [Jb 28.20,28 ; 1 R 3.1 ; Pr 8.22-31 ; Sg ; Si 1.6 ; Ba 3.9- 4.4.]

13 On en ignore le prix chez les hommes,
et elle ne se trouve pas au pays des vivants.

14 L'Abîme déclare : « Elle n'est pas en moi. »
Et l'Océan : « Elle ne se trouve pas chez moi. »

15 Elle ne s'échange pas contre de l'or massif,
elle ne s'achète pas au poids de l'argent. [Pr 2.1-5 ; 3.13-15.]

16 L'or d'Ofir ne la vaut pas,
ni l'onyx précieux, ni le saphir.

17 Ni l'or ni le verre n'atteignent son prix,
on ne peut l'avoir pour un vase d'or fin.

18 Corail, cristal n'entrent pas en ligne de compte.
Et mieux vaudrait pêcher la sagesse que les perles.

19 La topaze de Nubie n'atteint pas son prix.
Même l'or pur ne la vaut pas.

Accessible au Créateur

20 Mais la sagesse, d'où vient-elle,
où réside l'intelligence ?

21 Elle se cache aux yeux de tout vivant,
elle se dérobe aux oiseaux du ciel.

22 Le gouffre et la mort déclarent :
« Nos oreilles ont eu vent de sa renommée. »

23 Dieu en a discerné le chemin,
il a su, lui, où elle réside.

24 C'était lorsqu'il portait ses regards jusqu'aux confins du monde
et qu'il inspectait tout sous les cieux

25 pour régler le poids du vent,
et fixer la mesure des eaux. [Es 40.12.]

26 Quand il assignait une limite à la pluie
et frayait une voie à la nuée qui tonne, [Jb 36.27-28.38.28.]

27 alors il l'a vue et dépeinte,
il l'a discernée et même scrutée. [il l'a discernée : autre texte hébreu il l'a fondée.
— Dieu scrute la sagesse Si 1.8-9,19 ; Ba 3.32.]

28 Puis il a dit à l'homme :
« La crainte du Seigneur, voilà la sagesse.
S'écarter du mal, c'est l'intelligence ! » [Jb 1.1 ; Ps 111.10 ; Pr 9.10.]

ONZIÈME POÈME DE JOB

29 Alors Job continua de prononcer son poème et dit :

Le bonheur d'antan

2 Qui me fera revivre les lunes d'antan,
ces jours où Dieu veillait sur moi, [Jb 1.1-5 ; 8.6 ; 42.10-17 ; 1 S 2.9 ; Ps 40.12 ; Esd 5.5.]

3 quand sa lampe brillait sur ma tête,
et dans la nuit j'avançais à sa clarté ;

4 tel que j'étais aux jours féconds de mon automne,
quand l'amitié de Dieu reposait sur ma tente, [En Israël, l'automne est la saison marquée par la célébration de la fête de la Récolte, voir Ex 23.16.
— amitié de Dieu Pr 3.32 ; Jc 2.23 ; voir Jn 15.14-15.]

5 quand le Puissant était encore avec moi
et que mes garçons m'entouraient,

6 quand je lavais mes pieds dans la crème
et le roc versait pour moi des flots d'huile. [Abondance de crème Jb 20.17.
— crème, flots d'huile : symboles de la richesse du pays de Job. Les pressoirs pour l'extraction de l'huile d'olive étaient creusés à même le roc.]

7 Si je sortais vers la porte de la cité,
si j'installais mon siège sur la place,

8 à ma vue les jeunes s'éclipsaient,
les vieillards se levaient et restaient debout. [Voir Lv 19.32.]

9 Les notables arrêtaient leurs discours
et mettaient la main sur leur bouche. [Jb 21.5.]

10 La voix des chefs se perdait,
leur langue se collait au palais.

11 L'oreille qui m'entendait me disait heureux,
l'œil qui me voyait me rendait témoignage.

12 Car je sauvais le pauvre qui crie à l'aide,
et l'orphelin sans secours. [Jb 6.14 ; Ps 72.12 ; voir Jb 22.9.]

13 La bénédiction du mourant venait sur moi,
et je rendais la joie au cœur de la veuve. [Voir Jb 24.21 et la note.]

14 Je revêtais la justice, c'était mon vêtement.
Mon droit me servait de manteau et de turban. [Jb 19.9 ; Ps 132.9 ; voir Es 59.17.]

15 J'étais devenu les yeux de l'aveugle,
et les pieds de l'impotent, c'était moi. [Lv 19.14.]

16 Pour les indigents, j'étais un père,
la cause d'un inconnu, je la disséquais. [père des pauvres Es 22.21.
— soutien du faible Pr 29.7.]

17 Je brisais les crocs de l'injuste,
et de ses dents, je faisais tomber sa proie. [Es 11.4 ; comparer Jb 22.8.]

18 Je me disais : « Quand j'expirerai dans mon nid,
comme le phénix je multiplierai mes jours. [le phénix : oiseau mythologique dont on croyait qu'il vivait plusieurs siècles, et que, brûlé, il pouvait renaître de ses cendres. Autre traduction mes jours seront nombreux comme des grains de sable.
— renouveler sa vie Es 40.31 ; Ps 103.5.]

19 L'eau accède à ma racine,
la rosée passe la nuit sur ma ramure. [la racine près de l'eau Ps 1.3.
— la rosée bienfaisante Gn 27.28 ; Os 14.6 ; Pr 19.12.]

20 Ma gloire retrouvera sa fraîcheur,
et dans ma main mon arc rajeunira. » [Voir Jb 30.11 ; Gn 49.24 ; Jr 49.35.]

21 On m'écoutait, dans l'attente.
On accueillait en silence mes avis. [Jb 21.5.]

22 Quand j'avais parlé, nul ne répliquait,
sur eux goutte à goutte tombaient mes paroles. [Dt 32.2.]

23 Ils m'attendaient comme on attend la pluie.
Leur bouche s'ouvrait comme à l'ondée tardive. [Pr 16.15.]

24 Je leur souriais, ils n'osaient y croire,
et recueillaient avidement tout signe de ma faveur.

25 Leur fixant la route, je siégeais en chef,
campé, tel un roi, parmi ses troupes,
comme il console des affligés.

La misère d'aujourd'hui

30 Et maintenant, je suis la risée
de plus jeunes que moi,
dont j'eusse dédaigné de mettre les pères
parmi les chiens de mon troupeau.

2 Qu'aurais-je fait des efforts de leurs bras ?
Toute leur vigueur avait péri.

3 Desséchés par la misère et la faim,
ils rongeaient la steppe,
lugubre et vaste solitude.

4 Ils cueillent l'arroche sur les buissons,
ils ont pour pain la racine des genêts. [Plante symbolisant, selon une vieille tradition juive, la nourriture des temps de famine.]

5 Bannis de la société des hommes
qui les hue comme des voleurs,

6 ils logent au flanc des précipices,
dans les antres de la terre et les cavernes. [Jg 6.2 ; 1 S 13.6.]

7 Ils beuglent parmi les broussailles
et s'entassent sous les ronces,

8 fils de l'infâme, fils de l'homme sans nom,
chassés du pays à coups de bâton. [Gn 21.10 ; Jg 11.2.]

9 Et maintenant je sers à leur chanson,
me voici devenu leur fable. [La proie des ennemis Jb 16.11.
— sujet de chansons Jb 17.6 ; Es 14.4 ; Lm 3.14,63.]

10 Ils m'ont en horreur et s'éloignent.
Sans se gêner, ils me crachent au visage. [Es 50.6 ; Mt 26.67.]

11 Puisque Dieu a détendu mon arc et m'a terrassé,
ils perdent toute retenue en ma présence. [détendre (ou briser) l'arc voir Jb 29.20.]

