Le Jour du Seigneur, étude sur le Sabbat

1.2.2.8 — Les Noirs de l’Afrique occidentale et surtout de la Côte-d’Or.

Après avoir parlé successivement des Egyptiens, des Chaldéens, des Arabes, des anciens Perses, des Grecs et des Romains, des Chinois, des anciens Péruviens, nous voudrions encore signaler une population fort différente et relativement moderne, qui nous ramène à l’Afrique par où nous avons débuté, à savoir les noirs de l’Afrique occidentale et surtout de la Côte d’ora. Us semblent être en effet une des nations païennes les plus remarquables au point de vue de la double institution de la semaine et d’une fête religieuse hebdomadaire. Après avoir parlé de cette double institution, nous terminerons par quelques mots sur le septénaire en général.

a – Ancien nom du Ghana. (ThéoTEX)

Semaine et solennisation d’un jour hebdomadaire.

Nous ne pourrions pas être aussi précis dans nos affirmations que ne le sont Oschwald, d’un côté, Burckhardt et Grundemann, de l’autre. Oschwald, dans deux lignes qui ont commencé à attirer notre attention sur ces noirs, dit carrément, et sans indiquer aucune source : « Même les noirs de la Côte d’or africaine ont un jour hebdomadaire de fétiche (Fetischtag), où ils s’abstiennent très strictement de tout travail. Ils rattachent ce jour à une tradition très antique et ils en désignent comme auteur le merveilleux et vieux homme-fétiche à la poitrine humaine, qui sait tout et connaît tout. »

Burckhardt et Grundemann s’expriment ainsi : « Les Otschis, à la Côte d’or, attribuent au dieu suprême l’envoi de la pluie, la lumière du soleil et tout ce qu’il y a de bon ; ils croient que c’est lui qui, en 7 jours, a créé le monde, qui possède toute la science et recueille après leur mort, dans sa cité, tous les hommes de bien ; mais ces filons d’une connaissance religieuse supérieure sont obscurcis par la superstition. » Dans l’édition originale de l’ouvrage, les deux auteurs s’en réfèrent à un passage important d’une grammaire publiée par H. N. Riis, missionnaire et neveu d’un autre missionnaire Andreas Riis, encore plus connu, qui a pu être considéré comme le fondateur de la mission bâloise dans l’Afrique occidentale. Ce passage, qui est aussi cité dans le grand ouvrage de Waitz sur l’Anthropologie des Naturvölker, est ainsi conçu : « Ils disent de lui (le Créateur, le Très-Haut ou Dieu) qu’il a créé les choses, c’est-à-dire le monde et qu’il a fait 7 jours, c’est-à-dire la semaine de 7 jours, que de lui vient tout bien, » etc. Or dans ces lignes de Riis, il n’y a pas proprement que Dieu a créé le monde en 7 jours, mais qu’il a créé le monde et institué la semaine.

Il serait sans doute du plus haut intérêt que l’institution de la semaine fût rattachée chez les noirs, comme dans la Genèse, à la création du monde en 6 jours ; mais peut-on déjà le constater ? En 1886, le missionnaire Ramseyer, partant pour l’Afrique, m’a écrit les lignes suivantes : « Toutes les peuplades de la Côte d’or ont la semaine de 7 jours, les tribus parlant la langue twi ou achanti, comme celles du littoral parlant la langue gan. Nos noirs croient en un Être suprême créateur du monde entier, Être tout-puissant et présent partout. Quant à dire qu’ils croient que Dieu a créé le monde en 7 jours, cela est, je crois, un peu hasardé. Les païens, comme les chrétiens de nos églises, n’y mettent pas d’objection et admettent même qu’il en est ainsi ; mais je crois que cette notion leur est venue avec les Européens et les missionnaires ; peut-être aussi du contact avec les Mahométans venus de l’intérieur. D’un autre côté, il serait possible qu’ils eussent eu cette notion même avant l’apparition des Européens sur leur côte, car ils donnent à l’Être suprême le nom de Onian Kôpong Kwami. Ce nom de Kwamé veut dire samedi. Ils parlent ainsi du Dieu Kwami (samedi), donc probablement du Dieu qui a terminé la création et s’est reposé le samedi. C’est ce que quelques-uns prétendent. » M. Ramseyer met en note : « Memereda est proprement le nom pour le samedi ; mais tous les enfants nés le samedi sont appelés Kwamé, dérivé de Kwa-Me (mereda). »

