Ce livre a reçu anciennement le titre de Sagesse de Salomon parce que les chapitres 7 - 9 font parler ce roi que la tradition juive considérait comme « le sage » par excellence ; il s'agit là d'un artifice littéraire destiné à couvrir une pensée nouvelle sous une autorité unanimement reconnue. En réalité, le livre est une production du Judaïsme alexandrin et il a été rédigé par un auteur qui reste anonyme.
Sa date est incertaine. Divers indices invitent à ne pas remonter plus haut que les années 50 avant J.C. et même à descendre en période romaine (après la prise d'Alexandrie par Auguste en 30 avant J.C.). Les rapprochements que l'on peut faire avec l'œuvre de Philon d'Alexandrie (né vers l'an 20 avant J.C.) donnent à penser que les deux auteurs ne sont guère éloignés dans le temps.
A la première lecture, le Livre de la Sagesse frappe par la diversité des styles et des thèmes. Cette diversité a conduit les critiques à postuler plusieurs auteurs. Aujourd'hui, toutefois, on tend plutôt à reconnaître l'unité d'auteur, parce que l'ensemble du livre, sans doute écrit en plusieurs étapes, révèle une même culture et une même personnalité littéraire. On notera en particulier le recours constant à deux procédés :
a) Le contraste ou la comparaison. Ainsi la destinée immortelle des justes est opposée à la vie stérile des impies, la stérilité vertueuse à la fécondité impie, le sort des Israélites à celui des Egyptiens.
b) Le développement progressif des idées. L'auteur procède par touches successives. Le thème de la mort, par exemple, est abordé tout au début du livre (Sg 1.11-13,16) pour être repris et développé à plusieurs reprises par la suite (Sg 2.20,24 ; 3.2-3 ; etc.). L'auteur joue sur la richesse du thème pour évoquer tantôt la mort physique, tantôt la mort spirituelle, tantôt les deux ensemble.
D'autre part, sur le plan formel, on constate un souci permanent d'utiliser un vocabulaire recherché et l'emploi répété de nombreuses figures de rhétorique. En outre, on relève le sens inhabituel donné à divers termes et le recours incessant aux mêmes particules grecques de liaison (« et », « mais », « car », « c'est que »).
Le Livre de la Sagesse peut être divisé en trois grandes sections qui sont le reflet de situations et de préoccupations différentes :
1. La destinée humaine selon Dieu (1 — 5). Cette section oppose la destinée des justes à celle des impies qui les persécutent. Elle a pour but de raffermir la foi des Juifs: les épreuves qu'ils endurent préparent leur glorification dans l'au-delà.
2. Eloge de la Sg (6.1 — 11.3). Cet éloge est placé dans la bouche de Salomon; mais le roi n'est pas nommé. Salomon s'adresse aux autres rois pour les inviter à s'ouvrir aux doctrines de la Sagesse israélite. Il semble que l'auteur ait ici en vue les souverains non juifs et, à travers eux, les milieux païens cultivés. La Sagesse est une réalité mystérieuse que Dieu a donnée au roi et qui lui révèle la volonté divine. En effet, cette Sagesse est seule à connaître la volonté de Dieu et elle se révèle, depuis les origines jusqu'à la sortie d'Egypte (c'est-à-dire dans tous les épisodes racontés dans la Genèse), comme le maître de l'histoire.
3. Méditation sur l'Exode (Sg 11.4 à 19.22). La dernière section est plus longue et plus enchevêtrée que les précédentes. Elle consiste principalement en une suite de comparaisons sur le sort des Israélites et celui des Egyptiens à partir du récit des plaies de l'Exode, mais cette succession est fréquemment interrompue par des digressions et une polémique contre l'idolâtrie. La dureté des contrastes et la sévérité du ton font penser que l'auteur, en défendant les valeurs du judaïsme, met aussi en garde tous ceux qui briment sa communauté.
L'auteur du Livre de la Sagesse est un poète et un maître spirituel. Il compose une œuvre personnelle et originale. Même s'il puise à de nombreuses sources, il les utilise de façon allusive et discrète. Ainsi, il s'abstient de citer l'Ancien Testament, mais on observe que son œuvre est nourrie par une connaissance approfondie des textes bibliques antérieurs (surtout la Genèse, l'Exode, Esaïe, les Proverbes et le Siracide) qu'il semble avoir lus dans la version grecque de la Septante. Dans la dernière partie, on relève aussi une influence du midrash (sorte de commentaire juif qui fait une large place à des amplifications légendaires).
Il en va de même pour la littérature et la culture hellénistiques. L'auteur recourt librement à ses connaissances en matière de poésie, rhétorique, sciences et surtout philosophie grecques. Exceptionnellement, on distinguera une reprise quasi littérale d'Homère ou de Platon, une référence précise à telle explication scientifique ou à telle théorie philosophique; le plus souvent, il s'agit seulement d'allusions ou de réminiscences.
Cet emploi des écrits bibliques antérieurs et des écrits grecs est caractéristique des milieux juifs alexandrins. Les thèmes et les conceptions bibliques constituent la base de toute réflexion théologique, mais ils sont exprimés, examinés et parfois infléchis au moyen d'un vocabulaire et de notions d'origine grecque. Il faut se rappeler que l'auteur s'adresse d'une part à des lecteurs juifs qui ne savent plus guère ou plus du tout l'hébreu et qui sont imprégnés de culture hellénistique, d'autre part à des lecteurs grecs qu'il veut convaincre de la supériorité absolue de la sagesse juive. Dans un cas comme dans l'autre, il est naturellement conduit à recourir à des notions grecques pour présenter à ses lecteurs l'héritage particulier d'Israël.
Le Livre de la Sagesse est un écrit juif qui se signale à la fois par sa fidélité à la religion traditionnelle d'Israël et par son souci constant de la rendre actuelle. A ce titre, il n'est pas surprenant que certaines de ses doctrines se retrouvent dans le Nouveau Testament (comparer Rm 1.20-23 ; Col 1.12,15,17 ; He 1.2-3) et qu'il soit très largement cité par les Pères de l'Eglise.
Sur deux points importants, ce livre apporte des précisions nouvelles dans la littérature sapientiale.
1. Immortalité de l'âme. L'auteur se heurte au problème du juste qui meurt sans recevoir de rétribution. Il apporte une réponse aux questions angoissées de Job en enseignant que les âmes vertueuses, si elles sont persécutées sur terre, jouissent cependant auprès de Dieu d'une tranquillité parfaite et qu'elles seront récompensées au jour de la Visite ou du jugement (Sg 2.22 ; 3.1-9 ; 4.7-14 ; 5.15-23). Pourquoi les « âmes » ? L'auteur, sans adopter cependant le dualisme platonicien âme-corps, rattache l'âme à l'idée d'une survie. Pour exprimer sa conception d'une récompense future des justes, il utilisera encore deux mots typiquement grecs : « immortalité » (Sg 1.15 ; 3.4 ; 4.1 ; 8.17 ; 15.3) et « incorruptibilité » (Sg 2.23 ; 6.18-19). Il veut faire comprendre que la vie des justes ne s'arrête pas avec la mort physique, mais que, au contraire, elle se prolonge éternellement et glorieusement auprès de Dieu. Quant aux impies, leur conduite les prive dès maintenant de l'immortalité; ils sont en quelque sorte déjà morts. L'immortalité, dans le Livre de la Sagesse, n'est pas une notion abstraite qui s'applique indifféremment à tous : elle est réservée à l'âme des justes.
2. Personnification de la Sagesse. En personnifiant la Sagesse, l'auteur reprend et prolonge le texte de Pr 1 — 9. Cependant il met l'accent sur l'activité créatrice de la Sagesse (Sg 7.12,22 ; 8.5-6) et sur sa fonction cosmique (Sg 7.24; 8.1). La Sagesse, parce qu'elle partage la vie de Dieu et qu'elle gouverne le monde (Sg 8.1,3-4), est la révélation divine ; elle dévoile la volonté de Dieu (Sg 9.13,17). Elle est par ailleurs la source de toute science et connaissance (Sg 7.16-21). Cette personnification de la Sagesse soulève une délicate question : s'agit-il d'un procédé littéraire, ou l'auteur considère-t-il la Sagesse comme une réalité intermédiaire entre Dieu et le monde, voire même une personne divine ? Le texte ne permet pas de trancher. La Sagesse paraît à la fois révéler et assumer des aspects fondamentaux de l'activité divine. Sa relation avec l'Esprit (Sg 1.6 ; 7.7,22-23 ; 9.17) a pu inciter parfois à reconnaître en elle une préfiguration de l'Esprit Saint. Cette interprétation est difficile à fonder. La Sagesse tend à s'identifier avec toute la révélation de Dieu dans l'histoire d'Israël et dans le monde créé. Mieux, elle accomplit l'amour de Dieu « en gouvernant l'univers avec bonté » (Sg 8.1). En ce sens, elle préfigurerait plutôt le mouvement de la grâce divine qui s'incarne en Jésus Christ.
N.B. La traduction suit le texte établi par J. Ziegler, dans l'édition de Göttingen, 1962.
1 Aimez la justice, vous qui gouvernez la terre,
entretenez de droites pensées sur le Seigneur,
avec simplicité de cœur, cherchez-le. [Ps 45.8 ; voir Pr 16.10+.]
2 Car il se laisse trouver par qui ne le tente pas,
il se manifeste à qui ne manque pas de foi en lui. [Dt 4.29 ; Jr 29.13-14 ; 2 Ch 15.4+.]
3 Les pensées tortueuses séparent de Dieu,
et la Puissance, mise à l'épreuve, confond les insensés. [la Puissance : il s'agit de la puissance de Dieu qui est ici personnifiée.
— Dans les versets 3 à 7 l'alternance des sujets (Dieu, la Puissance, la Sagesse, l'Esprit) renvoie à divers aspects de l'activité de Dieu.]
4 Dans une âme malfaisante, la Sagesse n'entre pas,
elle n'habite pas dans un corps grevé par le péché.
5 Car le saint Esprit qui éduque fuit la duplicité,
il s'écarte des pensées folles,
il est mis en échec quand survient l'injustice.
6 La Sagesse est un esprit bienveillant
et elle ne laissera pas impuni celui dont les lèvres médisent,
puisque Dieu est le témoin de ses reins,
scrute son cœur selon la vérité
et se tient à l'écoute de sa langue. [la Sagesse personnifiée voir Pr 1.20 et la note.
— la Sagesse aime les hommes Pr 8.31 ; Ba 3.38.
— reins... cœur Ps 7.10+ et la note.]
7 Oui, l'Esprit du Seigneur remplit la terre
et comme il contient l'univers, il a connaissance de chaque son. [Ou il maintient la cohésion de l'univers.]
8 Aussi quiconque parle méchamment ne passe pas inaperçu,
et la justice accusatrice ne le manquera pas.
9 Sur les intentions de l'impie, enquête sera faite,
le bruit de ses paroles ira jusqu'au Seigneur
comme preuve de ses forfaits.
10 Une oreille zélée écoute tout,
même le chuchotement des murmures ne lui échappe pas.
11 Gardez-vous donc du murmure inutile ;
pour ne pas médire, retenez votre langue,
car un mot dit en secret ne reste pas sans conséquence
et la bouche qui calomnie tue l'âme.
12 Ne recherchez pas la mort en fourvoyant votre vie,
n'attirez pas à vous la ruine par les œuvres de vos mains.