12 Ils grouillent à ma droite,
ils me font lâcher pied,
ils se fraient un accès jusqu'à moi pour me perdre. [Za 3.1 ; Ps 109.6.]

13 Ils me coupent la retraite
et s'affairent à ma ruine,
sans qu'ils aient besoin d'aide.

14 Ils affluent par la brèche,
ils se bousculent sous les décombres. [Dans les versets 12-14, Job présente les attaques dont il est l'objet sous l'image d'un assaut contre une ville fortifiée.]

15 L'épouvante fonce contre moi.
En coup de vent, elle chasse mon assurance.
Mon bien-être a disparu comme un nuage. [Jb 6.4.]

16 Et maintenant la vie s'écoule de moi,
les jours de peine m'étreignent.

17 La nuit perce mes os et m'écartèle ;
et mes nerfs n'ont pas de répit.

18 Sous sa violence, mon vêtement s'avilit,
comme le col de ma tunique il m'enserre.

19 Il m'a jeté dans la boue.
Me voilà devenu poussière et cendre.

20 Je hurle vers toi, et tu ne réponds pas.
Je me tiens devant toi, et ton regard me transperce. [Jb 13.22.]

21 Tu t'es changé en bourreau pour moi,
et de ta poigne tu me brimes.

22 Tu m'emportes sur les chevaux du vent
et me fais fondre sous l'orage.

23 Je le sais : tu me ramènes à la mort,
le rendez-vous de tous les vivants. [Gn 3.19 ; Ps 82.7 ; 1 Co 15.22.]

24 Mais rien ne sert d'invoquer quand il étend sa main,
même si ses fléaux leur arrachent des cris.

25 Pourtant, n'ai-je point pleuré avec ceux qui ont la vie dure ?
Mon cœur ne s'est-il pas serré à la vue du pauvre ? [Jb 29.12-17 ; Ps 35.13-14 ; Rm 12.15.]

26 Et quand j'espérais le bonheur, c'est le malheur qui survint.
Je m'attendais à la lumière... l'ombre est venue. [Es 59.9 ; Jr 8.15.]

27 Mes entrailles ne cessent de fermenter,
des jours de peine sont venus vers moi. [Ps 38.8 ; Jr 4.19 ; Lm 1.20.]

28 Je marche bruni, mais non par le soleil.
En pleine assemblée, je me dresse et je hurle. [bruni par la maladie Lm 4.8.]

29 Je suis entré dans l'ordre des chacals
et dans la confrérie des effraies. [Autre traduction : autruches. De toute façon, il s'agit d'animaux (chacals, effraies ou autruches) souvent associés aux régions désertiques et aux ruines. Mi 1.8 ; Ps 102.7-8.]

30 Ma peau noircit et tombe,
mes os brûlent et se dessèchent. [Ps 102.4-6 ; Lm 3.4.]

31 Ma harpe s'accorde à la plainte,
et ma flûte à la voix des pleureurs. [Am 8.10 ; Lm 5.15.]

Protestation d'innocence

31 J'avais conclu un pacte avec mes yeux :
ne pas fixer le regard sur une vierge. [Voir Ex 20.17 ; Si 9.5 ; Mt 5.28.]

2 Quel lot, en effet, Dieu assigne-t-il d'en haut,
quelle part le Puissant fixe-t-il depuis les cieux ?

3 N'est-ce pas la ruine pour le pervers,
l'adversité pour les malfaiteurs ? [la part des pervers Jb 20.29.]

4 Ne voit-il pas, lui, ma conduite ?
Ne tient-il pas le compte de tous mes pas ?

5 Alors, ai-je fait route avec le mensonge,
mon pied s'est-il hâté vers la fraude ?

6 Qu'il me pèse à de justes balances
et Dieu reconnaîtra mon intégrité. [Jb 1.1 ; 27.6 ; Ps 17.1-5.]

7 Si mes pas ont dévié,
si mon cœur a suivi mes yeux,
si une souillure imprègne mes mains,

8 alors, ce que je sème, qu'un autre le mange,
mes rejetons, qu'on les déracine !

9 Si mon cœur fut séduit par une femme,
si j'ai fait le guet à la porte du voisin, [la femme séductrice Pr 6.23-26 ; Qo 7.26.]

10 que pour un autre ma femme tourne la meule,
et que sur elle d'autres se couchent,

11 car ç'aurait été une infamie,
un forfait que punit mon juge. [La punition de l'adultère Dt 22.22 ; Pr 6.32 ; Jn 8.4-5.]

12 Un feu m'eut dévoré jusqu'à la perdition,
ruinant tout mon fruit jusqu'à la racine.

13 Si j'ai méconnu le droit de mon serviteur ou de ma servante
dans leurs litiges avec moi, [Ex 21.2-3 ; Lv 25.39-43 ; Jr 34.8-9.]

14 que faire quand Dieu se lèvera ?
Quand il enquêtera, que lui répondre ?

15 Celui qui m'a fait dans le ventre, ne les a-t-il pas faits aussi ?
C'est le même Dieu qui nous a formés dans le sein. [Jb 10.11 ; Pr 22.2.]

16 Est-ce que je repoussais la demande des pauvres,
laissais-je languir les yeux de la veuve ?

17 Ma ration, l'ai-je mangée seul,
sans que l'orphelin en ait eu sa part,

18 alors que dès mon enfance il a grandi avec moi comme avec un père,
et qu'à peine sorti du ventre de ma mère je fus le guide de la veuve ?

19 Voyais-je un miséreux privé de vêtement,
un indigent n'ayant pas de quoi se couvrir, [Pitié pour le faible Jb 6.14 ; Es 58.6-7 ; Tb 4.7-11,16.]

20 sans que ses reins m'aient béni
et qu'il fût réchauffé par la toison de mes brebis ?

21 Si j'ai brandi le poing contre un orphelin,
me sachant soutenu au tribunal,

22 que mon épaule se détache de mon dos
et que mon bras se rompe au coude.

23 Non, le châtiment de Dieu était ma terreur,
je ne pouvais rien devant sa majesté. [Ps 119.120.]

24 Si j'ai placé dans l'or ma confiance,
si j'ai dit au métal fin : « Tu es ma sécurité », [Jb 22.24-25 ; Pr 11.28 ; Lc 12.19-21.]

25 si j'ai tiré joie de l'abondance de mes biens,
de ce que mes mains avaient beaucoup gagné,

26 si en voyant la lumière resplendir
et la lune s'avancer radieuse,

27 mon cœur en secret s'est laissé séduire,
et si ma main s'est portée à ma bouche pour un baiser, [Geste d'adoration, dans la religion assyro-babylonienne ; adoration des astres Dt 4.19 ; Jr 8.2 ; Sg 13.2.]

28 cela aussi aurait été un forfait que punit mon juge,
car j'aurais renié le Dieu d'en haut.

29 Me suis-je réjoui de la ruine de mon ennemi,
ai-je tressailli de joie quand le malheur l'a frappé ? [Pr 24.17 ; voir Mt 5.44 par.]

30 Moi qui ne permettais pas à ma bouche de pécher
en le vouant à la mort par une imprécation !

31 Mes hôtes même n'ont-ils pas dit :
« Qui n'a-t-il pas rassasié de viande ? » [Es 58.10.]

32 L'étranger ne passait pas la nuit dehors :
j'ouvrais mes portes au voyageur. [Gn 19.2 ; Jg 19.20.]

33 Ai-je comme Adam dissimulé mes révoltes,
caché dans mon sein ma faute ? [Gn 3.10-13.]

34 Et cela parce que j'aurais redouté l'opinion des foules
et que le mépris des familles m'eût terrorisé,
réduit à me taire et à ne plus franchir ma porte...