Le missionnaire Beauquis, qui a travaillé au service de la mission catholique surtout à Takpané, au nord du Bénin, m’a dit bien connaître le Dieu Onian Kôpong Kwami. Mais, selon lui, Kwamé, qui est le nom du samedi, signifie proprement cessation, et Memereda, proprement Me-me-lenda, qui désigne aussi le samedi, signifie proprement le 6e et de là, le 6e jour, le 1er jour étant notre lundi, considéré comme 1er jour de travail. Les noms des jours hebdomadaires sont en mina, dialecte de l’odji : Ioda, c’est-à-dire le 1er jour de travail ; Blanda, c’est-à-dire le premier jour où l’on commence à suer, à être fatigué ; Kuda ; Yaauda, c’est-à-dire un peu de repos (cela ne rappelle-t-il pas nos enfants nommant le jeudi le petit dimanche ?) ; Fida ; Meme-lenda, c’est-à-dire le 6e jour ; Kuasida, c’est-à-dire le repos complet. Le vrai jour du repos de ces noirs ne correspondrait donc pas à notre samedi, bien que la désignation de ce jour par le mot Kwamé rappelle étonnamment l’idée du sabbat ; il correspondrait à notre dimanche, mais envisagé comme 7e jour hebdomadaire. L’expression Onian Kôpong Kwami pourrait signifier : « Le grand ami qui au 6e jour (à la fin du jour) a cessé la grande œuvre de la création. » Cette expression et plus encore quelques-uns des noms de la semaine mina semblent bien appartenir à des populations de la zone tropicale, naturellement portées à l’insouciance, et pour lesquelles le travail est une tout autre fatigue que pour nous. Dans les populations noires que connaît M. Beauquis, ce sont seulement les enfants nés le dimanche qui portent le nom du jour de leur naissance, et ils s’appellent en conséquence Kuasi. Il est du reste convaincu, après avoir pénétré dans des contrées où les Mahométans eux-mêmes n’étaient jamais parvenus, que la semaine noire ne vient ni d’une influence chrétienne ou mahométane, ni de l’observation des phases lunaires.

Il semble donc certain que les noirs de la Côte d’or, tout au moins, ont la semaine et lui attribuent une divine origine. Ce dernier point, du reste, est parfaitement compatible avec le caractère lunaire dont la semaine des noirs est empreinte au plus haut degré, comme Waitz le fait fortement ressortir. « A côté de la vénération pour les puissances célestes en général, représentées pour beaucoup de peuples noirs par le soleil, dit-il, la vénération pour la lune occupe une place distinguée et ne paraît manquer dans aucun pays noir : elle est répandue de l’ouest à l’extrême nord-est de ces pays, et jusqu’à Loango. L’apparition du 1er quartier, ailleurs de la pleine lune, est célébrée par des danses et des chants. Le temps est divisé partout d’après le cours de la lune. Les Mandingues, par exemple, ont 12 mois lunaires, ils les partagent en semaines chacune de 7 jours, et le jour, en 4 parties ; dans le Bénin, il y a 14 mois, qui ont des noms particuliers. On ne sait pas encore comment ces populations accordent ces divisions avec le cours du soleil et le changement des saisons. Sans doute le fondement de leur vénération pour la lune est surtout dans son importance pour la division du temps. »

Le septénaire en général.

Quelques-uns des renseignements donnés sur les noirs de l’Afrique occidentale semblent impliquer pour le septénaire un certain caractère religieux ou tout au moins spécial. Burckhardt et Grundemann disent d’une manière générale au sujet de ces noirs : « Au 8e jour (donc après 7 jours accomplis), le nourrisson reçoit son nom, en présence d’amis et de parents ; à partir du 14e jour, la mère le porte sur son dos et vaque… à ses occupations multiples. Chez les Fanti, « en moyenne le sang d’un homme est considéré comme ayant la valeur de 7 esclaves. Le requin est le fétiche du Nouveau-Calabar, et jadis on lui offrait tous les 7 ans un enfant à dévorer. »

Plus au nord, dans le Haoussa, il existe une singulière notice généalogique sur les habitants, qui seraient venus du nord et se seraient peu à peu répandus de l’est à l’ouest. « La famille haoussa, dit Reclus, en vint à comprendre 7 enfants légitimes, » à chacun desquels, d’après la tradition, incombait un devoir spécial dans la gérance des intérêts : c’est ainsi que Gober, le Haoussa du nord, était, comme guerrier, chargé de défendre les siens ; Kano avait à teindre les étoffes ; Katséna s’était fait marchand ; Seg-Seg, le Haoussa du sud, fournissait des esclaves. Puis la famille s’accrut de 7 enfants, « illégitimes, ceux-ci, gens du dehors, qui parlent ou du moins comprennent la langue haoussa, mais dont les dialectes primitifs en différaient. Ils sont restés étrangers pour la race et n’égalent point leurs frères en noblesse : ce sont les peuples du bas Niger et du Bénué. »

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