13 Dieu, lui, n'a pas fait la mort
et il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. [Ez 18.23 ; 33.11.]
14 Car il a créé tous les êtres pour qu'ils subsistent
et, dans le monde, les générations sont salutaires ;
en elles il n'y a pas de poison funeste
et la domination de l'Hadès ne s'exerce pas sur la terre, [Ou la suite des générations permet à la vie de continuer.]
15 car la justice est immortelle. [immortelle Sg 5.15+.]
16 Mais les impies ont invité l'Hadès du geste et de la voix,
s'éprenant d'amitié pour lui, ils se sont pâmés,
puis ils ont conclu un pacte avec lui.
Aussi bien méritent-ils d'être de son parti. [pacte avec l'Hadès Es 28.15 ; Si 14.12.]
2 Car ils disent entre eux, avec de faux raisonnements :
« Elle est courte et triste notre vie ;
il n'y a pas de remède quand l'homme touche à sa fin
et personne, à notre connaissance, n'est revenu de l'Hadès. [Autre traduction ne délivre.]
2 Nous sommes nés à l'improviste
et après, ce sera comme si nous n'avions pas existé.
Le souffle dans nos narines n'est qu'une fumée,
la pensée, une étincelle qui jaillit au battement de notre cœur.
3 Qu'elle s'éteigne, le corps se résoudra en cendre
et le souffle se dissipera comme l'air fluide.
4 Notre nom sera oublié avec le temps
et personne ne se rappellera nos actions.
Notre vie aura passé comme un nuage, sans plus de traces,
elle se dissipera telle la brume
chassée par les rayons du soleil
et abattue par sa chaleur. [Qo 2.16+.]
5 Notre temps de vie ressemble au trajet de l'ombre
et notre fin ne peut être ajournée,
car elle est scellée et nul ne revient sur ses pas. [C'est-à-dire elle est irrévocable.]
6 Eh bien, allons ! Jouissons des biens présents
et profitons de la création comme du temps de la jeunesse, avec ardeur. [1 Co 15.32+.]
7 Du meilleur vin et de parfum enivrons-nous,
ne laissons pas échapper les premières fleurs du printemps.
8 Couronnons-nous de boutons de roses avant qu'elles ne se fanent.
9 Qu'aucun de nous ne manque à notre fête provocante,
laissons partout des signes de notre liesse,
car c'est là notre part, c'est là notre lot.
10 Opprimons le pauvre, qui pourtant est juste,
n'épargnons pas la veuve
et n'ayons pas égard aux cheveux blancs du vieillard. [Am 2.6 ; voir Ex 22.21 ; Lv 19.32.]
11 Mais que pour nous la force soit la norme du droit,
car la faiblesse s'avère inutile.
12 « Traquons le juste : il nous gêne,
s'oppose à nos actions,
nous reproche nos manquements à la Loi
et nous accuse d'être infidèles à notre éducation.
13 Il déclare posséder la connaissance de Dieu
et il se nomme enfant du Seigneur.
14 Il est devenu un reproche vivant pour nos pensées
et sa seule vue nous est à charge.
15 Car sa vie ne ressemble pas à celle des autres
et sa conduite est étrange.
16 Il nous considère comme une chose frelatée
et il s'écarte de nos voies comme de souillures.
Il proclame heureux le sort final des justes
et se vante d'avoir Dieu pour père.
17 Voyons si ses paroles sont vraies
et vérifions comment il finira.
18 Si le juste est fils de Dieu, alors celui-ci viendra à son secours
et l'arrachera aux mains de ses adversaires. [Voir Ps 22.9+.]
19 Mettons-le à l'épreuve par l'outrage et la torture
pour juger de sa sérénité
et apprécier son endurance.
20 Condamnons-le à une mort honteuse,
puisque, selon ses dires, une intervention divine aura lieu en sa faveur. » [intervention divine Sg 3.7+.]
21 Ainsi raisonnent-ils, mais ils se trompent ;
leur perversité les aveugle [Rm 1.21.]
22 et ils ne connaissent pas les secrets desseins de Dieu,
ils n'espèrent pas de récompense pour la piété,
ils n'apprécient pas l'honneur réservé aux âmes pures.
23 Or Dieu a créé l'homme pour qu'il soit incorruptible
et il l'a fait image de ce qu'il possède en propre.
24 Mais par la jalousie du diable la mort est entrée dans le monde :
ils la subissent ceux qui se rangent dans son parti. [la mort est entrée dans le monde Rm 5.12.
— son parti, c'est-à-dire le parti du diable.]
3 Les âmes des justes, elles, sont dans la main de Dieu
et nul tourment ne les atteindra plus. [dans la main de Dieu Qo 9.1+.]
2 Aux yeux des insensés, ils passèrent pour morts,
et leur départ sembla un désastre, [Les termes départ et éloignement sont des euphémismes qui désignent la mort.]
3 leur éloignement, une catastrophe.
Pourtant ils sont dans la paix.
4 Même si, selon les hommes, ils ont été châtiés,
leur espérance était pleine d'immortalité. [immortalité Sg 5.15+.]
5 Après de légères corrections, ils recevront de grands bienfaits.
Dieu les a éprouvés
et les a trouvés dignes de lui ; [corrections Sg 11.10+.]
6 comme l'or au creuset, il les a épurés,
comme l'offrande d'un holocauste, il les a accueillis. [Voir au glossaire SACRIFICES.]
7 Au temps de l'intervention de Dieu, ils resplendiront,
ils courront comme des étincelles à travers le chaume. [l'intervention de Dieu Sg 2.20 ; 4.15 ; Ex 3.16+.
— L'image du chaume brûlé par le feu évoque le jugement des impies avant l'établissement du règne de Dieu ; voir Ex 15.7+.]
8 Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples,
et le Seigneur sera leur roi pour toujours. [Voir Dn 7.18,22,27.]
9 Ceux qui se confient en lui comprendront la vérité,
ceux qui restent fermes dans l'amour demeureront auprès de lui.
Car il y a grâce et miséricorde pour ses élus. [le texte grec est incertain ; certains manuscrits portent Car (il accorde) la grâce et la miséricorde à ceux qui lui appartiennent et il interviendra pour ses élus.]
10 Les impies, au contraire, recevront le châtiment que méritent leurs pensées,
pour avoir méprisé le juste et abandonné le Seigneur.
11 Car ceux qui dédaignent la Sagesse et sa discipline de vie sont des misérables :
vide est leur espérance, inutiles leurs efforts,
et leurs travaux ne servent à rien ;
12 leurs femmes sont insensées,
leurs enfants méchants,
leur descendance maudite.
13 Heureuse plutôt la femme stérile, celle qui est sans tache
et n'a pas connu une union interdite ;
elle aura du fruit lors de l'inspection des âmes. [Heureuse... la femme stérile : dans l'ancien Israël la stérilité était considérée comme une malédiction.
— interdite : sous-entendu par la Loi de Dieu. Il s'agit soit d'une union adultère soit du mariage avec un païen (voir Dt 7.3).
— elle aura du fruit... ou Dieu la récompensera au moment du jugement.]
14 Heureux aussi l'eunuque, dont la main n'a pas fait de mal
et qui n'a pas nourri des pensées mauvaises contre le Seigneur :
il recevra pour sa fidélité une grâce de choix
et une part plus délicieuse dans le Temple du Seigneur. [Dans l'ancien Israël l'eunuque était exclu de l'assemblée cultuelle, voir Dt 23.2 ; Es 56.3-5.]
15 Car le fruit des efforts vertueux est plein de gloire,
indéfectible, la racine de la sagesse.
16 Mais les enfants des adultères ne s'épanouiront pas
et la descendance d'une union illégitime disparaîtra.
17 Même s'ils vivent longtemps, ils seront comptés pour rien
et, jusqu'à la fin, leur vieillesse sera méprisée.
18 Et s'ils meurent tôt, ils n'auront ni espoir,
ni consolation au jour du verdict.
19 Pénible est la destinée d'une race injuste !
4 Mieux vaut ne pas avoir d'enfant et posséder la vertu
qui laisse un souvenir riche d'immortalité,
car elle est approuvée par Dieu et par les hommes. [Ps 112.6.]
2 Présente, on l'imite,
absente, on la regrette ;
dans le monde éternel, elle triomphe, ceinte d'une couronne,
après avoir vaincu dans un concours aux luttes sans souillures. [la deuxième partie du verset compare la vertu au vainqueur dans les Jeux grecs. Celui-ci faisait une entrée triomphale dans le stade, la tête ceinte d'une couronne.]
3 Mais la nombreuse progéniture des impies sera inutile ;
issue de rejetons bâtards, elle ne jettera pas de racines profondes
et elle n'établira pas une base solide.
4 Même si, pour un temps, elle pousse des branches,
mal assurée, elle sera ébranlée par le vent
et déracinée par la bourrasque.
5 Ses rameaux seront brisés avant terme,
leur fruit sera perdu, trop vert pour être mangé
et bon à rien.
6 Car les enfants nés de sommeils coupables
témoignent, lors de l'enquête, de la perversité des parents. [de sommeils coupables ou d'unions coupables.
— lors de l'enquête, c'est-à-dire au jour du jugement de Dieu.]
7 Un juste, au contraire, même s'il meurt avant l'âge, connaîtra le repos. [Sort du juste Pr 3.33+.]
8 Car la vieillesse estimée n'est pas celle du grand âge,
elle ne se mesure pas au nombre des années.
9 La sagesse tient lieu de cheveux blancs pour l'homme,
l'âge de la vieillesse, c'est une vie sans tache.
10 Devenu agréable à Dieu, il a été aimé
et, comme il vivait parmi les pécheurs, il a été emporté ailleurs. [il a été emporté ailleurs et il a été enlevé se réfèrent à la mort du juste dans laquelle l'auteur voit une intervention de Dieu ; voir Gn 5.24 ; He 11.5.]
11 Il a été enlevé de peur que le mal n'altère son jugement
ou que la ruse ne séduise son âme.
12 Car la fascination de la frivolité obscurcit les vraies valeurs
et le tournoiement du désir ébranle un esprit sans malice.
13 Parvenu à la perfection en peu de temps, il a atteint la plénitude d'une longue vie.
14 Son âme a plu au Seigneur
et c'est pourquoi elle s'est hâtée de sortir d'un milieu pervers.
Les gens ont vu et n'ont pas compris,
ils ne se sont pas mis dans l'esprit ce mystère : [Autre traduction il (=Dieu) s'est hâté de la faire sortir.]
15 qu'il y a grâce et miséricorde pour ses élus,
et qu'il interviendra en faveur de ses saints. [Dieu interviendra Sg 3.7+.]
16 La mort du juste condamne la survie des impies,
et la jeunesse tôt parachevée, la longue vieillesse de l'injuste.
17 Ils verront donc la mort du sage,
sans comprendre ce qu'a voulu pour lui le Seigneur
et pourquoi il l'a mis en sûreté. [Ils : les impies (v. 16).]
18 Ils verront et n'auront que mépris,
mais le Seigneur se rira d'eux. [le Seigneur se rira Ps 2.4+.]
19 Ensuite ils deviendront un cadavre infâme,
un perpétuel objet de honte parmi les morts ;
il les précipitera, sans qu'ils puissent dire mot, la tête la première,
il les ébranlera jusqu'en leurs fondements
et ils resteront en friche jusqu'à la fin ;
ils seront dans la douleur
et leur souvenir périra. [un cadavre infâme Es 14.18-19.]