Le dernier défi

35 Qui me donnera quelqu'un qui m'écoute ?
Voilà mon dernier mot. Au Puissant de me répondre !
Quant au réquisitoire écrit par mon adversaire, [Réponds-moi Jb 13.22.
— le réquisitoire de l'adversaire Jb 13.19 ; voir Jb 30.12.]

36 eh bien, je le porterai sur mon épaule,
je m'en parerai comme d'une couronne.

37 Oui, je lui rendrai compte de mes pas,
je lui ferai un accueil princier !

38 Si ma terre a protesté contre moi,
si ses sillons ont fondu en larmes, [Lv 26.34-35 ; 2 Ch 36.21.]

39 si j'ai dévoré sa vigueur sans avoir payé,
ayant fait rendre l'âme à son maître,

40 alors qu'au lieu du froment l'épine y croisse
et au lieu d'orge l'herbe puante.
Ici finissent les paroles de Job.

LA HARANGUE D'ÉLIHOU

32 Alors ces trois hommes cessèrent de répondre à Job, puisqu'il s'estimait juste. 2 Mais Elihou se mit en colère. Il était fils de Barakéel le Bouzite, du clan de Ram. Il se mit en colère contre Job parce que celui-ci se prétendait plus juste que Dieu. [D'après Gn 22.21, Bouz était frère d'Ouç (Jb 1.1). Elihou se sent donc plus intimement lié à Job que ne l'étaient les trois autres amis.
— plus juste que Dieu Jb 4.17.]
3 Il se mit en colère aussi contre ses trois amis parce qu'ils n'avaient plus trouvé de réponse et avaient ainsi reconnu Dieu coupable. [Hébreu. reconnu Job coupable ; mais la tradition juive reconnaît qu'il s'agit d'une correction volontaire du texte par les copistes, pour éviter de placer le nom de Dieu à côté du verbe reconnaître coupable.]4 Or Elihou s'était retenu de parler à Job parce que les autres étaient plus âgés que lui. [Jb 8.8 ; Lv 19.32.]5 Mais quand Elihou vit que ces trois hommes n'avaient plus de réponse à la bouche, il se mit en colère.

PREMIER DISCOURS D'ÉLIHOU

6 Alors Elihou, fils de Barakéel le Bouzite, prit la parole et dit :
Je suis un jeune, moi,
et vous, des vieux.
Aussi craignais-je et redoutais-je
de vous exposer mon savoir.

Sagesse et jeunesse

7 Je me disais : « L'âge parlera,
le nombre des années enseignera la sagesse. »

8 Mais en réalité, dans l'homme, c'est le souffle,
l'inspiration du Puissant, qui rend intelligent. [Gn 41.38-39 ; Dn 1.17 ; Daniel grec 13.45.]

9 Etre un ancien ne rend pas sage,
et les vieillards ne discernent pas le droit. [Sg 4.8-9 ; Dn grec 13.52-53.]

10 C'est pourquoi je dis : « Ecoute-moi,
et je t'exposerai mon savoir, moi aussi. »

11 Voyez, je comptais sur vos discours,
je prêtais l'oreille à vos raisonnements,
à votre critique de ses propos. [Si 5.11 ; Jc 1.19.]

12 Je vous ai suivis avec attention,
mais aucun de vous n'a répondu à Job,
aucun de vous n'a réfuté ses dires. [Jb 35.4 ; Tt 1.9.]

13 Et ne dites pas : « Nous avons trouvé la sagesse :
Dieu seul peut triompher de lui, non un homme. » [Jb 36.22 ; Gn 41.16 ; Dn 2.27-28.]

14 Ce n'est pas à moi qu'il a adressé ses discours,
et ce n'est pas avec vos déclarations que je lui répondrai.

15 Les voilà interdits, ils ne répondent plus,
ils ont la parole coupée.

16 J'aurais beau attendre, ils ne parleront pas,
car ils ont cessé de donner la réplique.

17 Cette réplique, c'est moi qui la donnerai, pour ma part,
j'exposerai mon savoir, moi aussi.

18 Car je suis plein de mots
et le souffle de mon ventre me presse. [Obligé de parler Jr 20.9.]

19 En mon ventre, c'est comme un vin qui ne trouve pas d'issue,
comme des outres neuves qui vont éclater ! [Mt 9.17 par.]

20 Que je parle donc pour respirer à l'aise.
J'ouvrirai les lèvres et je répliquerai.

21 Je m'interdis de favoriser personne
et de flatter qui que ce soit. [favoriser et flatter Jb 13.7-10 ; Pr 29.5.]

22 D'ailleurs, je ne sais pas flatter,
sinon celui qui m'a fait m'aurait vite anéanti.

L'intercesseur

33 Veuille donc entendre, ô Job, mes discours,
prête l'oreille à toutes mes paroles.

2 Voici donc que j'ouvre la bouche,
que ma langue parle en mon palais.

3 C'est la rectitude de ma conscience qui parlera,
et mes lèvres diront la vérité pure.

4 C'est le souffle de Dieu qui m'a fait,
l'inspiration du Puissant qui me fait vivre. [Jb 27.3.]

5 Si tu le peux, réponds-moi,
argumente contre moi, prends position !

6 Vois, devant Dieu je suis ton égal,
j'ai été pétri d'argile, moi aussi ! [Jb 10.8.]

7 Voyons, la terreur de moi n'a pas à t'épouvanter,
et mon autorité n'a pas à t'accabler. [Jb 13.21 ; voir Jb 6.4.]

8 Mais tu as bien dit à mes oreilles
et j'entends encore le son des paroles :

9 « Je suis pur, sans péché.
Je suis net, moi, exempt de faute. [Je suis sans péché Jb 11.4 ; 16.17. Nulle part Job ne prononce précisément les paroles rapportées dans les versets 9-11, mais Elihou y résume la teneur générale de ses propos.]

10 Mais Dieu invente contre moi des griefs,
il me traite en ennemi. [Jb 19.11.]

11 Il me met les pieds dans les fers
et il épie toutes mes traces ! » [Jb 7.19.]

12 Voyons, en cela tu n'as pas raison, te dirai-je.
Car Dieu est bien plus que l'homme.

13 Pourquoi lui as-tu intenté un procès,
à lui qui ne rend compte d'aucun de ses actes ? [Jb 9.3.]

14 Pourtant Dieu parle d'abord d'une manière
et puis d'une autre, mais l'on n'y prend pas garde :

15 dans le songe, la vision nocturne,
lorsqu'une torpeur accable les humains,
endormis sur leur couche. [Dieu parle aussi par des songes Jb 4.13 ; Gn 41.25 ; 1 R 3.5 ; Dn 7.1.]

16 Alors il ouvre l'oreille des humains
et y scelle les avertissements qu'il leur adresse,

17 afin de détourner l'homme de ses actes,
d'éviter l'orgueil au héros.

18 Ainsi il préserve son existence de la =fosse
et l'empêche d'offrir sa vie au javelot. [Jb 36.12 ; voir aussi Jb 27.22.]

19 Parfois, il le réprimande dans son lit par la douleur,
et la lutte n'a de cesse dans ses os. [Jb 5.17-18 ; 30.17 ; 36.15 ; voir 2 Co 12.5-10.]

20 Le pain lui donne la nausée,
il n'a plus d'appétit pour la bonne chère.

21 Il dépérit à vue d'œil,
ses os qu'on ne voyait pas deviennent saillants. [La maigreur Jb 16.8.]

22 Alors son existence frôle la fosse,
et sa vie est livrée aux exterminateurs.

23 Mais s'il se trouve pour lui un ange,
un interprète entre mille
pour faire connaître à l'homme son devoir, [Jb 16.19 ; 19.25 ; Dn 9.21-23 ; Tb 12.12 ; Ap 8.3-4.]

