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TOB – Ruth

RUTH

INTRODUCTION

Le livre de Ruth, qui doit son nom à la principale héroïne du récit, narre l'histoire d'une famille de Bethléem s'expatriant au pays de Moab. Elimélek, époux de Noémi, y meurt bientôt ainsi que ses deux fils Mahlôn et Kilyôn qui avaient épousé deux Moabites, Ruth et Orpa. Au bout de dix ans Noémi revient à Bethléem, accompagnée de Ruth, tandis que Orpa retourne chez son peuple. Ruth va glaner dans le champ de Booz qui l'accueille avec bienveillance. Noémi, sachant que Booz a sur Ruth un droit de rachat, conseille à sa belle-fille d'inciter Booz à l'épouser. Celui-ci accède à la demande et, après le désistement d'un racheteur plus proche, prend Ruth pour femme. Elle lui donne un fils : Oved, le père de Jessé, père de David.

Dans la Bible hébraïque l'histoire de Ruth se range parmi les « Ketouvim » ou Ecrits. La Bible grecque et la Bible latine la placent à la suite des Juges, vraisemblablement à cause de l'indication chronologique contenue dans le premier verset.

La date du texte reste encore très discutée. Pour une date préexilique on a invoqué plusieurs raisons. Les coutumes juridiques rapportées dans le livre (droit de rachat, mariage léviratique ; voir la note sur 4.5) refléteraient une législation antérieure au Deutéronome. Le style du livre se rapprocherait de la prose classique de l'A.T. L'étude des noms propres suggérerait une origine ancienne. Une date postexilique paraît cependant préférable. L'auteur envisage comme bien lointaine l'époque des Juges. Il doit expliquer une vieille coutume tombée en désuétude. Quelques particularités linguistiques suggèrent une époque tardive. La théologie du livre (universalisme, conception de la rétribution et sens de la souffrance) se comprend mieux en climat postexilique. L'époque d'Esdras et de Néhémie conviendrait très bien au récit, favorable à la cause des mariages avec les étrangères contre les réformes rigoureuses d'Esd 9 et Ne 13.

Mais le livre de Ruth n'est pas une polémique. L'auteur évoque l'exemple de l'aïeule de David, une étrangère modèle de piété qui, par un mariage léviratique providentiellement conduit par le Seigneur, s'est introduite en toute légalité dans une famille israélite et, qui plus est, davidique. 1 S 22.3-4 signale des liens entre David et Moab.

A l'exception de la généalogie, 4.18-22, que l'on retrouve en 1 Ch 2.5-15 et qui paraît être une addition, l'unité littéraire du livre se révèle sans faille. Le récit se déroule selon une parfaite harmonie : quatre tableaux (Rt 1.6-18; 2.1-17 ; 3.1-15 ; 4.1-12), précédés d'une introduction (Rt 1.1-5), suivis d'une conclusion (Rt 4.13-17), mêlés d'intermèdes servant de transitions (Rt 1.19-22 ; 2.18-23 ; 3.16-18). Des parallélismes nombreux, des passages rythmés, des assonances et des allitérations courent à travers tout le livre et en font un chef-d'œuvre de la littérature. Notons encore les jeux de mots que contiennent les noms propres: Elimélek (Mon-Dieu-est-roi), Noémi (Ma-Gracieuse) contrastent singulièrement avec Mahlôn (Maladie) et Kilyôn (Fragilité) dont les noms annoncent une mort prochaine. Orpa pourrait évoquer la « nuque » qu'on tourne en parlant et symboliser la défection, tandis que Ruth, apparentée peut-être à « amie » mais plutôt à « réconfortée », annonce l'attachement ou le réconfort. Le nom de Booz (Force-en-lui) engendre un espoir, et celui de Mara (Amère) traduit la détresse. Quant à Oved, il signifie « serviteur », « servant » (sous-entendu : d'un dieu particulier ; ici : du Seigneur). Le changement de Noémi en Mara à 1.20 suggère clairement que l'auteur donne à ces noms propres une valeur symbolique.

