
TOB – Tobie
TOBIT
INTRODUCTION
Le livre de Tobit est un des joyaux de la littérature juive. Roman populaire empruntant à la tradition de sagesse du monde païen qui l'environne, œuvre d'édification nourrie des écrits bibliques, dans sa richesse même, il témoigne de la vitalité humaine et religieuse du judaïsme dans les siècles qui suivirent l'Exil.
Contenu du livre
Deux familles juives apparentées se trouvent déportées en Assyrie. Toutes deux sont restées d'une fidélité scrupuleuse à la Loi, mais voici que le malheur les frappe de manière incompréhensible. Tobit, le chef de la première, perd sa situation et devient aveugle. Sara, la fille unique de l'autre famille, est possédée d'un démon qui tue tous ses prétendants la nuit même des noces. Dieu entend la prière de l'un et de l'autre et décide de les guérir par l'intermédiaire de l'ange Raphaël (« Dieu guérit »). Envoyé par son père Tobit récupérer une somme d'argent jadis déposée en Médie, le jeune Tobias engage un guide qui n'est autre que Raphaël, lequel a pris apparence humaine. Les conseils de l'ange permettent au jeune homme d'épouser et de sauver Sara, puis de guérir son vieux père. Raphaël révèle alors son secret et disparaît. Le récit s'achève dans l'action de grâce et les perspectives du salut à venir.
Un roman populaire
Au premier aspect, le récit donne l'impression d'être strictement historique par l'abondance des détails sur les temps, les lieux, les personnes et les grands épisodes de l'histoire commune de l'Assyrie et d'Israël entre 734 et 612 avant J.C. (1 ; 14), mais nombre de données ne résistent pas à l'examen critique. Visiblement l'auteur ne connaît que de loin les rois dont il parle (Tb 1.2 ; 1.15) et il n'a pas voyagé dans les régions qu'il décrit (Tb 5.6). Il veut seulement conférer vraisemblance et autorité à son récit.
En fait, c'est un conteur qui aime le pittoresque et les détails pris sur le vif. Bien des passages évoquent l'expérience familière de la vie (Tb 5.17-23 ; 6.1 ; 8.11-14 ; 10.1-7 ; 11.4). Les faits s'enchaînent avec art. Tout arrive à point nommé, ce qui donne à l'ensemble un petit air de conte.
Aux sources du livre de Tobit: la tradition sapientiale
De façon explicite, l'auteur du livre de Tobit se réfère à la Sagesse d'Ahikar, œuvre littéraire très connue dans le monde antique. Ahikar est probablement un personnage historique, ministre des rois d'Assyrie, quelque peu embelli par la légende. Comme il était sans enfants, il adopte, pour lui succéder à la cour, son neveu Nadan. Il le forme à la sagesse par une série d'avis en forme de maximes. Mais Nadan, une fois associé aux affaires (Tb 11.19), fait fi de la sagesse reçue et, par ses calomnies, envoie son bienfaiteur au supplice. Sauvé par les amis que lui a valus sa sagesse et finalement réhabilité, Ahikar adresse à son neveu une série de reproches en forme de paraboles, avant de le faire jeter en prison (Tb 14.10).
Dans le livre de Tobit, cet Ahikar apparaît comme le propre neveu de Tobit (Tb 1.22). De plus, la structure même de l'histoire de Tobit semble calquée sur celle de la Sagesse d'Ahikar. Comme Ahikar, Tobit a connu la faveur, puis la disgrâce du roi d'Assyrie (Tb 1.13-20) ; comme lui, il adresse à son fils deux séries de maximes (Tb 4.3-19; 14.8-11), dont certaines semblent empruntées à Ahikar lui-même (Tb 4.10,15,17,19). Mais là où Nadan a trahi, le jeune Tobias se montrera fidèle à la sagesse reçue. Ainsi se précise le genre littéraire de notre livre: roman populaire certes, mais à prétention didactique et sapientiale.
Un enseignement pour les Juifs de la Dispersion
A travers l'histoire de Tobit et de Tobias, les déportés types, c'est un enseignement religieux que l'auteur veut donner à ses frères isolés au milieu des nations.
La Providence de Dieu et les anges
Les épreuves qu'un croyant pourrait prendre pour l'effet d'une succession de hasards cruels ne sont en fait que les moyens que Dieu utilise pour faire aboutir un dessein préalable, un secret, qui ne sera révélé qu'à la fin. L'exaucement céleste de Tobit et de Sara (Tb 3.16-17) et la révélation de Raphaël (Tb 12.11-15) constituent les deux pôles du récit.
Les exécuteurs des desseins de Dieu sont les anges. Le livre de Tobit est le témoin du progrès de cette croyance pendant l'Exil, spécialement sous l'influence perse. Nulle part dans l'Ancien Testament on ne voit d'ange prendre allure si humaine, comme pour ne pas imposer l'action divine à la liberté de l'homme.
Des règles de conduite
Les conseils donnés par Tobit à son fils (Tb 4.3-21 ; 14.8-11) sont une des clés du livre. Le contenu en est révélateur. Il s'agit des principes qui permettront au Juif en terre étrangère de garder son identité et de rester ce juste que Dieu secourt. La plupart trouvent leur illustration concrète dans quelque action des protagonistes du récit.
La famille et le mariage
La famille est la cellule irremplaçable où se transmet l'héritage spirituel de la nation (Tb 1.8 ; 4.19 ; 14.3,8-9). Sa cohésion doit être assurée, surtout par le respect des parents (Tb 1.8 ; 3.10,15 ; 4.3-4 ; 6.15 ; 14.12-13). Mais le risque est grand pour les déportés de se laisser assimiler aux nations par le jeu des mariages mixtes. Le mariage est donc au cœur des conseils de Tobit à son fils (Tb 4.12-13) comme il est au centre du livre lui-même (6 — 8), qui est finalement l'histoire d'un mariage selon la volonté de Dieu.
Les bonnes œuvres
La fidélité à Dieu est première (Tb 1.12 ; 2.2 ; 4.5 ; 14.8-9), mais c'est dans les faits qu'elle doit se traduire, dans une observance minutieuse de la Loi, revue par la tradition orale (Tb 1.8). L'éloignement du Temple conduit à mettre l'accent sur les devoirs personnels et privés envers Dieu et le prochain. Le prochain de Tobit se limite encore à sa famille et à ses frères de race (Tb 1.3,16,17 ; 2.2 ; etc.). Nul frère juif ne doit manquer des services qu'on se rend dans une vraie famille: assistance (Tb 1.17 ; 2.2,10 ; 4.16), juste rétribution (Tb 4.14 ; 5.3,7,10,15 ; 12.1), sépulture (Tb 1.17-18 ; 2.3-8). Mais l'aumône et la prière l'emportent sur tout autre devoir.
Moyen de cohésion de la communauté, l'aumône (Tb 1.16 ; 4.7-8,16 ; 14.8-9) constitue aussi pour qui la pratique un trésor, une expiation, un sacrifice agréable à Dieu (Tb 4.9-11 ; 14.8-11). La prière, elle, est vue comme une disposition constante d'accueil de Dieu (Tb 4.19). Formulée dans les circonstances les plus diverses de désespoir (Tb 3.1-6,11-15), d'inquiétude (Tb 8.5-8) et de joie (Tb 8.15-17 ; 11.14), cette prière consiste à bénir Dieu et à lui rendre grâce, puisqu'il est juste en toutes ses actions (Tb 3.2).
L'évocation de la vie des patriarches...
L'ambiance du livre de Tobit est patriarcale : c'est au cours d'un voyage que Tobias trouve une épouse comme jadis Isaac et Jacob. Tobias est perdu pour ses parents, comme Joseph le fut pour Jacob. Sara semble vouée à rester sans enfants, comme son ancêtre du même nom. Tobit est visité par un ange, comme Abraham à Mamré.
L'analogie va jusqu'aux termes mêmes du récit. Certains détails sont empruntés presque mot pour mot à la Genèse: la rencontre (Tb 7.3-4 et Gn 29.4-6), l'amour qui naît (Tb 6.19 et Gn 24.67), la conclusion du mariage (Tb 7.12-13 et Gn 24.33,50-51).
L'errance des patriarches se poursuit dans celle des déportés, mais Dieu veille sur le moindre des Juifs comme il avait veillé sur les ancêtres, jusqu'à ce que soit enfin venu le jour de retourner sur « la terre d'Abraham » (Tb 14.7).
...dans la lumière des prophètes
Tobit relit son destin personnel et celui de ses frères déportés à la lumière des prophètes. Derrière lui, faisant écho à la prophétie de Natan, il y a le souvenir de Jérusalem et de son roi (Tb 1.4 ; voir aussi 5.14). Les malheurs qu'il subit avec ses frères sont le châtiment annoncé par Amos à Israël pécheur (Tb 2.6). L'avenir reste un instant fermé et on serait tenté de donner à la cécité de Tobit un sens symbolique. Mais par Tobias Dieu lui rouvre les yeux du corps et de l'esprit et Tobit devient lui-même prophète, appelant la nation tout entière à la conversion et lui annonçant le salut promis par les prophètes (13). Jérusalem et le Temple seront rebâtis dans une splendeur éclatante et deviendront le centre des nations (Tb 13.10-18; 14.3-7).
Sur cet arrière-fond patriarcal et prophétique, la fidélité quotidienne à la sagesse de Moïse et des anciens acquiert un sens nouveau : préparer le retour promis en terre d'Abraham par le chemin même qui permit aux ancêtres d'y entrer.
Texte, langue originale et date
Le texte du livre de Tobit ne nous est parvenu qu'en traduction et sous trois formes assez différentes:
1. Une forme longue, conservée par un seul manuscrit grec du IVe siècle, le Sinaïticus. Ce texte long est de tonalité sémitique, très coloré et cohérent. On est enclin à le considérer comme le plus proche de l'original perdu. C'est lui que nous suivons toujours pour la traduction.
2. Une forme brève, représentée par la foule des manuscrits grecs. C'est, semble-t-il, une révision du texte précédent, destinée à présenter une édition abrégée et plus claire. Ce texte est utilisé dans les Eglises grecques et dans certaines traductions modernes. Il nous servira à combler deux lacunes manifestes du texte long aux chapitres 4 et 13.
3. Une dernière forme mérite d'être signalée, c'est la Vulgate latine, traduction effectuée par saint Jérôme sur un original araméen et encore utilisée par les catholiques dans la liturgie, travail hâtif qui nous renseigne autant sur les convictions ascétiques du traducteur que sur les nuances du texte original.
Pour ce qui est de la langue originale, l'étude des sémitismes du texte long pourrait donner la préférence à l'araméen, mais l'hypothèse d'un original hébreu n'en est pas écartée pour autant.
Les idées religieuses du livre, l'utilisation qu'il fait des prophètes le situent clairement après l'Exil. Les analogies avec le Siracide écrit vers 190, l'idéal de piété qui annonce celui des Pharisiens suggèrent une date aux environs de 200 avant J.C.
TOBIT
Prologue
1 Livre des actes de Tobit, fils de Tobiel, fils d'Ananiel, fils d'Adouël, fils de Gabaël, fils de Raphaël, fils de Ragouël, de la descendance d'Ariel, de la tribu de Nephtali, [Livre des actes ou Histoire.