24 qu'il ait compassion de lui et dise :
« Exempte-le de descendre dans la fosse,
j'ai découvert une rançon ! »

25 Alors sa chair retrouve la sève de la jeunesse,
il revient aux jours de son adolescence, [Rétablissement Jb 29.18-20 ; Ps 103.5.]

26 il invoque Dieu qui se plaît en lui,
criant de joie il voit la face
de celui qui rend à l'homme sa justice ; [Jb 19.27.]

27 il chante devant les hommes en disant :
« J'avais péché, j'avais violé le droit,
mais lui ne s'est pas conduit comme moi. [Le pardon Ps 103.10 ; Rm 6.23.]

28 Il a racheté mon existence au bord de la fosse
et ma vie contemplera la lumière ! »

29 Vois, tout cela Dieu l'accomplit,
deux fois, trois fois pour l'homme,

30 pour retirer son existence de la fosse,
pour l'illuminer de la lumière des vivants. [Es 38.17 ; Jon 2.7 ; Ps 103.4.]

31 Sois attentif, Job, écoute-moi ;
tais-toi, c'est moi qui parlerai.

32 Si tu as des mots pour répondre,
parle, car je voudrais te trouver juste ;

33 sinon, c'est à toi de m'écouter.
Tais-toi, je vais t'apprendre la sagesse. [Jb 28.12.]

DEUXIÈME DISCOURS D'ÉLIHOU

34 Alors Elihou reprit et dit :

Les erreurs de Job

2 Ecoutez, sages, mes discours,
et vous, savants, prêtez-moi l'oreille.

3 Car c'est à l'oreille d'apprécier les discours
comme au palais de goûter les mets.

4 A nous de discerner ce qui est juste ;
reconnaissons donc entre nous ce qui est bien.

5 Job n'a-t-il pas dit : « Je suis juste,
mais Dieu me dénie justice ; [Je suis juste Jb 31.6.
— Dieu dénie justice Jb 27.2.
— Voir Jb 33.9 et la note.]

6 quand je cherche justice, je passe pour menteur.
Une flèche m'a blessé à mort, sans que j'aie péché » ? [Jb 6.4.]

7 Y a-t-il un brave comme Job ?
Il boit le sarcasme comme de l'eau.

8 Il chemine de pair avec les malfaiteurs
et fait route avec les méchants.

9 N'a-t-il pas dit : « L'homme ne gagne rien
à se plaire en Dieu » ? [Voir Jb 21.7-12.]

La justice du Puissant

10 Ecoutez-moi donc, hommes sensés !
Dieu serait-il méchant,
le Puissant, perfide ? — Pensée abominable !

11 Car il rend à l'homme selon ses œuvres
et traite chacun selon sa conduite. [Jr 32.19 ; Pr 24.12 ; Mt 16.27.]

12 Non, en vérité, Dieu n'agit pas méchamment,
le Puissant ne viole pas le droit. [Jb 8.3 ; 27.2.]

13 Est-ce quelqu'un d'autre qui lui a confié la terre,
est-ce quelqu'un d'autre qui l'a chargé du monde entier ?

14 S'il ne pensait qu'à lui-même,
s'il concentrait en lui son souffle et son haleine, [Dieu maître de la vie Jb 12.10 ; Ps 104.29 ; Qo 12.7.]

15 toute chair expirerait à la fois
et l'homme retournerait en poussière. [Gn 3.19 ; Qo 12.7.]

16 Puisque tu as de l'intelligence, écoute ceci,
prête l'oreille au son de mes discours.

17 Un ennemi de la justice pourrait-il régner ?
Oses-tu condamner le Juste, le Très-Noble ? [Dieu et la justice Gn 18.25.]

La puissance du Juste

18 Dit-on au roi : « Vaurien » ?
Traite-t-on les grands de criminels ? [Vaurien 2 S 16.7.]

19 Lui seul ne favorise pas les princes
et ne fait pas plus de cas du richard que du pauvre,
car tous sont l'œuvre de ses mains. [Dt 10.17 ; voir Lv 19.15.]

20 En un instant, ils meurent en pleine nuit,
le peuple s'agite et ils disparaissent,
on écarte un potentat sans qu'une main se lève. [Ex 12.29 ; Sg 18.14-16 ; Lc 12.20.]

21 Car Dieu a les yeux sur la conduite de l'homme,
il observe tous ses pas. [Jb 24.23 ; 31.4 ; Jr 32.19 ; Ps 33.14-15.]

22 Ni les ténèbres ni l'ombre de mort
ne peuvent dissimuler les malfaiteurs. [Ps 139.11-12.]

23 Il n'a pas besoin d'épier longtemps l'homme
pour que celui-ci comparaisse devant lui en jugement. [Jb 7.19.]

24 Sans enquête, il brise les nobles
et en met d'autres à leur place. [Jb 12.19 ; 34.20 ; 1 S 16.1 ; Dn 4.14 ; Lc 1.52.]

25 C'est qu'il évente leurs manœuvres ;
en une nuit il les renverse, les voilà écrasés.

26 Comme des criminels, il les soufflette en public. [Voir Mt 26.67 par. ; Jn 18.22 ; Ac 23.2-3.]

27 C'est qu'ils n'ont plus voulu le suivre,
qu'ils ont ignoré tous ses chemins,

28 jusqu'à faire monter vers lui le cri du pauvre ;
et le cri des opprimés, lui l'entend. [Ex 2.23-24 ; 1 S 9.16 ; Jc 5.4.]

29 Mais s'il reste impassible, qui le condamnera,
s'il cache sa face, qui le percera à nu ?
Il veille pourtant sur les nations comme sur les hommes,

30 ne voulant pas que règne l'impie,
ni que l'on tende des pièges au peuple.

La révolte de Job

31 Mais si quelqu'un dit à Dieu :
« J'ai expié, je ne ferai plus le mal.

32 Ce qui échappe à ma vue, montre-le-moi toi-même ;
si j'ai agi en pervers, je ne récidiverai pas. »

33 Selon toi, devrait-il punir ? ... Je sais que tu t'en moques.
Ainsi en as-tu décidé, toi, mais pas moi.
Dis quand même ce que tu en sais. [Voir Jb 7.16.]

34 Les hommes sensés me diront,
comme tout homme sage qui m'écoute :

35 « Ce grand parleur de Job n'y connaît rien,
il discourt sans rime ni raison. »

36 Je veux qu'on soumette Job à la question, jusqu'à ce qu'il cède,
sur ses propos dignes d'un mécréant ; [soumettre à la question Jb 19.28.]

37 car à sa faute il ajoute la révolte,
il sème le doute parmi nous
et accumule ses remontrances contre Dieu.

TROISIÈME DISCOURS D'ÉLIHOU

35 Alors Elihou reprit et dit :

L'impassibilité de Dieu

2 Prétends-tu être dans ton droit
quand tu dis : « Je suis plus juste que Dieu » ? [Cette fois, Elihou dépasse la pensée et les paroles de Job (voir Jb 33.9 et la note) ; plus juste que Dieu Jb 4.17.]