20 Quand on fera le compte de leurs péchés, ils viendront, apeurés,
et leurs crimes se dresseront contre eux pour les accuser.
5 Alors le juste si tiendra debout, avec une belle assurance,
face à ceux qui l'opprimèrent
et qui méprisaient ses efforts.
2 A sa vue, ils seront secoués d'une peur terrible,
stupéfaits de le voir sauvé contre toute attente.
3 Ils se diront entre eux, pleins de remords
et gémissant, le souffle court :
4 « C'est lui que jadis nous tournions en ridicule
et dont nous faisions un objet de sarcasme.
Insensés, nous avons jugé sa vie une pure folie
et sa mort déshonorante.
5 Comment donc a-t-il été admis au nombre des fils de Dieu
et partage-t-il le sort des saints ? [Les fils de Dieu et les saints désignent ici vraisemblablement les anges (voir Ps 89.6-8).
— le sort des saints Es 4.3 ; Dn 7.18,21,22.]
6 Ainsi nous nous sommes égarés loin du chemin de la vérité,
la lumière de la justice ne nous a pas éclairés
et le soleil ne s'est pas levé pour nous. [Es 58.8-10 ; 59.9-10.]
7 Nous avons marché jusqu'au dégoût dans les sentiers de l'injustice et de la perdition,
traversé des déserts sans pistes,
mais nous n'avons pas connu la voie du Seigneur.
8 A quoi nous a servi notre arrogance ?
Que nous a rapporté la richesse dont nous nous vantions ?
9 Tout cela s'est évanoui comme l'ombre,
comme un message porté en courant.
10 Tel le navire qui fend l'onde agitée
sans qu'on puisse retrouver la trace de son passage
ou le sillage de sa carène dans les flots ;
11 tel encore l'oiseau qui vole à travers les airs
et ne laisse de son trajet aucune marque perceptible,
car l'air léger, frappé à coups de rémiges,
fendu par le puissant élan
des ailes qui battent, est traversé
sans qu'on y trouve ensuite l'indice de son passage ;
12 telle la flèche lancée vers le but,
quand l'air déchiré revient aussitôt sur lui-même,
si bien qu'on ignore la trajectoire suivie ;
13 ainsi nous-mêmes, à peine nés, nous avons disparu
et n'avons pu montrer aucune trace de vertu ;
nous nous sommes consumés dans le vice. »
14 Oui, l'espoir de l'impie est pareil à la balle emportée par le vent,
ou à l'écume légère que chasse l'ouragan ;
il se dissipe comme fumée au vent,
il s'évanouit comme le souvenir de l'hôte d'un jour. [l'espoir de l'impie Pr 10.28+.]
15 Mais les justes vivent pour toujours ;
leur salaire dépend du Seigneur
et le Très-Haut prend soin d'eux. [Sg 2.22-23 ; 3.4-9 ; voir Pr 3.33+.]
16 Aussi recevront-ils la royauté splendide
et le diadème magnifique de la main du Seigneur.
Car, de sa droite, il va les protéger,
et, de son bras, les couvrir. [C'est-à-dire de sa main droite.
— le diadème magnifique voir Dn 7.18 ; 1 Co 9.25+.]
17 Il prendra comme armure son zèle vengeur
et il armera la création pour châtier ses ennemis. [Les armes de Dieu Es 59.17 ; Ep 6.13-17.]
18 Comme cuirasse, il revêtira la justice,
comme casque, il mettra le jugement sans appel.
19 Il prendra sa sainteté invincible pour bouclier,
20 en guise d'épée, il affûtera sa colère inflexible
et l'univers viendra combattre avec lui contre les insensés.
21 Tels des traits bien ajustés, les éclairs partiront
et depuis les nuages, comme d'un arc fortement tendu, jailliront vers le but.
22 Une baliste lancera des grêlons pleins de fureur,
les eaux de la mer se déchaîneront contre eux
et les fleuves les submergeront sans pitié.
23 Un souffle de puissance se lèvera contre eux
et comme un ouragan les dispersera.
L'iniquité aura fait de la terre entière un désert,
la malfaisance aura renversé le trône des puissants. [la terre... un désert Es 24.1-6.]
6 Or donc, rois, écoutez et comprenez, laissez-vous instruire, vous dont la juridiction s'étend à toute la terre.
2 Prêtez l'oreille, vous qui dominez sur les foules
et qui êtes si fiers de la multitude de vos nations :
3 vous avez reçu du Seigneur votre pouvoir,
du Très-Haut, votre souveraineté,
et c'est lui qui examinera vos actes et scrutera vos desseins, [Pr 8.15-16 ; Dn 4.14 ; voir Rm 13.1+.]
4 si vous, les ministres de sa royauté, n'avez pas jugé selon le droit,
ni respecté la loi,
ni agi selon la volonté de Dieu.
5 De façon terrible et soudaine il surgira devant vous,
car un jugement rigoureux s'exerce contre les grands.
6 Le petit, lui, est excusable et digne de pitié,
mais les puissants seront examinés avec vigueur.
7 Le souverain de tous ne reculera devant personne
et ne tiendra pas compte de la grandeur :
il a créé le petit comme le grand
et sa providence est la même pour tous. [Impartialité de Dieu Jb 34.19+ qui a créé le petit et le grand Pr 22.2+.]
8 Mais aux forts une dure enquête est réservée.
9 C'est donc à vous, ô princes, que vont mes paroles,
afin que vous appreniez la Sagesse et ne trébuchiez pas.
10 Ceux qui auront observé saintement les saintes lois seront reconnus saints,
et ceux qui en auront été instruits trouveront une défense.
11 Alors soyez avides de mes paroles,
désirez-les ardemment et vous serez éduqués.
12 La Sagesse brille et ne se flétrit pas,
elle se laisse voir aisément par ceux qui l'aiment
et trouver par ceux qui la cherchent. [la Sagesse se laisse trouver Pr 8.17 ; Si 6.27 ; voir Sg 1.2 ; Mt 7.7-11.
— sur leurs sentiers, c'est-à-dire dans toutes leurs occupations.]
13 Elle devance ceux qui la désirent, en se faisant connaître la première.
14 Quiconque part tôt vers elle ne se fatiguera pas :
il la trouvera assise à sa porte.
15 Se passionner pour elle, c'est la perfection du discernement.
Et quiconque aura veillé à cause d'elle sera bientôt sans inquiétude,
16 car, de son côté, elle circule en quête de ceux qui sont dignes d'elle,
elle leur apparaît avec bienveillance sur leurs sentiers
et, dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre.
17 Le commencement de la Sagesse, c'est le désir vrai d'être instruit par elle,
18 vouloir être instruit, c'est l'aimer,
l'aimer, c'est garder ses lois,
observer ses lois, c'est être assuré de l'incorruptibilité,
19 et l'incorruptibilité rend proche de Dieu.
20 Ainsi le désir de la Sagesse élève jusqu'à la royauté. [Il s'agit ici de la royauté de Dieu à laquelle peuvent être associés les élus (voir 3.8).]
21 Si donc vous, princes des peuples, prenez plaisir aux trônes et aux sceptres,
rendez hommage à la Sagesse et vous régnerez pour toujours.
22 Mais qu'est-ce que la Sagesse et quelle est son origine ? Je vais l'annoncer,
sans vous cacher les mystères.
Je remonterai jusqu'au principe de son existence,
j'exposerai au grand jour la connaissance de sa réalité ;
je ne passerai certes pas à côté de la vérité [Il y a ici peut-être une allusion aux religions à mystères très répandues à l'époque de l'auteur (1er siècle av. J.C.). Leurs doctrines étaient révélées seulement à un petit nombre d'initiés contrairement à ce qui est annoncé ici.]
23 ni ne cheminerai jamais avec l'envie qui consume
car elle exclut toute participation à la Sagesse.
24 La multitude des sages, au contraire, assure le salut du monde,
et un roi avisé, le bien-être d'un peuple. [la multitude des sages Pr 11.14+.
— un roi avisé voir Si 10.1-3.]
25 Aussi laissez-vous instruire par mes paroles et vous y trouverez profit.
7 Je suis moi aussi un homme mortel, égal à tous,
descendant du premier qui fut modelé de terre.
Dans le ventre d'une mère, j'ai été sculpté en chair. [Dans la suite du texte l'auteur s'identifie au roi Salomon (voir Sg 9.1-12). Celui-ci était considéré comme le plus grand sage d'Israël (voir 1 R 5.9-14).]
2 durant dix mois, ayant pris consistance dans le sang
à partir d'une semence d'homme et du plaisir qui accompagne le sommeil. [On considérait que la grossesse durait dix mois parce que le début du dixième mois était compté comme mois entier.]
3 Moi aussi, dès ma naissance, j'ai aspiré l'air qui nous est commun
et je suis tombé sur la terre où l'on souffre pareillement :
comme pour tous, mon premier cri fut des pleurs.
4 J'ai été élevé dans les langes, au milieu des soucis.
5 Aucun roi n'a débuté autrement dans l'existence.
6 Pour tous, il n'y a qu'une façon d'entrer dans la vie comme d'en sortir.
7 Aussi ai-je prié et le discernement m'a été donné,
j'ai imploré et l'esprit de la Sagesse est venu en moi.
8 Je l'ai préférée aux sceptres et aux trônes,
auprès d'elle, j'ai estimé néant la richesse ; [Valeur de la Sagesse Pr 8.11+.]
9 je ne l'ai pas comparée à la pierre inestimable
car tout l'or du monde, face à elle, ne serait qu'un peu de sable
et l'argent, devant elle, paraîtrait de la boue.
10 Plus que la santé et la beauté je l'ai aimée,
et je décidai de l'avoir pour lumière,
car sa clarté ne connaît pas de déclin.
11 Mais avec elle, elle m'a apporté tous les biens à la fois,
elle tenait dans ses mains une richesse incalculable.
12 J'ai profité de tous ces biens, les sachant dirigés par la Sagesse ;
j'ignorais pourtant qu'elle-même en était l'auteur.
13 Ce que j'ai appris avec simplicité, j'en fais part sans réserve.
je ne tairai pas sa richesse.
14 Car elle est pour les hommes un trésor inépuisable.
Ceux qui l'ont exploité se sont concilié l'amitié de Dieu,
recommandés à lui par les dons provenant de l'éducation.
15 Que Dieu m'accorde de parler avec intelligence
et de concevoir des pensées dignes des dons reçus,
car c'est lui qui guide la Sagesse
et dirige les sages.
16 Il tient en son pouvoir et nous-mêmes et nos paroles,
tout savoir et toute science des techniques.
17 Ainsi m'a-t-il donné une connaissance exacte du réel.
Il m'a appris la structure de l'univers et l'activité des éléments, [L'auteur évoque ainsi l'air, l'eau, le feu et la terre qui étaient, pour les savants grecs, les éléments constitutifs du monde.]
18 le commencement, la fin et le milieu des temps,
les alternances des solstices et les changements de saisons,
19 les cycles de l'année et les positions des astres,
20 les natures des animaux et les humeurs des bêtes sauvages,
les impulsions violentes des esprits et les pensées des hommes,
les variétés de plantes et les vertus des racines. [Les esprits nommés ici sont sans doute les puissances mystérieuses qui étaient censées agir dans l'univers ou dans l'homme.]