— Nephtali : voir Jos 19.32 et la note.]2 qui, au temps de Salmanasar, roi d'Assyrie, fut déporté de Thisbé, laquelle se trouve au sud de Kydios de Nephtali, en Haute-Galilée, au-dessus d'Aser, en retrait vers l'ouest, au nord de Phogor. [Salmanasar V fut roi d'Assyrie en 726-722 av. J.C. D'après 2 R 15.29, ce fut son prédécesseur, Tiglath-Piléser III, qui déporta les habitants de Nephtali en Assyrie.
— Kydios de Nephtali, c'est-à-dire Qédesh-Nephtali.
— Aser, c'est-à-dire Haçor.]
La vie pieuse de Tobit
3 Moi, Tobit, j'ai suivi les chemins de la vérité et pratiqué les bonnes œuvres tous les jours de ma vie ; j'ai fait beaucoup d'aumônes à mes frères et aux gens de ma nation venus avec moi en déportation au pays d'Assyrie, à Ninive. [le récit est mis dans la bouche de Tobit lui-même jusqu'en Tb 3.6.
— j'ai suivi les chemins Dt 10.12 ; 19.9 ; 28.9 ; Ps 86.11 ; 119.30.
— aumônes Tb 4.7-11 ; 12.8-9.
— Ninive Jon 1.2+.]
4 Quand j'étais dans mon pays, la terre d'Israël, au temps de ma jeunesse, toute la tribu de Nephtali, mon ancêtre, s'était détachée de la maison de David et de Jérusalem, la ville choisie parmi toutes les tribus d'Israël pour leur servir de lieu de sacrifice, là où le Temple, la demeure de Dieu, avait été consacré et construit pour toutes les générations à venir. [s'était détachée... : les versets 4 et 5 évoquent le récit rapporté en 1 R 12 et particulièrement la fin de ce chapitre, v. 26 à 33.
— la ville choisie Dt 12.5-11 ; 1 R 11.13,32,36.]5 Tous mes frères et la maison de Nephtali, mon ancêtre, sacrifiaient, eux, sur toutes les montagnes de Galilée, au veau que Jéroboam, roi d'Israël, avait fait à Dan. 6 Et moi, bien souvent, je me trouvais tout seul pour aller à Jérusalem au moment des fêtes, selon ce qui est prescrit dans tout Israël par un décret perpétuel. J'accourais à Jérusalem avec les prémices, les premiers-nés, la dîme du bétail et la première tonte des brebis [selon ce qui est prescrit Dt 16.16.]7 et je les donnais aux prêtres, fils d'Aaron, pour l'autel. Je donnais aussi la dîme du blé, du vin, des olives, des grenades, des figues et des autres fruits aux fils de Lévi en service à Jérusalem ; la deuxième dîme, je la prélevais en argent et j'allais la dépenser chaque année à Jérusalem. [fils d'Aaron ou descendants d'Aaron.
— fils de Lévi ou lévites.]8 Je donnais la troisième aux orphelins, aux veuves et aux étrangers résidant avec les fils d'Israël ; je l'apportais et la leur donnais tous les trois ans, et nous la mangions selon la prescription faite à ce sujet dans la Loi de Moïse et les instructions données par Débora, la mère d'Ananiel, notre père — car mon père m'avait laissé orphelin, il était mort. [La pratique de trois dîmes, mentionnée aux versets 6 à 8, s'inspire de la réglementation de Dt 14.22-29. Voir aussi la note sur Gn 14.20.]9 Parvenu à l'âge d'homme, je pris une femme de la descendance de nos pères etd'elle j'engendrai un fils à qui je donnai le nom de Tobias. [de la descendance de nos pères Tb 4.12+.]
10 Après la déportation en Assyrie, alors que j'étais moi-même déporté, je vins à Ninive. Tous mes frères et les gens de ma race mangeaient de la nourriture des païens, 11 mais moi, je me gardai de manger de la nourriture des païens. [Voir Jdt 12.1-2 et la note.]12 Et puisque je me souvenais de mon Dieu de tout mon être, 13 le Très-Haut me donna de plaire à Salmanasar et j'achetais pour lui tout ce dont il avait besoin ; [Voir v. 2 et la note.
— me donna de plaire Gn 39.4 ; 41.39-40 ; Dn 2.48.]14 je voyageais en Médie où je fis pour lui des achats jusqu'à sa mort. C'est ainsi que je déposai chez Gabaël, le frère de Gabri, au pays de Médie, dix talents d'argent en sacs. [Médie : pays situé à l'est de l'Assyrie et au sud de la mer Caspienne.
— Gabaël Tb 4.1,20 ; 5.6 ; 9.2 ; 10.2.
— talents : voir au glossaire POIDS ET MESURES.]15 A la mort de Salmanasar, son fils Sennakérib régna à sa place ; les routes de Médie se trouvèrent en état d'insurrection et il ne me fut plus possible d'aller en Médie. [Historiquement, le successeur de Salmanasar V fut Sargon II (722-705 av. J.C.), qui fut le prédécesseur de Sennakérib (704- 681).]
16 Au temps de Salmanasar, j'avais fait beaucoup d'aumônes à mes frères de race ; 17 je donnais mon pain à ceux qui avaient faim et des vêtements à ceux qui étaient nus. Si je voyais le cadavre d'un de mes compatriotes jeté derrière le rempart de Ninive, je l'enterrais. [mon pain et des vêtements Tb 4.16 ; Es 58.7 ; Ez 18.7 ; Jb 31.16-20 ; Mt 25.35-36.
— si je voyais le cadavre... je l'enterrais : voir la note sur Jr 8.2.]18 Et tous ceux que tua Sennakérib, lorsqu'il revint de Judée en déroute, au temps du châtiment que lui infligea le Roi du ciel pour tous les blasphèmes qu'il avait proférés, c'est moi qui les enterrai — car dans sa fureur il tua beaucoup de fils d'Israël, mais je dérobai leurs corps pour les enterrer ; Sennakérib les fit chercher, mais en vain. [Voir 2 R 19.35-36.]19 Un des habitants de Ninive alla dire au roi que c'était moi qui les enterrais, alors je me cachai ; puis quand je sus que le roi était au courant de mon affaire et que j'étais recherché pour être mis à mort, je pris peur et je m'enfuis. 20 On saisit tous mes biens, il ne me resta rien qui ne fût confisqué pour le trésor royal ; on ne me laissa que ma femme Anna et mon fils Tobias. 21 Quarante jours ne s'étaient pas écoulés que le roi fut tué par ses deux fils, qui s'enfuirent dans les monts Ararat. Son fils Asarhaddon lui succéda ; il chargea Ahikar, le fils de mon frère Anaël, de toutes les finances de son royaume, et celui-ci eut donc la haute main sur toute l'administration. [Voir 2 R 19.37 et la note.
— Ahikar Tb 2.10 ; 11.19 ; 14.10.]22 Alors Ahikar intercéda pour moi et je pus redescendre à Ninive — Ahikar, en effet, avait été grand échanson, garde du sceau, chef de l'administration et des finances sous Sennakérib, roi d'Assyrie, et Asarhaddon l'avait reconduit dans ses fonctions ; de plus c'était mon neveu, il était de ma parenté. [échanson : voir Ne 1.11 et la note.]
Tobit dans l'épreuve
2 Sous le règne d'Asarhaddon, je rentrai donc chez moi et ma femme Anna et mon fils Tobias me furent rendus. A notre fête de la Pentecôte, c'est-à-dire la sainte fête des Semaines, on me fit un bon dîner. Je m'installai pour dîner, [Voir au glossaire CALENDRIER B 2.]2 on m'apporta la table, on m'apporta quantité de plats fins, et je dis alors à mon fils Tobias : « Va, mon enfant, tâche de trouver parmi nos frères déportés à Ninive quelque pauvre qui se souvienne du Seigneur de tout son cœur, amène-le pour partager mon repas ; je vais donc attendre, mon enfant, jusqu'à ce que tu reviennes. » [qui se souvienne du Seigneur Tb 1.12.]3 Tobias partit à la recherche d'un pauvre parmi nos frères, mais il revint en disant : « Père ! » Je lui dis : « Eh bien, mon enfant ? » Il me répondit : « Père, il y a quelqu'un de notre nation qui a été assassiné, on l'a jeté sur la grand-place, et il y est encore, étranglé. » 4 Je me précipitai, en laissant mon dîner avant d'y avoir touché, pour enlever l'homme de la place, et je le déposai dans une des dépendances en attendant le coucher du soleil pour l'enterrer. [le coucher du soleil marque le début d'une nouvelle journée pour les Juifs. Tobit attend ce moment-là pour enterrer le mort afin de ne pas profaner la fête des Semaines (voir Lv 23.21).]5 Rentré chez moi, je pris un bain et je mangeai mon pain dans le deuil, [Il s'agit d'une purification rituelle, car le contact avec un cadavre était une cause d'impureté pour les Juifs (voir Nb 19.11-13).]6 en me souvenant de la parole du prophète Amos proférée contre Béthel :
Vos fêtes tourneront en deuil
et tous vos chemins en lamentation.
Et je me mis à pleurer. [Citation d' Am 8.10, qui a chants au lieu de chemins.]7 Puis, quand le soleil fut couché, je partis, je creusai une fosse et je l'enterrai. 8 Mes voisins se moquaient en disant : « Il n'a plus peur ! On l'a déjà recherché pour le mettre à mort à cause de ce genre d'affaire, et il s'est enfui ; et de nouveau, le voici qui enterre les morts. » [il s'est enfui Tb 1.19.]
9 Cette nuit-là, je pris un bain, je sortis dans ma cour et je me couchai le long du mur de la cour, le visage découvert à cause de la chaleur. 10 Je ne savais pas qu'il y avait des moineaux dans le mur, au-dessus de moi ; leur fiente me tomba dans les yeux, toute chaude, et elle provoqua des leucomes. J'allais bien me faire soigner chez les médecins, mais plus ils m'appliquaient d'onguents, plus j'avais les yeux aveuglés par les leucomes, et je finis par être tout à fait aveugle. Je restai privé de la vue pendant quatre ans. Tous mes frères étaient consternés pour moi, et Ahikar pourvut à mes besoins durant deux ans, avant son départ pour l'Elymaïde. [leucomes : taches blanches sur la cornée transparente de l'œil, qui peuvent entraîner la cécité.
— chez les médecins Mc 5.26.
— Ahikar Tb 1.21+.
— Elymaïde ou Elymaïs : voir 1 M 6.1 et la note.]