3 Puisque tu déclares : « Que t'importe,
et quel profit pour moi à ne pas pécher ? » [Jb 7.20.]

4 Moi je te réfuterai par mes discours,
toi et tes amis du même coup. [Jb 32.12 ; 32.14.]

5 Considère les cieux et vois,
contemple les nues, comme elles te dominent ! [Gn 15.5 ; Es 55.9.]

6 Si tu pèches, le touches-tu ?
Multiplie tes révoltes, que lui fais-tu ? [Jb 7.20.]

7 Si tu es juste, en profite-t-il,
reçoit-il de toi quelque chose ? [Jb 22.3.]

8 Ta méchanceté n'atteint que tes semblables,
ta justice ne profite qu'à des hommes.

Les chants dans la nuit

9 On gémit sous les excès de l'oppression,
on crie sous la poigne des grands.

10 Mais nul ne dit : « Où est Dieu qui m'a fait ?
Lui qui inspire des chants dans la nuit,

11 qui nous dresse mieux que les bêtes de la terre
et nous rend plus sages que les oiseaux du ciel. »

12 Alors on crie, mais lui ne répond pas,
à cause de l'orgueil des méchants. [Dieu n'entend pas les cris des opprimés Jb 24.12 ; voir Jb 34.28.]

13 Il n'y a que les paroles creuses que Dieu n'écoute pas,
que le Puissant ne perçoit pas. [Jb 6.26.]

14 Or, tu oses dire que tu ne l'aperçois pas,
que ta cause lui est soumise et que tu es là à l'attendre. [Dieu inaccessible Jb 9.11.]

15 Mais maintenant, si sa colère n'intervient pas
et s'il ignore cette débauche de paroles,

16 c'est que Job ouvre la bouche à vide
et accumule des discours insensés.

QUATRIÈME DISCOURS D'ÉLIHOU

36 Puis Elihou continua et dit :

L'éducation divine

2 Supporte-moi un moment, je vais t'instruire.
Il y a d'autres choses à dire en faveur de Dieu.

3 Je vais tirer ma science de loin
pour justifier celui qui m'a fait.

4 Car certes mes discours ne mentent pas,
et c'est un homme au savoir sûr qui est près de toi.

5 Vois la noblesse de Dieu ! Lui ne dirait pas : « Je m'en moque »,
il est Très-Noble par la fermeté de ses décisions. [Voir Jb 7.16 ; 34.33.]

6 Il ne laisse pas en vie le méchant,
mais fait justice aux opprimés. [Dieu fait justice Jb 34.12.]

7 Il ne détourne pas ses yeux des justes.
Sont-ils avec les rois sur le trône
où il les a établis pour toujours ? Eux s'en grisent.

8 Et s'ils se trouvent prisonniers dans les chaînes,
s'ils sont pris dans les liens de l'oppression,

9 c'est qu'il a voulu dénoncer devant eux leurs œuvres
et leurs révoltes quand ils jouaient au héros.

10 Il a ouvert leur oreille à sa semonce
et leur a dit de se détourner du désordre. [Dieu détrône les rois Jb 34.24 ; Dn 4.25-34 ; 2 Ch 33.9-13.]

11 S'ils écoutent et se soumettent,
ils achèveront leurs jours dans le bonheur
et leurs années dans les délices.

12 Mais s'ils n'écoutent pas, ils s'offriront au javelot
et expireront sans s'en rendre compte. [Jb 33.18.]

13 Quant aux impies endurcis dans leur colère,
eux n'implorent pas, lorsqu'il les enchaîne.

14 Leur existence s'éteint en pleine jeunesse,
et leur vie s'achève parmi les prostitués. [Voir 1 R 14.24 et la note.]

15 Mais l'opprimé, il le sauve par l'oppression,
et par la détresse il lui ouvre l'oreille. [Jb 5.18.]

Appel à la célébration

16 Toi aussi, il a voulu te faire passer de la contrainte
aux grands espaces où rien ne gêne,
et la table qu'on t'y servira sera chargée de mets savoureux. [Dieu te mettra au large Gn 26.22 ; Ps 18.20.]

17 Mais si tu encours un verdict de condamnation,
verdict et jugement l'emporteront.

18 Que la menace du châtiment ne te pousse pas à la révolte !
Tu peux en soudoyer beaucoup ? Ne te fourvoie pas !

19 Tes richesses suffiront-elles ? Les lingots pas plus,
ni toutes les ressources de la force.

20 Ne soupire pas après cette nuit
où les peuples seront déracinés.

21 Garde-toi de te tourner vers le désordre
que tu préférerais à l'oppression. [Le texte des versets 18-21 est obscur et la traduction incertaine.]

22 Vois, Dieu est souverain dans sa puissance,
quel maître enseignerait mieux ?

23 Quelqu'un inspecte-t-il sa conduite,
quelqu'un lui dit-il : « Tu commets le mal » ? [Qui pourrait conseiller Dieu ? Jb 38.3 ; 40.7 ; Es 40.13-14.]

24 Songe à célébrer son œuvre
que chantent les hommes.

25 Tous les humains la contemplent,
de loin le mortel la distingue.

Le Seigneur de l'automne

26 Vois, Dieu est grand et nous ne comprenons pas.
Le nombre de ses ans est incalculable. [Grandeur incompréhensible de Dieu Ps 145.3.
— son âge incalculable Dn 7.9.]

27 Il attire les gouttes d'eau,
puis les filtre en pluie pour son déluge

28 que les nues déversent
et répandent sur la foule des hommes.

29 Qui prétendrait comprendre le déploiement des nuages,
et le tonnerre de sa voûte ? [Les phénomènes météorologiques Jb 38.22-38 ; Ps 147.16-18 ; Si 43.13-22.
— déploiement des nuages Ps 18.10-15.]

30 Vois, il a déployé sur eux sa foudre
et il a submergé les fondations de l'Océan. [Voir Ps 18.16.]

31 C'est par eux qu'il juge les peuples
et donne la nourriture en abondance. [il juge. autres traductions il dirige ou il gouverne ; les nuages et la pluie sont des moyens que Dieu utilise pour montrer qu'il domine le monde (voir 1 R 17.1).
— Dieu donne la nourriture Ps 104.13-15.]

32 Ses deux paumes, il les a couvertes de foudre,
et à celle-ci il a assigné une cible.

33 Son tonnerre annonce sa venue,
les troupeaux même pressentent son approche.

Le Seigneur de l'hiver

37 Mon cœur aussi en frémit
et bondit hors de sa place.

2 Ecoutez, écoutez donc vibrer sa voix,
et le grondement qui sort de sa bouche. [Ex 19.16-19 ; Ps 29 ; Jn 12.28-29.]

3 Sous tous les cieux il le répercute
et sa foudre frappe les extrémités de la terre. [Mt 24.27 par.]

4 Puis son rugissement retentit,
sa majesté tonne à pleine voix,
et il ne retient plus les éclairs
dès que sa voix s'est fait entendre.

5 Dieu tonne à pleine voix ses miracles,
il en fait de grandioses qui nous échappent.

6 Quand il dit à la neige : « Tombe sur la terre »,
quand il déclenche les averses,
les averses torrentielles,

7 il met sous scellés la main de chacun,
pour que les hommes qu'il a faits prennent conscience de ses actes. [il met sous scellés.... autre traduction il paralyse l'activité des hommes.]

8 La bête rentre en sa tanière
et se tapit dans son gîte.

9 L'ouragan, lui, sort de sa cellule,
et de la bise vient le gel.

10 Au souffle de Dieu se forme la glace
et les étendues d'eau se prennent.

11 Puis le beau temps emporte les nuages
et disperse les nuées chargées d'éclairs. [Jb 37.21.]

12 C'est lui qui les fait tournoyer en cercles
pour qu'elles accomplissent, selon ses desseins,
tout ce qu'il leur commande sur tout l'univers.