21 Toute la réalité cachée et apparente, je l'ai connue,
car l'artisane de l'univers, la Sagesse, m'a instruit. [Sg 8.6 ; Pr 3.19 ; 8.30.]
22 Car il y a en elle un esprit intelligent, saint,
unique, multiple,
subtil, mobile,
distinct, sans tache,
clair, inaltérable,
aimant le bien, diligent, [Cet esprit est seul de son espèce mais il a des activités multiples.]
23 indépendant, bienfaisant, ami de l'homme,
ferme, assuré, tranquille,
qui peut tout, surveille tout
et pénètre tous les esprits,
les intelligents, les purs, les plus subtils.
24 Aussi la Sagesse est-elle plus mobile qu'aucun mouvement,
à cause de sa pureté, elle passe et pénètre à travers tout.
25 Elle est un effluve de la puissance de Dieu,
une pure irradiation de la gloire du Tout-Puissant ;
c'est pourquoi nulle souillure ne se glisse en elle. [Dieu et la Sg 8.3-4 ; Si 24.3 ; voir He 1.3.]
26 Elle est un reflet de la lumière éternelle,
un miroir sans tache de l'activité de Dieu
et une image de sa bonté.
27 Comme elle est unique, elle peut tout ;
demeurant en elle-même, elle renouvelle l'univers
et, au long des âges, elle passe dans les âmes saintes
pour former des amis de Dieu et des prophètes.
28 Car seuls sont aimés de Dieu ceux qui partagent l'intimité de la Sagesse.
29 Elle est plus radieuse que le soleil
et surpasse toute constellation.
Comparée à la lumière, sa supériorité éclate :
30 la nuit succède à la lumière,
mais le mal ne prévaut pas sur la Sagesse.
2 C'est elle que j'ai aimée et recherchée dès ma jeunesse,
j'ai cherché à en faire mon épouse
et je suis devenu l'amant de sa beauté.
3 Sa gloire éclipse la noblesse, car elle partage la vie de Dieu
et le souverain de l'univers l'a aimée.
4 Initiée à la science même de Dieu,
elle décide de ses œuvres.
5 Et si la richesse est un bien désirable dans la vie,
quoi de plus riche que la Sagesse, l'auteur de toutes choses ?
6 Si notre intelligence est efficace,
l'artisane des êtres ne l'est-elle pas davantage ?
7 Aime-t-on la rectitude ?
Les vertus sont le fruit de ses travaux,
car elle enseigne modération et prudence,
justice et courage,
et il n'est rien de plus utile aux hommes dans la vie.
8 Désire-t-on encore profiter d'une longue expérience ?
Elle connaît le passé et conjecture l'avenir,
elle sait interpréter les sentences et résoudre les énigmes,
elle prévoit signes et prodiges,
les moments et les temps favorables. [signes et prodiges : cette expression se rapporte à des phénomènes naturels insolites (éclipses, tremblements de terre...).
— les moments et les temps favorables : sous-entendu aux entreprises des hommes.]
9 Je résolus donc d'en faire la compagne de ma vie,
sachant qu'elle serait ma conseillère pour le bien,
mon réconfort dans les soucis et le chagrin.
10 Grâce à elle, me disais-je, j'aurai de la gloire auprès des foules
et, bien que jeune, je jouirai de la considération des vieillards.
11 On me trouvera pénétrant dans l'exercice de la justice
et les princes, devant moi, seront émerveillés.
12 Si je me tais, ils attendront ; si je parle, ils se feront attentifs,
et si mon discours se prolonge,
ils mettront la main sur leur bouche. [Ce geste signifie que l'on se tait pour écouter d'autant plus attentivement.]
13 J'obtiendrai, grâce à elle, l'immortalité
et je laisserai à la postérité un souvenir éternel.
14 Je gouvernerai les peuples, les nations me seront soumises.
15 A mon seul nom, des souverains redoutables prendront peur ;
je me montrerai bon parmi la foule et courageux à la guerre.
16 Rentré chez moi, je me reposerai près d'elle,
car sa société ne cause point d'amertume,
ni son intimité de chagrin ;
mais seulement de l'agrément et de la joie.
17 Ayant ainsi raisonné en moi-même et considéré en mon cœur
que la parenté avec la Sagesse assure l'immortalité,
18 que sa tendresse procure une noble jouissance,
les labeurs de ses mains, une richesse inépuisable,
sa fréquentation assidue, un jugement avisé,
et la communication de ses paroles, la célébrité,
j'allais de tous côtés cherchant comment la prendre pour épouse.
19 J'étais, certes, un enfant bien né
et j'avais reçu une âme bonne ;
20 ou plutôt, étant bon, j'étais venu dans un corps sans souillure.
21 Pourtant je savais que je n'obtiendrais pas la sagesse autrement que par un don de Dieu
- et reconnaître de qui dépend un bienfait, c'était encore une preuve de discernement — ,
je me tournai donc vers le Seigneur et le priai
en disant de tout mon cœur : [Pr 2.6+.]
(Voir 1R 3. 6-9)
9 Dieu des pères et Seigneur miséricordieux
qui as fait l'univers par ta parole, [Dieu des pères ou Dieu de nos ancêtres.
— l'univers par ta parole Ps 33.6+.]
2 formé l'homme par ta Sagesse
afin qu'il domine sur les créatures appelées par toi à l'existence, [Sg 10.2 ; Gn 1.26-28.]
3 qu'il gouverne le monde avec piété et justice,
et rende ses jugements avec droiture d'âme,
4 donne-moi la Sagesse qui partage ton trône
et ne m'exclus pas du nombre de tes enfants.
5 Vois, je suis ton serviteur et le fils de ta servante,
un homme faible et dont la vie est brève,
bien démuni dans l'intelligence du droit et des lois.
6 Du reste, quelqu'un fût-il parfait parmi les fils des hommes,
sans la Sagesse qui vient de toi, il sera compté pour rien. [Ou les humains.]
7 C'est toi qui m'as préféré pour être roi de ton peuple,
juge de tes fils et de tes filles. [préféré : il y a là sans doute une allusion à l'élimination, en faveur de Salomon, des autres fils de David (voir 1 R 1 et 1 Ch 28.5-6).
— tes fils et tes filles, c'est-à-dire tous les membres du peuple de Dieu ; Dt 32.19 ; Es 43.6-7.]
8 Tu m'as ordonné de bâtir un Temple sur ta sainte montagne
et un autel dans la ville où tu as établi ta demeure,
à l'imitation de la tente sainte que tu avais préparée dès l'origine. [ta sainte montagne : il s'agit de la colline de Jérusalem.
— la tente sainte désigne la tente de la rencontre.]
9 Près de toi se tient la Sagesse qui connaît tes œuvres,
et qui était présente lorsque tu créais le monde.
Elle sait ce qui est agréable à tes yeux,
ce qui est droit selon tes commandements. [Pr 8.27-31.]
10 Fais-la descendre des cieux saints,
du trône de ta gloire, daigne l'envoyer,
pour qu'elle peine à mes côtés
et que je connaisse ce qui te plaît.
11 Elle qui sait et comprend tout,
elle me guidera dans ma conduite avec mesure
et elle me protégera par sa gloire.
12 Ainsi mes actes pourront être agréés,
je jugerai ton peuple avec équité
et serai digne du trône de mon père.
13 Quel homme pourrait connaître la volonté de Dieu ?
Qui donc pourrait se faire une idée des intentions du Seigneur ?
14 Les pensées des mortels sont hésitantes,
précaires, nos réflexions.
15 Le corps, soumis à la corruption, alourdit l'âme,
l'enveloppe de terre est un fardeau pour l'esprit sollicité en tous sens.
16 Déjà nous avons peine à nous représenter les réalités terrestres,
même ce qui est à notre portée, nous le découvrons avec effort.
Mais les réalités célestes, qui les a explorées ?
17 Et ta volonté, qui donc l'aurait connue, si tu n'avais donné toi-même la Sagesse
et envoyé d'en haut ton saint Esprit ?
18 Ainsi furent rectifiés les sentiers de la terre,
les hommes furent instruits de ce qui te plaît
et sauvés par la Sagesse. [Ou les manières d'agir.]
10 Par elle, le premier formé, père du monde,
fut gardé avec soin après avoir été créé solitaire.
Puis elle l'arracha à sa propre transgression [le premier formé désigne Adam.
— sa transgression Gn 3.1-13.]
2 et lui donna la force de maîtriser tout. [C'est-à-dire toute la création ; Sg 9.2+.]
3 Mais l'homme injuste qui se détourna d'elle par sa colère
périt dans sa rage fratricide. [Caïn (voir Gn 4.8).]
4 La terre recouverte à cause de lui par le déluge fut encore sauvée par la Sagesse,
qui pilota le juste sur un bois vulgaire. [le juste désigne Noé (voir Gn 6-8).]
5 Et lorsque les nations, unanimes dans le mal, furent confondues,
c'est elle qui reconnut le juste, le garda irréprochable devant Dieu
et lui permit d'être plus fort que sa tendresse pour son enfant. [les nations confondues Gn 11.1-9.
— le juste désigne Abraham (voir Gn 12 et 22.1-19).]
6 De même, alors que les impies périssaient, elle délivra le juste
fuyant devant le feu qui s'abattait sur les cinq villes. [Loth (voir Gn 19.1-25).]
7 En témoignage de leur perversité subsistent toujours
une terre aride et fumante,
des plantes aux fruits que les saisons ne mûrissent pas,
et une colonne de sel dressée en mémorial d'une âme incrédule. [la femme de Loth (voir Gn 19.26).]
8 Ceux qui ont dédaigné la Sagesse
non seulement sont devenus incapables de connaître le bien,
mais encore ont laissé à la postérité un souvenir de leur folie,
pour que, dans leurs fautes mêmes, ils ne puissent rester cachés.
9 Mais la Sagesse a délivré ses serviteurs de leurs épreuves.
10 Le juste qui fuyait la colère de son frère,
elle le guida par de droits sentiers ;
elle lui montra la royauté de Dieu
et lui donna la connaissance des réalités saintes ;
elle le fit prospérer au milieu de ses fatigues
et multiplia le fruit de ses labeurs ; [le juste qui fuyait désigne Jacob (voir Gn 27.41-43).
— elle lui montra la royauté de Dieu : allusion au songe de Jacob (voir Gn 28.10-22).
— la connaissance des réalités saintes : l'expression peut se référer aux révélations faites à Jacob pendant le songe (voir Gn 28.13-15) ou à la fondation de Béthel (voir Gn 28.16-22). Autre traduction la connaissance des saints, c'est-à-dire des anges (voir Gn 28.12).
— le fruit de ses labeurs : allusion au travail de Jacob chez Laban (voir Gn 31.38-42).]
11 elle l'assista contre la cupidité des exploiteurs
et finit par l'enrichir ;
12 elle le garda de ses ennemis
et le protégea contre les tendeurs de pièges ;
elle arbitra même un dur combat en sa faveur
pour qu'il sache que la piété est plus puissante que tout. [Gn 32.23-32.]
13 Elle n'abandonna pas non plus le juste qui fut vendu,
mais elle l'arracha au péché ; [Joseph : voir Gn 37.12-36 et Gn 39-41.]