11 En ce moment-là, ma femme Anna avait pris du travail d'ouvrière ; 12 elle livrait à ses maîtres, et ceux-ci lui payaient son dû. Or le sept du mois de Dystros, elle termina une pièce et la livra à ses maîtres, qui lui donnèrent tout son dû et la gratifièrent d'un chevreau pour la table. [Voir au glossaire CALENDRIER.]13 En approchant de moi, le chevreau se mit à bêler ; j'appelai ma femme et lui dis : « D'où sort ce petit chevreau ? Et s'il avait été volé ? Rends-le à ses maîtres ! Nous n'avons pas le droit, nous, de manger quoi que ce soit de volé. » [Rends-le à ses maîtres ! Dt 22.1-3.]14 Elle me dit : « Mais c'est un cadeau qu'on m'a fait en plus de ce qu'on me devait ! » Pourtant je continuais à ne pas la croire et à lui dire de le rendre à ses maîtres. Et à cause de lui je m'indignais contre elle. Alors elle me répliqua : « Où sont-elles tes aumônes ? Où sont-elles tes bonnes œuvres ? Tout ce qui t'arrive est bien clair. » [Pour Anna, le malheur arrivé à Tobit prouve qu'il est rejeté par Dieu et que ses bonnes œuvres ont été inutiles.
— Où sont-elles... Jb 2.9.
— aumônes, œuvres Tb 1.3.]
Prière de Tobit
3 Plein d'une grande tristesse, je me mis à gémir et à pleurer, puis je commençai à prier avec des gémissements :
2 « Tu es juste, Seigneur,
et toutes tes œuvres sont justes.
Tous tes chemins sont fidélité et vérité,
c'est toi qui juges le monde. [Tu es juste Dt 32.4 ; Ps 119.137 ; Esd 9.15 ; Ne 9.33 ; Dan grec 3.27,31.
— fidélité et vérité Ps 25.10.]
3 Alors, Seigneur, souviens-toi de moi,
regarde et ne me punis pas pour mes péchés
ni pour mes manquements,
ni pour ceux que mes pères ont commis devant toi. [Souviens-toi de moi... Ps 25.7.
— que mes pères (ou mes ancêtres) ont commis Ps 79.8.]
4 Ils ont désobéi à tes commandements,
c'est pourquoi tu nous as livrés au pillage,
à la déportation et à la mort,
voués à être la fable, la risée,
l'objet d'insulte de toutes les nations
parmi lesquelles tu nous as dispersés. [livrés au pillage Esd 9.7.
— la fable, la risée Dt 28.37 ; 1 R 9.7 ; Jr 24.9 ; Ps 44.14 ; 79.4 ; Ba 2.4 ; 3.8.]
5 Oui, tous tes jugements sont véridiques,
quand tu me traites selon mes péchés et ceux de mes pères,
car nous n'avons pas observé tes commandements
ni marché dans la vérité devant toi.
6 Et maintenant, traite-moi comme il te plaira,
ordonne que me soit repris mon souffle,
que je sois délivré de la face de la terre pour redevenir terre.
Mieux vaut pour moi mourir que vivre,
car je me suis entendu insulter à tort
et j'ai en moi une immense tristesse.
Ordonne, Seigneur, que je sois délivré de cette détresse,
laisse-moi partir au séjour éternel
et ne détourne pas ta face de moi, Seigneur.
Oui, mieux vaut pour moi mourir
que de connaître une telle détresse toute ma vie
et que de m'entendre insulter. » [que me soit repris mon souffle Nb 11.15 ; 1 R 19.4.
— redevenir terre Gn 3.19 ; Qo 12.7.
— mieux vaut mourir que vivre Jon 4.3,8 ; Jb 7.15.
— je me suis entendu insulter Tb 2.14.]
Les malheurs de Sara
7 Le même jour, il advint que Sara, la fille de Ragouël d'Ecbatane en Médie, s'entendit elle aussi insulter par l'une des servantes de son père. [C'est maintenant un narrateur anonyme qui poursuit le récit et non plus Tobit (voir Tb 1.3 et la note).
— Ecbatane : voir Jdt 1.1+ et la note.]8 La raison en était qu'elle avait été donnée sept fois en mariage, et qu'Asmodée, le démon mauvais, avait tué chaque fois ses maris avant qu'ils ne se soient unis à elle, selon le devoir qu'on a envers une épouse. La servante lui dit donc : « C'est toi qui tues tes maris ! En voilà déjà sept à qui tu as été donnée, et tu n'as pas porté le nom d'un seul ! [sept fois Tb 6.14 ; 7.11.
— le nom d'Asmodée évoque un mot hébreu signifiant celui qui fait périr.]9 Pourquoi nous maltraites-tu sous prétexte que tes maris sont morts ? Va les rejoindre, et qu'on ne voie jamais de toi ni fils ni fille ! » 10 Ce jour-là, pleine de tristesse, elle se mit à pleurer et monta dans la chambre haute de son père avec l'intention de se pendre ; mais, à la réflexion, elle se dit : « Ne va-t-on pas insulter mon père et lui dire : “tu n'avais qu'une fille chérie, et elle s'est pendue à cause de ses malheurs !” Je ferais descendre la vieillesse de mon père dans la tristesse au séjour des morts. Je ferais mieux de ne pas me pendre, mais de supplier le Seigneur de me faire mourir pour que je ne m'entende plus insulter toute ma vie. » [chambre haute : pièce supplémentaire construite sur le toit plat d'une maison.
— faire descendre au séjour des morts Gn 37.35 ; 42.38 ; 44.29,31.
— de me faire mourir Tb 3.6,13.]
Prière de Sara
11 A l'instant même, elle étendit les mains du côté de la fenêtre et fit cette prière :
« Béni sois-tu, ô Dieu compatissant !
Béni soit ton nom pour les siècles !
Que toutes tes œuvres te bénissent à jamais ! [du côté de la fenêtre : le texte suggère probablement que cette fenêtre était orientée vers Jérusalem (voir Dn 6.11 et la note).
— Béni sois-tu Tb 8.5,15 ; 11.14 ; 13.2.]
12 A présent, c'est vers toi que je lève le visage
et que je tourne les yeux.
13 Fais que je sois délivrée de cette terre
et que je ne m'entende jamais plus insulter. [délivrée Tb 3.6.
— insulter Tb 3.6,8-9.]
14 Tu le sais, Maître, je suis restée pure
de tout acte impur avec un homme.
15 Je n'ai sali ni mon nom ni le nom de mon père
sur la terre où je suis déportée.
Je suis la fille unique de mon père,
il n'a pas d'autre enfant pour hériter de lui ;
il n'a non plus ni frère auprès de lui, ni parent
pour lequel je devrais me garder comme épouse.
J'ai déjà perdu sept maris :
pourquoi devrais-je vivre encore ?
Mais s'il ne te plaît pas de me faire mourir,
alors, Seigneur, prête l'oreille à l'insulte qui m'est faite. » [pour hériter de lui Nb 27.8.
— pour lequel... comme épouse : cette déclaration de Sara peut-être comprise à la lumière de Nb 36.6-9, qui faisait une obligation aux filles héritières de se marier dans le clan de leur père, afin que l'héritage ne passe pas à une autre tribu.
— sept maris Tb 3.8.]
Tobit et Sara exaucés
16 Dans l'instant même, leur prière à tous les deux fut entendue en présence de la gloire de Dieu [C'est-à-dire que Dieu lui-même a entendu leur prière.]17 et Raphaël fut envoyé pour les guérir tous deux : Tobit, en faisant partir les leucomes de ses yeux, afin qu'il voie de ses yeux la lumière de Dieu ; Sara, la fille de Ragouël, en la donnant pour femme à Tobias, le fils de Tobit, et en expulsant d'elle Asmodée, le démon mauvais — c'est à Tobias, en effet, qu'il revenait de l'obtenir avant tous les autres prétendants.
A cet instant, Tobit rentra de sa cour dans sa maison et Sara, la fille de Ragouël, descendit quant à elle de la chambre haute. [Raphaël : le nom de cet ange (voir Tb 5.4) signifie Dieu guérit.
— leucomes : voir Tb 2.10 et la note.
— Asmodée : voir Tb 3.8 et la note.
— qu'il revenait de l'obtenir Tb 6.12-13 ; voir Tb 3.15.
— chambre haute : voir Tb 3.10 et la note.]
Testament de Tobit
4 Ce jour-là, Tobit se souvint de l'argent qu'il avait déposé chez Gabaël, à Raguès de Médie [l'argent qu'il avait déposé... : voir Tb 1.14.
— Raguès : voir la note sur Jdt 1.5.]2 et il se dit en lui-même : « Voici que j'ai demandé la mort ; je ferais bien d'appeler mon fils Tobias pour lui révéler l'existence de cet argent avant de mourir. » [j'ai demandé la mort Tb 3.6.]3 Il appela son fils Tobias, qui vint auprès de lui, et il lui dit :
« Enterre-moi comme il convient. Honore ta mère. Ne l'abandonne à aucun jour de sa vie. Fais tout ce qui lui est agréable. Ne contriste en rien son esprit. [Honore ta mère Ex 20.12 ; Pr 23.22 ; Si 3.4 ; Mt 15.4.
— ne contriste en rien... Si 3.16.]4 Souviens-toi, mon enfant, de tous les risques qu'elle a courus pour toi quand tu étais dans son sein. Et quand elle mourra, enterre-la auprès de moi dans un même tombeau. [tous les risques Si 7.27.
— dans un même tombeau Jdt 16.23+.]
5 « Tout au long de tes jours, mon enfant, fais mémoire du Seigneur, ne consens pas à pécher ni à transgresser ses commandements. Accomplis des œuvres de justice tous les jours de ta vie et ne suis pas les chemins de l'injustice, [Ou souviens-toi du Seigneur.]6 car ceux qui font la vérité réussiront dans leurs entreprises. [Ou agissent selon la vérité ; Tb 13.6 ; Jn 3.21.]7 Tous ceux qui pratiquent la justice, fais-leur l'aumône sur tes biens. Que ton regard soit sans regrets quand tu fais l'aumône. Ne détourne jamais ta face d'un pauvre, et la face de Dieu ne se détournera pas de toi. [sans regrets Dt 15.10 ; 2 Co 9.7.
— ne détourne jamais... Si 4.4.]8 Fais l'aumône suivant ce que tu as, selon l'importance de tes biens. Si tu as peu, ne crains pas de faire l'aumône selon le peu que tu as : [Si 35.12 ; 2 Co 8.11-13.]9 c'est un beau trésor que tu te constitues pour le jour de la détresse, [Mt 6.20 ; 1 Tm 6.19.]10 parce que l'aumône délivre de la mort et empêche d'aller dans les ténèbres ; [Tb 12.9 ; voir Si 3.30 ; 29.12 ; 40.17,24.]11 en effet, pour tous ceux qui la font, l'aumône est une belle offrande aux yeux du Très-Haut.
« [une belle offrande Si 35.4.]12 Garde-toi, mon enfant, de toute union illégale, et en premier lieu prends une femme de la race de tes pères. Ne prends pas une femme étrangère, qui ne serait pas de la tribu de ton père, parceque nous sommes fils des prophètes. Souviens-toi, mon enfant, de Noé, d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, nos pères : dès les temps anciens ils ont tous pris femme chez leurs frères, aussi ont-ils été bénis dans leurs enfants et leur race aura la terre en patrimoine. [de toute union illégale : au sens des prescriptions de Lv 18.6-18. Autre traduction de toute immoralité ; Mt 5.32 ; 19.9 ; Ac 15.20,29.