Le livre de Ruth fait partie des cinq Rouleaux lus aux principales fêtes juives. Il est utilisé pour la fête de Pentecôte. L'a-t-on choisi à cet effet parce qu'il se situe au début de la moisson des orges ? Ou plus profondément parce que, la fête juive de Pentecôte célébrant le don de la Loi à Israël, le livre de Ruth étend ce don aux nations païennes, et la généalogie finale va même jusqu'à faire d'une étrangère l'ancêtre de David et par suite du Messie à venir ? On ne saurait le dire exactement. La tradition rabbinique a vu dans Ruth le modèle de la prosélyte, et l'expression « venir sous les ailes du Seigneur » (Rt 2.12) en vint à désigner la conversion au judaïsme.

Ruth figure dans la généalogie de Jésus, selon l'évangile de saint Matthieu, 1.5. Ce dernier trait souligne l'universalisme et le messianisme de notre récit.

RUTH

L'exil d'une famille et son retour

1 Il y eut une fois, au temps des Juges, une famine dans le pays. Du coup un homme de Bethléem de Juda émigra dans la campagne de Moab, lui, sa femme et ses deux fils. [au temps des Juges : c'est-à-dire aux environs de 1100 av. J.C. ; Jg 2.16 ; 21.25. — une famine Gn 12.10 ; 26.1 ; 43.1. — le pays : c'est-à-dire le pays d'Israël. — Bethléem de Juda Jg 17.7 ; 1 S 17.12 ; Mi 5.1 ; Mt 2.6 ; Lc 2.4 ; Jn 7.42. — Moab : plateau fertile situé à l'est de la mer Morte.]2 Cet homme s'appelait Elimélek ; sa femme Noémi et ses deux fils, Mahlôn et Kilyôn. C'étaient des Ephratéens de Bethléem de Juda. Ils arrivèrent donc dans la campagne de Moab et vécurent là. [Ces noms propres ont probablement une valeur symbolique : Elimélek signifie « Mon Dieu est roi », Noémi « Ma gracieuse », Mahlôn « Maladie », Kilyôn « Fragilité ». — Ephratéens : clan de Juda fixé dans la région de Bethléem, village situé à quelques km au sud de Jérusalem.]3 Voici que mourut Elimélek, le mari de Noémi ; et elle resta, elle et ses deux fils. 4 Ils prirent pour femmes des Moabites ; l'une s'appelait Orpa et la seconde Ruth. Ils demeurèrent là environ dix ans. [Moabites Nb 22.3 ; Jos 24.9 ; Jg 3.12,30. — Ruth : ce nom peut signifier « Amie » ou « Réconfortée ».]5 Puis Mahlôn et Kilyôn moururent aussi, tous les deux, et cette femme resta, sans ses deux enfants ni son mari.

6 Alors elle se leva, elle et ses belles-filles, et s'en revint de la campagne de Moab ; car elle avait entendu dire dans la campagne de Moab que le Seigneur s'était occupé de son peuple pour lui donner du pain. [du pain : en hébreu le terme correspondant fait jeu de mots avec Bethléem (Rt 1.2), nom qui signifie « Maison du pain ».]7 Aussi partit-elle de la localité où elle vivait avec ses deux belles-filles. Elles se mirent donc en chemin pour retourner au pays de Juda. 8 Mais Noémi dit à ses deux belles-filles : « Allez, retournez chacune chez sa mère. Que le Seigneur agisse envers vous avec fidélité comme vous avez agi envers les défunts et envers moi. [fidélité : autres traductions bonté, bienveillance ; Rt 2.20 ; 3.10 ; Gn 24.27 ; 1 S 26.23 ; Es 38.19 ; Ps 25.10 ; 100.5 ; Mt 23.23.]9 Que le Seigneur vous donne de trouver un état chacune chez son mari. » Et elle les embrassa. Alors elles élevèrent la voix et pleurèrent. [Autre traduction trouver une situation stable.]10 Puis elles lui dirent : « Non ! Avec toi nous retournerons à ton peuple ! » 11 Mais Noémi dit : « Retournez, mes filles. Pourquoi iriez-vous avec moi ? Ai-je encore des fils dans mon ventre qui deviendraient vos maris ? [Quand un homme mourait sans enfant, son frère, ou à défaut son plus proche parent, devait épouser la veuve pour assurer une descendance au défunt. C'est la coutume appelée lévirat. Voir Dt 25.5-10 ; Gn 38.6-8 ; Mt 22.24.]12 Retournez, mes filles, allez, car je suis trop vieille pour appartenir à un homme. Et même si je disais : “J'ai de l'espoir ; oui, j'appartiendrai cette nuit à un homme ; oui, j'enfanterai des fils”, 13 est-ce que pour autant vous attendriez qu'ils aient grandi ? Est-ce que pour autant vous vous abstiendriez d'appartenir à un homme ? Non, mes filles. Car pour moi l'amertume est extrême, plus que pour vous ; c'est contre moi que s'est manifestée la poigne du Seigneur. » [l'amertume Rt 1.20. — la poigne du Seigneur Ex 9.3 ; Dt 2.15 ; 1 S 12.15 ; 2 S 24.17 ; Ez 13.9.]