14 elle descendit avec lui dans la fosse
et ne l'abandonna pas dans ses liens
avant de lui avoir procuré le sceptre de la royauté
et l'autorité sur ceux qui étaient ses maîtres ;
par là elle convainquit de mensonges ses calomniateurs
et elle lui conféra une gloire éternelle. [1 M 2.53 ; voir Gn 41.37-45.]
15 Par elle le peuple saint, de race irréprochable,
fut délivré d'une nation d'oppresseurs.
16 Elle entra dans l'âme d'un serviteur du Seigneur
et s'opposa à des rois redoutables par des prodiges et des signes. [un serviteur du Seigneur désigne Moïse.
— des rois redoutables : généralisation qui fait allusion au Pharaon d'Egypte.
— des prodiges et des signes : allusion aux fléaux d'Egypte (voir Ex 7.8-11.10).]
17 Elle remit aux saints le salaire de leurs durs travaux,
elle les conduisit par une route étonnante
et elle devint pour eux un abri durant le jour,
un flamboiement d'étoiles pendant la nuit.
18 Elle leur fit traverser à pied la mer Rouge,
elle les fit passer à travers des eaux abondantes.[Ex 14.21-29.]
19 Mais leurs ennemis, elle les engloutit,
puis dans un bouillonnement les rejeta du fond de l'abîme ;
20 c'est pourquoi les justes dépouillèrent les impies.
Ils chantèrent, Seigneur, ton nom très saint
et célébrèrent ensemble ta main qui les avait défendus. [ils dépouillèrent les impies Ex 12.36.
— Ils chantèrent... et célébrèrent : allusion au cantique de Moïse rapporté en Ex 15.]
21 Car la Sagesse ouvrit la bouche des muets
et délia la langue des tout-petits. [la langue des tout-petits Ps 8.3+.]
11 Elle fit réussir leurs entreprises grâce à un saint prophète. [Moïse Nb 12.7-8 ; Dt 18.15 ; voir He 3.2.]
2 Ils traversèrent un désert inhabité
et plantèrent leurs tentes en des lieux jamais foulés ;
3 ils tinrent tête à des ennemis et repoussèrent des adversaires. [Ex 17.8-13.]
4 Ils souffrirent de la soif et ils t'invoquèrent ;
alors un rocher abrupt leur donna de l'eau,
une pierre dure étancha leur soif. [Voir Ex 17.1-7 ; Ps 114.8+.]
5 Ainsi les réalités mêmes qui avaient servi à châtier leurs ennemis
devinrent pour eux un bienfait dans leur détresse.
6 Au lieu du jaillissement continu d'un fleuve
troublé par un sang boueux [Allusion au premier fléau d'Egypte : le Nil changé en sang (voir Ex 7.14-25).]
7 en châtiment du décret infanticide,
tu leur as donné à eux, contre tout espoir, une eau abondante, [Il s'agit du décret du Pharaon ordonnant de tuer tout garçon nouveau-né (voir Ex 1.22).]
8 après leur avoir montré par la soif subie alors
comment tu avais puni leurs adversaires.
9 En effet, par cette épreuve, bien que corrigés avec miséricorde,
ils surent quels tourments subissaient les impies jugés avec colère.
10 Les tiens, tu les as mis à l'épreuve en père qui avertit,
mais à ceux-là, tu as demandé des comptes en roi sévère qui condamne. [en père qui avertit Pr 3.12+ ; He 12.7+ ; voir Rm 8.18 ; 2 Co 4.17 ; 1 P 1.6-7.
— ceux-là : les impies nommés au verset 9. Il s'agit des Egyptiens.]
11 Loin comme près des tiens, ils souffraient pareillement :
12 une double tristesse les saisit
avec un gémissement au souvenir du passé, [Leur tristesse est double parce qu'ils se souviennent de leurs épreuves passées (v. 12b et voir v. 6) et parce qu'ils ont la preuve de l'intervention de Dieu contre eux et en faveur des Israélites.]
13 car en apprenant que par l'instrument même de leur châtiment
les autres avaient été favorisés, ils sentirent l'intervention du Seigneur.
14 Celui qu'ils avaient rejeté jadis en l'exposant, puis congédié avec moquerie,
les remplit de stupeur au terme des événements
car ils avaient souffert de la soif autrement que les justes. [Celui qu'ils avaient rejeté : Moïse.
— en l'exposant Ex 1.22 ; Ac 7.19-21.
— congédié avec moquerie Ex 5.2-5 ; 7.13,22.
— au terme des événements, c'est-à-dire sans doute lors du miracle de l'eau au désert (voir v. 4).]
15 Et à cause des pensées stupides inspirées par leur injustice,
qui les égarèrent jusqu'à leur faire rendre un culte à des reptiles sans raison et à des bêtes viles,
tu leur envoyas en châtiment une multitude d'animaux sans raison, [Référence aux animaux qui sont intervenus dans les fléaux d'Egypte (voir Ex 8.1-10.15).]
16 pour qu'ils sachent qu'on est puni par où l'on a péché.
17 Elle n'était pas embarrassée, ta main toute-puissante,
elle qui a créé le monde à partir d'une matière informe,
pour envoyer contre eux une multitude d'ours ou de lions féroces,
18 ou des monstres inconnus créés tout exprès, pleins de fureur
et pouvant exhaler un souffle embrasé,
ou répandre une fumée infecte,
ou lancer de leurs yeux de terribles éclairs ;
19 non seulement leur malfaisance aurait pu les anéantir d'un seul coup,
mais leur vue aurait déjà suffi à les faire périr d'effroi.
20 D'ailleurs, même sans ces bêtes, ils pouvaient être renversés d'un seul souffle,
poursuivis par la justice
et dispersés par le souffle de ta puissance ;
mais tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids. [Es 40.12 ; Jb 28.25-26.]
21 Ta grande force est toujours à ta disposition,
et qui résistera à la vigueur de ton bras ?
22 Oui, le monde entier est devant toi comme le poids infime qui déséquilibre une balance,
comme la goutte de rosée matinale qui descend vers le sol.
23 Mais tu as pitié de tous parce que tu peux tout,
et tu détournes les yeux des péchés des hommes pour les amener au repentir.
24 Tu aimes tous les êtres
et ne détestes aucune de tes œuvres :
aurais-tu haï l'une d'elles, tu ne l'aurais pas créée.
25 Et comment un être quelconque aurait-il subsisté, si toi, tu ne l'avais voulu,
ou aurait-il été conservé sans avoir été appelé par toi. [Dieu appelle à l'existence Es 41.4 ; 48.13 ; Rm 4.17.]
26 Tu les épargnes tous, car ils sont à toi, Maître qui aimes la vie,
12 et ton esprit incorruptible est dans tous les êtres. [Ps 104.29-30 ; Jb 34.14-15.]
2 Aussi tu reprends progressivement les coupables
et tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent,
afin qu'ils renoncent au mal et qu'ils croient en toi, Seigneur. [tu reprends... tu avertis 11.10+.]
3 Il en fut ainsi pour les anciens habitants de ta terre sainte [Voir la liste de Dt 7.1. Ici il s'agit des Cananéens.]
4 que tu avais pris en haine à cause de leurs pratiques détestables :
œuvres de magie, rites impies, [Dt 18.9-12 ; Ps 106.36-39.]
5 meurtres cruels d'enfants,
festin de chair et de sang humains où l'on mange jusqu'aux entrailles ;
ces véritables initiés surpris en pleine orgie,
6 ces parents meurtriers d'êtres sans défense,
tu avais voulu les faire périr par la main de nos pères,
7 afin qu'elle reçût une digne colonie d'enfants de Dieu,
cette terre qui t'est chère entre toutes.
8 Pourtant, même ceux-là, tu les as épargnés parce qu'ils restaient des hommes
et tu as envoyé comme avant-coureurs de ton armée des guêpes
qui ne les extermineraient que peu à peu. [Ex 23.28+.]
9 Certes, tu aurais pu dans une bataille livrer les impies aux mains des justes,
ou encore les détruire en un instant par des bêtes redoutables ou par une parole tranchante.
10 Mais en exerçant progressivement ta justice, tu offrais une occasion de repentir,
sans ignorer pourtant que leur nature était viciée,
leur perversité innée,
et que leur mentalité ne changerait jamais ;
11 car c'était une race maudite dès l'origine.
Ce n'est pas davantage par peur de quelqu'un que tu leur avais offert l'impunité de leurs péchés. [Gn 9.25+.]
12 Qui donc en effet osera te dire : Qu'as-tu fait ?
Qui s'opposera à ta décision ?
Qui encore te citera en justice pour la ruine de peuples que tu as toi-même créés ?
Qui viendra déposer contre toi comme défenseur d'hommes injustes ? [Qu'as-tu fait ? Es 45.9.]
13 Il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, qui prenne soin de tout,
auquel tu devrais prouver que tu n'as pas jugé injustement. [Dt 32.39 ; Jb 34.13.]
14 Il n'y a non plus ni roi ni souverain qui puisse te braver pour défendre ceux que tu as châtiés.
15 Parce que tu es juste, tu gouvernes l'univers avec justice,
et condamner un homme ne méritant pas d'être châtié
te paraît incompatible avec ta puissance.
16 Car ta force est la source de ta justice
et ta maîtrise sur tous te fait user de clémence envers tous.
17 Il fait montre de sa force, celui dont le pouvoir absolu est mis en doute,
et il confond l'arrogance de ceux-là mêmes qui reconnaissent ce pouvoir. [le texte grec est peu clair. L'auteur oppose peut-être le comportement d'un souverain dont le pouvoir est contesté à celui de Dieu qui est maître de sa force.]
18 Mais toi qui maîtrises ta force, tu juges avec sérénité,
et tu nous gouvernes avec tant de ménagements.
Le pouvoir d'agir est à ta disposition quand tu le veux.
19 En agissant ainsi tu as appris à ton peuple
que le juste doit être ami des hommes
et tu as rempli tes fils d'espérance
puisque tu offres le repentir pour les péchés. [tes fils : les membres du peuple de Dieu.]
20 Si tu as puni les ennemis de tes enfants et des hommes voués à la mort
avec un tel souci d'indulgence,
en leur donnant le temps et l'occasion de renoncer au mal,
21 avec combien plus de précautions as-tu jugé tes fils,
après avoir offert à leurs pères des serments et des alliances aux promesses magnifiques. [leurs pères ou leurs ancêtres.
— des serments et des alliances Gn 15 ; 17 ; 22.16-18 ; 26.3-4 ; 50.24, etc.]
22 Ainsi, pour nous éduquer, tu flagelles nos ennemis avec modération,
afin que nous songions à ta bonté quand nous avons à juger,
et que nous comptions sur ta miséricorde quand tu nous juges.
23 Voilà pourquoi ceux qui dans leur folie avaient mené une vie injuste,
tu les as tourmentés par leurs propres abominations.
24 En effet ils avaient erré au-delà des chemins de l'égarement :
ils considéraient comme des dieux les plus vils et les plus méprisables des animaux,
se laissant abuser comme de petits enfants privés de raison.
25 Alors, comme à des enfants déraisonnables,
tu leur as envoyé un châtiment pour te moquer.
26 Mais ceux qui n'ont pas compris ces punitions pour enfants
subiront un digne jugement de Dieu.