— de la race de tes pères (ou tes ancêtres) Tb 1.9 ; 6.16 ; Gn 24.4,38 ; 28.2.
— fils des prophètes ou descendants des prophètes : le terme prophètes est pris ici au sens large et désigne des hommes qui, tel Abraham, ont eu une relation privilégiée avec Dieu.
— chez leurs frères ou dans leur parenté.
— la terre comme patrimoine Ps 37.9+.]13 Ainsi donc, mon enfant, préfère tes frères ; ne fais pas l'orgueilleux face à tes frères, aux fils et aux filles de ton peuple, ne dédaigne pas de prendre une femme parmi eux, parce que, dans l'orgueil, il y a bien des ruines et des bouleversements et, dans l'incurie, décadence et misère extrêmes, car l'incurie est mère de la famine. [l'orgueil Pr 16.18.]
14 « Ne garde pas jusqu'au lendemain le salaire d'un travailleur, mais paie-le tout de suite, et si tu sers Dieu, tu seras payé de retour. Prends garde à toi, mon enfant, dans toutes tes actions et fais preuve de maturité dans toute ta conduite. [Lv 19.13 ; Dt 24.15.]15 Ce que tu n'aimes pas, ne le fais à personne. Ne bois pas de vin jusqu'à t'enivrer et que l'ivresse ne t'accompagne pas sur ton chemin. [ne le fais à personne Mt 7.12 ; Lc 6.31.
— l'ivresse Pr 20.1 ; 23.20-21,29-35 ; Si 31.25-26,29-30.]16 Donne de ton pain à celui qui a faim et de tes vêtements à ceux qui sont nus. Avec tout ton superflu, fais l'aumône. Que ton regard soit sans regrets quand tu fais l'aumône. [pain, vêtements Tb 1.17+.
— sans regrets Tb 4.7.]17 Prodigue ton pain sur le tombeau des justes, mais ne donne pas pour les pécheurs. [Tobit ne recommande sûrement pas à son fils d'apporter des offrandes alimentaires sur la tombe des morts, ce qui était une coutume païenne. Il faut voir ici une allusion soit à la nourriture de consolation apportée aux parents des défunts (comparer Jr 16.7 ; Ez 24.17), soit à des aumônes faites en l'honneur des défunts.
— pas pour les pécheurs Si 12.4-5,7.]
18 « Prends conseil de toute personne avisée et ne méprise pas un bon conseil. [Prends conseil Pr 12.15 ; 13.10.]19 En toute occasion, bénis le Seigneur ton Dieu et demande-lui de rendre droits tes chemins et de faire aboutir toutes tes démarches et tous tes projets, car aucun peuple ne détient la perspicacité, mais c'est le Seigneur lui-même qui donne tout bien, il abaisse qui il veut jusqu'au fond du séjour des morts.
« Et maintenant, mon enfant, garde en mémoire ces instructions et qu'elles ne s'effacent pas de ton cœur. [En toute occasion... Tb 14.8-9 ; Ps 34.2.
— démarches et projets Pr 3.6 ; 16.3.
— il abaisse Tb 13.2 ; 1 S 2.6-7 ; Ps 75.8 ; Sg de Salomon 16.13 ; Lc 1.52-53.]20 A présent, mon enfant, je dois t'apprendre que j'ai déposé dix talents d'argent chez Gabaël, le fils de Gabri, à Raguès de Médie. [j'ai déposé Tb 1.14.
— talents : voir au glossaire POIDS ET MESURES.]21 N'aie pas de crainte, mon enfant, si nous sommes devenus pauvres ; tu possèdes une grande richesse, si tu crains Dieu, si tu fuis toute espèce de péché et si tu fais ce qui est bien aux yeux du Seigneur ton Dieu. » [si tu crains (ou respectes) Dieu Si 1.16-17 ; 2.8-9.]
Préparatifs de voyage
5 Alors Tobias répondit à son père Tobit : « Je ferai, père, tout ce que tu m'as ordonné. 2 Mais comment pourrai-je lui reprendre cet argent, alors que ni lui ni moi ne nous connaissons ? Quel signe lui donner pour qu'il me reconnaisse, qu'il me fasse confiance et me donne l'argent ? Et puis je ne connais pas les chemins à prendre pour aller en Médie ! » [Voir Tb 1.14 et la note.]3 Tobit répondit alors à son fils Tobias : « Il m'a signé un acte, je l'ai contresigné, je l'ai partagé en deux pour que nous en ayons chacun une moitié et j'ai mis la sienne avec l'argent. Et voilà maintenant vingt ans que j'ai mis cet argent en dépôt ! A présent, mon enfant, cherche-toi quelqu'un de sûr pour t'accompagner ; nous lui paierons un salaire jusqu'à ton retour. Va donc reprendre cet argent chez Gabaël. » [un acte Tb 9.2,5.]
4 Tobias sortit à la recherche de quelqu'un qui pourrait l'accompagner en Médie et qui connaîtrait bien le chemin. Dehors, il trouva l'ange Raphaël debout devant lui, mais il ne se douta pas que c'était un ange de Dieu. [Raphaël Tb 3.17.
— il ne se douta pas Jg 13.16.]5 Il lui dit : « D'où es-tu, ami ? » L'ange lui dit : « Je suis un fils d'Israël, l'un de tes frères, et je suis venu par ici pour travailler. » Tobias lui dit : « Connais-tu le chemin pour aller en Médie ? » [fils d'Israël ou Israélites.]6 L'ange lui dit : « Oui, j'ai été très souvent là-bas, je connais tous les chemins par cœur. Je suis allé bien des fois en Médie et je logeais chez Gabaël, notre frère, qui habite à Raguès de Médie. Il y a deux jours de marche normale d'Ecbatane à Raguès, car ce sont deux villes situées dans la montagne. » [Raguès : voir la note sur Jdt 1.5.
— Ecbatane : voir Jdt 1.1 et la note.]7 Tobias lui dit : « Attends-moi, ami, le temps que j'aille prévenir mon père, car j'ai besoin que tu viennes avec moi, je te paierai ton salaire. » [salaire Tb 5.15-16.]8 L'autre dit : « Bon, je reste là, seulement ne t'attarde pas. »
9 Tobias rentra prévenir son père Tobit et lui dit : « Voilà, j'ai trouvé quelqu'un ; il est de nos frères, les fils d'Israël. » Tobit lui dit : « Appelle-le-moi, que je sache de quel clan et de quelle tribu il est et si on peut compter sur lui pour t'accompagner, mon enfant. » 10 Tobias sortit l'appeler et lui dit : « Ami, mon père t'appelle. »
L'ange entra dans la maison et Tobit le salua le premier. L'autre répondit : « Je te souhaite du bonheur en abondance. » Tobit reprit : « Quel bonheur puis-je encore avoir ? Je suis un homme privé de la vue, je ne vois plus la lumière du ciel, mais je gis dans les ténèbres comme les morts qui ne contemplent plus la lumière. Vivant, j'habite parmi les morts ; j'entends la voix des gens, mais je ne les vois pas. » L'ange lui dit : « Courage, Dieu ne tardera pas à te guérir, courage. » Tobit lui dit : « Mon fils Tobias a l'intention d'aller en Médie. Pourrais-tu l'accompagner et lui servir de guide ? Je te paierai ton salaire, frère. » Il lui dit : « Je suis en mesure de l'accompagner, je connais tous les chemins, je suis souvent allé en Médie, j'en ai parcouru toutes les plaines et les montagnes et j'en sais tous les chemins. » [le livre de Tobit fait un usage fréquent des termes traduits par frère ou sœur, pour désigner les coreligionnaires ou membres du peuple d'Israël (Tb 1.3 ; 5.10), les proches (Tb 4.12 ; 6.19) ou les époux (Tb 5.22).
— privé de la vue Tb 2.10.
— Courage Tb 7.17 ; 8.21 ; 11.11.]11 Tobit lui dit : « Frère, de quelle famille es-tu et de quelle tribu ? Apprends-le-moi, frère. » 12 L'autre dit : « Que t'importe ma tribu ? » Tobit lui dit : « Je veux savoir vraiment, frère, de qui tu es le fils et quel est ton nom. » 13 Il lui répondit : « Je suis Azarias, fils d'Ananias le Grand, l'un de tes frères. » 14 Tobit lui dit : « Sois le bienvenu, frère. Ne m'en veuille pas, frère, de ce que j'ai voulu savoir la vérité sur ta famille. Il se trouve que tu es un frère et que tu es d'excellente origine. Je connaissais bien Ananias et Nathan, les deux fils de Sémélias le Grand. Ils venaient avec moi à Jérusalem et y adoraient avec moi. Ils ne se sont pas fourvoyés. Tes frères sont des gens de bien, tu es de bonne souche. Je te souhaite le bonjour. » [à Jérusalem Tb 1.6-7.
— Ils ne se sont pas fourvoyés, sous-entendu en abandonnant la fidélité à Dieu.]
15 Et il poursuivit : « Je te donne un salaire d'une drachme par jour et, en ce qui concerne ton entretien, la même chose qu'à mon fils. [Voir au glossaire MONNAIES.]16 Accompagne donc mon fils, et j'ajouterai encore quelque chose à ton salaire. » 17 L'ange dit : « Oui, je vais l'accompagner, ne crains rien. Tout se passera bien pour nous à notre départ comme à notre retour vers toi, car la route est sûre. » Tobit lui dit : « Sois béni, frère ! » Puis il appela son fils et lui dit : « Mon enfant, prépare ce qu'il te faut pour le voyage et pars avec ton frère. Que le Dieu qui est au ciel vous ait là-bas en sa sauvegarde et qu'il vous ramène sains et saufs auprès de moi ! Et que son ange fasse route avec vous pour vous garder, mon enfant ! »
Tobias sortit pour se mettre en route, il embrassa son père et sa mère et Tobit lui dit : « Bon voyage ! » [Sois béni, frère ! : cette formule sert ici à donner congé.
— que son ange fasse route avec vous Gn 24.7,40 ; Ex 23.20 ; Ps 91.11.]18 Sa mère se mit à pleurer et elle dit à Tobit : « Pourquoi donc as-tu fait partir mon enfant ? N'est-ce pas lui le bâton de notre main, lui qui va et vient devant nous ? [C'est-à-dire notre soutien.]19 Que l'argent ne s'ajoute pas à l'argent, mais qu'il compte pour rien en regard de notre enfant. [L'interprétation du texte grec de ce verset est difficile. le sens général est probablement le suivant : il vaut mieux renoncer à récupérer de l'argent que d'exposer la vie d'un fils.]20 Le genre de vie que le Seigneur nous a donné nous suffisait bien. » [nous suffisait Tb 4.21.]21 Mais il lui dit : « Ne te tracasse pas : tout se passera bien pour notre enfant à son départ comme à son retour vers nous, et tes yeux verront le jour où il reviendra vers toi sain et sauf. [ne te tracasse pas Tb 6.16,18 ; 10.6.]22 Ne te tracasse pas, cesse de craindre pour eux, ma sœur : un bon ange l'accompagnera, son voyage réussira et il reviendra sain et sauf. » [ma sœur : voir la note sur Tb 5.10.