13 Qu'il s'agisse d'accabler ou d'arroser la terre
ou de la bénir, c'est eux qu'il délègue.

Le Seigneur de l'été

14 Prête l'oreille à cela, Job,
arrête-toi et considère les miracles de Dieu. [Ps 8.4 ; 111.2-4.]

15 Lorsque Dieu les projette, le sais-tu ?
Sais-tu quand il fait briller la foudre dans sa nuée ?

16 Sais-tu l'équilibre des nuages,
merveilles d'un savoir sûr ?

17 Toi dont les vêtements sont trop chauds
quand la terre s'alanguit sous le vent du midi,

18 l'assistais-tu pour laminer les nues,
solides comme un miroir de métal ? [Allusion à une conception ancienne selon laquelle le ciel était une voûte solide.]

19 Apprends-moi ce que nous pourrions lui dire !
- Mais nous ne pourrons argumenter à cause des ténèbres.

20 Quand je parle, faut-il qu'on l'en avise ?
Faut-il le lui dire pour qu'il en soit informé ? [Ps 139.4.]

21 Soudain, on ne voit plus la lumière,
elle est obscurcie par les nues,
puis un vent a soufflé et les a balayées. [Jb 26.13 ; 37.11.]

22 Du nord arrive une clarté d'or,
autour de Dieu, une effrayante splendeur. [Ex 24.16-17 ; Ez 1.4-28 ; Mt 17.2 par.]

23 C'est le Puissant que nous ne pouvions atteindre,
suprême en force et en équité,
il n'opprime pas celui en qui la justice abonde.

24 C'est pourquoi les hommes le craignent,
mais lui ne tient pas compte de ceux qui se croient sages. [Jb 5.13.]

LES DÉFIS DU SEIGNEUR

PREMIER DÉFI DU SEIGNEUR

38 Le Seigneur répondit alors à Job du sein de l'ouragan et dit : [Jb 9.17 ; comparer 2 R 2.1.]

Le souverain de la terre

2 Qui est celui qui dénigre la providence
par des discours insensés ?

3 Ceins donc tes reins, comme un brave :
je vais t'interroger et tu m'instruiras. [Ceindre ses reins (voir aussi Jb 40.7) signifie se préparer à affronter quelque chose (en particulier un combat).]

4 Où est-ce que tu étais quand je fondai la terre ?
Dis-le-moi puisque tu es si savant. [Jb 15.7.]

5 Qui en fixa les mesures, le saurais-tu ?
Ou qui tendit sur elle le cordeau ? [Jr 31.38-39 ; Za 1.16 ; Ap 11.1-2.]

6 En quoi s'immergent ses piliers,
et qui donc posa sa pierre d'angle [Voir Jb 9.6 et la note.
— les piliers de la terre Jb 9.6 ; 1 S 2.8 ; Ps 104.5.
— la pierre d'angle Ps 118.22 ; Mt 21.42 par. ; 1 P 2.6-7.]

7 tandis que les étoiles du matin chantaient en chœur
et tous les Fils de Dieu crièrent hourra ? [le chant des étoiles Za 4.7 ; Ba 3.34-35 ; voir Lc 19.40.
— les Fils de Dieu. voir Jb 1.6 et la note.]

Le souverain de la mer

8 Quelqu'un ferma deux battants sur l'Océan
quand il jaillissait du sein maternel, [l'Océan Jb 7.12.]

9 quand je lui donnais les brumes pour se vêtir,
et le langeais de nuées sombres.

10 J'ai brisé son élan par mon décret,
j'ai verrouillé les deux battants

11 et j'ai dit : « Tu viendras jusqu'ici, pas plus loin ;
là s'arrêtera l'insolence de tes flots ! » [Jr 5.22 ; Ps 104.9 ; Pr 8.29.]

12 As-tu, un seul de tes jours, commandé au matin,
et assigné à l'aurore son poste,

13 pour qu'elle saisisse la terre par ses bords
et en secoue les méchants ? [comme la maîtresse de maison qui, au matin, secoue une couverture ou un tapis pour en chasser les parasites.]

14 La terre alors prend forme comme l'argile sous le sceau,
et tout surgit, chamarré. [Autre traduction en habit (de cérémonie).]

15 Mais les méchants y perdent leur lumière,
et le bras qui s'élevait est brisé.

16 Es-tu parvenu jusqu'aux sources de la mer,
as-tu circulé au fin fond de l'abîme ? [Jon 2.7.]

17 Les portes de la mort te furent-elles montrées ?
As-tu vu les portes de l'ombre de mort ? [Jb 10.21 ; Es 38.10 ; Ps 107.18 ; Sg 16.13.]

18 As-tu idée des étendues de la terre ?
Décris-la, toi qui la connais tout entière.

Le souverain de la tempête

19 De quel côté habite la lumière,
et les ténèbres, où donc logent-elles,

20 pour que tu les accueilles dès leur seuil
et connaisses les accès de leur demeure ?

21 Tu le sais bien puisque tu étais déjà né
et que le nombre de tes jours est si grand ! [Jb 15.7.]

22 Es-tu parvenu jusqu'aux réserves de neige,
et les réserves de grêle, les as-tu vues, [Les phénomènes météorologiques Jb 36.27
— Jb 37.24.
— la grêle Ex 9.18-26 ; Jos 10.11 ; Es 30.30 ; Ps 78.47 ; Ap 16.21.]

23 que j'ai ménagées pour les temps de détresse,
pour le jour de lutte et de bataille ?

24 De quel côté se diffuse la lumière,
par où le sirocco envahit-il la terre ? [Voir Jb 27.21 et la note ; voir aussi Ex 14.21 ; Ps 48.8 ; Ac 27.20.]

25 Qui a creusé des gorges pour les torrents d'orage
et frayé la voie à la nuée qui tonne,

26 pour faire pleuvoir sur une terre sans hommes,
sur un désert où il n'y a personne,

27 pour saouler le vide aride,
en faire germer et pousser la verdure ?

28 La pluie a-t-elle un père ?
Qui engendre les gouttes de rosée ?

29 Du ventre de qui sort la glace ?
Qui enfante le givre des cieux ?

30 Alors les eaux se déguisent en pierre
et la surface de l'abîme se prend. [C'est-à-dire que l'eau devient glace.]

Le souverain de l'automne

31 Peux-tu nouer les liens des Pléiades
ou desserrer les cordes d'Orion, [les Pléiades, Orion, l'Ourse ; Dieu maître des astres Jb 9.9.]

32 faire apparaître les signes du zodiaque en leur saison,
conduire l'Ourse avec ses petits ?

33 Connais-tu les lois des cieux,
fais-tu observer leur charte sur terre ?

34 Te suffit-il de crier vers les nuages
pour qu'une masse d'eau t'inonde ? [1 R 17.1 ; 18.41-45.]

35 Est-ce quand tu les lâches que partent les éclairs
en te disant : Nous voici ? [Voir Ba 3.34-35.]

36 Qui a mis dans l'ibis la sagesse,
donné au coq l'intelligence ? [En Egypte, l'ibis était l'oiseau considéré comme capable d'annoncer la crue du Nil ; quant au coq, on pensait qu'il prédisait l'arrivée des pluies d'automne.]

37 Qui s'entend à dénombrer les nues
et incline les outres des cieux

38 tandis que la poussière se coule en limon
et que prennent les mottes ?

Le souverain des animaux

39 Est-ce toi qui chasses pour la lionne une proie
et qui assouvis la voracité des lionceaux,

40 quand ils sont tapis dans leurs tanières,
ou s'embusquent dans les fourrés ?

41 Qui donc prépare au corbeau sa provende
quand ses petits crient vers Dieu
et titubent d'inanition ? [Dieu nourrit les animaux sauvages Ps 104.21 ; 147.9.] 39 Sais-tu le temps où enfantent les bouquetins ?
As-tu observé les biches en travail, [bouquetins 1 S 24.3 ; Ps 104.18.
— biches en travail Ps 29.9.]

2 as-tu compté les mois de leur gestation,
et su l'heure de leur délivrance ?