27 Exaspérés par ces bêtes qui les faisaient souffrir
et se voyant châtiés par celles qu'ils prenaient pour des dieux,
ils reconnurent à l'expérience le Dieu véritable qu'ils refusaient jadis de connaître.
Pour cette raison, la condamnation suprême s'abattit sur eux. [ces bêtes : voir Sg 11.15 et la note.
— la condamnation suprême : manifestée par la mort des premiers-nés (voir Ex 12.29-36) et par l'engloutissement des Egyptiens dans la mer Rouge (voir Ex 14.24-29), comparer Ex 18.5.]
13 Vains sont tous ceux-là, des hommes par nature, chez qui l'ignorance de Dieu s'est installée :
à partir des biens visibles, ils n'ont pas été capables de connaître celui qui est,
pas plus qu'ils n'ont reconnu l'Artisan en considérant ses œuvres. [Celui qui est : voir Ex 3.14+.
— l'Artisan : titre donné au créateur de l'univers.]
2 Mais c'est le feu, le souffle ou l'air léger,
le cycle des astres ou l'eau impétueuse,
ou les luminaires du ciel réglant le cours du monde, qu'ils ont pris pour des dieux.
3 Sont-ils séduits par leur beauté quand ils les considèrent comme des dieux,
qu'ils sachent combien le Maître de ces choses leur est supérieur,
car celui qui est à l'origine de la beauté les a créées.
4 Sont-ils frappés par leur puissance et leur efficacité,
qu'ils comprennent à partir de ces réalités combien est plus puissant celui qui les a faites.
5 Car la grandeur et la beauté des créatures
conduisent par analogie à contempler leur Créateur.
6 Cependant ces hommes méritent un moindre blâme :
peut-être ne s'égarent-ils
que dans leur façon de chercher Dieu et de vouloir le trouver. [Ac 17.16-34.]
7 Plongés dans ses œuvres, ils scrutent
et ils cèdent alors à l'apparence, car il est beau le spectacle du monde !
8 Toutefois même eux ne sont pas excusables pour autant.
9 S'ils sont devenus assez savants
pour pouvoir conjecturer le cours éternel des choses,
comment n'ont-ils pas découvert auparavant le Maître de celles-ci ?
10 Mais misérables, avec leur espérance placée en des objets sans vie,
ceux-là qui ont appelé dieux les œuvres de mains humaines,
de l'or et de l'argent ouvragés avec art
et représentant des êtres vivants,
ou une pierre inutilisable travaillée par une main antique. [Es 40.18-20 ; 44.9-20 ; Jr 10.1-15, etc. ; voir Ex 20.4+.]
11 Tel encore ce bûcheron qui a scié un arbre facile à transporter.
Il en racle toute l'écorce avec savoir-faire,
le traite comme il se doit
et fabrique un ustensile destiné aux besoins de la vie.
12 Quant aux rebuts de son travail,
il les fait brûler pour préparer sa nourriture, et il se rassasie ;
13 reste un déchet qui ne peut servir à rien,
car c'est un bois tordu et noueux :
il le prend, le sculpte pour occuper son loisir,
le taille avec la compétence des moments de détente
et le fait représenter une image d'homme
14 ou le rend semblable à un vil animal,
après l'avoir enduit de vermillon, fardé son teint de rouge
et recouvert toutes ses taches.
15 Il lui aménage une demeure appropriée,
l'installe dans le mur et le fixe avec du fer :
16 il a donc pris ses précautions pour qu'il ne tombe pas,
le sachant incapable de s'aider par lui-même
car c'est une image qui a besoin d'aide.
17 Mais quand il prie pour avoir biens, mariages et enfants,
il ne rougit pas de s'adresser à cet objet sans vie ;
pour la santé, il invoque ce qui est sans force,
18 pour la vie, il implore ce qui est mort,
pour sa protection, il supplie ce qui n'est d'aucun secours,
pour ses voyages, ce qui est incapable de faire un pas,
19 et pour ses moyens d'existence, son travail et la réussite de ses mains,
il demande une aide vigoureuse à des mains sans vigueur.
14 Cet autre va appareiller, se disposant à parcourir les flots cruels,
et il invoque un bois plus vermoulu que le bateau qui l'emmène. [un bois, c'est-à-dire une idole de bois probablement placée à la proue du bateau.]
2 Car celui-ci a été conçu dans le désir d'acquérir des ressources
et il a été construit par la sagesse artisane.
3 Mais c'est ta providence, ô Père, qui tient la barre :
tu as tracé un chemin sur la mer,
un sentier assuré parmi les flots, [providence de Dieu 17.2 ; Ps 107.23-30.]
4 montrant par là que tu peux sauver de tout danger,
même si l'on prend la mer sans aucune compétence.
5 Tu ne veux pas que les œuvres de ta Sagesse demeurent improductives,
c'est pourquoi les hommes confient leurs vies à un bois infime
et ont pu traverser la mer houleuse sur un radeau en échappant à tout danger. [un bois infime décrit un radeau ou toute autre embarcation légère.]
6 Ainsi, aux origines, lorsque périssaient les géants orgueilleux,
l'espoir du monde se réfugia sur un radeau
et, dirigé par ta main, conserva pour l'avenir une semence de génération. [les géants orgueilleux Gn 6.1-4 ; Si 16.7 ; Ba 3.26-28.
— l'espoir du monde désigne Noé, et un radeau l'arche qu'il construisit (voir Gn 6.14-9.17).]
7 Béni est le bois devenu instrument de justice !
8 Mais maudite l'idole fabriquée, elle et son auteur,
celui-ci pour l'avoir façonnée, et elle, une chose corruptible, pour avoir été nommée dieu.
9 Car Dieu déteste également l'impie et son impiété,
10 et l'œuvre sera châtiée avec l'ouvrier.
11 Oui, l'intervention divine s'étendra aux idoles des nations,
car elles sont devenues une abomination dans la création de Dieu,
un scandale pour les âmes des hommes,
un piège sous les pas des insensés. [Voir 3.7+.]
12 A l'origine de cette prostitution, il y a l'idée de fabriquer des images,
et leur découverte a entraîné la corruption de la vie. [C'est-à-dire l'idolâtrie décrite en Sg 13.10 à 14.11 (voir Os 1.2+ ; 2.4 et la note).]
13 Elles n'existaient pas au commencement, pas plus qu'elles ne subsisteront indéfiniment.
14 A cause du jugement superficiel des hommes elles ont fait leur entrée dans le monde,
aussi une prompte fin leur a-t-elle été assignée.
15 Affligé par un deuil prématuré, un père
a fait exécuter une image de son enfant enlevé à l'improviste,
et à ce qui n'était plus qu'un cadavre d'homme il rend maintenant des honneurs comme à un dieu
et transmet aux siens des mystères et des rites ; [C'est-à-dire des cérémonies et des rites réservés à un cercle d'initiés.]
16 puis, fortifiée par le temps, cette coutume impie fut observée comme une loi.
De même encore, sur l'ordre des souverains, les images taillées devinrent l'objet d'un culte ;
17 comme on ne pouvait honorer ceux-ci en leur présence, à cause de la distance,
on reproduisit leur apparence vue de loin
et on fit faire une image visible du roi vénéré,
afin de témoigner une adulation empressée à l'absent comme s'il était présent. [ceux-ci, c'est-à-dire les souverains (v. 16).]
18 Même chez ceux qui ne le connaissaient pas, l'extension du culte
fut stimulée par l'ambition de l'artiste.
19 Celui-ci, voulant sans doute plaire au souverain,
força son art pour faire plus beau que ressemblant ;
20 alors la foule fut séduite par le charme de l'œuvre,
et cet homme auquel naguère on rendait des honneurs devint un objet d'adoration.
21 Ainsi la vie humaine se laissa prendre au piège
lorsque des hommes, victimes du malheur ou du pouvoir,
attribuèrent à la pierre et au bois le nom incommunicable. [En leur attribuant valeur de divinités les hommes ont donné à la pierre et au bois le nom qui n'appartient qu'à Dieu.]
22 Ils ne se sont même pas contentés d'errer dans la connaissance de Dieu,
mais, vivant dans le vaste conflit qu'engendre l'ignorance,
ils osent donner à de tels fléaux le nom de paix. [de tels fléaux : la méconnaissance de Dieu et les désordres causés par cette ignorance (début du verset) dont les conséquences sont décrites par la suite (v. 23-28).]
23 Avec leurs rites infanticides, leurs mystères occultes
ou leurs processions frénétiques aux coutumes extravagantes, [leurs rites infanticides ou leurs sacrifices rituels d'enfants ; Lv 18.21+.
— leurs mystères : voir Sg 6.22 ; 14.15 et les notes.]
24 ils ne respectent plus ni les vies, ni la pureté des mariages,
mais l'un supprime l'autre traîtreusement ou l'afflige par l'adultère.
25 Tout est mêlé : sang et meurtre, vol et fourberie,
corruption, déloyauté, troubles, parjure,
26 confusion des valeurs, oubli des bienfaits,
souillure des âmes, inversion sexuelle,
anarchie des mariages, adultère et débauche.
27 Car le culte des idoles impersonnelles
est le commencement, la cause et le comble de tout mal,
28 soit qu'on s'abandonne à une joie délirante ou qu'on profère de faux oracles,
soit qu'on vive dans l'injustice ou qu'on se parjure immédiatement.
29 Pour s'être fiés à des idoles inertes,
ils sont sûrs, après leurs serments malhonnêtes, de ne subir aucun dommage.
30 Mais un double châtiment les frappera,
parce qu'ils se sont mépris sur Dieu en recourant aux idoles
et qu'ils ont fait avec ruse de faux serments par mépris de la sainteté.
31 Ce n'est pas la puissance des objets pris à témoin,
mais la justice réagissant contre les pécheurs
qui sanctionne toujours la transgression des coupables.
15 Mais toi, notre Dieu, tu es bon et fidèle,
tu es patient et gouvernes tous les êtres avec miséricorde. [Dieu bon et fidèle Ex 34.6+.]
2 Même si nous péchons, nous restons à toi car nous reconnaissons ta souveraineté,
mais nous ne pécherons pas, sachant que nous sommes comptés comme tiens.
3 Savoir qui tu es conduit à la justice parfaite
et reconnaître ta souveraineté est la racine de l'immortalité.
4 Elle ne nous a pas égarés, cette invention humaine d'un art mauvais,
ni le labeur stérile des peintres d'illusion,
qui produisent une forme barbouillée de couleurs variées [Il s'agit de la fabrication des idoles (voir Sg 14.12).]
5 dont la vue finit par éveiller la passion des insensés
et leur fait désirer la forme inerte d'une image morte.
6 Amants du mal et dignes de pareils espoirs,
tels sont ceux qui les fabriquent, les désirent ou les adorent !
7 Ainsi ce potier qui pétrit laborieusement de la terre molle
et qui façonne chacun de nos objets domestiques.
Avec la même glaise il modèle
et les ustensiles destinés aux emplois propres
et ceux qui servent à des usages opposés, le tout pareillement :
mais quelle sera alors la fonction de chacun de ces objets,
c'est le potier qui en décide. [ce potier voir Rm 9.21+.]
8 Puis, se livrant à un méchant travail, il utilise la même glaise pour façonner un dieu illusoire,
alors que, tout juste né de la terre,
il retournera bientôt à cette terre d'où il a été tiré,
quand on lui demandera de restituer son âme. [Gn 3.19+.]