— un bon ange Tb 5.17+.]23 Et elle s'arrêta de pleurer.
La capture du poisson
6 Le garçon partit, et l'ange avec lui ; le chien aussi partit avec lui et les accompagna. Ils firent donc route tous les deux. Quand arriva la première nuit, ils campèrent au bord du Tigre. [La mention de ce chien est inattendue, car ailleurs dans la Bible le chien est considéré comme un animal méprisable (voir Qo 9.4 et la note). Ce détail situe donc bien le récit hors de Palestine, pays où l'on ne connaissait guère le chien domestique aux temps bibliques.]2 Le garçon descendit se laver les pieds dans le Tigre. Alors un gros poisson sauta hors de l'eau et voulut lui avaler le pied. Le garçon cria. 3 L'ange lui dit : « Attrape-le et maîtrise-le ! » Le garçon se rendit maître du poisson et le tira à terre. 4 L'ange lui dit : « Ouvre-le, enlève-lui le fiel, le cœur et le foie, mets-les de côté, puis jette les entrailles ; en effet, ce fiel, ce cœur et ce foie sont très utiles comme remèdes. » 5 Le garçon ouvrit le poisson, recueillit le fiel, le cœur et le foie, puis il fit griller un peu du reste, qu'il mangea, et il en mit à saler.
6 Ils poursuivirent tous les deux leur route ensemble jusqu'aux approches de la Médie. [Médie : voir Tb 1.14 et la note.]7 Alors le garçon posa à l'ange cette question : « Azarias, mon frère, quel remède y a-t-il donc dans le cœur et le foie du poisson, et dans son fiel ? » 8 Il lui répondit : « Le cœur et le foie du poisson, tu en fais monter la fumée devant l'homme ou la femme qu'attaque un démon ou un esprit mauvais : toute attaque sera écartée, on sera débarrassé pour toujours. [le cœur et le foie... Tb 6.17 ; 8.2-3.]9 Quant au fiel, tu en enduis les yeux de celui qui a des leucomes, tu souffles sur les leucomes et ils guérissent. » [le fiel Tb 11.8,11-12.
— leucomes : voir Tb 2.10 et la note.]
Projet de mariage
10 Ils avaient pénétré en Médie et ils approchaient déjà d'Ecbatane, [Voir Jdt 1.1 et la note.]11 quand Raphaël dit au garçon : « Tobias, mon frère ! » Il lui répondit : « Qu'y a-t-il ? » L'ange lui dit : « C'est chez Ragouël qu'il nous faut passer la nuit qui vient. C'est un parent à toi. Il a une fille du nom de Sara. 12 A part cette seule Sara, il n'a ni garçon ni fille ; tu es pour elle le plus proche parent et c'est à toi de l'obtenir en priorité, de même que tu as droit à hériter de la fortune de son père. C'est une jeune fille réfléchie, courageuse, qui a beaucoup de charme et son père est un homme de bien. » [Comparer le début de ce verset avec Tb 3.15 et la note.
— la fortune de son père Tb 8.21 ; 10.10 ; 14.13.]13 Et il ajouta : « Tu es en droit de l'épouser. Ecoute-moi, frère, je vais dès ce soir parler de la jeune fille à son père pour que nous te l'obtenions comme fiancée ; et quand nous reviendrons de Raguès, nous ferons ses noces. Je sais que Ragouël ne peut absolument pas te la refuser ni la fiancer à un autre, car il encourrait la mort selon le verdict du livre de Moïse, du moment qu'il saurait qu'il te revient en priorité d'obtenir sa fille en mariage. Ainsi donc, écoute-moi, frère, nous allons dès ce soir parler de la jeune fille et la demander pour toi en mariage ; et quand nous reviendrons de Raguès, nous la prendrons et l'emmènerons avec nous dans ta maison. » [Raguès : voir la note sur Jdt 1.5.
— selon le verdict du livre de Moïse : on ne connaît pas de texte biblique prévoyant la peine de mort dans un tel cas.]
14 Tobias répondit alors à Raphaël : « Azarias, mon frère, j'ai entendu dire qu'elle a déjà été donnée sept fois en mariage et que tous ses maris sont morts dans la chambre des noces ; la nuit même où ils entraient auprès d'elle, ils mouraient. J'ai entendu dire par certains que c'était un démon qui les tuait, [sept fois en mariage Tb 3.8.]15 si bien qu'à présent j'ai peur. Elle, il ne lui fait pas de mal, mais dès que quelqu'un veut s'approcher d'elle, il le tue. Je suis le fils unique de mon père. Que je vienne à mourir, je ferais descendre dans la tombe la vie de mon père et de ma mère, pleins de douleur à cause de moi. Et ils n'ont pas d'autre fils pour les enterrer. » [je ferais descendre... Tb 3.10+.]16 Raphaël lui dit : « As-tu oublié les instructions de ton père, comment il t'a ordonné de prendre une femme de la maison de ton père ? Allons, écoute-moi, frère, ne te tracasse pas pour ce démon et épouse-la. Je sais d'ailleurs que ce soir même on te la donnera pour femme. [de la maison de ton père, c'est-à-dire de la famille ou de la tribu de ton père (voir Tb 4.12).
— ne te tracasse pas Tb 5.21+.]17 Mais quand tu seras entré dans la chambre des noces, prends un morceau du foie du poisson ainsi que le cœur et mets-les sur la braise du brûle-parfums. L'odeur se répandra, le démon la sentira, il s'enfuira et jamais plus on ne le reverra autour d'elle. [le foie et le cœur du poisson Tb 6.4,8.]18 Quand tu seras sur le point de t'unir à elle, levez-vous d'abord tous les deux, priez et suppliez le Seigneur du ciel de vous accorder miséricorde et salut. Ne crains pas, car c'est à toi qu'elle a été destinée depuis toujours et c'est toi qui dois la sauver. Elle te suivra, et je gage que tu auras d'elle des enfants qui te seront comme des frères. Ne te tracasse pas. » [priez et suppliez Tb 8.4-5.
— miséricorde et salut Tb 7.12 ; 8.4,17.
— qu'elle a été destinée Gn 24.14,44.]
19 Lorsque Tobias eut entendu les paroles de Raphaël et qu'il eut appris qu'elle était pour lui une sœur, de la race et de la maison de son père, il l'aima passionnément et son cœur s'attacha à elle. [il l'aima Gn 24.67.]
Mariage de Tobias
7 En entrant à Ecbatane, Tobias dit : « Azarias, mon frère, conduis-moi tout droit chez notre frère Ragouël. » L'ange le conduisit à la maison de Ragouël. Ils le trouvèrent assis devant la porte de la cour et ils le saluèrent les premiers. Il leur dit : « Je vous salue bien, frères, vous êtes les bienvenus », et il les fit entrer dans sa maison. [Ecbatane : voir Jdt 1.1 et la note.
— frères : voir la note sur Tb 5.10.]2 Il dit à sa femme Edna : « Comme ce jeune homme ressemble à mon frère Tobit ! » 3 Edna les interrogea et leur dit : « D'où êtes-vous, frères ? » Ils lui dirent : « De chez les fils de Nephtali déportés à Ninive. » [v. 3-5 : le dialogue Gn 29.4-6 ; 43.27-28.
— les fils de Nephtali, c'est-à-dire les membres de la tribu de Nephtali.
— déportés à Ninive Tb 1.1-3.]4 Elle leur dit : « Connaissez-vous notre frère Tobit ? » Ils lui dirent : « Oui, nous le connaissons. » 5 Elle leur dit : « Comment va-t-il ? » Ils lui dirent : « Il va bien, il est toujours en vie. » Et Tobias ajouta : « C'est mon père. » 6 Ragouël se leva d'un bond, l'embrassa tendrement et se mit à pleurer. Puis il parla et lui dit : « Sois béni, mon enfant ! Tu as un père excellent. Quel grand malheur qu'un homme si juste, qui faisait tant d'aumônes, soit devenu aveugle ! » Et se jetant au cou de son frère Tobias, il se remit à pleurer. [l'embrassa Gn 29.13.
— un père excellent Tb 9.6.
— tant d'aumônes Tb 1.3.]7 Sa femme Edna pleura de même sur Tobit, et leur fille Sara se mit à pleurer, elle aussi. 8 Puis il tua un bélier du troupeau et il les reçut chaleureusement.
9 Une fois lavés et baignés, quand ils se furent mis à table, Tobias dit à Raphaël : « Azarias, mon frère, demande à Ragouël de me donner ma sœur Sara. » 10 Ragouël entendit cette parole et dit au jeune homme : « Mange, bois et profite de la soirée, car il ne revient à personne, sinon à toi, mon frère, d'épouser ma fille Sara, et moi de même, je n'ai pas pouvoir de la donner à un autre que toi, puisque tu es mon plus proche parent. Cependant, mon enfant, je vais te dire toute la vérité. [Voir 6.12 et la note sur Tb 3.15.]11 Je l'ai déjà donnée à sept hommes d'entre nos frères, et tous sont morts la nuit où ils allaient vers elle. Mais à présent, mon enfant, mange et bois et le Seigneur interviendra en votre faveur. » [sept hommes Tb 3.8.]12 Mais Tobias dit : « Je ne mangerai ni ne boirai rien ici tant que tu n'auras pas tranché la chose. » Ragouël lui dit : « Eh bien ! je vais le faire. Puisqu'elle t'est donnée selon la décision du livre de Moïse, c'est le Ciel qui décide qu'on te la donne. Reçois donc ta sœur. A partir de maintenant, tu es son frère et elle est ta sœur. Elle t'est donnée à partir d'aujourd'hui et pour toujours. Le Seigneur du ciel fera que cette nuit se passe bien pour vous, mon enfant. Qu'il vous manifeste sa miséricorde et sa paix ! » [Je ne mangerai rien Gn 24.33.
— c'est le Ciel qui décide Gn 24.50.
— ta sœur Tb 10.13.
— sa miséricorde Tb 6.18+.]13 Ragouël appela alors sa fille Sara, et elle vint vers lui. La prenant par la main, il la remit à Tobias en disant : « Reçois-la selon la Loi et selon la décision consignée dans le livre de Moïse, qui te la donnent pour femme. Prends-la et emmène-la sans encombre chez ton père. Que le Dieu du ciel vous conduise dans la paix ! » 14 Puis il appela la mère de Sara et lui dit d'apporter de quoi écrire. Il rédigea le libellé du contrat de mariage, comme quoi il la lui donnait pour femme selon la décision de la Loi de Moïse. Alors seulement, ils commencèrent à manger et à boire. [à manger et à boire Gn 24.54.]
La nuit des noces
15 Ragouël appela sa femme Edna et lui dit : « Ma sœur, prépare l'autre chambre et conduis-y Sara. » [Ma sœur : voir la note sur Tb 5.10.]16 Elle s'en alla préparer un lit dans la chambre, comme il le lui avait dit. Elle y mena sa fille et se mit à pleurer sur elle, puis elle essuya ses larmes et lui dit : 17 « Courage, ma fille, que le Seigneur du ciel change ton affliction en joie, courage, ma fille. » Et elle sortit. [Courage Tb 5.10+.]