14 Alors elles élevèrent la voix et pleurèrent encore. Puis Orpa embrassa sa belle-mère. Mais Ruth s'attacha à elle. [Après Orpa embrassa sa belle-mère, l'ancienne version grecque précise et retourna vers son peuple. — s'attacha à elle ou décida de rester avec elle.]15 Alors elle dit : « Vois, ta belle-sœur s'en est retournée vers son peuple et vers ses dieux. Retourne, à la suite de ta belle-sœur. » [Jos 24.15 ; 1 R 11.7.]

16 Mais Ruth dit : « Ne me presse pas de t'abandonner, de retourner loin de toi ; car
où tu iras j'irai,
et où tu passeras la nuit je la passerai ;
ton peuple sera mon peuple
et ton dieu mon dieu ;

17 où tu mourras je mourrai,
et là je serai enterrée.
Le Seigneur me fasse ainsi et plus encore
si ce n'est pas la mort qui nous sépare ! » [Voir 1 S 14.44 et la note.]

18 Voyant qu'elle s'obstinait à aller avec elle, elle cessa de lui en parler. [Ou Noémi cessa d'insister.]

19 Elles marchèrent donc toutes deux jusqu'à ce qu'elles arrivent à Bethléem. Voilà que, lorsqu'elles arrivèrent à Bethléem, toute la ville fut en ébullition à leur sujet. Les femmes disaient : « C'est Noémi ? » 20 Mais elle leur dit : « Ne m'appelez pas Noémi ! Appelez-moi Mara ! Car le Puissant m'a rendue amère à l'extrême. [Mara, c'est-à-dire « Amère », jeu de mots entre Mara et le verbe hébreu traduit par m'a rendue amère qui reprend le thème du verset 13. — le Puissant (ou Shaddaï) d'après l'hébreu : nom divin typique de l'époque des Patriarches. Voir le v. 21 et Gn 17.1 et la note.]

21 C'est comblée que j'étais partie,
et démunie me fait revenir le Seigneur.
Pourquoi m'appelleriez-vous Noémi,
alors que le Seigneur a déposé contre moi
et que le Puissant m'a fait du mal ? » [démunie Rt 3.17 ; Jb 1.21. — a déposé ou a témoigné. — m'a fait du mal
Ex 5.22-23 ; Nb 11.11  ; Jos 24.20 ; Za 8.14 ; Es 45.7.]

22 Ainsi revint Noémi, et avec elle Ruth la Moabite, sa belle-fille, celle qui est revenue de la campagne de Moab : elles arrivèrent à Bethléem au début de la moisson de l'orge. [C'est-à-dire en avril-mai.]