9 Au lieu de songer à sa mort inéluctable
et à la brièveté de sa vie,
il rivalise avec les orfèvres et les fondeurs d'argent,
imite ceux qui coulent le bronze
et se fait gloire de fabriquer du faux.
10 Son cœur n'est que cendre, son espérance est plus misérable que la terre,
et sa vie plus méprisable que la glaise.
11 Car il ignore celui qui l'a façonné,
qui a soufflé en lui une âme active
et insufflé un esprit qui fait vivre. [Les expressions une âme active et un esprit qui fait vivre sont pratiquement synonymes ; elles rappellent l'haleine de vie dont parle Gn 2.7.]
12 A ses yeux notre vie est un jeu,
l'existence, une foire d'empoigne :
il faut, dit-il, tirer profit de tout, même du mal.
13 Cet homme-là sait mieux que personne qu'il pèche
en fabriquant avec une matière terreuse des vases fragiles et des idoles.
14 Mais ils se révèlent tous complètement insensés et plus infortunés qu'une âme infantile,
les ennemis et oppresseurs de ton peuple. [L'auteur revient maintenant au cas des Egyptiens.]
15 Ils ont même pris pour dieux toutes les idoles des nations,
qui n'ont ni l'usage de leurs yeux pour voir,
ni des narines pour aspirer l'air,
ni des oreilles pour écouter,
ni des doigts aux mains pour palper,
et dont les pieds ne savent pas marcher. [Impuissance des idoles Ps 115.4-7+.]
16 Car c'est un homme qui les a faites,
un être au souffle d'emprunt qui les a façonnées,
or aucun homme ne peut façonner un dieu qui lui soit semblable. [C'est-à-dire un être à qui Dieu a prêté le souffle de vie.]
17 Mortel, il ne peut produire de ses mains impies qu'une œuvre morte ;
encore vaut-il mieux que les objets de son adoration :
lui, il a reçu la vie, mais eux ne l'auront jamais.
18 Et ils adorent aussi les bêtes les plus odieuses ;
en fait de stupidité, elles sont les pires de toutes
19 et, à leur vue, on ne trouve rien de cette beauté qui peut séduire chez d'autres animaux.
Elles ont échappé à l'approbation de Dieu et à sa bénédiction. [Au moment de la création l'approbation de Dieu et sa bénédiction s'étendaient à tous les êtres vivants (voir Gn 1.20-30). Les animaux divinisés y sont soustraits parce qu'ils sortent du rôle qui leur a été attribué.]
16 Voilà pourquoi ils furent châtiés à juste titre par des animaux semblables
et tourmentés par une multitude de bêtes. [le pronom ils désigne les Egyptiens.
— une multitude de bêtes : voir Sg 11.15 et la note.]
2 Au lieu de ce châtiment, tu as accordé un bienfait à ton peuple :
pour satisfaire l'ardeur de son appétit, c'est une nourriture à la saveur merveilleuse,
des cailles, que tu lui as préparée. [des cailles Ex 16.13+.]
3 Ainsi les premiers, malgré leur besoin de nourriture,
écœurés par les bêtes envoyées contre eux,
perdraient toute envie de manger,
tandis que les seconds, après une courte disette,
auraient en partage une saveur merveilleuse. [les premiers, c'est-à-dire les Egyptiens.
— les seconds, c'est-à-dire les Israélites.
— les bêtes envoyées contre eux : probablement les grenouilles mentionnées en Ex 7.26-8.10.]
4 Il fallait que les oppresseurs voient s'abattre sur eux une disette implacable,
il suffisait aux autres de constater comment leurs ennemis avaient été tourmentés.
5 Et même quand la fureur terrible des bêtes venimeuses se déchaîna contre les tiens
et qu'ils périssaient sous la morsure des serpents sinueux,
ta colère ne dura pas jusqu'au bout. [Les versets 5 à 7 se réfèrent à l'épisode des serpents brûlants (Nb 21.4-9).]
6 En guise d'avertissement ils furent effrayés quelque temps,
tout en ayant un gage de salut qui leur rappelait le commandement de ta Loi.
7 En effet, quiconque se retournait était sauvé, non par l'objet regardé,
mais par toi, le Sauveur de tous.
8 Et ainsi tu as prouvé à nos ennemis
que c'est toi qui délivres de tout mal.
9 Eux périrent mordus par les sauterelles et les mouches,
sans qu'on trouvât de remède pour préserver leur vie,
car ils méritaient d'être châtiés par de telles bêtes. [Ex 8.16-28 ; 10.1-20.]
10 Tes fils, en revanche, la dent même des serpents venimeux ne put les réduire,
car ta miséricorde vint à leur rencontre et les guérit.
11 Pour qu'ils se rappellent tes paroles, ils recevaient des coups d'aiguillon,
mais ils étaient vite délivrés,
de peur que, tombés dans un oubli profond,
ils ne soient soustraits à ton action bienfaisante.
12 Et ni herbe ni pommade ne vint les soulager,
mais ta Parole, Seigneur, elle qui guérit tout. [la Parole qui guérit Ps 107.20.]
13 Tu as pouvoir sur la vie et la mort, tu fais descendre aux portes de l'Hadès et en fais remonter ; [1 S 2.6+.]
14 l'homme, lui, peut tuer par méchanceté,
mais il ne fait pas revenir le souffle qui est sorti
et ne délivre pas l'âme qui a été recueillie. [le texte ne précise pas si c'est par Dieu ou dans l'Hadès.]
15 Il est impossible d'échapper à ta main.
16 Les impies qui refusaient de te connaître
furent fouettés par ton bras vigoureux :
des pluies et des grêlons inhabituels,
des averses impitoyables s'acharnaient contre eux,
le feu les dévorait. [Ps 78.47-48+.]
17 Fait extraordinaire, dans l'eau qui éteint tout,
le feu gagnait en énergie,
car l'univers combat pour les justes.
18 Tantôt la flamme se calmait
pour ne pas consumer les animaux envoyés contre les impies,
mais pour qu'à ce spectacle ils se sachent poursuivis par un jugement de Dieu ; [Vraisemblablement les sauterelles (voir v. 9) qui succèdent à la grêle (voir Ex 9.13-35 et 10.1-20).]
19 tantôt, au sein même de l'eau, elle brûle au-delà de la puissance du feu,
afin de détruire les récoltes d'une terre injuste.
20 A l'opposé, tu as distribué à ton peuple une nourriture d'anges,
tu lui as procuré du ciel, sans effort de sa part, un pain tout préparé,
ayant la capacité de toute saveur et adapté à tous les goûts. [une nourriture d'anges (Ps 78.25+) et un pain tout préparé : la manne dont Dieu a nourri les Israélites au désert (voir Ex 16.13-21).]
21 La substance que tu donnais manifestait ta douceur pour tes enfants,
mais elle se pliait au désir de celui qui la consommait
en se modifiant au gré de chacun.
22 Neige et glace résistaient au feu et ne fondaient pas,
pour faire savoir que les récoltes des ennemis
avaient été détruites par le feu qui flambait dans la grêle
et lançait des éclairs au milieu de la pluie. [D'après Ex 16.14 la manne ressemblait à du givre.]
23 Ce même feu, en revanche, pour permettre aux justes de se nourrir,
oubliait même son pouvoir propre.
24 La création, docile à te servir, toi, son Auteur,
se tend pour le châtiment des injustes,
mais se détend pour le bien de ceux qui se sont confiés en toi.
25 Et c'est ainsi qu'en se prêtant à tout changement,
elle était au service de ce don venu de toi et qui devenait toute nourriture
au gré de ceux qui le demandaient.
26 Par là, tes fils que tu as aimés, Seigneur, devaient apprendre
que ce n'est pas la production de fruits qui nourrit l'homme,
mais bien ta parole qui fait subsister ceux qui croient en toi. [ce qui nourrit l'homme Dt 8.3.]
27 Ce que le feu ne détruisait pas
fondait simplement à la chaleur d'un bref rayon de soleil, [Il s'agit de la manne (voir v. 22 et Ex 16.21).]
28 pour qu'on sache qu'il faut devancer le soleil pour te rendre grâce
et te rencontrer au lever du jour.
29 Mais l'espoir de l'ingrat fondra comme le givre hivernal,
il s'écoulera comme une eau inutilisable.
17 Tes jugements sont grands et difficiles à comprendre.
Aussi des âmes incultes se sont-elles égarées.
2 Ces impies qui avaient voulu asservir la nation sainte,
ils gisaient, prisonniers des ténèbres et enchaînés à une longue nuit,
enfermés sous un toit, bannis de la providence éternelle. [la nation sainte ou le peuple de Dieu.
— le chapitre 17 fait allusion au neuvième fléau, celui des ténèbres (voir Ex 10.21-29).
— bannis de la providence : voir 14.3-5+.]
3 Alors qu'ils pensaient rester cachés, avec leurs péchés secrets,
grâce au voile opaque de l'oubli,
ils furent dispersés, en proie à une frayeur terrible
et bouleversés par des hallucinations.
4 L'antre qui les contenait ne les gardait nullement de la peur,
des bruits fracassants résonnaient autour d'eux
et ils voyaient apparaître des spectres mornes à la face lugubre. [C'est-à-dire sans doute les ténèbres dans lesquelles ils se trouvaient.]
5 Le feu le plus puissant ne parvenait pas à faire jaillir de la lumière
et la lueur étincelante des étoiles
ne consentait pas à éclairer cette nuit horrible.
6 Seul leur apparaissait
un brasier qui s'allumait de lui-même et répandait l'épouvante ;
lorsque cette vision disparaissait à leurs yeux, ils restaient terrifiés
et ils estimaient pire encore ce qu'ils voyaient.
7 Les artifices de la magie avaient été frappés d'impuissance
et sa prétention au savoir recevait un démenti humiliant. [Ex 7.12 ; 8.14.]
8 Ceux qui se faisaient fort de chasser d'une âme malade les frayeurs et les troubles
étaient eux-mêmes malades d'une crainte risible.
9 Et même s'il n'y avait rien de troublant pour leur faire peur,
le passage des bêtes et le sifflement des serpents suffisaient à les effrayer :
10 ils mouraient de peur,
refusant même de regarder cet air auquel il n'y avait pas moyen d'échapper. [C'est-à-dire l'obscurité environnante.]
11 La méchanceté témoigne de sa lâcheté quand elle est condamnée par son propre témoin ;
toujours elle ajoute aux difficultés lorsque la conscience l'oppresse. [Ou son propre témoignage : les méchants sont lâches dans la mesure où ils sont coupables (voir v. 11b).]
12 Car la peur n'est rien d'autre que l'abandon des secours de la raison.
13 Moins on espère intérieurement de cette aide,
plus on ressent l'ignorance de ce qui provoque le tourment. [Ou l'aide de la raison.]
14 Mais eux, durant cette nuit vraiment insupportable
et sortie des profondeurs de l'insupportable Hadès,
dormant du même sommeil,
15 ils étaient à la fois poursuivis par des fantômes monstrueux
et paralysés par la démission de leur âme ;
une peur soudaine et inattendue s'était déversée en eux.
16 De même aussi, quiconque se trouvait là-bas, tombait
et était retenu enfermé dans une prison sans grilles. [là-bas : en Egypte.]