8 Quand ils eurent fini de manger et de boire, ils voulurent se coucher. On emmena le jeune homme et on le fit entrer dans la chambre. 2 Tobias se souvint des paroles de Raphaël : il tira de son sac le foie et le cœur du poisson et les mit sur la braise du brûle-parfums. [Voir Tb 6.17.]3 L'odeur du poisson arrêta le démon, qui s'enfuit par les airs dans les contrées d'Egypte. Raphaël s'y rendit, l'entrava et l'enchaîna sur-le-champ. [s'enfuit... Mt 12.43.
— l'entrava et l'enchaîna Mt 12.29 ; Ap 20.2.]4 Puis on laissa Tobias et on ferma la porte de la chambre. Il se leva du lit et dit à Sara : « Lève-toi, ma sœur, prions et supplions notre Seigneur de nous manifester sa miséricorde et son salut. » [prions et supplions Tb 6.18.
— miséricorde et salut Tb 6.18+.]5 Elle se leva et ils se mirent à prier et à supplier, pour que leur soit accordé le salut. Et il se mit à dire :
« Béni sois-tu, Dieu de nos pères !
Béni soit ton nom dans toutes les générations à venir !
Que te bénissent les cieux et toute ta création dans tous les siècles ! [Béni sois-tu... Dan grec 3.26.
— de nos pères ou de nos ancêtres.]
6 C'est toi qui as fait Adam,
c'est toi qui as fait pour lui une aide et un soutien, sa femme Eve,
et de tous deux est née la race des hommes.
C'est toi qui as dit :
Il n'est pas bon que l'homme soit seul,
faisons-lui une aide semblable à lui. [Citation de Gn 2.18.
— Adam Gn 2.7.
— Eve Gn 2.21-22.]
7 A présent donc, ce n'est pas un désir illégitime
qui me fait épouser ma sœur que voici,
mais le souci de la vérité.
Ordonne qu'il nous soit fait miséricorde, à elle et à moi,
et que nous parvenions ensemble à la vieillesse. » [Il s'agit du souci de répondre à la volonté de Dieu rappelée dans le verset précédent, ou bien de prendre ses responsabilités de plus proche parent de Sara (Tb 7.10).]
8 Puis ils dirent d'une seule voix :
« Amen, amen ! », 9 et ils se couchèrent pour la nuit.
10 Or Ragouël se leva et rassembla les serviteurs. Ils s'en allèrent creuser une tombe. Ragouël s'était dit en effet : « Il se pourrait qu'il meure ; ne serions-nous pas objet de risée et d'insulte ? » 11 Quand ils eurent fini de creuser la tombe, Ragouël revint à la maison et appela sa femme. 12 Il lui dit : « Envoie une des servantes dans la chambre voir s'il est vivant : de cette façon, s'il est mort, nous pourrions l'enterrer sans que personne n'en sache rien. » 13 Ils avertirent la servante, allumèrent la lampe et ouvrirent la porte ; elle entra et les trouva qui dormaient ensemble d'un profond sommeil. 14 Elle ressortit les prévenir : « Il est vivant, tout va bien. » 15 Alors ils bénirent le Dieu du ciel en disant :
« Béni sois-tu, ô Dieu, de toute bénédiction pure !
Qu'on te bénisse dans tous les siècles ! [Béni sois-tu Tb 3.11+.]
16 Béni sois-tu de m'avoir comblé de joie !
Car il n'en a pas été comme je me l'imaginais,
mais tu nous as traités selon ta grande miséricorde.
17 Béni sois-tu d'avoir pris en pitié deux enfants uniques !
Manifeste-leur, Maître, ta miséricorde et ton salut
et fais que leur vie s'écoule dans la joie et la grâce. » [deux enfants uniques Tb 3.15 ; 6.15.]
18 Et il ordonna à ses serviteurs de combler la tombe avant le lever du jour.
Le festin des noces
19 Ragouël dit à sa femme de faire du pain en quantité, puis, allant au troupeau, il en ramena deux bœufs et quatre béliers et les fit apprêter. Et on commença les préparatifs. [pain, troupeau Gn 18.6-7.]20 Il appela Tobias et lui déclara : « Pendant quatorze jours, tu ne bougeras pas d'ici, mais tu resteras là à manger et à boire chez moi et tu remettras la joie au cœur de ma fille, qui est encore sous le coup de ses malheurs. [lui déclara : d'autres manuscrits grecs ajoutent avec serment (voir Tb 9.3-4).
— Pendant quatorze jours : les noces duraient normalement sept jours (voir Gn 29.27 ; Jg 14.10-12).
— tu resteras là Gn 24.54-55.
— la joie Dt 24.5.]21 Prends dès maintenant la moitié de tous mes biens, et tu retourneras sans encombre auprès de ton père. L'autre moitié sera à vous quand nous serons morts, ma femme et moi. Courage, mon enfant, je suis ton père et Edna est ta mère. Nous sommes auprès de toi et de ta sœur, à partir de maintenant et pour toujours, courage, mon enfant. » [mes biens Tb 6.12.
— Courage Tb 5.10+.
— ta mère Tb 10.13.
— ta sœur : voir la note sur Tb 5.10.]
Recouvrement du dépôt d'argent
9 Alors Tobias appela Raphaël et lui dit : 2 « Azarias, mon frère, emmène avec toi quatre serviteurs et deux chameaux ; va à Raguès, rends-toi chez Gabaël, donne-lui l'acte de dépôt et recouvre l'argent, puis ramène Gabaël avec toi pour les noces. [à Raguès : voir Tb 4.20 et la note sur Jdt 1.5.
— l'acte de dépôt : voir Tb 5.3.]3 [compter les jours : voir Tb 10.1.
— son serment : voir Tb 8.20 et la note.]4 Tu sais bien que mon père ne cesse de compter les jours. Si je tarde un seul jour, je lui causerai beaucoup de peine. D'autre part, tu vois ce que Ragouël a juré : je ne peux pas passer outre à son serment. » 5 Raphaël partit avec les quatre serviteurs et les deux chameaux à Raguès de Médie et ils passèrent la nuit chez Gabaël. Il lui remit l'acte et lui apprit que Tobias, le fils de Tobit, avait pris femme et l'invitait aux noces. Gabaël lui compta aussitôt les sacs, munis de leur sceau, et ils les chargèrent. [Sous- entendu sur les chameaux.]6 Puis ils partirent ensemble de bon matin et allèrent aux noces. Ils entrèrent chez Ragouël et trouvèrent Tobias à table. Celui-ci se leva d'un bond et salua Gabaël, qui se mit à pleurer et qui le bénit en ces termes : « Fils excellent d'un homme excellent, juste et charitable ! Que le Seigneur te donne la bénédiction du Ciel, à toi, à ta femme, au père et à la mère de ta femme ! Béni soit Dieu, car c'est mon cousin Tobit en personne que j'ai vu. » [à table Tb 8.20.
— d'un homme excellent Tb 7.6.
— Tobit en personne Tb 7.2.]
Tobit et Anna dans l'attente
10 Cependant, jour après jour, Tobit faisait le compte des jours nécessaires pour l'aller et pour le retour. Quand tous les jours se furent écoulés, son fils n'était toujours pas là. [le compte des jours Tb 9.3-4.]2 Il se dit : « Aurait-il été retenu là-bas ? Gabaël est peut-être mort et il n'y a personne pour lui donner l'argent. » 3 Et il commença à se tourmenter. 4 Sa femme Anna disait : « Mon enfant a péri, il n'est plus parmi les vivants. » Elle commença à pleurer et à se lamenter sur son fils, en disant : 5 « Malheur à moi, mon fils : je t'ai laissé partir, toi, la lumière de mes yeux ! » [la lumière de mes yeux Tb 11.13.]6 Et Tobit lui disait : « Tais-toi, ne te tracasse pas, ma sœur, il va bien ; c'est sûrement un contretemps qu'ils ont eu là-bas, car celui qui l'accompagne est un homme sûr, c'est l'un de nos frères. Ne te tourmente pas pour lui, ma sœur, il sera bientôt ici. » [ne te tracasse pas Tb 5.21+.
— ma sœur : voir la note sur Tb 5.10.]7 Mais elle lui répondit : « Ne me dis plus rien, cesse de me mentir : mon enfant a péri ! » Et chaque jour, elle sortait au plus vite pour surveiller le chemin par où son fils était parti, car elle ne se fiait à personne. Après le coucher du soleil, elle rentrait pour se lamenter et pleurer toute la nuit sans trouver le sommeil. [surveiller le chemin Tb 11.5.]
Tobias sur le retour
8 Quand se furent écoulés les quatorze jours de noces que Ragouël avait juré de faire pour sa fille, Tobias vint lui dire : « Laisse-moi partir, car je sais bien que mon père et ma mère n'ont plus l'espoir de me revoir. C'est pourquoi, je t'en prie, père, laisse-moi partir et retourner chez mon père ; je t'ai déjà expliqué dans quelle situation je l'ai laissé. » [avait juré : voir Tb 8.20 et la note.
— Laisse-moi partir Gn 24.54,56 ; 30.25.]9 Mais Ragouël dit à Tobias : « Reste, mon enfant, reste avec moi. Je vais envoyer des messagers à ton père Tobit et ils lui donneront de tes nouvelles. » Tobias lui dit : « Non vraiment, je t'en prie, laisse-moi m'en retourner chez mon père. » 10 Aussitôt Ragouël lui remit Sara, sa femme, ainsi que la moitié de tous ses biens : serviteurs et servantes, bœufs et brebis, ânes et chameaux, vêtements, argent et objets divers. [la moitié de ses biens Tb 8.21.
— serviteurs et servantes... Gn 24.35 ; 30.43.]11 Il les laissa partir tout heureux. Il salua Tobias en ces termes : « Porte-toi bien, mon enfant, et bon voyage ! Que le Seigneur du ciel vous guide, toi et ta femme Sara, et que je puisse voir vos enfants avant de mourir ! » [avant de mourir v. 13 ; Gn 45.28.]12 Il dit à sa fille Sara : « Va chez ton beau-père, puisque désormais ce sont tes parents comme ceux qui t'ont donné la vie. Va en paix, ma fille, et que je puisse entendre dire du bien de toi tant que je vivrai ! » Puis il les salua et les laissa partir. [tes parents voir Tb 8.21.]13 A son tour, Edna dit à Tobias : « Fils et frère très cher, que le Seigneur te ramène, et que je puisse vivre assez pour voir tes enfants et ceux de ma fille Sara avant de mourir ! En présence du Seigneur, je confie ma fille à ta garde. Ne la contriste à aucun jour de ta vie. Mon enfant, va en paix ! Désormais je suis ta mère et Sara est ta sœur. Puissions-nous tous connaître un égal bonheur tous les jours de notre vie ! » Puis elle les embrassa tous les deux et les laissa partir tout heureux. [ta mère, ta sœur Tb 8.21 ; 7.12.]14 Ainsi Tobias partit de chez Ragouël heureux et joyeux, en bénissant le Seigneur du ciel et de la terre, le Roi de l'univers, d'avoir fait réussir son voyage. Ragouël lui dit : « Puisses-tu avoir le bonheur d'honorer tes parents tous les jours de leur vie ! »
Guérison de Tobit
11 Comme ils approchaient de Kaserîn, en face de Ninive, Raphaël dit : [Localité inconnue.]2 « Tu sais dans quelle situation nous avons laissé ton père. 3 Prenons de l'avance sur ta femme pour préparer la maison pendant que les autres arrivent. » [les autres : voir Tb 10.10.]4 Ils partirent tous les deux ensemble — Raphaël avait dit à Tobias : « Garde le fiel à portée de la main. » — Le chien suivit derrière eux. [le fiel : voir Tb 6.4,9.