3 Elles s'accroupissent, mettent bas leurs petits
et sont quittes de leurs douleurs.

4 Leurs faons prennent force et grandissent à la dure,
ils partent et ne leur reviennent plus.

5 Qui mit en liberté l'âne sauvage,
qui délia les liens de l'onagre [onagre. autre nom de l'âne sauvage ; voir Jb 6.5 ; 11.12 ; 24.5 ; Gn 16.12 ; Os 8.9.]

6 auquel j'ai assigné la steppe pour maison,
la terre salée pour demeure ? [Jr 17.6.]

7 Il se rit du vacarme des villes
et n'entend jamais l'ânier vociférer. [Voir Es 14.8.]

8 Il explore les montagnes, son pâturage,
en quête de la moindre verdure.

9 Le bison consentira-t-il à te servir,
passera-t-il ses nuits à ton étable ? [Le bison (ou buffle) Ps 22.22.]

10 L'astreindras-tu à labourer,
hersera-t-il derrière toi les vallons ?

11 Est-ce parce que sa force est grande que tu lui feras confiance
et que tu lui abandonneras ta besogne ? [Nb 23.22 ; Dt 33.17 ; Ps 92.11.]

12 Compteras-tu sur lui pour rentrer ton grain,
pour engranger ta récolte ?

13 L'aile de l'autruche bat allègrement,
mais que n'a-t-elle les pennes de la cigogne et ses plumes ? [En hébreu, le nom de la cigogne signifie aussi la fidèle ; le Seigneur l'oppose à l'autruche, qui abandonne ses œufs (v. 14).
— l'autruche Lv 11.16 ; Es 13.21 ; Mi 1.8.
— la cigogne Jr 8.7 ; Ps 104.17.]

14 Quand elle abandonne par terre ses œufs,
et les laisse chauffer sur la poussière,

15 elle a oublié qu'un pied peut les écraser,
une bête sauvage les piétiner.

16 Dure pour ses petits comme s'ils n'étaient pas les siens,
elle ne s'inquiète pas d'avoir peiné en pure perte. [Lm 4.3.]

17 C'est que Dieu lui a refusé la sagesse
et ne lui a pas départi l'intelligence.

18 Mais dès qu'elle se dresse et s'élance,
elle se rit du cheval et du cavalier.

19 Est-ce toi qui donnes au cheval la bravoure,
qui revêts son cou d'une crinière, [Ps 33.17 ; 147.10.]

20 qui le fais bondir comme la sauterelle ?
Son fier hennissement est terreur. [Voir Jl 2.4-5.]

21 Exultant de force, il piaffe dans la vallée
et s'élance au-devant des armes.

22 Il se rit de la peur, il ignore l'effroi,
il ne recule pas devant l'épée.

23 Sur lui résonnent le carquois,
la lance étincelante et le javelot.

24 Frémissant d'impatience, il dévore l'espace,
il ne se tient plus dès que sonne la trompette. [l'impatience du cheval Za 6.6-7.
— la sonnerie de trompette Nb 10.9.]

25 A chaque coup de trompette, il dit : Aha !
De loin, il flaire la bataille,
tonnerre des chefs et cri de guerre.

26 Est-ce par ton intelligence que s'emplume l'épervier
et qu'il déploie ses ailes vers le sud ? [Allusion aux migrations annuelles des oiseaux vers le sud ; ou au fait, encore observé au moyen âge, que l'épervier s'exposait au vent du sud pour que la chaleur facilite le renouvellement de son plumage ; l'épervier Lv 11.16.]

27 Est-ce sur ton ordre que l'aigle s'élève
et bâtit son aire sur les sommets ? [l'aigle Jb 9.26 ; Dt 28.49 ; Pr 23.5.
— son aire sur les sommets Jr 49.16 ; Ab 1.4.]

28 Il habite un rocher et il gîte
sur une dent de roc inexpugnable.

29 De là, il épie sa proie,
il plonge au loin son regard.

30 Ses petits s'abreuvent de sang,
là où il y a charnier, il y est. [Mt 24.28 ; Lc 17.37.]

L'apostrophe du Seigneur

40 Le Seigneur apostropha alors Job et dit :

2 Celui qui dispute avec le Puissant a-t-il à critiquer ?
Celui qui ergote avec Dieu voudrait-il répondre ? [disputer avec Dieu Jb 9.3.
— répondre Jb 38.3.]

PREMIÈRE RÉPONSE DE JOB

La main sur la bouche

3 Job répondit alors au Seigneur et dit :

4 Je ne fais pas le poids, que te répliquerai-je ?
Je mets la main sur ma bouche. [Je ne fais pas le poids Gn 18.27-32 ; Es 6.5.
— la main sur la bouche Jb 21.5.]

5 J'ai parlé une fois, je ne répondrai plus,
deux fois, je n'ajouterai rien.

SECOND DÉFI DU SEIGNEUR

6 Le Seigneur répondit alors à Job du sein de l'ouragan et dit : [Jb 9.17.]

La condamnation de Dieu

7 Ceins donc tes reins, comme un brave.
Je vais t'interroger et tu m'instruiras. [Jb 38.3.]

8 Veux-tu vraiment casser mon jugement,
me condamner pour te justifier ? [Jb 4.17.]

9 As-tu donc un bras comme celui de Dieu,
ta voix est-elle un tonnerre comme le sien ? [le bras de Dieu Ps 89.10-14 ; Lc 1.51.
— le tonnerre, voix de Dieu Jb 37.2-5 ; Ps 29.3-9.]

10 Allons, pare-toi de majesté et de grandeur,
revêts-toi de splendeur et d'éclat ! [Ps 93.1 ; 104.1-2.]

11 Epanche les flots de ta colère,
et d'un regard abaisse tous les hautains. [les flots de colère Nahum 1.6.
— abaisser les hautains Es 2.11-18 ; Pr 29.23.]

12 D'un regard fais plier tous les hautains,
écrase sur place les méchants.

13 Enfouis-les pêle-mêle dans la poussière,
bâillonne-les dans les oubliettes. [Es 14.9-15.]

14 Alors moi-même je te rendrai hommage,
car ta droite t'aura valu la victoire. [rendre hommage voir Ps 7.17 ; 18.50.
— la droite qui donne la victoire Ps 138.7.]

Le Bestial

15 Voici donc le Bestial. Je l'ai fait comme je t'ai fait.
Il mange de l'herbe, comme le bœuf. [le Bestial : animal fabuleux, décrit sous les traits de l'hippopotame. Il symbolise la force brutale, et souligne ainsi la toute-puissance de son créateur.
— Dieu les a faits tous les deux Gn 2.7,19 ; Qo 3.19-21.]

16 Vois quelle force dans sa croupe
et cette vigueur dans les muscles de son ventre !

17 Il raidit sa queue comme un cèdre,
ses cuisses sont tressées de tendons.

18 Ses os sont des tubes de bronze,
ses côtes du fer forgé.

19 C'est lui le chef-d'œuvre de Dieu,
mais son auteur le menaça du glaive. [le chef-d'œuvre de Dieu Pr 8.22.
— la menace du glaive Gn 3.24.]

20 Aussi est-ce du foin que lui servent les montagnes,
et autour de lui se jouent les bêtes des champs.

21 Il se couche sous les jujubiers,
sous le couvert des roseaux et des marais. [Ps 68.31.]

22 Les jujubiers le protègent de leur ombre,
les peupliers de la rivière l'entourent. [Buisson épineux et fourni qui prospère dans les lieux humides.]