La rencontre

2 Or Noémi avait un parent du côté de son mari, un notable fortuné, de la famille d'Elimélek, qui s'appelait Booz. [Booz : ce nom peut signifier « En lui est la force » ; Mt 1.5.]2 Ruth la Moabite dit à Noémi : « Je voudrais bien aller aux champs glaner des épis, derrière quelqu'un qui me considérerait avec faveur. » Elle répondit : « Va, ma fille. » [Gn 6.8 ; Nb 32.5 ; 1 S 25.8 ; Est 7.3 ; Lc 1.30.]3 Elle alla donc et entra glaner dans un champ derrière les moissonneurs. Sa chance fut de tomber sur une parcelle de terre appartenant à Booz de la famille d'Elimélek. [Les pauvres avaient l'autorisation de ramasser les épis oubliés par les moissonneurs (voir Lv 19.9-10 ; Dt 24.19-21).]4 Or voici que Booz arriva de Bethléem. Il dit aux moissonneurs : « Le Seigneur soit avec vous ! » Ils lui dirent : « Le Seigneur te bénisse ! » [Jg 6.12 ; 1 S 20.13 ; 2 Tm 3.16.]5 Alors Booz dit à son chef des moissonneurs : « A qui est cette jeune femme ? » 6 Le chef des moissonneurs répondit en disant : « C'est une jeune femme moabite, celle qui est revenue avec Noémi de la campagne de Moab. 7 Elle a dit : “Je voudrais bien glaner et ramasser entre les javelles derrière les moissonneurs.” Elle est venue et s'est tenue là depuis ce matin jusqu'à présent ; ceci est sa résidence ; la maison l'est peu ! » [La traduction de ce verset difficile est très discutée. Selon celle adoptée ici, Ruth a travaillé sans prendre le temps de se reposer à la maison.]8 Alors Booz dit à Ruth : « Tu entends, n'est-ce pas, ma fille ? Ne va pas glaner dans un autre champ ; non, ne t'éloigne pas de celui-ci. Aussi t'attacheras-tu à mes domestiques. [Autre traduction te joindras-tu à mes servantes.]9 Ne quitte pas des yeux le champ qu'ils moissonnent et va derrière eux. J'ai interdit aux jeunes gens de te toucher, n'est-ce pas ? Quand tu auras soif, tu iras aux cruches et tu boiras de ce que les domestiques auront puisé. » 10 Alors elle se jeta face contre terre et se prosterna ; et elle lui dit : « Pourquoi m'as-tu considérée avec faveur jusqu'à me reconnaître, moi une inconnue ? » [se jeta face contre terre et se prosterna : geste habituel devant Dieu ou un grand personnage Gn 17.3 ; Lv 9.24 ; 2 S 14.4,22. — La traduction cherche dans ce verset à reproduire le jeu de mots que l'on trouve en hébreu entre les termes rendus par reconnaître et inconnue.]11 Booz lui répondit en disant : « On m'a conté et reconté tout ce que tu as fait envers ta belle-mère après la mort de ton mari, comment tu as abandonné ton père et ta mère et ton pays natal pour aller vers un peuple que tu ne connaissais ni d'hier ni d'avant-hier. [C'est-à-dire vers un peuple que tu n'avais jamais connu ; voir Ex 4.10 et la note. — tu as abandonné ton père Rt 1.14-19 ; Gn 2.24 ; 24.7 ; Mt 19.29. — ton pays natal Gn 12.1 ; 24.7.]12 Que le Seigneur récompense pleinement ce que tu as fait, et que ton salaire soit complet de par le Seigneur, le Dieu d'Israël, sous la protection de qui tu es venue chercher refuge. » [ton salaire : autre traduction ta récompense. — sous la protection... : l'hébreu exprime ici cette idée sous forme imagée sous les ailes de qui tu es venue chercher refuge ; voir Ps 17.8 ; 91.1,4 ; Mt 23.37.]13 Elle dit alors : « Considère-moi avec faveur, maître, puisque tu m'as consolée et puisque tu as parlé au cœur de ta servante ; et pourtant, moi, je ne serai pas comme une de tes servantes ! » [Gn 50.21 ; Es 40.2 ; Os 2.16.]