— le chien : voir Tb 6.1 et la note.]5 Or Anna était assise, en train de surveiller le chemin d'où viendrait son fils. [en train de surveiller Tb 10.7.]6 Elle l'aperçut qui venait et elle dit à son père : « Voici ton fils qui arrive avec l'homme qui l'a accompagné. » [qui l'a accompagné Tb 5.10,16-17.]7 Raphaël dit à Tobias, avant qu'il ne soit auprès de son père : « Je sais que ses yeux s'ouvriront. 8 Applique-lui le fiel du poisson sur les yeux : le remède fera se craqueler et s'écailler les leucomes de ses yeux ; alors ton père recouvrera la vue et verra la lumière. » [Voir Tb 2.10 et la note.
— le fiel Tb 6.9.]
9 Anna courut se jeter au cou de son fils et lui dit : « Je te revois, mon enfant, désormais je peux mourir ! » Et elle se mit à pleurer. [Gn 46.30.]10 Tobit se leva et, tout en trébuchant, il sortit par la porte de la cour. 11 Tobias marcha à sa rencontre, le fiel du poisson à la main, il lui souffla dans les yeux et lui dit, en le tenant bien : « Courage, père ! » Il lui appliqua le remède et le maintint. [Courage Tb 5.10+.
— maintint : le verbe grec correspondant est peu clair et la traduction est incertaine.]12 Puis de ses deux mains il fit s'écailler les leucomes aux coins de ses yeux. [s'écailler Ac 9.18.]13 Alors Tobit se jeta à son cou et se mit à pleurer, en lui disant : « Je te revois, mon fils, lumière de mes yeux ! » [v. 9 ; Gn 46.29 ; Lc 15.20.]14 Et il dit :
« Béni soit Dieu !
Béni soit son grand nom !
Bénis soient tous ses saints anges !
Que son grand nom soit sur nous !
Bénis soient tous les anges dans tous les siècles !
Car le Seigneur m'avait frappé,
et voici que je vois mon fils Tobias. » [Tb 13.2,5,10 ; Dt 32.39.]
15 Tobias entra, joyeux et bénissant Dieu à pleine voix. Il expliqua à son père que son voyage avait bien réussi, qu'il rapportait l'argent et aussi comment il avait pris pour femme Sara, la fille de Ragouël ; et il ajouta : « Voici qu'elle arrive, elle est tout près de la porte de Ninive. » [joyeux et bénissant Dieu v. 16 ; Tb 10.14.
— rapportait l'argent Tb 4.20 ; 5.3.]
16 Tobit, joyeux et bénissant Dieu, partit à la rencontre de sa belle-fille vers la porte de Ninive. Quand les gens de Ninive le virent marcher et circuler en pleine santé, sans que personne le guide, ils furent émerveillés. Tobit proclamait devant eux que Dieu avait eu pitié de lui et lui avait ouvert les yeux. 17 Il arriva près de Sara, la femme de son fils Tobias, et il la bénit en ces termes : « Sois la bienvenue, ma fille ! Béni soit ton Dieu, qui t'a fait venir chez nous, ma fille ! Béni soit ton père ! Béni soit mon fils Tobias et bénie sois-tu, ma fille ! Entre dans ta maison, sois la bienvenue, à toi bénédiction et joie, entre, ma fille ! » 18 En ce jour-là, il y eut de la joie parmi tous les Juifs de Ninive. 19 Ahikar et Nadan, les neveux de Tobit, vinrent aussi chez lui, pleins de joie. [Ahikar Tb 1.21 ; 2.10.
— Ahikar et Nadan Tb 14.10.]
Révélation de Raphaël
12 Quand les noces furent terminées, Tobit appela son fils Tobias et lui dit : « Mon enfant, veille à payer le salaire de ton compagnon de route, en y ajoutant quelque chose. » [Voir Tb 5.15-16.]2 Il lui dit : « Père, combien vais-je lui donner ? Même en lui donnant la moitié des biens qu'il a rapportés avec moi, je ne suis pas lésé. 3 Il me ramène sain et sauf, il a guéri ma femme, il a rapporté l'argent avec moi, il t'a guéri : combien lui donner après tout cela ? » [il a guéri ma femme Tb 8.2-3.
— il a rapporté l'argent Tb 9.2,5.
— il t'a guéri Tb 11.11-12.]4 Tobit lui dit : « Mon enfant, il est juste qu'il prenne la moitié de tout ce qu'il a rapporté. » 5 Tobias l'appela et lui dit : « Prends pour salaire la moitié de tout ce que tu as rapporté et va en paix ! »
6 Alors Raphaël les prit tous les deux à part et leur dit : « Bénissez Dieu et célébrez-le devant tous les vivants pour ce qu'il a fait pour vous ! Il est bon de bénir et de chanter son Nom. Faites connaître à tous les hommes les actions de Dieu comme elles le méritent. Ne soyez pas lents à le célébrer. [célébrez-le... Ps 105.1+.]7 Il est bon de tenir caché le secret du roi, mais les œuvres de Dieu, il faut les célébrer et les révéler. Célébrez-les comme elles le méritent.
« Faites le bien, et le mal ne vous atteindra pas. [ne vous atteindra pas 1 P 3.13.]8 Mieux vaut la prière avec la vérité et l'aumône avec la justice que la richesse avec l'injustice. Mieux vaut faire l'aumône que d'amasser de l'or. [que la richesse Pr 11.4 ; 16.8.
— que d'amasser de l'or Si 29.10-11.]9 L'aumône délivre de la mort et elle purifie de tout péché. Ceux qui font l'aumône seront rassasiés de vie ; [délivre de la mort Si 29.12.
— purifie de tout péché Si 3.30.
— rassasiés de vie voir Dn 4.24.]10 ceux qui font le péché et l'injustice sont ennemis d'eux-mêmes.
11 « A présent, je vais vous apprendre toute la vérité, sans rien vous cacher. Je viens de vous apprendre ceci : “Il est bon de cacher le secret du roi et de révéler avec éclat les œuvres de Dieu.” [Il est bon... Tb 12.7.]12 Eh bien ! lorsque tu as prié, ainsi que Sara, c'est moi qui ai présenté le mémorial de votre prière en présence de la gloire du Seigneur, et de même lorsque tu enterrais les morts. [tu as prié Tb 3.2-6.
— ainsi que Sara Tb 3.11-15.
— le terme mémorial évoque la part de l'offrande qui était brûlée sur l'autel pour rappeler l'offrant au souvenir de Dieu (voir Lv 2.2 et la note).
— en présence de la gloire Tb 3.16.
— tu enterrais les morts Tb 1.17-18.]13 Quand tu n'as pas hésité à te lever et à laisser ton dîner pour aller ensevelir le mort, c'est alors que j'ai été envoyé vers toi pour te mettre à l'épreuve. [tu n'as pas hésité... Tb 2.4.
— Cette épreuve était la cécité de Tobit (voir Tb 2.9-10).]14 Mais dans le même temps Dieu m'a envoyé pour te guérir, ainsi que ta belle-fille Sara. [m'a envoyé Tb 3.17.]15 Je suis Raphaël, l'un des sept anges qui se tiennent devant la gloire du Seigneur et pénètrent en sa présence. » [Je suis Raphaël... voir Lc 1.19.
— les sept anges Ap 8.2.]
16 Tous deux furent bouleversés, ils tombèrent face contre terre et furent saisis de crainte. [face contre terre Jg 13.20.]17 Mais il leur dit : « Ne craignez rien ! La paix soit avec vous ! Bénissez Dieu à tout jamais ! 18 Quand j'étais avec vous, ce n'était pas par un effet de ma bienveillance que j'étais avec vous, mais par la volonté de Dieu. C'est lui que vous devez bénir tout au long des jours, c'est lui que vous devez chanter. 19 Vous voyez maintenant que je ne mangeais rien, mais que vous aviez une vision. [je ne mangeais rien voir Jg 13.16.
— L'ange donnait l'impression de manger, mais ce n'était qu'une apparence.]20 Bénissez donc le Seigneur sur cette terre et célébrez Dieu. Voici que je remonte vers celui qui m'a envoyé. Mettez par écrit tout ce qui vous est arrivé. » Et il s'éleva. [je remonte... Jn 16.5 ; 20.17.
— il s'éleva Jg 13.20 ; Ac 1.9.]21 Ils se redressèrent, mais ils ne pouvaient plus le voir. 22 Ils bénissaient et chantaient Dieu, et le célébraient pour toutes les grandes œuvres qu'il avait faites là : un ange de Dieu leur était apparu !
Cantique de Tobit
13 Et Tobit dit :
2 « Béni soit à jamais le Dieu vivant !
Béni soit son règne !
C'est lui qui châtie et qui prend en pitié.
Il fait descendre jusqu'au séjour des morts,
dans les profondeurs de la terre,
puis il fait remonter de la grande perdition.
Il n'y a rien qui échappe à sa main. [il fait descendre Tb 4.19+.
— rien qui échappe à sa main Dt 32.39 ; Sg de Salomon 16.15.]
3 Célébrez-le, fils d'Israël, face aux nations,
parmi lesquelles il vous a dispersés ; [fils d'Israël ou Israélites.]
4 là, il vous a fait voir sa grandeur.
Exaltez-le face à tous les vivants,
car il est notre Seigneur, notre Dieu, notre Père,
il est Dieu dans tous les siècles. [face à tous les vivants Tb 12.6.
— notre Père Es 63.16 ; 64.7 ; Jr 3.4 ; 1 Ch 29.10.]
5 Il vous châtie à cause de vos iniquités,
mais il vous prendra tous en pitié
en vous tirant de toutes les nations
où vous avez été dispersés. [Dt 30.3 ; Es 66.20 ; Jr 29.14 ; 32.37.]
6 Le jour où vous reviendrez à lui,
de tout votre cœur et de tout votre être,
pour faire la vérité devant lui,
alors il reviendra à vous et ne vous cachera plus sa face. [vous reviendrez à lui... Dt 30.2 ; Za 1.3 ; Ml 3.7.
— faire (ou agir selon) la vérité Tb 4.6+.]
7 Et maintenant considérez ce qu'il a fait pour vous
et célébrez-le à pleine voix.
Bénissez le Seigneur de justice
et exaltez le Roi des siècles. [à pleine voix Tb 11.15.]
8 Pour moi, je le célèbre sur la terre où je suis déporté.
Je montre sa force et sa grandeur à une nation pécheresse.