23 Le fleuve se déchaîne, mais lui ne s'émeut pas.
Un Jourdain lui jaillirait à la gueule sans qu'il bronche.

24 Quelqu'un pourtant lui fera front et s'emparera de lui,
l'entravera et lui percera le naseau.

Le Tortueux

25 Et le Tortueux, vas-tu le pêcher à l'hameçon
et de ta ligne le ferrer à la langue ?

26 Lui passeras-tu un jonc dans le naseau,
perceras-tu d'un croc sa mâchoire ?

27 Est-ce toi qu'il pressera de supplications,
te dira-t-il des tendresses ?

28 S'engagera-t-il par contrat envers toi,
le prendras-tu pour esclave à vie ?

29 Joueras-tu avec lui comme avec un passereau,
le tiendras-tu en laisse pour tes filles ?

30 Vous associerez-vous pour le mettre aux enchères ?
Le débitera-t-on entre marchands ?

31 Vas-tu cribler sa peau de dards,
puis sa tête de harpons ?

32 Pose donc la main sur lui ;
au souvenir de la lutte, tu ne recommenceras plus !

41 Vois, devant lui l'assurance n'est qu'illusion,
sa vue seule suffit à terrasser.

2 Nul n'est assez téméraire pour l'exciter.
Qui donc alors oserait me tenir tête ? [Jb 9.4 ; 40.4 ; Lv 26.21,23,27 ; Nahum 1.6.]

3 Qui m'a fait une avance qu'il me faille rembourser ?
Tout ce qui est sous les cieux est à moi ! [Qui pourrait prêter à Dieu Rm 11.35.
— Tout est à Dieu Jb 34.13 ; Ex 19.5 ; Dt 10.14 ; 1 Co 10.26 ; voir 1 Co 3.21-23.]

4 Je ne tairai pas ses membres,
le détail de ses exploits, la beauté de sa structure.

5 Qui a ouvert par devant son vêtement,
qui a franchi sa double denture ?

6 Qui a forcé les battants de son mufle ?
Autour de ses crocs, c'est la terreur !

7 Quel orgueil ! de si solides boucliers !
bien clos, scellés, pressés ! [Il s'agit des écailles du crocodile.]

8 L'un touche l'autre,
et un souffle ne s'y glisserait pas.

9 Chacun colle à son voisin,
ils s'agrippent, inséparables.

10 De ses éternuements jaillit la lumière,
ses yeux sont comme les pupilles de l'aurore.

11 De sa gueule partent des éclairs,
des étincelles de feu s'en échappent. [Il crache du feu Ps 18.9 ; Ap 9.17-18.]

12 Une fumée sort de ses naseaux,
comme d'une marmite bouillante ou d'un chaudron.

13 Son haleine embrase les braises,
de sa gueule sortent des flammes.

14 Dans son cou réside la force,
devant lui bondit l'épouvante.

15 Les fanons de sa chair sont massifs,
ils ont durci sur lui, inébranlables.

16 Son cœur a durci comme la pierre,
il a durci comme la meule de dessous. [le cœur dur comme pierre voir Ez 11.19 ; 36.26.
— la meule de dessous. partie inférieure du moulin familial servant à moudre le grain ; elle était faite d'une pierre très dure.]

17 Quand il se dresse, les dieux prennent peur,
la panique les débande.

18 L'épée l'atteint sans trouver prise.
Lance, javeline, flèche...

19 Il tient le fer pour du chaume
et le bronze pour du bois pourri.

20 Les traits de l'arc ne le font pas fuir,
pour lui, les pierres de fronde se changent en paille.

21 La massue lui semble une paille
et il se rit du sifflement des sagaies.

22 Il a sous lui des tessons aigus,
comme une herse, il se traîne sur la vase. [Ez 29.3.]

23 Il fait bouillonner le gouffre comme un chaudron,
il change la mer en brûle-parfums. [Ez 32.2 ; voir Ps 69.3.]

24 Il laisse un sillage de lumière,
l'abîme a comme une toison blanche.

25 Sur terre, nul n'est son maître.
Il a été fait intrépide.

26 Il brave les colosses,
il est roi sur tous les fauves.

SECONDE RÉPONSE DE JOB

42 Job répondit alors au Seigneur et dit :

Vision et confession

2 Je sais que tu peux tout
et qu'aucun projet n'échappe à tes prises. [Mt 19.26 ; Mc 9.23 ; Lc 1.37 ; Ph 4.13.]

3 « Qui est celui qui dénigre la providence
sans y rien connaître ? »
Eh oui ! j'ai abordé, sans le savoir,
des mystères qui me confondent. [dénigrer la providence Jb 38.2.
— mystères Jb 11.6.]

4 « Ecoute-moi », disais-je, « à moi la parole,
je vais t'interroger et tu m'instruiras. »

5 Je ne te connaissais que par ouï-dire,
maintenant, mes yeux t'ont vu. [Jb 19.27.]

6 Aussi, j'ai horreur de moi et je me désavoue
sur la poussière et sur la cendre. [je me désavoue voir Jb 40.4.
— sur la poussière et la cendre Jb 2.8.]

ÉPILOGUE EN PROSE

Jugement des amis

7 Or, après qu'il eut adressé ces paroles à Job, le Seigneur dit à Elifaz de Témân : « Ma colère flambe contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job. [Jb 13.7-10 ; 27.4.]

8 « Maintenant prenez pour vous sept taureaux et sept béliers, allez trouver mon serviteur Job, et offrez-les pour vous en holocauste tandis que mon serviteur Job intercédera pour vous. Ce n'est que par égard pour lui que je ne vous traiterai pas selon votre folie, vous qui n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job. » [holocauste. voir au glossaire SACRIFICES.
— par égard pour Jb 22.30 ; voir Ez 14.20.]
9 Elifaz de Témân, Bildad de Shouah et Çofar de Naama s'en furent exécuter l'ordre du Seigneur, et le Seigneur eut égard à Job. [Gn 20.17 ; Es 53.12 ; Jc 5.16.]

Restauration de Job

10 Et le Seigneur rétablit les affaires de Job tandis qu'il était en intercession pour son prochain. Et même, le Seigneur porta au double tous les biens de Job. [Jb 8.7 ; Dt 30.3-5 ; Ps 90.15.]

11 Ses frères, ses sœurs et ses connaissances d'autrefois vinrent tous alors le visiter. Ils mangèrent le pain avec lui dans sa maison. Ils le plaignirent et le consolèrent de tout le malheur que lui avait envoyé le Seigneur. Et chacun lui fit cadeau d'une pièce d'argent et d'un anneau d'or. [Ses proches reviennent Pr 14.20 ; voir Jb 19.13-14.
— consolations Jb 2.11 ; 21.34 ; Gn 37.35 ; Mt 5.4 ; Jn 11.19.
— anneau d'or Gn 24.22.]

12 Le Seigneur bénit les nouvelles années de Job plus encore que les premières. Il eut quatorze mille moutons et six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses. 13 Il eut aussi sept fils et trois filles. 14 La première, il la nomma Tourterelle, la deuxième eut nom Fleur-de-Cannelle et la troisième Ombre-à-paupière. [En hébreu les trois noms sont Yemima, Qecia et Qéren-Happouk.
— L'ombre-à-paupière (ou kohl) est une crème grasse, de couleur sombre, utilisée pour se farder les paupières, les cils et les sourcils.]
15 On ne trouvait pas dans tout le pays d'aussi belles femmes que les filles de Job, et leur père leur donna une part d'héritage avec leurs frères. [Selon le droit israélite, les filles ne recevaient une part d'héritage que s'il n'y avait pas de fils, voir Nb 27.1-11.]

16 Job vécut encore après cela cent quarante ans, et il vit ses fils et les fils de ses fils jusqu'à la quatrième génération. 17 Puis Job mourut vieux et rassasié de jours.
[Jb 5.26 ; Gn 25.8.]

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