17 Fût-il laboureur, berger
ou employé à de durs travaux au désert,
saisi à l'improviste, il subissait la nécessité inéluctable,
18 car tous étaient liés par une même chaîne de ténèbres.
Le sifflement du vent,
le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux touffus,
la cadence de l'eau coulant avec violence,
19 le bruit sec des pierres qui dégringolent,
la course invisible d'animaux bondissants,
le rugissement des bêtes les plus sauvages
ou l'écho renvoyé par le creux des montagnes,
tout cela les paralysait de peur.
20 Car le monde entier était éclairé d'une lumière éclatante
et poursuivait sans entraves ses activités.
21 Sur eux seuls une nuit pesante s'était étendue,
image des ténèbres destinées à les recevoir,
mais ils étaient pour eux-mêmes un poids plus lourd que les ténèbres.
18 Pour tes saints, au contraire, il y avait une très grande lumière,
et les autres entendaient leur voix sans distinguer leur silhouette ;
ils les proclamaient heureux de n'avoir pas eu aussi à souffrir, [tes saints : les Israélites.
— les autres : les Egyptiens.
— une grande lumière Ex 10.23.]
2 ils les remerciaient de ne pas chercher à nuire après tous les torts subis
et ils demandaient pardon pour leur hostilité.
3 Mais au lieu des ténèbres, tu as donné aux tiens une colonne flamboyante,
guide pour un itinéraire inconnu
et soleil inoffensif pour une glorieuse migration. [Ex 13.21-22+.]
4 Quant à ceux-là, ils méritaient d'être privés de lumière et emprisonnés par les ténèbres,
pour avoir retenu captifs tes fils,
par qui devait être donnée au monde la lumière incorruptible de la Loi.
5 Ils avaient décidé de faire périr les nouveau-nés des saints,
et seul un enfant fut sauvé après avoir été exposé ;
pour les châtier, tu leur as enlevé une multitude d'enfants
et tu les as détruits ensemble dans une eau tumultueuse. [faire périr les nouveau-nés... : voir la note sur Sg 11.7.
— un enfant... exposé : Moïse.
— détruits... dans une eau tumultueuse : allusion à l'engloutissement dans la mer Rouge (voir Ex 14.24-31).]
6 Cette nuit-là fut connue à l'avance par nos pères
afin que, sachant à quels serments ils s'étaient fiés, ils puissent se réjouir en toute sûreté. [nos pères ou nos ancêtres. Il s'agit sans doute des Israélites auxquels Moïse avait fait connaître à l'avance ce qui allait se passer (voir Ex 12.21-28).
— se réjouir en toute sûreté : autre traduction reprendre courage.]
7 Elle fut attendue par ton peuple,
comme salut pour les justes et ruine pour les ennemis.
8 En effet, ce qui te servit à punir les adversaires
devint pour nous un titre de gloire,
car tu nous appelais vers toi.
9 Dans le secret, les pieux descendants des justes offraient des sacrifices,
et ils convinrent ensemble de cette loi divine
que les saints partageraient également avantages et dangers ;
et déjà ils entonnaient les cantiques des pères. [des justes, c'est-à-dire des patriarches.
— partage des avantages Nb 31.27 ; 32.18 ; Jos 22.8.]
10 La clameur discordante des ennemis leur répondait
et la voix plaintive de ceux qui pleuraient leurs enfants se répandait au loin.
11 Esclave et maître étaient frappés d'une même peine,
l'homme du peuple souffrait comme le roi.
12 Tous à la fois, par le même genre de mort,
ils avaient des cadavres innombrables ;
et les vivants ne suffisaient pas à les ensevelir
car leur descendance la plus précieuse avait été anéantie en un instant.
13 Eux qui étaient restés complètement incrédules en pensant à des maléfices,
ils reconnurent, devant la perte de leurs premiers-nés, que ce peuple était fils de Dieu. [ce peuple, fils de Dieu Os 11.1+.]
14 Un silence paisible enveloppait tous les êtres
et la nuit était au milieu de sa course ;
15 alors ta Parole toute-puissante, quittant les cieux et le trône royal,
bondit comme un guerrier impitoyable au milieu du pays maudit,
16 avec, pour épée tranchante, ton décret irrévocable.
Se redressant, elle sema partout la mort ;
elle touchait au ciel et foulait la terre. [Se redressant : autre traduction S'arrêtant.
— une épée tranchante He 4.12+.]
17 Aussitôt les visions de songes terribles les bouleversèrent
et des frayeurs inattendues les assaillirent.
18 Chacun était projeté ici ou là, à demi-mort
en révélant la raison de sa mort,
19 car les rêves qui les avaient affolés l'indiquaient d'avance,
afin qu'ils ne périssent pas en ignorant pourquoi ils subissaient cette peine.
20 Certes l'expérience de la mort atteignit aussi les justes
et une multitude fut massacrée au désert,
mais la colère ne dura pas longtemps. [les justes : les Israélites.
— la colère : sous-entendu de Dieu.
— une multitude fut massacrée Nb 17.9-15.]
21 En effet un homme irréprochable se hâta pour les protéger :
muni des armes propres à son ministère,
la prière et l'encens qui apaise.
Il affronta la fureur et mit fin à la calamité,
montrant qu'il était bien ton serviteur. [Aaron : voir Nb 17.6-15.]
22 Il triompha du courroux, non par la force physique
ou l'efficacité des armes,
mais c'est par la parole qu'il maîtrisa l'exécuteur du châtiment,
en rappelant les serments et les alliances patriarcales.
23 Alors que déjà les cadavres s'entassaient,
il s'interposa, brisa l'assaut
et lui barra le chemin qui menait aux vivants.
24 Sur la longue robe de l'éphod était figuré l'univers entier,
les noms glorieux des pères étaient gravés sur les quatre rangées de pierres
et ta majesté sur le diadème de sa tête. [Sur la robe de l'éphod voir Ex 28.31-35.
— les quatre rangées de pierres : voir Ex 28.17-21.
— ta majesté : le diadème portait l'inscription « Consacré au Seigneur » (voir Ex 28.36).]
25 A cette vue, l'Exterminateur recula et fut même saisi de peur.
Ainsi la simple expérience de la colère avait suffi. [1 Ch 21.15 ; 1 Co 10.10.]
19 Mais contre les impies sévit jusqu'à son terme un courroux sans pitié,
car Dieu savait d'avance ce qu'ils feraient encore : [Il s'agit de nouveau des Egyptiens.]
2 après avoir donné congé au peuple
et l'avoir renvoyé en hâte,
ils changeraient d'avis et le poursuivraient. [Voir Ex 12.31-33 ; 14.5-6.]
3 En effet, alors qu'ils célébraient encore leurs deuils
et se lamentaient sur les tombes des morts,
ils conçurent une autre idée, absurde :
ceux qu'ils avaient fait partir en les suppliant,
ils se mirent à les poursuivre comme des fugitifs.
4 La nécessité, à juste titre, les poussait vers cet extrême
et provoquait l'oubli du passé,
afin qu'ils achèvent de recevoir le châtiment qui manquait à leurs tourments : [la nécessité, à juste titre : c'est-à-dire le destin qu'ils devaient nécessairement subir.
— qui manquait à leurs tourments 2 M 6.14.]
5 ton peuple ferait alors l'expérience d'une traversée extraordinaire,
eux, au contraire, trouveraient une mort étrange.
6 Car la création tout entière, selon chaque espèce, était modelée à nouveau,
obéissant à tes ordres,
afin que tes enfants soient gardés de tout mal.
7 On vit la nuée recouvrir le camp,
et la terre sèche surgir là où il y avait de l'eau ;
la mer Rouge devint une route sans obstacle,
les flots impétueux, une plaine verdoyante, [Voir Ex 14.20-22.]
8 par où tout un peuple passa, protégé par ta main
et témoin de prodiges merveilleux.
9 Ils se répandirent comme des chevaux au pâturage,
ils bondirent comme des agneaux,
en te célébrant, Seigneur, toi qui les délivrais. [Voir Sg 10.20 et la note.
— comme des chevaux Es 63.13.
— ils bondirent Ml 3.20 ; Ps 114.4-6.]
10 Car ils se rappelaient encore les événements de leur exil,
comment la terre, remplaçant la génération animale, produisit des moustiques,
comment le Fleuve, se substituant aux animaux aquatiques, vomit une multitude de grenouilles. [Ce verset fait allusion respectivement au troisième et au deuxième fléaux (voir Ex 8.12-15 et Ex 7.26-8.11).]
11 Plus tard aussi ils virent une toute nouvelle génération d'oiseaux
lorsque, poussés par le désir, ils réclamèrent des mets délicats
12 et que, pour leur réconfort, des cailles montèrent de la mer. [Voir Nb 11.31.]
13 Et les châtiments s'abattirent sur les pécheurs
non sans avoir eu pour signes précurseurs des éclairs foudroyants.
C'est en toute justice qu'ils étaient punis à cause de leur méchanceté,
car ils avaient manifesté pour l'étranger une haine particulièrement cruelle. [l'étranger : terme collectif qui désigne ici les Israélites (voir Ex 1.8-14).]
14 D'autres n'avaient pas accueilli les inconnus qui venaient d'arriver.
Mais eux, ils réduisirent en esclavage des hôtes qui étaient leurs bienfaiteurs. [D'autres : les habitants de Sodome (voir Gn 19.1-29).
— leurs bienfaiteurs : allusion aux services rendus par Joseph aux Egyptiens.]
15 Ce n'est pas tout : une inspection attend les premiers
parce qu'ils recevaient avec hostilité les étrangers. [inspection : allusion au jugement de Dieu.
— les premiers : les habitants de Sodome (v. 14).]
16 Mais eux, après avoir fêté dans la joie
la venue de ceux qui avaient déjà part aux mêmes droits,
les accablèrent de travaux terribles. [Il s'agit des corvées que les Egyptiens imposèrent aux Israélites (voir Ex 1.8-14).]
17 Ils furent aussi frappés de cécité,
tout comme ceux-là à la porte du juste
lorsque, enveloppés de ténèbres sans fond,
ils cherchaient tous le chemin de leur porte. [frappés de cécité : allusion probable au fléau des ténèbres (voir Ex 10.21-23).
— ceux-là : les habitants de Sodome.
— le juste : Loth (voir Gn 19.11).]
18 Les éléments permutaient entre eux,
comme sur la harpe la variation des notes change la nature du rythme,
en gardant toujours leur sonorité.
Ceci apparaît clairement quand on examine ce qui s'était produit : [Voir Sg 7.17 et la note.]
19 en effet, des êtres terrestres devenaient aquatiques,
ceux qui nagent marchaient sur la terre, [des êtres terrestres : sans doute les Israélites qui traversèrent la mer Rouge.
— ceux qui nagent : les grenouilles (voir v. 10).]
20 le feu dans l'eau redoublait de puissance
et l'eau oubliait son pouvoir d'éteindre ; [Rappel de Sg 16.17,19,23.]
21 en revanche les flammes ne consumaient pas
les chairs des frêles animaux qui allaient et venaient au milieu d'elles,
et elles ne faisaient pas fondre cette sorte d'aliment divin, pareil à la glace qui fond facilement. [des frêles animaux : voir Sg 16.18 et la note.
— aliment divin : la manne (voir Sg 16.22-23).]
22 En tout, Seigneur, tu as exalté et glorifié ton peuple,
tu n'as pas manqué de l'assister à tout moment et en tout lieu.