Revenez, pécheurs, pratiquez la justice devant lui :
qui sait ? peut-être vous sera-t-il favorable
et vous fera-t-il miséricorde ? [sur la terre où je suis déporté, c'est-à-dire à Ninive.
— une nation pécheresse : il s'agit ici du peuple d'Israël.
— qui sait ? Jl 2.14 ; Jon 3.9.]
9 J'exalte mon Dieu
et j'exulte de joie dans le Roi du ciel.
10 Que tous proclament sa grandeur
et le célèbrent dans Jérusalem !
Jérusalem, ville sainte,
Dieu te châtie à cause des œuvres de tes fils,
mais de nouveau il prendra pitié des fils des justes. [ville sainte Mt 4.5+.
— de tes fils ou de tes habitants.
— des fils des justes, c'est-à-dire des Israélites.]
11 Célèbre le Seigneur avec éclat
et bénis le Roi des siècles
pour que sa Tente soit reconstruite en toi dans la joie.
12 Qu'il réjouisse en toi tous les déportés,
qu'il aime en toi tous les malheureux
pour toutes les générations à venir.
13 Une vive lumière brillera jusqu'aux confins de la terre.
Des nations lointaines en grand nombre
et des habitants de toutes les extrémités de la terre
viendront vers ton saint nom,
les mains pleines d'offrandes pour le Roi du ciel.
Des générations de générations te donneront de l'allégresse,
et le nom de l'Elue restera pour les générations à venir. [Une vive lumière Es 9.1 ; 49.6.
— Des nations en grand nombre Es 2.2-3 ; Mi 4.1-2 ; Za 8.20-22.
— les mains pleines d'offrandes (ou de présents) Es 60.5-7 ; Ag 2.7 ; Ap 21.24-26.
— Des générations de générations ou De très nombreuses générations.
— l'allégresse Es 65.18.
— l'Elue, c'est-à-dire Jérusalem.]
14 Maudits soient tous ceux qui te parleront durement !
Maudits soient tous ceux qui te détruiront et renverseront tes murs,
tous ceux qui abattront tes tours et brûleront tes maisons !
Mais bénis soient à jamais tous ceux qui te craindront ! [Maudits soient... Ba 4.31.
— qui te craindront ou qui te respecteront.]
15 Va, exulte à cause des fils des justes,
car ils seront tous rassemblés et ils béniront le Seigneur des siècles.
Heureux ceux qui t'aiment !
Heureux ceux qui se réjouiront de ta paix !
16 Heureux tous ceux qui s'affligeront sur toi,
à cause de tous tes châtiments !
car en toi ils se réjouiront et ils verront toute ta joie à jamais.
Oui, je bénis le Seigneur, le grand Roi, [ils se réjouiront Es 66.10.]
17 parce qu'on reconstruira Jérusalem
et, dans la ville, sa Maison pour tous les siècles.
Heureux serai-je, si le reste de ma race
voit ta gloire et célèbre le Roi du ciel.
Les portes de Jérusalem seront bâties en saphir et en émeraude ;
en pierres précieuses seront tous tes murs.
Les tours de Jérusalem seront bâties en or,
et leurs défenses en or pur.
Les rues de Jérusalem seront pavées d'escarboucles et de pierres d'Ofir. [sa Maison ou son temple.
— pierres précieuses Es 54.11-12 ; Ap 21.18-21.
— Ofir : voir 1 R 9.28 ; Jb 22.24 et les notes.]
18 Les portes de Jérusalem chanteront des hymnes d'allégresse
et toutes ses maisons chanteront :
“Alléluia ! béni soit le Dieu d'Israël !”
Et les élus béniront le saint nom à tout jamais. » [Alléluia : voir Ps 104.35 et la note.
— béni soit... Ps 72.18-19.]
14 Ainsi s'achevèrent les paroles d'action de grâce de Tobit.
Mort de Tobit
2 Tobit mourut en paix à l'âge de cent douze ans et il fut enterré avec magnificence à Ninive. Il avait soixante-deux ans quand il perdit la vue ; après l'avoir recouvrée, il vécut dans l'abondance et fit l'aumône, en continuant toujours de bénir Dieu et de célébrer sa grandeur. [enterré avec magnificence Tb 4.3 ; 14.11.
— il fit l'aumône Tb 12.8-9.
— bénir Dieu Tb 12.6,17-18,20.]
3 Sur le point de mourir, il appela son fils Tobias et lui donna les instructions que voici : « Mon enfant, emmène tes enfants, [Tb 4.3 ; Gn 47.29 ; 49.1 ; 1 R 2.1.]4 pars vite en Médie ; car je crois à la parole de Dieu proférée par Nahoum contre Ninive : tout se réalisera et s'abattra sur Assour et Ninive ; tout ce qu'ont dit les prophètes d'Israël, que Dieu a envoyés, tout cela arrivera. Rien ne sera retranché de toutes leurs paroles, toutes se produiront en leur temps. En Médie, on sera plus en sécurité qu'en Assyrie et à Babylone. Car je sais et je crois que tout ce que Dieu a dit s'accomplira et se réalisera : il ne tombera pas une parole des prophéties. Nos frères qui habitent en terre d'Israël seront tous recensés et déportés loin de cette terre heureuse. Toute la terre d'Israël sera déserte, Samarie et Jérusalem seront désertes et la Maison de Dieu sera désolée et brûlée pour un temps. [Médie : voir Tb 1.4 et la note.
— la parole... proférée par Nahoum contre Ninive : allusion au livre du prophète Nahoum.
— tout se réalisera Tb 14.15.
— Assour ou l'Assyrie.
— il ne tombera pas une parole des prophéties, c'est-à-dire que ces prophéties s'accompliront intégralement.
— Samarie 2 R 17.5-6.
— Jérusalem 2 R 25.1- 21.
— la Maison de Dieu brûlée 2 R 25.9 ; Es 64.10.]5 Mais de nouveau Dieu les prendra en pitié et les fera revenir sur la terre d'Israël. De nouveau ils construiront sa Maison, mais pas comme la première, jusqu'au moment où s'accompliront les temps fixés. Après cela, ils reviendront tous de leur déportation et ils reconstruiront magnifiquement Jérusalem. La Maison de Dieu y sera reconstruite selon ce qu'ont dit d'elle les prophètes d'Israël. [les fera revenir Esd 1.1-5 ; 2 Ch 36.22-23.
— ils construiront sa Maison... Ag 1.14 ; 2.3 ; Esd 3.8-12.
— ce qu'ont dit les prophètes Ez 40-42 ; Ag 2.9.]6 Tous, dans toutes les nations de la terre entière, reviendront et craindront Dieu en toute vérité. Tous abandonneront leurs idoles trompeuses qui les faisaient s'égarer dans leur erreur et ils béniront le Dieu des siècles dans la justice. [Tous reviendront Jr 16.19-21 ; Ps 22.28 ; 86.9 ; 102.22-23.
— reviendront et craindront Dieu ou se convertiront et respecteront Dieu.]7 Tous les fils d'Israël qui seront sauvés en ces jours-là, pour s'être souvenus de Dieu en vérité, se rassembleront et viendront à Jérusalem. Ils habiteront pour toujours en sûreté sur la terre d'Abraham, qui leur sera donnée. Ceux qui aiment Dieu en vérité seront dans la joie, mais ceux qui commettent le péché et l'iniquité disparaîtront de la terre. [les fils d'Israël ou les Israélites.
— en sûreté Lv 26.5 ; Jr 32.37 ; Ez 34.28.
— la terre d'Abraham Ez 33.24.
— disparaîtront de la terre Ps 37.38 ; 104.35.]
8 [bénir Dieu en toute occasion Tb 4.19.
— auprès de moi Tb 4.4.]9 « Et maintenant, mes enfants, voici mes instructions : servez Dieu en vérité et faites ce qui lui est agréable. Qu'il soit ordonné à vos enfants de pratiquer la justice et l'aumône, de se souvenir de Dieu et de bénir son Nom en toute occasion, en vérité et de toute leur force. Quant à toi, mon enfant, quitte Ninive, ne reste pas ici. Lorsque tu auras enterré ta mère auprès de moi, ne passe pas une nuit de plus sur le territoire de cette ville. Car je le vois, il y a en elle beaucoup d'iniquité et il s'y commet mainte perfidie, sans que personne n'ait honte. 10 Vois, mon enfant, tout ce que Nadan a fait à son père adoptif Ahikar : ne l'a-t-il pas fait descendre vivant, au cœur de la terre ? Mais Dieu a rendu l'infamie sous les yeux de la victime : Ahikar est ressorti à la lumière tandis que Nadan est entré dans les ténèbres éternelles, car il avait cherché à tuer Ahikar. Parce qu'il avait fait l'aumône, Ahikar est sorti du piège mortel que lui avait tendu Nadan, mais Nadan est tombé dans le filet mortel qui a causé sa perte. [Ce verset fait allusion à une œuvre littéraire très connue dans le monde antique. Par ses calomnies, Nadan réussit à faire jeter dans un cachot (au cœur de la terre) son oncle et père adoptif, Ahikar. Ahikar est finalement réhabilité et Nadan jeté à son tour en prison (entré dans les ténèbres éternelles). Voir aussi Tb 1.21-22, où Ahikar est présenté comme ministre des rois d'Assyrie Sennakérib et Asarhaddon.
— Parce qu'il avait fait l'aumône Tb 2.10 ; 4.10 ; 12.9.]11 Ainsi donc, mes enfants, voyez ce que produit l'aumône et ce que produit l'iniquité — celle-ci produit la mort. Mais voici que la vie m'abandonne. » Ils le mirent sur son lit, et il mourut. Et il fut enterré avec magnificence. [avec magnificence Tb 4.3 ; 14.2.]
Epilogue
12 Quand sa mère mourut, Tobias l'enterra avec son père. Puis il partit avec sa femme en Médie et il habita à Ecbatane auprès de son beau-père Ragouël. [l'enterra avec son père Tb 4.4 ; 14.8-9.
— en Médie Tb 14.4.
— Ecbatane : voir Jdt 1.1 et la note.
— auprès de son beau-père Ragouël : voir Tb 3.7.]13 Il entoura d'égards ses beaux-parents dans leur vieillesse. Il les enterra à Ecbatane de Médie, puis il hérita du patrimoine de Ragouël, comme de celui de son père Tobit. [il hérita Tb 6.12 ; 8.21.]14 Il mourut considéré à l'âge de cent dix-sept ans. 15 Il apprit, avant de mourir, la ruine de Ninive et il vit arriver en Médie les Ninivites déportés par Cyaxare, roi de Médie. Il bénit Dieu pour tout ce qu'il avait fait aux gens de Ninive et d'Assour. Il se réjouit avant de mourir du sort de Ninive, et il bénit le Seigneur Dieu pour les siècles des siècles. Amen.[la ruine de Ninive Tb 14.4.
— Cyaxare : le texte grec a Akhiakar, qui doit désigner Cyaxare. En effet, ce furent le Mède Cyaxare et le Babylonien Nabopolassar qui détruisirent Ninive en 612 av. J.C.
— d'Assour ou d'Assyrie.
— Il se réjouit du sort de Ninive Nahum 3.19.]