14 Puis, au moment du repas, Booz lui dit : « Approche ici pour manger du pain et tremper ton morceau dans la vinaigrette. » Alors elle s'assit à côté des moissonneurs. Il lui tendit du grain grillé. Elle mangea, fut rassasiée et en eut de reste. 15 Puis elle se leva pour glaner. Alors Booz donna cet ordre à ses domestiques : « Même parmi les javelles elle glanera. Vous ne lui ferez pas d'affront. 16 Pour sûr, vous tirerez même pour elle des épis hors des brassées et les abandonnerez : elle les glanera, et vous ne lui ferez pas de reproche. »

17 Elle glana donc dans le champ jusqu'au soir. Puis elle battit ce qu'elle avait glané : il y eut à peu près quarante litres d'orge. 18 Elle l'emporta et rentra en ville. Sa belle-mère vit ce qu'elle avait glané. Ce qui lui était resté une fois rassasiée, elle le sortit et le lui donna. 19 Sa belle-mère lui dit :
« Où as-tu glané aujourd'hui ? Où as-tu travaillé ?
Béni soit celui qui t'a reconnue ! »
Alors elle raconta à sa belle-mère chez qui elle avait travaillé ; et elle dit : « L'homme chez qui j'ai travaillé aujourd'hui s'appelle Booz. » 20 Alors Noémi dit à sa belle-fille :
« Béni soit-il du Seigneur, celui qui n'abandonne sa fidélité
ni envers les vivants ni envers les morts. »
Puis Noémi lui dit : « Cet homme nous est proche ; c'est un de nos racheteurs. » [La phrase est ambiguë : celui qui n'abandonne pas sa fidélité peut être soit le Seigneur soit Booz. — Béni soit-il du Seigneur Rt 3.10 ; 2 S 2.5. Celui qu'on appelait le racheteur était le proche parent d'un défunt. Il avait une priorité pour racheter la terre de celui-ci et la conserver dans la famille. Voir Rt 3.9 ; 4.1,8,14 ; Ex 6.6 ; 2 S 14.11 ; Jr 32.7-9.]21 Ruth la Moabite dit : « Il m'a dit aussi : Tu t'attacheras à mes domestiques jusqu'à ce qu'ils aient achevé toute ma moisson. » 22 Alors Noémi dit à Ruth sa belle-fille : « C'est bien, ma fille, que tu sortes avec ses domestiques, et qu'on ne te rudoie pas dans un autre champ. » 23 Elle s'attacha donc aux domestiques de Booz pour glaner jusqu'à l'achèvement de la moisson de l'orge puis de la moisson du blé. Elle demeurait avec sa belle-mère. [Deux ou trois semaines après celle de l'orge : voir la note sur Rt 1.22.]

La nuit sur l'aire

3 Noémi sa belle-mère lui dit : « Ma fille, n'ai-je pas à chercher pour toi un état qui te rende heureuse ? [chercher un état Rt 1.9.]2 Et maintenant, n'est-il pas notre parent, ce Booz avec les domestiques de qui tu as été ? Le voici qui vanne l'orge sur l'aire cette nuit. [qui vanne : voir la note sur Ps 1.4. — l'aire : voir Nb 18.27 et la note.]3 Lave-toi donc, parfume-toi, mets ton manteau et descends sur l'aire. Mais ne te fais pas connaître de cet homme jusqu'à ce qu'il ait achevé de manger et de boire. [Préparatifs de fiançailles : voir Ez 16.9.]4 Quand il se couchera, tu sauras le lieu où il se couche : arrive, découvre ses pieds et couche-toi. Lui t'indiquera ce que tu auras à faire. » 5 Elle lui dit : « Je ferai tout ce que tu m'as dit. »

6 Elle descendit donc sur l'aire et fit tout à fait comme le lui avait commandé sa belle-mère. 7 Booz mangea et but, et son cœur fut heureux ; et il vint se coucher au bord du tas. Alors elle vint furtivement, découvrit ses pieds et se coucha. [fut heureux : cette expression ne laisse pas entendre que Booz est ivre mais simplement qu'il se sent bien. — tas : il surveille le tas d'orge ou de grain pendant la nuit.]8 Puis, au milieu de la nuit, l'homme eut un frisson ; il se pencha donc en avant : voici qu'une femme était couchée à ses pieds ! 9 « Qui es-tu ? » dit-il. Elle dit : « C'est moi, Ruth, ta servante. Epouse ta servante, car tu es racheteur. » [L'hébreu exprime cette idée par l'image suivante : étends l'aile de ton manteau sur ta servante, geste de protection et signe d'union conjugale. Comparer Rt 2.12 ; Ez 16.8 et les notes. — ta servante 1 S 25.41 ; Lc 1.38.]10 Alors il dit : « Bénie sois-tu du Seigneur, ma fille. Tu as montré ta fidélité de façon encore plus heureuse cette fois-ci que la première, en ne courant pas après les garçons, pauvres ou riches. [Voir Rt 1.8 et la note.]11 Maintenant donc, ma fille, n'aie pas peur. Tout ce que tu diras je le ferai pour toi. Car tout le monde chez nous sait bien que tu es une femme de valeur. [Pr 12.4 ; 31.10 ; Si 26.1-3.]12 Maintenant il est vrai que, si je suis racheteur, il y a cependant un autre racheteur plus proche que moi. [Voir Rt 2.20 et la note.]13 Passe donc la nuit. Au matin, s'il te rachète, bon, qu'il rachète. Mais s'il ne désire pas te racheter, alors moi je te rachèterai, aussi vrai que le Seigneur est vivant ! Couche-toi jusqu'au matin. » [Dt 25.5 ; Mt 22.24.]

14 Elle se coucha donc à ses pieds jusqu'au matin. Mais elle se leva avant qu'on puisse se reconnaître l'un l'autre. Car il disait : « Qu'on ne sache pas que cette femme est venue sur l'aire ! » 15 Il dit : « Donne la cape qui est sur toi ; tiens-la. » Elle la tint donc. Alors il mesura vingt litres d'orge et l'en chargea. Puis il rentra en ville. 16 Elle rentra alors chez sa belle-mère, qui dit : « Qu'es-tu devenue, ma fille ? » Elle lui raconta tout ce que cet homme avait fait pour elle. 17 Et elle dit : « Il m'a donné ces vingt litres d'orge, car, m'a-t-il dit : tu ne rentreras pas démunie chez ta belle-mère. » 18 Noémi dit : « Demeure, ma fille, jusqu'à ce que tu saches comment l'affaire aboutira. Car cet homme n'aura de cesse qu'il n'ait conclu cette affaire aujourd'hui même. »

Le mariage et l'enfant

4 Booz était monté au tribunal et s'y était assis. Voici que vint à passer le racheteur dont Booz avait parlé. Booz dit : « Un Tel, arrête donc, assieds-toi donc ici ! » Celui-ci s'arrêta et s'assit. [au tribunal : autre traduction à la porte de la ville ; c'est là qu'avaient lieu réunions, jugements, marchés, affaires de toutes sortes. — racheteur : voir Rt 2.20 et la note.]2 Alors Booz prit dix hommes parmi les anciens de la ville et dit : « Asseyez-vous ici. » Ils s'assirent. [Booz requiert des témoins (voir v. 10-11) pour l'affaire qui va se dérouler.]3 Puis il dit au racheteur : « Noémi, celle qui est revenue de la campagne de Moab, vend une parcelle de terre qui était à notre frère Elimélek. [Ou à notre parent.]4 Et moi j'ai dit que je te mettrais au courant en disant : “Acquiers, en présence des habitants et en présence des anciens de mon peuple.” Si tu veux racheter, rachète. Mais si tu ne veux pas racheter, indique-le-moi donc, que je le sache ; car nul excepté toi ne peut racheter ; moi, je suis après toi. » Il dit : « Moi, je veux racheter. » 5 Alors Booz dit : « Le jour où tu acquiers le champ de la main de Noémi, tu acquiers aussi Ruth la Moabite, la femme du défunt pour relever le nom du défunt sur son patrimoine. » [Booz rappelle que celui qui a droit de racheter la terre d'Elimélek (voir Rt 2.20 et la note) doit se soumettre aussi à la règle du lévirat (voir Rt 1.11 et la note) et épouser Ruth. — relever le nom Gn 38.8 ; Dt 25.5-7.]6 Alors le racheteur dit : « Je ne peux pas racheter pour moi, sinon je ruinerais mon patrimoine. Toi rachète pour toi mon droit de rachat, puisque je ne peux pas racheter. »

7 Ainsi en était-il autrefois en Israël, à propos du rachat et à propos de l'échange, pour enlever toute affaire : l'un ôtait sa sandale et la donnait à l'autre. Ainsi en était-il de l'attestation en Israël. [Ce geste exprime que l'on renonce au droit de propriété.]8 Le racheteur dit donc à Booz : « Acquiers pour toi ! » Et il ôta sa sandale. 9 Alors Booz dit aux anciens et à tout le peuple : « Vous êtes témoins aujourd'hui que j'acquiers de la main de Noémi tout ce qui était à Elimélek et tout ce qui était à Kilyôn et Mahlôn, 10 et que j'acquiers aussi pour moi comme femme Ruth la Moabite, la femme de Mahlôn, afin de relever le nom du défunt sur son patrimoine, pour que le nom du défunt ne soit effacé chez ses frères ni au tribunal de localité. Vous en êtes témoins aujourd'hui. » [Voir Rt 4.1 et la note.]11 Alors tout le peuple qui était au tribunal et les anciens dirent : « Témoins ! Que le Seigneur rende la femme qui entre dans ta maison comme Rachel et comme Léa qui ont bâti, elles deux, la maison d'Israël. Fais fortune en Ephrata et proclame un nom en Bethléem : [Rachel, Léa Gn 29 ; 35.16-26.]12 qu'ainsi, par la descendance que le Seigneur te donnera de cette jeune femme, ta maison soit comme la maison de Pèrèç que Tamar enfanta à Juda ! » [Pèrèç est un ancêtre de Booz (voir Rt 4.18-21 ; 1 Ch 2.5,9-12). — Tamar Gn 38.29 ; Mt 1.3.]

13 Alors Booz prit Ruth et elle devint sa femme. Il vint vers elle ; le Seigneur lui accorda une grossesse, et elle enfanta un fils. [lui accorda Gn 29.31 ; 30.22.]14 Aussi les femmes dirent-elles à Noémi :
« Béni soit le Seigneur
qui ne te laisse plus manquer aujourd'hui d'un racheteur
dont le nom soit proclamé en Israël ! [Le racheteur désigne ici l'enfant qui assurera la descendance mâle d'Elimélek.]

15 Il ranimera ta vie
et il assurera tes vieux jours,
puisque ta belle-fille qui t'aime l'a enfanté :
elle vaut mieux pour toi que sept fils. »

16 Alors Noémi prit l'enfant et le mit sur sa poitrine et elle devint sa tutrice. [Peut-être geste d'adoption (voir Gn 30.3-8 ; 48.5-12 ; 50.23).]17 Les voisines proclamèrent un nom pour lui en disant : « Un fils est né à Noémi ! » Elles proclamèrent son nom : « Oved ». Il fut le père de Jessé, père de David. [Un fils est né Es 9.5. — Oved signifie Serviteur ; c'est peut-être une forme abrégée d'Ovadia, qui signifie Serviteur du Seigneur.]

18 Voici les générations de Pèrèç : Pèrèç engendra Hèçrôn ; [1 Ch 2.5-15 ; Mt 1.3-6 ; Lc 3.31-33.]19 Hèçrôn engendra Ram ; Ram engendra Amminadav ; 20 Amminadav engendra Nahshôn ; Nahshôn engendra Salma ; [Nahshôn Nb 1.7 ; 2.3.]21 Salma engendra Booz ; Booz engendra Oved ; 22 Oved engendra Jessé, et Jessé engendra David.[David 1 S 17.12 ; Mt 1.6.]

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